Une ombre chacun - Carole Llewellyn

  • Titre : Une ombre chacun
  • Auteur : Carole Llewellyn
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 13 avril 2017
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2-7144-7610-4

L'auteur

Carole Llewellyn, née en 1983, est comédienne et auteur. Elle a étudié la littérature américaine et l'art dramatique entre la France et les Etats-Unis. Depuis l'obtention de son doctorat en 2010, elle vit à Paris. Une ombre chacun est son premier roman.

Carole Llewellyn

(Clic sur la photo pour accéder au site de Carole Llewellyn)

Quatrième de couverture

Rescapée d'un enlèvement quand elle était enfant, Clara, 30 ans, mène désormais à Paris une vie confortable avec son mari, Charles. Pourtant, lorsqu'il lui demande un enfant, elle décide de partir sans laisser de trace. 
Homme d'affaires occupé, Charles loue les services de Seven Smith, un ancien Marine, afin de retrouver son épouse. Pour le soldat américain, que la fin de la guerre a laissé sans but, la quête de cette femme disparue est une occasion inespérée d'exister à nouveau. 
À travers l'Europe, Clara et Seven vont partir à la recherche de vérités sur eux-mêmes qui altéreront pour toujours le sens de leurs vies. 

Mes impressions

Ce roman est une quête, une fuite en avant, un voyage parallèle que font les deux personnages principaux, à travers l'Europe du sud. Qu'ont-ils à s'offrir l'un à l'autre? Va-t-il finir par la retrouver? L'écriture de Carole Llewellyn est percutante. On y retrouve tous les éléments d'un thriller, j'ai été surprise à plusieurs reprises, j'ai aimé la progression très méthodique et "mentaliste" de Seven, j'ai aimé les descriptions des personnages, des milieux dans lesquels ils évoluent, et le caractère très déterminé de Clara, qui fuit un monde dans lequel elle ne se retrouve pas.

p.52 "Il était allé sur son compte Instagram et avait passé presque une heure à regarder toutes les photos. Des centaines, plus de mille photos de sa vie soigneusement mise en scène. Prions pour Charlie. Prions pour le Bataclan. Les Européens avaient eu un 11-Septembre qui n'avait pas de fin."

p.53 "Elle y portait un haut à fines bretelles, peut-être le corsage d'une robe dont le bas était invisible, de couleur crème et noir. Elle esquissait un sourire délicat, discret. Enigmatique Mona Lisa de plusieurs siècles vieillie qui avait fui son cadre sous vitre blindée de Paris. Il s'était demandé à l'intention de qui cette photo avait été prise, et avait imaginé pendant plusieurs jours tout un tas de scénarios palpitants qui fonctionnaient dans son imaginaire en accord avec ce qu'une femme française devait être."

A mon sens, ce roman offre plusieurs niveaux de lecture : le roman policier, certes, ce qui en fait un "page turner", mais aussi le conte initiatique, et puis, plusieurs jours après la fin, les personnages me hantent encore, et là apparaît un troisième niveau, plus psychologique, symbolique. Enfin, l'histoire est parsemée de références littéraires (je ne les ai certainement pas toutes vues!) qui à elles seules invitent aussi à la réflexion.

Lorsque j'ai lu le livre, je ne savais pas que Carole Llewellyn avait étudié Cormac McCarthy, dont je n'ai lu qu'une oeuvre d'ailleurs, "La route", et je me suis justement fait la réflexion que par moments je ressentais un certain malaise (voulu je pense par l'auteure), comme dans "La route" justement. Un malaise d'être le témoin d'une quête sans objet véritable, concret, une fuite vers le néant. Un sentiment qui invite à la réflexion. Tout est à la fois simple et très complexe, humain, quoi. Les deux protagonistes ont vécu des traumatismes dans le passé, qui les ont façonnés tels qu'ils sont aujourd'hui, et il leur faut composer avec. 

Je ne peux pas en dire beaucoup plus sans dévoiler certains aspects de l'histoire qui, il me semble, doivent être découverts au moment-même de la lecture.

J'ai beaucoup aimé l'humour distillé dans le roman, ainsi que les situations cocasses dues au décalage entre les cultures française et américaine, puis les références à la littérature anglophone. Ainsi trouve-t-on beaucoup de parallèles, de "clins d'oeil", à Mrs Dalloway de Virginia Woolf, ne serait-ce que dans les noms des personnages, mais aussi des références à Faulkner.

p.119 "...il pensa à ce qu'il restait de sa famille, à son entourage, à son quotidien, à Sarare qui était probablement la personne la plus proche d'elle et il se dit qu'elle n'était pas partie au nord et il prit la biographie de Virginia Woolf qu'il voulait relire..."

p.151 "Il pensa à Quentin, à sa promenade dans les allées de Harvard, une montre cachée dans sa poche, douleur d'un héritage à porter, qui rappellerait à chaque battement l'imminence de sa mort." 

p.202 "Elle est très intelligente, c'est son plus grand défaut. Les gens intelligents se font du mal pour rien. Regardez Rimbaud. Mais Seven ne savait pas qui était Rimbaud, et quand il avait cherché sur Internet, il était tombé sur une ville en Afrique et il supposa qu'il n'avait pas bien compris et laissa tomber."

Ce que j'ai moins aimé, c'est le côté "obsédé sexuel" de Seven, je pense avoir compris ce que cela apportait au personnage (je ne peux en dire plus sans en dévoiler trop!), peut-être cet aspect de sa personnalité revient-il un peu trop souvent. Mais cela n'a pas pour autant altéré mon engouement pour ce roman, et j'attends avec impatience le prochain!

Merci aux Editions Belfond de m'avoir permis de découvrir cette histoire!

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p.144 "Vérifier Instagram, Facebook, e-mails, textos, WhatsApp. Nous étions tous drogués au flot constant de nouvelles extérieures, perspectives du monde made in BFM qui ne connaissait pas de silence. Il était tellement plus simple de s'émouvoir de quelque chose si loin et d'oublier que nous ignorions les gens près de nous."

p.231 "Elle marcha le long de la plage en contemplant le ciel qui embrasait la mer à mi-chemin entre le parcours de Dieu et la volonté des hommes."

p.232 "Le sable du côté des plages privées était doux et tendre et dès qu'on s'en éloignait, plus près de la mer, il devenait rocailleux, la marche était difficile. La césure entre les pauvres et les riches était finalement partout, autant rue de Sèvres que dans les rues sans nom de Naoussa. Cette eau gratuite donnée par Dieu aux hommes devenait la propriété de certains, comme les terres affinées, disputées avec amertume et sans grandeur par des hommes affamés."