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  • Titre : Romy une longue nuit de silence
  • Auteur : Sarah Briand
  • Editions : Fayard
  • Date de parution : 22 mai 2019
  • Nombre de pages : 252
  • ISBN : 978-2-213-70449-4

L'auteure

Sarah Briand est journaliste à France2 et a réalisé plusieurs documentaires pour l'émission "Un Jour Un Destin". Elle est l'auteure de Simone, éternelle rebelle (Fayard, 2015), un portrait inédit de Simone Veil largement salué par la presse.

Sarah Briand

 

Quatrième de couverture

Le 29 mai 1982, Romy Schneider s’est éteinte à l’âge de 43 ans. Que s’est-il passé la nuit de sa mort au 11, rue Barbet-de-Jouy, dans le VIIearrondissement de Paris ?

Icône du cinéma français à la photogénie incroyable, que sait-on vraiment de Romy, de ses bonheurs, mais aussi de ses chagrins et de ses blessures, notamment depuis la mort de son fils quelques mois plus tôt ?

Sarah Briand a marché dans ses pas, du chalet de son enfance à Berchtesgaden en Allemagne, près du nid d’aigle d’Adolf Hitler, jusqu’à l’appartement parisien où elle a passé ses dernières heures, pour nous livrer une série d’instantanés de ces moments intimes.

Un portrait nourri de témoignages inédits d’amis, de réalisateurs, ses partenaires de cinéma et parfois de vie, comme celui qui fut son époux, Daniel Biasini, le père de sa fille Sarah, ou encore Alain Delon, qui rend pour la première fois, à la femme qu’il a aimée, un hommage exceptionnel.
Mes impressions
Quel plaisir de retrouver Romy. J'ai lu cette biographie comme on regarderait une bonne émission de télévision (et pour cause, Sarah Briand travaille à la rédaction de certains numéros de l'émission Un Jour Un Destin !) J'y ai retrouvé le style de l'auteure que j'aime bien ( cf Simone, éternelle rebelle), et comme les images de Romy, nous les avons tous plus ou moins en tête, il était facile, à chaque étape, de se la représenter. 
Mais quelle tristesse aussi. Le livre commence le 29 mai 1982, au 11 rue Barbey-de-Jouy à Paris, dernière adresse de Romy, elle vient d'y mourir. Consternation de tous ses proches dans un premier temps, puis de la France entière. Commence alors un voyage que j'ai trouvé passionnant, dans l'espace et dans le temps, à la recherche de Romy. De Berchtesgaden à Cologne, en passant par Berlin, Ramatuelle et Paris, nous la retrouvons à différentes étapes de sa vie, à travers diverses anecdotes, souvent tristes, parfois très drôles (notamment lors du tournage de son dernier film, La passante du Sans Souci, à Berlin avec Gérard Klein.)
Tout a commencé par une petite enfance heureuse dans les montagnes, avec un petit frère aimant, puis la séparation des parents, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, tous deux très occupés. Son père ira jusqu'à lui dire "Je suis fait pour avoir des femmes et non pas des enfants." (p. 30). Quelques années d'internat, puis revoilà sa mère, qui en 1953 vient la chercher pour lui proposer de jouer le rôle de sa fille dans le film Lilas blancs, à Cologne. Commence alors une nouvelle vie, celle d'actrice, très contrôlée par sa mère et son beau-père.
Nous la retrouvons également à travers les personnes qui ont compté pour elle, et pour qui elle a compté. 
Quel destin tragique, pour une femme tellement simple. A l'instar de Sarah Briand, j'ai également marché dans les pas de Romy, à Berlin seulement, avec beaucoup d'émotion. La villa qu'elle a habitée quelques années avec son premier mari Harry Meyer et leur fils David se situe à quelques minutes de notre appartement. J'ai photographié le livre devant cette maison du quartier cossu et très tranquille de Grunewald. Je suis allée également sur ses pas au bord des lacs où elle avait l'habitude de promener son fils (né dans une clinique de Charlottenburg), puis à l'hôtel Savoy et enfin au Europa Center. C'est dans ce centre commercial très moderne de Berlin ouest des années 1960 que le beau-père de Romy (le mari de sa mère) avait ouvert un restaurant. Le soir de la fête d'inauguration de l'établissement, Romy a rencontré Harry Meyer et a décidé de rester à Berlin. 
Le "mystère Romy" n'est pas résolu, il ne le sera jamais. Mais peut-on vraiment parler de mystère autour de la mort de Romy? Son coeur de maman n'a peut-être tout simplement pas résisté au vide et au chagrin immense provoqués par la mort prématurée de son fils David. Ce "secret" si souvent évoqué autour de sa disparition prématurée, elle l'a emporté avec elle, comme pour faire un pied de nez à tous les paparazzis qui l'ont tant tourmentée tout au long de sa vie. 
J'ai été très émue par les deux chapitres se déroulant en octobre 1981 à Berlin. Sur le tournage de son dernier film, Romy doit puiser loin dans ses forces pour tourner face à un adolescent de l'âge de son fils, disparu quelques mois avant. Tout le plateau est bouleversé, au bord des larmes. Je garderai un souvenir ému de cette lecture au cours de laquelle j'ai eu le sentiment d'approcher d'un peu plus près une icône. Le récit que fait Sarah Briand de son entrevue avec Alain Delon tout à la fin est également un passage très touchant. 
Ce livre est l'histoire d'une vie extraordinaire et simple à la fois, racontée sobrement, avec les voix de ceux qui ont le plus compté.

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La rue qu'habitait Romy à Berlin

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Sa maison

Hasensprung, Königssee

Hasensprung, Königssee et Dianasee, lieux de promenade de Romy 

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Maisons cossues de Grunewald (photos prises cet hiver)

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2019-07-10 Hotel Savoy Berlin jpg

Hotel Savoy, à Charlottenburg

2019-07-18 Romy

Romy, au musée du film de Berlin, Potsdamer Platz

2019-07-03 Etoile de Romy

Son étoile, toujours sur la Potsdamer Platz

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p.31 "Pendant des mois, Romy l'attendra. Fixant l'horizon chaque fin de semaine de sa fenêtre ou sur le perron de l'internat, son rêve de retrouver sa mère s'est réalisé à peine quatre fois en quatre ans. Magda n'apparaissait que pour disparaître aussitôt." 
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p.35 "Et en coulisses, Magda décide de tout. Pour ce film et les suivants. Du montant des contrats de sa fille, qu'elle négocie à prix d'or, comme de la couleur des tenues qu'elle doit porter devant les caméras pour telle ou telle interview. Mais aussi du choix de tous ses partenaires et de ceux qu'elle a le droit ou non d'embrasser. Tout est inscrit noir sur blanc. Jusqu'à exiger d'avoir elle-même un rôle au générique des films dans lesquels sa fille joue."
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p.65 (Décembre 1963, 22 avenue de Messine, Paris) "Rompant son contrat avec la Columbia, Romy revient des Etats-Unis et se précipite dans leur hôtel particulier du XVIème arrondissement. Elle trouve un bouquet de roses rouges et une lettre signée d'Alain. Ce n'est pas un mot d'amour comme il lui en laissait parfois. Mais la rupture de leur histoire d'amour. 
Un gouffre s'ouvre sous ses pieds. Alain a rejoint Nathalie, la comédienne aperçue sur la photo parue dans la presse. Les doutes que Romy avait sont donc fondés."
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p.67 (12 avenue Montaigne, Paris) "Au sommet de sa peine, c'est auprès de Marlène Dietrich que Romy vient chercher du réconfort. L'appartement, au quatrième étage du 12, avenue Montaigne, est déjà noyé dans les volutes de fumée lorsqu'elle entre. Elle se dirige directement vers l'un des fauteuils du salon. Tous les miroirs ont été depuis longtemps retirés de cet appartement, la star allemande ne souhaitant pas y croiser son reflet."
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p.68 "Romy et Marlène sont face à face. C'est le casting idéal d'un film jamais tourné. Il n'est cependant pas question de cinéma, mais du réel et des chagrins qu'il impose. A chaque blessure, c'est vers Marlène que Romy se tourne, mère de substitution ne faisant pourtant en apparence preuve d'aucune tendresse. 
Elle lui rappelle Magda : la distance qu'imposent le statut de comédienne, une droiture très allemande et aucune démonstration de sentiments. Les deux comédiennes aiment parler dans leur langue et se rappeler ce pays qu'elles ont quitté à contrecoeur. Marlène pour y fuir le nazisme, Romy pour échapper à Sissi et au carcan familial."
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p.80 (1er avril 1965, Berlin) "Dans l'Europa-Center de Berlin-Ouest, Romy ne voit que lui, cet homme qui, au premier abord, n'a rien de séduisant, mais qui la charme par son charisme. Elle a le coup de foudre pour un homme qui est l'exact opposé d'Alain Delon. Un être introverti et solitaire. Harry Meyen est néanmoins connu du Tout-Berlin. C'est un intellectuel qui compte. Et le monde dans lequel il évolue attire Romy. C'est le charisme de l'homme de théâtre qui ce soir la séduit."
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p.86 (Eté 1968, Berlin) "A travers la fenêtre, Romy observe l'alignement des maisons de Grunewald, ce quartier cossu et résidentiel de berlin où elle réside avec Harry."
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p.118 "Daniel Biasini n'avait pas été impressionné par cette première rencontre avec Romy Schneider. Mais il avait accepté de l'aider. Il s'était mis en quête d'une école bilingue pour David, s'occupait de lui quand sa mère était absente. Daniel leur avait ensuite trouvé un nouvel appartement à Saint-Germain-des-Prés, puis rue Berlioz où elle restera plusieurs années."
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p.126 "Elle est déjà montée ici, quand Adolf Hitler y résidait. C'était à l'occasion d'une invitation d'Eva Braun. Oui, elle a rencontré le Führer. Oui, elle a rencontré plusieurs des hauts dignitaires nazis et leurs épouses, notamment Martin Bormann, proche conseiller de Hitler, l'un des hommes les plus puissants du Troisième Reich.
Romy a mille questions. Que signifiait vivre à Berchtesgaden pendant la Seconde Guerre mondiale, dans ce fief indissociable du nazisme? Pourquoi Magda est-elle venue s'installer ici? Pourquoi a-t-elle pu continuer à travailler en pleine guerre au moment où de nombreux artistes ont été interdits d'exercer leur activité? Pourquoi n'a-t-elle pas fait le choix de partir, comme Marlène Dietrich? Jusqu'où est-elle allée pour protéger sa carrière?"
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p.131 (18 décembre 1975, hôtel Gehrhus, Berlin) "C'est un Daniel Biasini heureux mais épuisé qui rejoint Romy à Berlin-Ouest, entouré de ses parents. Il a enterré sa vie de garçon quelques heures plus tôt lors d'une fête chez Castel à Paris, et pris l'avion à cinq heures du matin, en passant par Bonn, pour rejoindre celle qu'il s'apprête à épouser et qui l'attend impatiemment à son hôtel. Il a très peu dormi mais qu'importe, la journée ne fait que commencer !"
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p.144 (21 juillet 1977, Ramatuelle) "Romy et Daniel font chaque jour des allers-retours entre Saint-Tropez et Nice pour se rendre à son chevet. (Sarah est née prématurément) Ils s'arrêtent parfois dormir à la Colombe d'Or où ils retrouvent Yves Montand qui joue à la pétanque."
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p.199 (octobre 1981, Berlin) "Le réalisateur est troublé. Derrière les caméras, ils sont nombreux, techniciens, maquilleur, coiffeur, assistants, figurants à essayer de masquer l'émotion qui les submerge. Des larmes coulent, des regards se détournent. Ils sont désemparés face au chagrin inconsolable de Romy Schneider."