Les gens dans l'enveloppe

  • Titre : Les gens dans l'enveloppe
  • Auteur : Isabelle Monnin (et chansons d'Alex Beaupain)
  • Editions : JC Lattès
  • Date de parution : 2 septembre 2015 (sept. puis nov. 2016 pour les éditions poche)
  • Nombre de pages : 370
  • ISBN : 978-2709649834

L'auteur

Isabelle Monnin est une journaliste et auteure française. 

Isabelle Monnin

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Isabelle Monnin)

Quatrième de couverture

En juin 2012, j'achète à un brocanteur sur internet un lot de 250 photographies d'une famille dont je ne sais rien. Les photos m'arrivent dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard.

Dans l'enveloppe il y a des gens, à la banalité familière, bouleversante. Je décide de les inventer puis de partir à leur recherche. Un soir, je montre l'enveloppe à Alex. Il dit : "On pourrait aussi en faire des chansons, ce serait bien." Les gens dans l'enveloppe, un roman, une enquête, des chansons.

                                                                                                   I.M.

Mes impressions

Ce livre, je l'ai emprunté à la médiathèque, car il était le "coup de coeur" de l'équipe. Mais je crois que je l'aurais de toutes façons emprunté, car le titre, la couverture, la quatrième de couverture, tout m'attirait. Seulement, il n'est pas arrivé chez moi à la bonne période (juste avant, puis pendant les fêtes) J'ai donc une première fois renouvelé mon emprunt, puis j'ai dû le rendre au retour des vacances, je ne l'avais toujours pas lu! Je déteste ça, et en plus les premières pages ne faisaient que confirmer mon goût pour cette histoire! Etant en France pour les vacances, je me suis procuré la version poche chez mon libraire, ainsi j'ai pu le rendre le coeur plus léger! Et je ne regrette pas cet achat, c'est un livre que je prendrai du plairsir à relire ou à feuilleter de temps à autre! Et puis avec le livre, il y a le CD!

Comme indiqué précédemment, tout commence par l'achat d'une série de photos sur internet. Ces photos arrivent chez Isabelle Monnin dans une grande enveloppe blanche, elle les regarde, s'en imprègne et peu à peu, l'envie lui prend d'imaginer l'histoire des gens qu'elle voit sur ces photos. Elle y sent avant tout une histoire d'abandon. Cette petite fille qui apparaît sur les photos s'appellera "Laurence". Puis autour de "Laurence" se dessinent d'autres personnages, un papa seul (Serge), une maman absente (Michelle), des grands-parents (Simone - Mamie Poulet - et Raymond), l'attente...les promenades du dimanche au barrage...une histoire touchante et bouleversante de simplicité. Le roman se déroule en trois parties, la première étant consacrée à Laurence, la seconde à Michelle (sa maman) et la dernière à Simone (sa grand-mère) trois histoires d'abandon.

p. 20 "J'aurai huit ans demain et maman n'est pas là. Il y a quarante-quatre jours qu'elle est partie. Disons plutôt qu'il y a quarante-quatre jours qu'elle n'est pas rentrée."

p.21 "Dimanche dernier c'était la fête des mères. On a préparé un calligramme avec le maître. Au début, il a proposé que j'aille dans le groupe des mamans mortes avec Laurent mais finalement il a accepté que j'en fasse un quand même."

p.27 "Je n'aurais jamais cru pouvoir devenir amie avec un objet. C'est pourtant ce qui est arrivé avec ce nouveau téléphone. Je l'appelle Nono. Depuis que j'ai découvert un jour qu'on l'avait mal raccroché, je passe mon temps à vérifier que le combiné est bien sur son socle, les deux petits tiquelets bien enfoncés. 

    Ca fait bientôt douze ans que j'attends que ma vie commence.

    Même la nuit, je vérifie que le téléphone est raccroché. Mon père dort sur le canapé, de son sommeil de trop bu, il ne va presque plus dans leur chambre. Je veille. Mes nuits ne s'endorment plus jamais, c'est comme si elle était partie avec mon dormir.

    Quand elle appellera, je ne la louperai pas.

Impossible, impossible."

p.147 "Si elle n'était pas passée [sur terre], quelle différence? La rivière coulerait pareille. Le barrage, pareil. Le lac, le même. On raconterait sa vie et ce ne serait pas sa vie mais juste celle de quelqu'un d'ici. On dirait sa vie mais on ne dirait pas Simone.

    D'elle comme des autres, il ne restera rien."

Vient ensuite à Isabelle Monnin l'idée de partir à la recherche de ces gens. La seule chose qu'elle pense savoir, c'est que ces photos ont été prises en Franche-Comté. Commence alors une enquête palpitante, relatée dans la deuxième partie du livre, que j'ai autant aimé lire que la partie romancée. Nous vivons les découvertes pas à pas avec l'auteure, nous faisons la connaissance de ces gens (car elle les retrouve!) en même temps qu'elle (j'avais le coeur qui battait autant qu'elle je crois! Je pense pouvoir imaginer l'effet que cela peut faire à un auteur d'aller à la rencontre de ses personnages dans la "vraie vie")

Commence alors notre découverte de l'histoire de ces gens, que l'on ne peut s'empêcher de mettre en balance avec le roman. L'auteure nous y invite également, reposant par-ci par-là quelques phrases du roman qui viennent se superposer à la vraie histoire. Et que dire sinon que tout cela est à la fois d'une simplicité et d'une force inouies. Isabelle Monnin avait "vu juste" sur certains points (que je ne dévoilerai pas ici), moins sur d'autres, mais toujours, cette vraie histoire des gens se superpose (qui dans les sentiments qui dans les chemins de vie) à l'histoire imaginée par l'auteure. Parce qu'elle raconte tout simplement LA VIE (p. 311 "...universelle et singulière..."), ses interrogations, sa complexité et sa simplicité, ce qu'il en reste "après"...

J'ai été très sensible à ce livre, autant à sa forme qui découle d'une démarche très originale qu'à son contenu, j'aime l'écriture d'Isabelle Monnin, j'ai à maintes reprises annoté le livre (enfin collé des petits marque-pages car je ne peux pas écrire dans un livre) j'aime la façon dont elle questionne la vie à travers cette histoire. 

Et puis, "cerise sur le gâteau", il y a le CD, qui contient des chansons choisies par "les gens", des chansons qui ont une signification pour eux, et des chansons écrites et composées par Alex Beaupain. Au départ, il n'a pas vraiment retenu mon attention, je l'ai écouté beaucoup trop tôt! Mais quand j'ai compris qui chantait certaines chansons, alors là quelle émotion! 

Un gros gros coup de coeur pour tout ce "travail"!

*****

J'ajoute ici les passages que je souhaite retenir.

p.53 "Jamais je ne lui dis que je l'aime. Dire Je t'aime, c'est se souvenir d'un temps où je ne t'aimais pas, c'est envisager celui où je ne t'aimerai plus. Dire Je t'aime serait donner une fin à l'amour. Je lui donne l'infini silence de mon amour."

p.161 "Où vont les secrets quand il n'y a plus personne à qui les cacher?"

p.184 (mais les dernières pages du roman ne sont pas numérotées, les textes sont posés comme des poèmes)

    "Elle attend l'ultime battement de son coeur. Elle n'a pas peur. Elle le sent monter, il vient de loin, identique à tous les autres et pourtant unique. Il va hésiter un peu, petit dernier au plongeoir, il se retournera avant d'atteindre le bord.

   Rester seul? Pour quoi faire?

   Il sera brave. Il se lancera d'un coup."

p.223 "Je ne sais toujours pas dire précisément ce qui m'émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l'instant unique qu'on ne revivra jamais. Elles me chantent l'effort vain de l'humain pour retenir la vie. Tracer un trait sur la paroi de la grotte, modeler une glaise, graver le tronc d'un arbre, fixer la lumière sur la pellicule. Ecrire un mot. Dire j'étais là, tu étais là.

On ne retient pas la vie, on peut juste s'en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. Du sable entre les doigts, une goutte d'eau sur une pierre chaude."

p.318 "Toute sa vie, l'abandonné se débat contre le même monstre vide, il s'entaille à ses invisibles griffes. L'abandon est un fardeau creux, il pèse des tonnes."

p.329 "...Je me demande s'ils écoutaient Ménie Grégoire à l'heure de la vaisselle - et ce qu'en pensait mamie Poulet."

p.343 "Comme les archives et les souvenirs des proches, les maisons disent un peu des gens qui les ont habitées. Ils laissent leurs traces dans les murs, à leur corps défendant."

 

Les gens dans l'enveloppe 1