Les mots d'Hélio 1

Interview de Nancy Guilbert et Yaël Hassan 

par Blandine du blog Vivrelivre,

Pauline du blog Entre les pages

et Cécile du blog La maison des livres.

 

La chronique de Blandine  *** La chronique de Pauline *** La chronique de Cécile

 

Nancy, Yaël, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions !

Merci à vous trois pour cette interview sur notre roman.

 

Pouvez-vous présenter Les mots d'Hélio à nos lecteurs ?

Hélio, un ado fan de sciences et surtout de plantes, est atteint d’une aphasie de Broca suite à un accident en montagne. Il ne connaît pas son père biologique et vit avec sa mère, astrophysicienne. Lorsque cette dernière le voit chuter, elle perd la mémoire et devient amnésique. Ils sont donc placés en Centre de rééducation tous les deux et au bout de quelques mois, Hélio apprend qu’il ira vivre dans une famille d’accueil, désignée par sa mère au cas où elle ne pourrait plus s’occuper de lui.

Dans cette famille, il y a les parents et deux enfants, Mila, une ado rebelle, et Ruben, un enfant, ainsi qu’une gouvernante, Bianca, dont on comprend rapidement qu’elle porte un lourd secret. Chacun d’entre eux accueille Hélio à sa façon, les liens se tissent peu à peu, et des secrets enfouis se révèlent.

 

Questions à Nancy et Yaël :

Quand (comment, où) vous êtes-vous rencontrées ?

Nancy : j’avais lu quelques romans de Yaël grâce à ma fille, et j’ai abordé Yaël au salon d’Eaubonne en 2014 en lui disant que j’aimerais beaucoup écrire avec elle. À l’époque, Yaël m’avait répondu très gentiment qu’elle était inondée de projets, mais que, pourquoi pas, un jour…

Yaël : C’est quelques années plus tard, lors d’un autre salon à Lambersart, que Nancy m’a réitéré sa demande. Mais cette fois, elle ne s’est pas contentée d’une réponse évasive de ma part. 

 

Comment est né ce projet d'écriture entre vous deux ?

Nancy : Effectivement, lorsqu’on s’est revues au salon de Lambersart en 2018, j’ai reparlé à Yaël de mon désir d’écriture à quatre mains et celle-ci lui m’a répondu : « envoie-moi ton idée ! »

Yaël : Nancy a raconté cette histoire d’ado enfermé dans sa « bulle », incapable de dialoguer, mais avec une grande réflexion intérieure sur le monde qui l’entoure, et qui atterrit dans une famille inconnue. Des préjugés que l’on porte sur les gens, sur le handicap… 

L’idée m’a d’emblée plu et c’était parti.

 

Aviez-vous déjà écrit ensemble ?

Non.

 

Pourquoi ce titre ?

Car le lecteur peut aussi entendre « maux ».

Au départ, le titre était « Bulle ». Les éditrices ont jugé qu’il n’était pas assez explicite et l’ont renommé ainsi. En effet, « mot »  peut être entendu des deux façons.

 

Comment s’est fait le choix de la couverture ? Ses couleurs pimpantes et ses traits joyeux n’augurent rien de l’histoire à venir.

Nous ne l’avons pas choisie, nous l’avons découverte ensemble lors d’une réunion avec les représentants. Nous n’avions pas tout à fait imaginé ce genre de couverture, pas assez explicite à notre goût, surtout pour un ado, car la couverture est déterminante dans son choix de lecture.  Elle plaît quand même à certains lecteurs, et heureusement !

 

Comment se sont faits le choix et la répartition des personnages ?

Ainsi que leur prénom, leur nombre, leur histoire ?

Nancy : J’avais Hélio dans la tête, Yaël s’est immédiatement emparée de Bianca, la gouvernante au lourd secret, et de Mila, l’ado rebelle mais dégourdie, qui mène l’enquête. Puis Nancy a très vite eu envie de prendre le personnage de Ruben, innocent et attachant. 

Les autres personnages : Miangaly, (l’orthophoniste), Anissa (la copine d’Hélio), Stéphane (le père) et Sophie (l’ambulancière), apparaissent plus épisodiquement. 

Ils sont surtout là pour que les lecteurs se rendent compte à quel point on est loin, parfois, de comprendre ce que ressent l’autre.

 

Pourquoi ce prénom, Hélio ?

Le mystère des prénoms… Il était là, il s’appelait Hélio !

 

Comment avez-vous organisé l'écriture de ce roman ?

Nous avons défini les grandes trames, le fil rouge, le secret final, et les choses sont venues petit à petit. Yaël a fait la surprise du passé de Bianca, et Nancy celle de ce que vit Ruben à l’école.

 

Est-ce que ce qui est arrivé à Hélio est inspiré d'un fait réel / est arrivé à quelqu'un que vous connaissez ?

Oui, un camarade de classe de la fille de Nancy s’est retrouvé en centre de rééducation en mars 2018, incapable de communiquer, après une infection au cerveau.

 

Qui a eu l'idée de la passion d'Hélio pour les fleurs ? Pourquoi ?

C’est Nancy, qui avait déjà traité de ce parallèle entre les gens et les fleurs dans son album L’arboretum, et qui avait envie de partager cette idée au public ado.

 

 

Questions à Nancy Guilbert

 Pouvez-vous nous expliquer comment est venue l’idée d’associer les plantes et le héros de cette histoire ?

Je l’avais déjà abordé dans L’arboretum, et je trouvais qu’il y avait encore des choses à dire, à creuser, sous une autre forme plus approfondie. Marie Berville (l’éditrice) a bien voulu qu’il y ait des petits croquis.

 

Comment avez-vous fait pour vous « mettre dans la peau » d’Hélio ? Avez-vous interviewé des professionnels de santé à ce sujet ? Êtes-vous allée à la rencontre de personnes handicapées ?

Ma fille et moi avons beaucoup échangé pendant la rééducation de son camarade de classe ; elle me racontait les étapes, le long processus pour réapprendre à parler, à tenir un crayon, un téléphone… Par empathie, je suppose aussi que l’on arrive à s’imaginer, au quotidien, la frustration permanente du décalage entre les pensées et les mots qui sortent si mal.

Lors du Prix Gulli, l’un des membres du Jury nous a confié que sa fille avait le même genre de handicap qu’Hélio, et qu’elle avait d’abord lu le livre avec lui, puis l’avait relu, seule… Et qu’elle l’avait beaucoup aimé. C’est très important pour moi, de ne pas déformer les ressentis des personnes concernées par un accident, un handicap, ou un drame.

 

Vous avez au début de chaque passage concernant Hélio, choisi une citation. Cette citation était-elle un guide dans l’écriture ? Aviez-vous dès le départ déjà toutes les citations en tête ?

Cela me permettait surtout de resserrer le chapitre sur un fait important, qui était résumé par la citation, sinon j’ai tendance à partir dans mille directions à la fois quand j’écris. Au départ, je ne voulais que des citations sur les plantes et les jardins, mais j’y ai renoncé, c’était trop difficile. Elles sont venues petit à petit, et elles annonçaient, comme un résumé, l’essentiel du chapitre.

 

Les thèmes abordés vous sont chers et vous les avez déjà traités dans vos précédents romans, mais pour un lectorat un peu plus âgé. Pourquoi avoir écrit pour les « un peu plus jeunes » ? Y a-t-il des adaptations spécifiques à faire ?

Il paraît que l’on réécrit toujours la même chose, sous différentes formes !

Oui ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur, qui font partie de moi, et que je développe parfois sans m’en rendre compte.

Pour des enfants plus jeunes, on veille à respecter le degré de maturité de nos lecteurs, on adapte un peu le vocabulaire, mais on ne s’empêche pas de parler de choses auxquelles les enfants de 9-12 ans sont confrontés, eux aussi, parce que la vie est loin d’être rose.

 

 

Questions à Yaël Hassan

 

Aviez-vous déjà écrit une histoire à 4 mains ? Si oui, pouvez-vous nous en parler ? Si non, qu’est-ce qui vous a plu dans ce processus ?

Oui, c’est devenu une pratique très régulière pour moi. Ma première co-autrice a été Rachel Hausfater avec laquelle j’ai écrit De Sacha à Macha,  mon 1er roman à deux claviers en 1998. Pendant plusieurs années, je n’écrivais qu’avec elle en tant que co-autrice. Puis d’autres auteurs m’ont sollicitée, pour mon plus grand plaisir. Il y a eu Mathieu Radenac avec lequel j’écris régulièrement, puis Pascal Brissy et Nancy.  

L’écriture est une activité qui se fait généralement dans la solitude la plus totale. On est seul face à son cahier, son écran, avec des doutes, des moments de découragement… Écrire a deux est donc extrêmement ludique, c’est une récréation, un moment de partage, d’échange, de stimulation… 

 

Pour le personnage de Mila, vous avez dû adapter votre langage au langage des jeunes aujourd’hui. Pour avoir des ados à la maison, je trouve que c’est particulièrement réussi. Où puisez-vous votre inspiration ?

J’ai une très longue pratique de l’écriture pour ados. J’ai publié mon premier roman en 1997. Cela fait donc plus de vingt ans que je vais à la rencontre de mes jeunes lecteurs, que je les observe et les écoute. Ces rencontres me sont non seulement précieuses mais indispensables, car d’une année sur l’autre les modes, les codes, les langages, les centres d’intérêt changent, évoluent. On ne peut pas écrire pour les ados en restant enfermée dans son bureau, sinon on serait très vite sur la touche ! 

 

Le personnage de Bianca a souffert de la dictature militaire en Argentine dans les années 1970. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de mettre en lumière ces évènements d’abord, et ensuite auprès d’un jeune public ?

J’ai besoin d’écrire « utile ». Chaque fois que je commence un roman, la première question que je me pose est : « En quoi ce texte va-t-il être utile à tes lecteurs ?» Je choisis donc toujours d’aborder des thématiques que mon jeune public découvrira ou aura envie d’approfondir. Là, après que le prénom de Bianca m’est spontanément venu, je lui ai cherché une histoire… Je n’avais jamais abordé ce sujet. Et voilà… 

 

Ce roman a déjà été sélectionné pour plusieurs Prix, cela doit vous faire très chaud au cœur (et à nous aussi !).

Merci ! Effectivement, c’est précieux.

Un prix pour un auteur de littérature jeunesse est comme une bonne note pour les élèves. Il vient récompenser un bon travail, un travail reconnu. Et c’est en cela qu’ils sont si précieux.

 

Des rencontres autour de ce roman sont-elles déjà prévues ?

Au salon de Gien où il est sélectionné, (mais nous sommes malheureusement invitées ailleurs), à La Saussaye, et, peut-être à Villejuif, s’il passe la présélection. Et bien sûr, nous en parlons déjà dans les classes et pour les salons à venir.

 

Nancy et Yaël, avez-vous des projets en cours dont vous aimeriez nous parler ? Des sorties ?

Nous avons tenté un nouveau roman à deux voix que nous avons finalement abandonné, mais nous sommes reparties, cette semaine, sur une nouvelle idée qui nous plait énormément, pour les 9-12 ans. Aventures, action, émotions, dans un autre décor que la France, mais chut, nous n’en dirons pas plus !

 

Les sorties de Nancy pour cet automne 2019

        L’oiseau lyre, album, aux éditions Courtes et Longues (ill Valérie Michel)

        Venise, bises cerises, roman préado, aux éditions Oskar

        Marie-Aglaé, reine de la récré, album, aux Editions Les p’tits bérets (ill Séverine Duchesne)

        Zébuline, T1 Vive l’amitié, album-BD, aux éditions Des ronds dans l’O (ill Armelle Modéré)

 

Actualité de Yaël

        Mytho, co-écrit avec pascal Brissy, Auzou

        Lilou, ma vie comme sur des roulettes, T1, Auzou

        Ange, le gardien, Ed du Mercredi, sortie novembre

 

Nous souhaitons à votre roman, comme à vos autres livres, de connaître le succès qu’ils méritent et avons hâte de vous lire à nouveau !

Un immense merci à vous trois.

 

Merci pour vos réponses !