Les mots d'Hélio

  • Titre : Les mots d'Hélio
  • Autrices : Nancy Guilbert et Yaël Hassan
  • Âge : 9-12 ans
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 12 juin 2019
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-210-96630-7

Cette lecture est une lecture commune, avec Blandine du blog Vivrelivre et Pauline du Blog Entre les pages.

Les autrices

Nancy Guilbert

Nancy Guilbert est une autrice jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs. Les mots d'Hélio est son troisième roman jeunesse à quatre mains, après Ma liberté tout en couleurs avec Sylvie Baussier aux éditions Oskar et Deux secondes en moins avec Marie Collot aux éditions Magnard Jeunesse.

Nancy Guilbert

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Yaël Hassan

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une autrice jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Elle est depuis le mois de janvier 2019 chevalier de la légion d'Honneur des Arts et Lettres. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa bibliographie directement sur son site.

Yaël Hassan

(Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan)

 

 Quatrième de couverture

Né de père inconnu, Hélio est atteint d'aphasie après un traumatisme à la tête : ses pensées sont intactes, mais les mots se sont envolés. Sa mère, en état de choc, se retrouve incapable de s'occuper de son fils. 

Hélio est donc placé dans une famille d'accueil où parents et enfants le considèrent avec plus ou moins de bienveillance. Pour Bianca, l'employée de maison, l'arrivée du garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Que cache-t-elle depuis des années ?

Dans ce roman à plusieurs voix, chacun tisse des relations petit à petit, et lorsque la vérité libère les secrets enfouis du passé, c'est une nouvelle famille qui voit le jour !

Même au coeur des plus gros orages,

l'espoir et la lumière sont là, tout près !

Mes impressions

Dans ce roman choral, écrit à quatre mains, Nancy Guilbert et Yaël Hassan nous entraînent dans les vies de personnages tourmentés qui peu à peu, ensemble et mutuellement, vont "se réparer". Et comme toujours avec ces deux autrices que j'apprécie particulièrement, il se passe quelque chose d'incroyable, le lecteur grandit avec les personnages. En lisant ce livre, on gagne en sagesse, en empathie, en écoute de l'autre. C'est le sentiment que j'ai eu en le refermant. 

Hélio, un adolescent sportif et sa maman Pauline voient leur vie basculer quand Hélio, lors d'une dispute avec elle pendant une randonnée, fait une chute de 15 mètres en montagne et s'écrase sur des rochers. Il échappe miraculeusement à la mort mais se retrouve en situation d'aphasie et incapable de marcher dans l'immédiat. Sa maman, tellement choquée, a perdu connaissance sur-le-champ et la mémoire aussi. Elle est désormais incapable de s'occuper de lui. 

Hélio passe quelques mois dans un centre de rééducation. Voyant qu'il ne progresse plus, Sandra, la psychologue lui annonce qu'il va aller vivre dans une famille d'accueil qu'il ne connaît pas, même si cette famille a été désignée par sa mère. Il s'agit de la famille Dainville. Hélio est furieux, n'a aucune envie de débarquer comme ça chez de parfaits inconnus, surtout dans son état.

La première rencontre est teintée de maladresses, de part et d'autre. Dans la famille Dainville, famille aisée résidant dans les beaux quartiers, il y a le père, Stéphane, la mère, Marion, et les deux enfants. Mila et Ruben. Mila est adolescente, elle a à peu près le même âge qu'Hélio et ne comprend pas du tout ce qu'il prend à ses parents de vouloir accueillir ce garçon en fauteuil qui de surcroît est incapable de s'exprimer. Le petit Ruben, lui, est très curieux et pas encore inhibé par l'adolescence et tous ses codes. Et puis il y a aussi Bianca, l'employée de maison, un peu la deuxième maman des enfants. Stéphane et Marion sont très maladroits, Mila hostile, Ruben curieux et Bianca troublée par la présence soudaine d'Hélio, dont elle va rapidement prendre soin avec aisance et naturel, qu'elle va protéger en quelque sorte. Hélio est quant à lui très hostile à tout  contact dans ce nouvel environnement. 

Puis peu à peu, la situation va évoluer, se débloquer, notamment grâce à la curiosité et au besoin de communiquer du petit Ruben. Tout au long du récit, c'est chacun des personnages qui prend le lecteur par la main et lui conte un bout de l'histoire.

Les chapitres racontés par Hélio sont bien sûr très importants car c'est le seul moyen d'accéder à ses pensées. Ce qui est vrai également pour les autres personnages, mais bien sûr plus flagrant pour Hélio puisqu'il ne parle pas.

Hélio est un passionné. De hand, de sciences et de botanique depuis qu'il est tout petit. Cette passion pour la botanique l'a conduit à comparer les humains et les plantes. Ainsi, dans ses carnets, ils consigne des dessins, dans lesquels il associe chaque personne avec la plante qui selon lui, lui ressemble le plus. Tout au long du roman, le lecteur peut admirer les dessins d'Hélio (illustrations d'Eva Rollin) quand il décrit une de ses connaissances. Quelle excellente idée ! J'ai adoré ce procédé ! Et appris de nouveaux noms de plantes.

p. 17 "Ce soir-là, j'avais découpé le visage de la maîtresse sur la photo de classe et l'avais collé avec délectation à côté de la Drosera aux longs poils urticants. Heureusement, l'année d'après, j'étais arrivé dans la classe de madame Desrets qui m'avait in extremis réconcilié avec l'école. Cette maîtresse, aux yeux d'un bleu outre mer si profond que je m'imaginais nageant à l'intérieur, avait compris ma passion pour les plantes et s'en était emparée aussitôt. Alors que je traînais une réputation d'élève insupportable depuis le CP, elle m'avait chargé de préparer toutes les leçons de sciences et de faire des exposés. En échange, je devais rester silencieux et travailler dans le calme. (...) L'adorable visage de madame Desrets s'était donc retrouvé dans mon dessin de la fleur du Lapacho, parce que c'est un arbre qui tue les maux et que cette maîtresse m'avait aidé à supprimer les miens le temps d'une année scolaire."

Grâce à l'attitude de Ruben, on assiste  à une progressive métamorphose des personnages qui vont vers un apaisement et une ouverture qui ne peuvent que toucher le lecteur. Le tout amené avec beaucoup de subtilité, des personnages tous différents, des personnalités bien trempées (comme par exemple Mila et Anissa, l'amie d'Hélio)

Le lecteur va peu à peu être spectateur de la métamorphose des personnages, d'une ouverture les uns aux autres. Bien sûr, cela ne se fait pas sans effort, ni du jour au lendemain. C'est avec beaucoup de subtilité que les auteures amènent cet apaisement, en passant par quelques aventures, une véritable enquête menée par Mila et quelques échauffourées à l'école.

L'histoire est parsemée de références à des sujets de société importants tels que la vie de parent isolé, le harcèlement, le handicap, le rôle des soignants... Elle fait également référence à un sujet historique difficile et probablement méconnu du jeune lectorat, raison de plus pour en parler, la dictature militaire en Argentine dans les années 1970 et les drames qui en ont découlé. De plus, ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que chaque chapitre concernant Hélio est précédé d'une citation. Elles m'ont toutes parlé.

Il est ici question de persévérance, de résilience, d'empathie, d'écoute de l'autre, de bienveillance, d'entraide, il est question de grandir ensemble. C'est un message extraordinaire qui nous est délivré. Hélio/Bulle, comme le surnommait sa mère, parce qu'il était refermé sur lui-même, devient tout simplement Hélio. Et cet Hélio, tout comme le soleil, il réchauffe les coeurs de la famille Dainville. Et celui du lecteur.  

Un pari réussi, des sujets actuels et délicats et un beau message à la clef, un énorme coup de coeur pour moi. Merci aux éditions Magnard pour l'envoi de ce roman.

*****

Gros coup de coeur

 

p.15 Hélio/Bulle "La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés cachées, que le hasard fait découvrir." François de La Rochefoucauld.

                            "J'ai une théorie, moi. Je pense que l'univers est composé pour moitié de gens pourris qui passent leur temps à casser les pieds à l'autre moitié du monde, qui ne demande qu'à vivre tranquillement. Les plantes, c'est presque la même chose, sauf qu'elles sont meilleures que les humains. Ma mère me dit que c'est un peu vieux jeu, comme vision des choses, mais j'assume."

***

p. 127 Hélio/Bulle "Quand on rencontre quelqu'un, c'est signe qu'on devait croiser son chemin, c'est signe que l'on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres. Dans chacune d'elles est contenue la promesse d'une découverte." Aharon Appelfeld, Adam et Thomas.