Manderley for ever

  • Titre : Manderley for ever
  • Auteur : Tatiana de Rosnay
  • Editions : Albin Michel - Héloïse d'Ormesson
  • Date de parution : 25 février 2015
  • Nombre de pages : 458
  • ISBN : 978-2-226-31476-5

L'auteur

Tatiana de Rosnay, née le 28 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine, est une journaliste, écrivain et scénariste française.

Tatiana de Rosnay1

(Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tatiana de Rosnay)

Quatrième de couverture

"J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley." C'est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l'écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l'âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d'avoir la vie lisse d'une mère de famille, qu'elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l'oeuvre torturée reflétait les tourments. 

Retrouvant l'écriture ardente qui fit le succès d'Elle s'appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d'exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s'aventure dans ses vieux manoirs chargés d'histoire qu'elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de coeur, ses amours secrètes. 

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n'est pas un objet à posséder mais un état d'âme.

Mes impressions

Voilà. Je viens de le refermer, et Daphné du Maurier me manque déjà. Cette biographie se lit vraiment comme un roman. Si Tatiana de Rosnay a réalisé l'exploit de nous conter avec subtilité l'histoire de cette auteure insondable, qui n'aimait pas se livrer, c'est parce qu'elle la porte en elle depuis tant d'années. Et ça se sent. Elle nous permet d'entrer dans son intimité, sans jamais de voyeurisme. Elle fait la part belle aux paysages qu'elle a aimés, aux maisons qui l'ont fait vibrer et l'ont inspirée. En exergue, 

"Les gens et les objets disparaissent, pas les lieux." Daphné du Maurier (1907-1989)

J'ai l'impression, après avoir lu ce livre, d'avoir regardé par le trou de la serrure de Menabilly, et de devoir partir à reculons, sans faire de bruit. Tatiana de Rosnay a ce talent de nous rendre Daphné du Maurier presque intime, nous apprenons à connaître au fil des pages sa famille, ses amours, ses amis...sa façon de fonctionner pour trouver l'inspiration, son besoin de solitude pour pouvoir écrire. Ainsi nous la suivons de Londres à Fowey (Cornouailles), où elle passera la majeure partie de sa vie (à Ferryside, Menabilly puis Kilmarth) en passant par la France. Ces différents lieux sont d'ailleurs les titres des cinq parties qui composent cette biographie, ils en sont le fil conducteur.

En fin d'ouvrage, nous trouvons un lexique qui nous permet de comprendre le "code du Maurier". J'ai trouvé cela assez amusant et significatif de la complicité qui l'unissait à ses soeurs (Angela "Piffy" et Jeanne "Bird") mais aussi à certaines amies, puis à ses enfants une fois adultes.Toujours en annexe, l'ascendance française de Daphné du Maurier, une carte de Fowey sur laquelle figurent les différentes demeures habitées par l'auteure, les sources de Tatiana de Rosnay et la liste des oeuvres de Daphné du Maurier.

"Manderley for ever" est un ouvrage parfait pour découvrir l'auteure et son oeuvre bien sûr, mais il ravira les inconditionnels de Daphné du Maurier qui y trouveront la genèse de chacun de ses livres. 

Un gros coup de coeur pour moi!

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Daphné du Maurier

En cliquant sur la photo, vous pourrez accéder au site internet "Daphné du Maurier"

Et pour celles et ceux qui le souhaitent, retrouvez ici une interview de Daphné du Maurier datant de 1977, à Kilmarth

et ici une interview de Tatiana de Rosnay au sujet de Manderley for ever.

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Petit clin d'oeil à Berlin, je penserai à Daphné du Maurier maintenant quand je passerai devant l'hôtel Adlon ou dans le Tiergarten! En ce qui concerne le "Climat d'efficacité totale, calme et presque pas de trafic dans les rues", cela n'a pas changé, si l'on compare à Paris! 

p.126 "En mars 1927, Daphné se rend à Berlin avec l'actrice Viola Tree, amie proche de ses parents. Viola a des rendez-vous professionnels à effectuer pendant son séjour, elle doit rencontrer un metteur en scène, visiter quelques théâtres. C'est sans doute une nouvelle diversion parentale, mais Daphné s'y plie sans protester : Viola est une femme exquise, et la jeune fille est curieuse de découvrir Berlin. Dans son journal, elle écrit : Climat d'efficacité totale. Calme. Peu de monde, presque pas de trafic dans les rues. Luxe inouï de l'hôtel Adlon, où Viola, aussi surexcitée qu'une gamine, fait couler l'eau chaude à flots. Dîner dans un café bourgeois. Mon Dieu, comme les Allemands aiment manger. Le lendemain, la balade dans les jardins de Tiergarten n'a rien à voir avec celles du bois de Boulogne, les passants ont des traits lourds et épais, et même si l'ex-palais du Kaiser à Potsdam est impressionnant, le palais de Sans-Souci également, où vivait Frédéric le Grand, ce n'est pas Paris. Aucune ville ne pourra remplacer Paris dans le coeur de Daphné."

p.149 "Elles aboutissent sur une grande pelouse envahie par les mauvaises herbes, bordée d'arbres, et Angela voit le visage de sa soeur s'éclairer. Qui peut-elle regarder ainsi, avec une telle ferveur, tant d'amour? Curieuse, Angela suit la direction des yeux de Daphné, et c'est le manoir qui se dresse devant elles, Menabilly, vaste bâtisse haute de deux étages, aux volets fermés, à la façade grise mangée par un épais lierre. Elles se tiennent à distance, guettent un signe de vie, mais il n'y a aucun bruit, alors elles s'aventurent vers le manoir. Un des volets est ouvert au rez-de-chaussée. Par les vitres poussiéreuses, elles aperçoivent des tableaux aux murs, des meubles recouverts de draps, un cheval à bascule à la peinture écaillée. Angela trouve l'endroit lugubre, empreint de chagrin et de solitude, mais pas Daphné. Dans son journal, le soir même, elle écrit jusque tard dans la nuit. Je suis complètement sous l'emprise de Menabilly.

Nous sommes en 1926, Daphné du Maurier ne réalisera son rêve d'habiter Menabilly qu'en 1943!

Lors d'une autre balade à Menabilly, cette fois-ci Daphné a réussi à entrer dans le manoir : 

p.163 "Tout au long de la soirée, Daphné ne parvient pas à chasser de son esprit les images de la maison. Pourquoi est-elle possédée à ce point par un passé qui n'est pas le sien, hantée par la mémoire des murs d'un manoir abandonné?"

"Tommy", Frederic Browning, le mari de Daphné du Maurier, a fait la bataille de Cambrai en novembre 1917, au bois Gaucher...

p.188 "Lorsqu'elle le regarde partir chaque matin pour la base militaire, beau et fier dans son uniforme orné des décorations prestigieuses, elle est la seule à savoir que son mari, à la tête de centaines d'hommes, sanglote au milieu de la nuit comme un petit garçon."

 

p.308 "Le roi est mort dans son sommeil. Angela, à fleur de peau, se met à pleurer, tandis que Daphné, sonnée, ne prononce plus un mot. Georges VI n'avait que cinquante-six ans, un an de plus que Tommy. Daphné pense à son mari qui accompagne depuis quelques jours la princesse Elizabeth et son époux en Afrique. Tommy va devoir escorter la nouvelle reine d'Angleterre, vingt-cinq ans, lors de son retour au pays en ce funèbre 6 février 1952. A-t-elle au moins un vêtement sombre dans ses valises pour la descente d'avion?"

 

p.366 "Le spectateur doit attendre au moins une heure avant de voir les premières attaques d'oiseaux. Toutefois, le film obtient un succès international, mais Daphné est irritée que son nom soit si rarement cité lors des interviews du réalisateur. Hitchcock a adapté trois de ses ouvrages en vingt-quatre ans, ne lui a jamais rendu hommage, et a toujours eu tendance à minimiser, voire à dénigrer son travail d'écrivain."

Un an après la mort de son mari, elle avait écrit un texte dont voici un extrait : 

p.384 "J'aimerais dire à ceux qui subissent un deuil (je parle en mon nom, de ma propre expérience) qu'il faut envisager chaque jour comme un défi, une épreuve de courage. La douleur viendra par vagues, pour une raison inconnue, et certains matins seront pires que d'autres. Acceptez cette douleur. Ne luttez pas contre elle. Ne la dissimulez pas, surtout à vous-même."