Danser les ombres1

 

 

  • Titre : Danser les ombres
  • Auteur : Laurent Gaudé
  • Editions : Actes Sud
  • Date de parution : janvier 2015
  • Nombre de pages : 250
  • ISBN : 978-2-330-03971-4

 

L'auteur

Laurent Gaudé, né le 06 juillet 1972 à Paris, est un écrivain français. Il a obtenu le Prix Goncourt des lycéens et le prix des libraires avec La mort du roi Tsongor en 2002. En 2004, il est lauréat du Prix Goncourt pour son roman Le soleil des Scorta, traduit dans 34 pays.

Laurent Gaudé

(Clic sur la photo pour accéder au site de Laurent Gaudé)

 

Quatrième de couverture

En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Très vite, dans cette ville où elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations étudiantes quelques années plus tôt, elle sait qu'elle ne partira plus, qu'elle est revenue construire ici l'avenir qui l'attendait.

Hébergée dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d'un groupe d'amis qui se réunit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose frémit qui pourrait être le bonheur, qui donne l'envie d'aimer et d'accomplir sa vie.

Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence...

Pour rendre hommage à Haïti, l'île des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le passé et l'instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. D'une plume tendre et fervente, Laurent Gaudé trace au milieu des décombres une cartographie de la fraternité, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l'oubli.

 

Mes impressions

J'avais lu en 2004 Le soleil des Scorta que j'avais beaucoup aimé. Depuis, je n'ai rien lu de Laurent Gaudé, Danser les ombres est donc un retour vers cet auteur, et étrangement j'ai un peu la même sensation : pour commencer, lentement, l'auteur nous met en contact avec ses différents personnages, et peu à peu, on est comme envoûté par l'ambiance, les événements s'enchaînent et on ne peut plus s'arrêter.

Je suis impressionnée par le pouvoir de suggestion que revêt l'écriture de cet auteur. Je viens de faire un voyage en Haïti. Pas un voyage touristique, mais un voyage au coeur même du pays, dans ses entrailles. 

Dans les premières parties du roman, Laurent Gaudé décrit avec force mais pudeur la joie de vivre des gens malgré la misère, cette croyance qu'ils ont du pouvoir de l'instant présent. Quand Lucine revient à Port-au-Prince, elle est accueillie au sein d'un groupe d'amis, et leur soirée de dominos m'a rappelé les veillées dans nos campagnes autrefois quand les gens n'avaient rien d'autre à faire le soir que de se parler, de se "frotter" les uns aux autres et confronter leurs points de vue. D'un coup, j'ai eu envie de faire partie de leur groupe. Ce soir-là, on sent que tout est possible quand on s'aime. Et ils s'aiment.

Il y a Saul, il y a le vieux Tess, les petites étudiantes de l'école d'infirmières d'en face, tout un groupe d'amis. Certains d'entre eux se sont déjà bien battus contre les différents régimes de dictature, ils ont lutté pour que les générations à venir puissent continuer à faire avancer le pays.

Seulement voilà, le lendemain tout bascule, tout est remis à plat quand la Terre décide de s'en mêler. Nous sommes le 12 janvier 2010.

Commence alors une lente procession au cours de laquelle le lecteur prend conscience en même temps que les personnages de l'ampleur des dégâts.

Un très bel hommage à Haïti et à ses habitants, à leur courage.

Je ressors comme "sonnée" de cette lecture, je suis impressionnée.

*****

 " Tant d'hommes étaient entrés ici. Tant de vies, de pleurs, d'histoires racontées, de verres bus, à la santé des filles, à la santé de la révolution, à la santé d'Haïti, tant de brouilles et de réconciliations et maintenant, il n'y avait plus que ce silence qui lui faisait du bien...Le temps avait déserté cet endroit. Il s'y était d'abord précipité avec ardeur, déposant mille clameurs, bris de verres, cris de jouissance, rires d'amis, larmes de filles usées par le dégoût de soi, le temps était passé ici, avec ces dictatures, ces rêves de liberté, ces complots murmurés et maintenant, il était définitivement parti et il ne restait plus que les murs et le vieux Tess, plongés dans un calme étrange, avec simplement le coq de cette arrière-cour devenue jardin pour rappeler qu'il était encore des jours et des nuits et que le monde, au-dehors, courait toujours avec la même impatience." p.86                                               Laurent Gaudé, Danser les ombres.

Première phrase : "Il avait fait chaud toute la journée et les commerçants de la rue Veuve contemplaient l'artère désespérément vide en se demandant ce qui les retenait encore ici à cette heure où il était quasiment certain qu'il ne viendrait plus personne."