Ni oui ni non

  • Titre : Ni oui ni non - Réponses à 100 questions philosophiques d'enfants
  • Auteur : Tomi Ungerer
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 160
  • Tranche d'âge : 6 ans et plus
  • ISBN : 978-2-211-23506-8

L'auteur

Tomi Ungerer est né le 28 novembre 1931 à Strasbourg. Affichiste, auteur-illustrateur, inventeur d'objets, collectionneur, dessinateur publicitaire, il est considéré depuis plus de soixante ans comme l'un des plus importants auteurs de littérature jeunesse. 

Ses livres ont été traduits en plus de quarante langues, et certains ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques.

Dans ce livre, comme dans toute son oeuvre, l'auteur des Trois Brigands n'a de cesse de prôner l'enseignement de la vérité aux enfants. ( Pour en savoir plus et accéder à la page Tomi Ungerer, cliquez sur le mot "L'auteur" ci-dessus )

Tomi Ungerer 1

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tomi Ungerer )

 

Quatrième de couverture

" Répondre aux enfants, cela signifie se mettre à leur place, illustrer les idées avec des exemples tirés de la réalité ou soutirés à l'imagination, leur montrer que tout se surmonte avec le sourire et le respect.

Et que nous sommes tous - grâce à l'absurde - des apprentis sorciers. "

                                                                                                          Tomi Ungerer

Comment dire à quelqu'un qu'on l'aime? Et se faire des amis quand on est timide? Pourquoi on a des couleurs préférées? Pourquoi y a-t-il de l'argent? Dans cette compilation des chroniques parues dans Philosophie Magazine, Tomi Ungerer commente et illustre ses réponses à cent grandes questions d'enfant, entre philosophie et poésie. 

Mes impressions

Il y a quelques années, Alexandre Lacroix, le directeur de la rédaction de Philosophie magazine, demande à Tomi Ungerer de tenir une rubrique qui répondrait à des questions d'enfants. Ce livre, Ni oui ni non, est en quelque sorte la collection de ces questions-réponses, sur des thèmes très variés, illustrées par Tomi Ungerer.

Face aux enfants, Tomi Ungerer ne se départit pas de l'humour qui le caractérise, mais ses réponses sont toujours empreintes de justesse, laissant une grande liberté d'interprétation et beaucoup de place à la réflexion. Parfois "un brin" provocateur, son humour ici m'a rappelé certaines réflexions de Raymond Devos dans leur rapport à l'absurde, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je n'adhère pas à certaines des réponses, et c'est tant mieux ! Le "désaccord" est aussi ce qui pousse à la réflexion, à la discussion. 

Pour résumer, ce livre est un concentré de bon sens, d'esprit critique, avec une pincée - voire une louche - de provocation, voilà une bonne recette pour faire réfléchir nos enfants ! A lire selon l'âge avec l'aide et les explications d'un adulte. Merci aux Editions L'Ecole des Loisirs de nous permettre encore une fois d'avoir à notre disposition de tels outils !

Pour l'aspect pratique, à la fin de l'ouvrage, les questions sont répertoriées dans un index de quinze thématiques ( Amitié, Amour, Animaux, Argent, Cosmos et Univers, Enfants et Adultes... )

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p. 10 "Les petits sont exactement sur ma longueur d'onde en matière d'humour subversif. Mes modèles sont les fables d'Esope, donc aussi celles de La Fontaine, ainsi que les histoires de Erich Kästner."

 

p. 10 "La liberté existe pour qu'on la prenne. Je ne raisonne pas que pour être raisonnable. Si un mystère se révèle inexplicable, eh bien, qu'il nourrisse notre imagination et abreuve nos rêves !"

 

p. 43 Question : "Est-ce que c'est bien qu'il y ait des zoos?"  Rebecca, 9 ans.

         Réponse : "Il y a quelques années, j'ai visité un pays peuplé et administré par des animaux. Déguisé en singe, je passais là-bas incognito. Et j'ai découvert des zoos qui exhibaient des êtres humains. Je me suis dit : "Si ces Homo sapiens n'étaient pas protégés dans leurs cages, ils auraient été dévorés depuis belle lurette par la populace carnassière." 

 

p. 56 Question : "Pourquoi faut-il mettre les choses à l'endroit ?" Valentine, 3 ans.

         Réponse : (...) "Et pourtant l'envers des uns est l'endroit des autres. Nous écrivons et lisons de gauche à droite. L'arabe et l'hébreu procèdent à l'inverse, donc pour nous à l'envers. L'ara est un perroquet de la famille des palindromes, il se lit dans les deux sens, sans endroit et sans envers, comme Eve, Laval et "Esope reste ici et se repose". Il en va de même d'une boule, à condition qu'elle soit placée à son lieu attitré comme la bille dans son roulement. On pourrait ajouter qu'un retour c'est un départ à l'envers, que le jour c'est la nuit à l'endroit, qu'avec la vérité et le mensonge il en va de même." (...)

 

p. 63 Question : "C'est quoi le temps ?" Samuel, 4 ans.

         Réponse : (...) "Les secondes envient les heures, les semaines sont jalouses des années, et les siècles regrettent le passé. Ainsi le temps s'est-il vu affublé de calculs, de dimensions d'évaluation éphémères qui le laissent complètement indifférent.

                                    Pour nous, le temps devient un espace entre deux événements lorsqu'il s'agit du passé. 

                                    Celui-ci est séparé du futur par une fine membrane qu'on appelle le présent. Nous vivons une succession de moments qui s'agglomèrent en chronologie."

 

p. 66/67 Question : "Pourquoi on ne mange pas la viande des gens qui sont morts ?" Léon, 4 ans.

              Réponse : (...) "Il vaut sans doute mieux ingérer une viande morte qu'une viande encore vivante, tel un ogre friand de nouveau-nés, avec un peu de gros sel, des gousses d'ail et un quignon de pain paysan. 

                                         La guerre elle aussi est une boucherie, avec des soldats, des masses de civils et d'enfants qui passent à l'abattoir. Pourquoi ces victimes ne seraient-elles pas aptes à la consommation, alors que les conflits sont souvent suivis de pénurie dans l'alimentation ? Parce que ce serait du cannibalisme. 

                                         Un tel gâchis pourrait paraître absurde. Pourquoi ne pas se rassasier d'un cassoulet de belle-mère, d'une blanquette d'adolescent ou d'andouillettes de septuagénaire ? Et que non ! Nous partageons avec beaucoup de mammifères l'aversion envers une nourriture  qui proviendrait de notre propre espèce. C'est tout simplement dans la nature. 

                                         Si les humains se dévoraient entre eux, ils auraient disparu depuis longtemps. Avec la surpopulation actuelle, dans un monde en grande partie affamé, il sera sans doute bientôt nécessaire de surmonter notre instinct pour apprendre à nous rassasier de notre prochain."

 

p. 84 Question : "Qui a inventé le feu ?" Mattias, 5 ans.

         Réponse : (...) "Les Grecs anciens racontaient que Prométhée vola le feu à Zeus, le chef des dieux, et le donna aux hommes pour le chauffage, la cuisson et la construction de bûchers, comme celui qui consuma Jeanne d'Arc. Pour ce vol, Prométhée fut enchaîné à un rocher, victime d'un aigle, qui, à longueur de journée se rassasiait de son foie. Mais quel serait le châtiment adapté pour moi qui ai l'habitude d'empocher les briquets des autres ?" 

 

p. 100 Question : "Je n'ai ni soeur ni frère. Est-ce normal que je me sente seule ? " Coline, 10 ans et demi.

           Réponse : " Petit, à 6 ans, j'ai été envoyé en pension chez mon oncle. Je n'avais ni amis ni compagnons de jeux. J'avais perdu mon père. Mon abandon était abominable. Je me suis réfugié dans la lecture et dans le dessin. Mon imagination est devenue ma meilleure amie. Avec elle, je me suis évadé pour découvrir une liberté qui m'est restée fidèle jusqu'à ce jour. (...)"