La maison des livres

29 avril 2017

Une ombre chacun - Carole Llewellyn

Une ombre chacun - Carole Llewellyn

  • Titre : Une ombre chacun
  • Auteur : Carole Llewellyn
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 13 avril 2017
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2-7144-7610-4

L'auteur

Carole Llewellyn, née en 1983, est comédienne et auteur. Elle a étudié la littérature américaine et l'art dramatique entre la France et les Etats-Unis. Depuis l'obtention de son doctorat en 2010, elle vit à Paris. Une ombre chacun est son premier roman.

Carole Llewellyn

(Clic sur la photo pour accéder au site de Carole Llewellyn)

Quatrième de couverture

Rescapée d'un enlèvement quand elle était enfant, Clara, 30 ans, mène désormais à Paris une vie confortable avec son mari, Charles. Pourtant, lorsqu'il lui demande un enfant, elle décide de partir sans laisser de trace. 
Homme d'affaires occupé, Charles loue les services de Seven Smith, un ancien Marine, afin de retrouver son épouse. Pour le soldat américain, que la fin de la guerre a laissé sans but, la quête de cette femme disparue est une occasion inespérée d'exister à nouveau. 
À travers l'Europe, Clara et Seven vont partir à la recherche de vérités sur eux-mêmes qui altéreront pour toujours le sens de leurs vies. 

Mes impressions

Ce roman est une quête, une fuite en avant, un voyage parallèle que font les deux personnages principaux, à travers l'Europe du sud. Qu'ont-ils à s'offrir l'un à l'autre? Va-t-il finir par la retrouver? L'écriture de Carole Llewellyn est percutante. On y retrouve tous les éléments d'un thriller, j'ai été surprise à plusieurs reprises, j'ai aimé la progression très méthodique et "mentaliste" de Seven, j'ai aimé les descriptions des personnages, des milieux dans lesquels ils évoluent, et le caractère très déterminé de Clara, qui fuit un monde dans lequel elle ne se retrouve pas.

p.52 "Il était allé sur son compte Instagram et avait passé presque une heure à regarder toutes les photos. Des centaines, plus de mille photos de sa vie soigneusement mise en scène. Prions pour Charlie. Prions pour le Bataclan. Les Européens avaient eu un 11-Septembre qui n'avait pas de fin."

p.53 "Elle y portait un haut à fines bretelles, peut-être le corsage d'une robe dont le bas était invisible, de couleur crème et noir. Elle esquissait un sourire délicat, discret. Enigmatique Mona Lisa de plusieurs siècles vieillie qui avait fui son cadre sous vitre blindée de Paris. Il s'était demandé à l'intention de qui cette photo avait été prise, et avait imaginé pendant plusieurs jours tout un tas de scénarios palpitants qui fonctionnaient dans son imaginaire en accord avec ce qu'une femme française devait être."

A mon sens, ce roman offre plusieurs niveaux de lecture : le roman policier, certes, ce qui en fait un "page turner", mais aussi le conte initiatique, et puis, plusieurs jours après la fin, les personnages me hantent encore, et là apparaît un troisième niveau, plus psychologique, symbolique. Enfin, l'histoire est parsemée de références littéraires (je ne les ai certainement pas toutes vues!) qui à elles seules invitent aussi à la réflexion.

Lorsque j'ai lu le livre, je ne savais pas que Carole Llewellyn avait étudié Cormac McCarthy, dont je n'ai lu qu'une oeuvre d'ailleurs, "La route", et je me suis justement fait la réflexion que par moments je ressentais un certain malaise (voulu je pense par l'auteure), comme dans "La route" justement. Un malaise d'être le témoin d'une quête sans objet véritable, concret, une fuite vers le néant. Un sentiment qui invite à la réflexion. Tout est à la fois simple et très complexe, humain, quoi. Les deux protagonistes ont vécu des traumatismes dans le passé, qui les ont façonnés tels qu'ils sont aujourd'hui, et il leur faut composer avec. 

Je ne peux pas en dire beaucoup plus sans dévoiler certains aspects de l'histoire qui, il me semble, doivent être découverts au moment-même de la lecture.

J'ai beaucoup aimé l'humour distillé dans le roman, ainsi que les situations cocasses dues au décalage entre les cultures française et américaine, puis les références à la littérature anglophone. Ainsi trouve-t-on beaucoup de parallèles, de "clins d'oeil", à Mrs Dalloway de Virginia Woolf, ne serait-ce que dans les noms des personnages, mais aussi des références à Faulkner.

p.119 "...il pensa à ce qu'il restait de sa famille, à son entourage, à son quotidien, à Sarare qui était probablement la personne la plus proche d'elle et il se dit qu'elle n'était pas partie au nord et il prit la biographie de Virginia Woolf qu'il voulait relire..."

p.151 "Il pensa à Quentin, à sa promenade dans les allées de Harvard, une montre cachée dans sa poche, douleur d'un héritage à porter, qui rappellerait à chaque battement l'imminence de sa mort." 

p.202 "Elle est très intelligente, c'est son plus grand défaut. Les gens intelligents se font du mal pour rien. Regardez Rimbaud. Mais Seven ne savait pas qui était Rimbaud, et quand il avait cherché sur Internet, il était tombé sur une ville en Afrique et il supposa qu'il n'avait pas bien compris et laissa tomber."

Ce que j'ai moins aimé, c'est le côté "obsédé sexuel" de Seven, je pense avoir compris ce que cela apportait au personnage (je ne peux en dire plus sans en dévoiler trop!), peut-être cet aspect de sa personnalité revient-il un peu trop souvent. Mais cela n'a pas pour autant altéré mon engouement pour ce roman, et j'attends avec impatience le prochain!

Merci aux Editions Belfond de m'avoir permis de découvrir cette histoire!

*****

p.144 "Vérifier Instagram, Facebook, e-mails, textos, WhatsApp. Nous étions tous drogués au flot constant de nouvelles extérieures, perspectives du monde made in BFM qui ne connaissait pas de silence. Il était tellement plus simple de s'émouvoir de quelque chose si loin et d'oublier que nous ignorions les gens près de nous."

p.231 "Elle marcha le long de la plage en contemplant le ciel qui embrasait la mer à mi-chemin entre le parcours de Dieu et la volonté des hommes."

p.232 "Le sable du côté des plages privées était doux et tendre et dès qu'on s'en éloignait, plus près de la mer, il devenait rocailleux, la marche était difficile. La césure entre les pauvres et les riches était finalement partout, autant rue de Sèvres que dans les rues sans nom de Naoussa. Cette eau gratuite donnée par Dieu aux hommes devenait la propriété de certains, comme les terres affinées, disputées avec amertume et sans grandeur par des hommes affamés."

Posté par Lamiedeslivres à 16:27 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


20 avril 2017

Le Jardin enchanté de Maria Hofker - Marie-France Boyer - Marijke Heuff

De retour en France pour une semaine, j'ai peu de temps pour la lecture, beaucoup à faire au jardin! Je profite de cette occasion pour vous présenter un livre que j'adore, sur...le jardin! Mais pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit du "Jardin enchanté de Maria Hofker"!

Le Jardin enchanté de Maria Hoffker

Nouvelle édition présentée par Anna Gavalda.

  • Titre : Le Jardin enchanté de Maria Hofker
  • Auteurs : Marie-France Boyer et Marijke Heuff
  • Editions : Editions du Chêne (nouvelle édition présentée par Anna Gavalda)
  • Date de parution : 2009 Editions du Chêne - Hachette Livre pour la présente édition, 1988 Editions du Chêne pour la première édition.
  • Nombre de pages : 128
  • ISBN : 978-2-81230-022-6

L'histoire de ce livre

Ce magnifique livre, paru en 1988 et épuisé par la suite, c'est grâce à Anna Gavalda que l'on peut de nouveau aujourd'hui avoir le plaisir de s'y perdre. En effet, le cherchant désespérément, et ne le trouvant pas, elle a eu la bonne idée un jour de contacter la directrice des Editions du Chêne, pour lui demander, la supplier, de rééditer ce bijou. 

***

"Maria Hofker (1902-1999) avait créé son jardin en 1949, et d'une minuscule parcelle de mauvaises herbes et de ronces, elle avait fait un remarquable jardin "sauvage", à l'exemple des jardins anglais du début du XXème siècle.

Ce jardin, c'était son bonheur et aussi la nourriture de son imaginaire. Non contente de l'entretenir, elle l'a peint et y a consacré des poèmes : ainsi sont nés cinquante volumes calligraphiés et reliés mains.

Le Jardin enchanté de Maria Hofker esquisse à travers des textes de Marie-France Boyer et des photographies de Marijke Heuff le portrait d'une surprenante vieille dame et restitue tout le charme de son jardin."

Les auteurs

Marijke Heuff est une photographe hollandaise de jardins reconnue. Elle vit à Amsterdam où elle a rencontré Maria Hofker par hasard et a photographié son jardin pendant de nombreuses années.

Marie-France Boyer, écrivain et journaliste, est editor pour The World of Interiors. Elle a publié de nombreux ouvrages aux Editions du Chêne et chez Thames & Hudson. Elle a rencontré Maria Hofker lors de plusieurs entretiens entre 1985 et 1988 à Amsterdam à partir desquels elle a conçu et écrit ce livre. 

Quatrième de couverture

Maria Hofker s'est éteinte en 1999, à 97 ans. Jusqu'à sa mort, elle s'est occupée de son jardin dans la banlieue d'Amsterdam et l'a peint dans ses carnets, aujourd'hui conservés par le Rikjmuseum et le musée Teyler de Haarlem aux Pays-Bas. Maria Hofker tenait énormément à cette reconnaissance officielle. "Ainsi mon jardin vivra-t-il toujours" répétait-elle inlassablement.

Publié pour la première fois en 1988, Le Jardin enchanté de Maria Hofker propose de redécouvrir ce lieu magique et clos, coupé du monde, à travers un regard à la fois botanique, artistique et humaniste.

Mes impressions

Maria Hofker, j'en ai entendu parler pour la première fois il y a cinq ans, lors de la visite du magnifique jardin d'une amie, dont l'entrée est ornée de cette ardoise

IMG_5046

Cette phrase me parlant beaucoup, en rentrant chez moi, j'ai cherché qui était Maria Hofker, et là j'ai découvert sa belle histoire et l'existence de ce livre que j'ai aussitôt commandé et qui depuis ne me quitte plus. Cette année-là, j'ai passé l'été à m'en délecter. Il s'en dégage une telle poésie que je crois qu'il donnerait à n'importe qui l'envie de jardiner.

IMG_0748

 

Voici un aperçu de quelques uns des nombreux volumes de ses aquarelles et poèmes, qu'elle a elle-même reliés.

IMG_0751

 

IMG_0749

 

Ce livre est un condensé de la vie de Maria Hofker au jardin, avec à la fois ses pensées (elle tenait un journal), des poèmes, ses aquarelles, ainsi que des photos de son jardin, de ses fleurs et aussi d'elle-même.

Arche de New Dawn

 

Alors si vous aimez le jardin, la poésie, les livres, la peinture, les fleurs, n'hésitez pas un instant, partez à la recherche de ce livre, vous ne le regretterez pas, il ne vous quittera plus!

*****

Rosier nichoir

 

Je me suis beaucoup inspirée de ce livre (et je m'en inspire encore) pour planter des vivaces ou choisir des rosiers, le New Dawn par exemple (qui n'est pas celui de cette photo!)

Bonne lecture et bon jardinage!

04 avril 2017

On n'a rien vu venir - roman à 7 voix - Préface de Stéphane Hessel

On n'a rien vu venir

  • Titre : On n'a rien vu venir
  • Auteures : Anne-Gaëlle Balpe, Sandrine Beau, Clémentine Beauvais, Annelise Heurtier, Agnès Laroche, Fanny Robin et Séverine Vidal
  • Illustratrice : Aurore Petit
  • Editions : Alice Editions
  • Préface de Stéphane Hessel
  • Date de parution : mars 2012, 4ème impression juin 2016
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2874261626

Auteurs

 

 Anne-Gaëlle Balpe   Clémentine Beauvais   Sandrine Beau   Agnès Laroche 

         Anne-Gaëlle Balpe       Clémentine Beauvais             Sandrine Beau                    Agnès Laroche

 

      Séverine Vidal   Fanny Robin   Annelise Heurtier

                                Séverine Vidal                     Fanny Robin                   Annelise Heurtier

 

Genèse du texte

Un beau jour d'automne, Sandrine Beau et Séverine Vidal se sont lancé le défi de réunir 7 auteurs pour, ensemble, écrire un roman dont le thème serait : 7 familles face à l'arrivée au pouvoir d'un parti liberticide.

Elles ont contacté Anne-Gaëlle Balpe, Clémentine Beauvais, Annelise Heurtier, Agnès Laroche et Fanny Robin, dont elles aiment l'écriture, et qui ont toutes accepté avec enthousiasme de se lancer dans l'aventure. Ainsi est né ON N'A RIEN VU VENIR, un roman d'anticipation politique dont nous pourrions tous être les protagonistes, si nous n'y prenons pas garde.

 

Quatrième de couverture

Des manifestations de liesse populaire ont lieu dans tout le pays : le Parti de la Liberté a gagné les élections...

Mais, très vite, le nouveau pouvoir exclut tous ceux qui s'éloignent un tant soit peu de la norme - les "mal-habillés", les "trop-foncés", les "pas-assez-valides"... - et instaure des règles de plus en plus contraignantes : une heure de lever obligatoire pour tous, des jours de congés fixes, des choses qu'on ne peut pas dire, faire, manger ou porter...la liste des nouvelles lois et prohi-bitions s'allonge, les contrevenants sont traqués et des caméras de surveillance sont installées dans certains domiciles.

Comment en est-on arrivé là?

"On n'a rien vu venir" parle de ce qui peut arriver si l'on n'y prend garde. C'est pourquoi je considère que c'est un livre important, et je vous encourage à le lire." (Extrait de la préface de Stéphane Hessel)

 

Mes impressions

 

 Ce roman, je l'ai repéré en rédigeant la bibliographie de Clémentine Beauvais il n'y a pas longtemps. Le titre m'a tout de suite interpelée. Puis la couverture m'a happée. Puis le sujet...d'actualité! Alors je remercie vivement Alice Editions de m'avoir permis de le lire!

Il s'agit donc d'un roman d'anticipation politique, co-écrit par sept talentueuses auteures jeunesse, qui ont su merveilleusement accorder leurs plumes. A aucun moment je n'ai été perturbée lors des changements de chapitres (et donc d'auteure!). Dans cette histoire, on assiste à l'arrivée au pouvoir d'un parti prônant la liberté, le "Parti de la Liberté", qui une fois en place, abolit peu à peu les droits des citoyens, au nom-même de cette liberté.

Chaque chapitre permet de découvrir une nouvelle famille, de nouveaux protagonistes (tous vivent dans le même quartier et se connaissent). Plus on avance dans l'histoire, plus on découvre les interdits décrétés par le Parti. Et les réactions variées de la population face à ces privations de liberté. Et toujours le même constat, "on n'a rien vu venir", les gens sont stupéfaits.

Je n'ai pu m'empêcher de penser à 1984 de George Orwell en lisant ce roman, mais également de faire le parallèle avec les différents régimes totalitaires qui ont sévi ici à Berlin (la ville en est "truffée" de traces.)

Je trouve ce livre extrêmement pertinent, car il met en garde contre ce qu'il pourrait se passer non pas en s'appuyant sur le passé ("plus jamais ça") mais en imaginant ce que pourrait être le futur si nous n'y prenons pas garde.

Et puis face à toute cette absurdité, il y a aussi un message d'espoir, la Résistance, qui finit toujours par poindre et par grandir.

Un livre à offrir de toute urgence, à lire dans les classes et en famille!

*****

p.41  "Enfin, les nuanciers avaient été diffusés dans les journaux. Avec un appel à la population : "venez vous faire nuancer! Des convocations seront adressées à la population, mais les personnes qui devanceront l'appel et viendront de leur propre initiative se verront remettre des points supplémentaires dans leur Carnet du Citoyen qui leur a été délivré par le Ministère de la Droiture." Les nuanciers s'étaient répandus partout."

p.44  "Mais, évidemment, dans la semaine qui a suivi, il s'est retrouvé au chômage. Supprimés, les cirques, fermés, les théâtres, dissoutes, les compagnies et les troupes. Aujourd'hui, il faut être productif. Et produire du rire ou du plaisir, ça ne sert à rien. Point."

p.58  "Pour la première fois, son incrédulité vacille. "Remédiation positive", ça veut dire tout et n'importe quoi, et ça, justement, c'est inquiétant. Et si ses parents ne mentaient pas? Et si l'on parquait réellement les malades et les handicapés, là, derrière ces murs en toc? Non, ce n'est pas possible, pas plus qu'il n'est possible qu'un gouvernement ait imposé une chose pareille sans que le pays entier se révolte."

p.91  "Chanter à plusieurs, des vieux ou des jeunes, des moches ou des beaux, des noirs, des blancs, des cons ou pas... Chanter à en perdre le souffle, sans se soucier du regard des autres, c'était ma soupape. Avant." 

p.99  "Le moindre faux pas et toute la famille pourra prendre ses cliques et ses claques. Mais elle sera toujours la bienvenue! Ca me fait penser à ce qui est écrit dans mon livre d'histoire. 

Pourtant, le chapitre se finissait par "plus jamais ça". Ca avait l'air si évident."

 

30 mars 2017

Sauveur & fils saison 1 - Marie-Aude Murail

Sauveur & fils - saison1

  • Titre : Sauveur & fils (saison1)
  • Auteur : Marie-Aude Murail
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 13 avril 2016
  • Nombre de pages : 300
  • ISBN : 978-2211228336

L'auteur

 Marie-Aude Murail, née le 6 mai 1954 au Havre, est une auteure française. 

Marie-Aude Murail

(Clic sur la photo pour accéder au site de Marie-Aude Murail)

Quatrième de couverture

Quand on s'appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d'affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s'évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme...

Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.

Mais à toujours s'occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage?

Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture?

Mes impressions

Un roman pétillant, où l'on ne s'ennuie jamais, complètement absorbé par les histoires des différents protagonistes, un peu à la manière du petit Lazare, qui écoute ce qui se passe dans le cabinet de son papa, accroupi près de la porte entrouverte. Marie-Aude Murail, dont le talent n'est plus à démontrer, nous offre une fresque de la société actuelle à travers la lorgnette d'un psychologue clinicien, qui se retrouve confronté aux tourments de ses patients. Y sont abordés les thèmes du divorce, de l'homoparentalité, du racisme, ainsi que les multiples problèmes auxquels peuvent être confrontés les enfants et/ou adolescents. Le tout amené en douceur et avec toujours beaucoup d'humour.

p. 34 "Lazare était pressé. Le mardi, c'était le jour d'Ella, la phobique scolaire. Lazare avait eu quelque difficulté à obtenir des informations sur ce mal étrange car il avait d'abord tapé fobic solaire sur Google. Maintenant, Lazare savait que la jeune Ella faisait tout ce qu'elle pouvait pour se rendre au collège, mais que parfois, prise de mal de ventre ou de nausée, elle n'arrivait pas à en passer le porche."

La "saison 1" se déroule sur sept semaines, pendant lesquelles le lecteur vit au rythme de Sauveur et de son fils, au rythme des rendez-vous des différents patients de Sauveur, dans son cabinet à Orléans. Plus le temps passe, plus on en apprend sur Sauveur et Lazare, sur leur histoire pas évidente. Un mystère plane sur la mort de la maman de Lazare, dans un accident de la route, quelques années auparavant, à la Martinique, là où ils vivaient. Et plus on en sait, plus le mystère s'épaissit. Un suspense très bien mené.

J'ai beaucoup aimé les scènes d'école (l'auteure a dû y faire quelques "stages", certains passages sentent le vécu!)

p.29 " Le calme s'établit dans la salle de classe tandis que les élèves recopiaient le proverbe, ce qui prit à peu près autant de temps que s'il s'était agi de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

          - Si vous avez ENFIN terminé, dit madame Dumayet, vous sortez vos cahiers d'exercices de français...En silence! Vous vous souvenez de l'histoire que nous avons lue ensemble hier?

           La maîtresse eut alors la sensation très exotique de se retrouver en face de 26 petits Chinois ne connaissant que leur seule langue maternelle."

p.167 " Madame Dumayet, n'ayant pas perdu de vue la nécessité pour l'écolier français de travailler en groupe, redémarra aussi ce mardi l'activité d'écriture collective. On arriva en milieu de matinée à un tel paroxysme d'autonomie participative que la maîtresse, qui au début de sa carrière exigeait d'entendre une mouche voler, n'aurait même pas entendu un avion à réaction."

L'auteure arrive ici à raconter une histoire qui tient le lecteur en haleine, tout en écrivant un ouvrage très informatif pour les jeunes (et les moins jeunes!). Une description assez fine, mais avec les mots du petit Lazare, donc simple et parfois drôle (on dédramatise) est apportée pour chaque affection dont il est question dans le livre. Un roman pouvant donc être d'une grande utilité pour des jeunes souffrant de ces symptômes. Cerise sur le gâteau, quelques références littéraires sont habilement semées de-ci de-là par l'auteure (Platon, George Sand...)

Un livre à mettre entre toutes les mains! D'ailleurs, je vous laisse, je file lire la saison 2!

Un grand merci aux éditions l'Ecole des Loisirs pour cette belle découverte!

 

*****

Enorme coup de coeur

p. 146 " - Non, c'est tout sauf facile de poser ce genre de question. Et je vais te dire pourquoi. Parce qu'on a peur de la réponse. Océane aurait pu te dire "C'est parce que j'ai les mains collantes", mais aussi : "C'est parce que t'es moche." Il y a toujours un risque de demander aux gens ce qu'ils pensent de vous. Alors on préfère se faire les questions et les réponses dans la tête, et d'une petite fille timide on fait une sale raciste."

Edit du 03 avril 2017

Voici un lien vers l'émission de ce jour d'Augustin Trapenard sur France Inter, La grande Marie-Aude Murail! Régalez-vous! En l'écoutant à la fin, j'en ai eu des frissons de bonheur!

Posté par Lamiedeslivres à 09:27 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 mars 2017

DIEUX 40 dieux et héros grecs - Sylvie Baussier

Dieux

  • Titre : DIEUX, 40 dieux et héros grecs
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Illustrateur : Almasty
  • Editions : Gallimard Jeunesse
  • Date de parution : 23 février 2017
  • Nombre de pages : 96
  • ISBN : 978-2-07-060385-5

L'auteur

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier)

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

 

Quatrième de couverture

Découvrez le portrait et les aventures de 40 dieux et déesses, héros et héroïnes de la mythologie grecque

(Gaïa, Cronos, Zeus, Thémis, Héra, Hestia, Prométhée, Pandore, Hadès, Déméter, Perséphone, Aphrodite, Héphaïstos, Arès, Athéna, Poséidon, Apollon, Artémis, Asclépios, Hermès, Dionysos, Persée, Sisyphe, Oedipe, Antigone, Héraclès, Orphée, Jason, Médée, Minotaure, Thésée, Ariane, Phèdre, Tantale, Hélène, Agamemnon, Iphigénie, Electre, Achille, Ulysse)

Pour chacun des dieux et héros : sa généalogie, ses alliés et ses ennemis, ses attributs et les épisodes clés de son histoire et des mythes qui lui sont associés. 

 

Mes impressions

Voilà un outil que j'aurais adoré avoir dans ma classe quand, il y a deux ans, nous avons travaillé sur la mythologie! Non seulement ce petit livre est très beau avec sa couverture rigide et le "dessin qui brille", mais il recèle des trésors!

La première page est consacrée à un texte explicatif sur la mythologie, ses origines et l'importance qu'elle a encore aujourd'hui dans nos sociétés. Ensuite arrive le sommaire, que j'aime beaucoup. Très pratique. Pour chaque personnage, un petit portrait, son nom, la page concernée.

Ensuite, chaque personnage a droit à une double page, l'une consacrée à de courts textes très agréables à lire, l'autre à une belle image légendée. L'auteure a su aller à l'essentiel, pour ne pas lasser le jeune lecteur, et tout y est quand même! Une véritable prouesse. Et puis je trouve très astucieux d'avoir morcelé les informations en plusieurs textes courts plutôt que de proposer une page entière de lecture. 

Je serais tentée de qualifier ce livre de "dictionnaire" de personnages de la mythologie. Il s'agit ici d'un "dictionnaire" très didactique, visuel, jamais ennuyeux. Ainsi pour chaque Dieu/Déesse, Héros/Héroïne, nous avons sa généalogie, sa filiation, son histoire, les anecdotes ainsi que ses attributs. 

Poséidon

Voici par exemple la double page consacrée à Poséidon.

Un ouvrage que je recommande donc aux petits comme aux grands, car il représente une source inépuisable d'informations, pour apprendre ou bien pour "rafraîchir" ses connaissances! (L'âge indiqué est "de 10 à 15 ans", mais je l'étendrais volontiers de 8 à 111 ans!)

Un grand merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour cette belle découverte!

Je tiens à préciser que ce beau livre fait partie d'une nouvelle collection, "BAM!" dans laquelle existent d'autres titres, sur des sujets culturels variés, avec toujours ce même principe d'établir 40 portraits de 40 personnages ayant marqué le "thème" dont il est question (ex. "Rock Pop", "Foot", "Paix"...) le début d'une belle collection!

 *****

 


07 mars 2017

Les petites reines - Clémentine Beauvais

Les petites reines

  • Titre : Les petites reines
  • Auteur : Clémentine Beauvais
  • Editions : Sarbacane
  • Date de parution : 1er avril 2015
  • Nombre de pages : 270
  • ISBN : 978-2848657684

L'auteur

Clémentine Beauvais1

(Clic sur l'image pour accéder au site de Clémentine Beauvais)

Clémentine Beauvais, née en 1989, est une auteure jeunesse française.

Quatrième de couverture

On les a élues "Boudins de l'année" sur Facebook.

Mais Mireille Laplanche et ses "boudinettes", Hakima et Astrid, n'ont pas l'intention de se lamenter sur leur sort!

Elles ont des mollets, des vélos, et elles comptent bien rallier Bourg-en-Bresse à Paris...

...pour s'incruster à l'Elysée!

Place aux petites reines !!!

Mes impressions

Voilà un roman jeunesse qui m'intriguait beaucoup, je suis donc allée l'emprunter à la médiathèque.

Pour commencer, j'ai franchement trouvé les héroïnes très grossières. Puis au fil de ma lecture, les gros mots m'ont moins gênée, ils faisaient certes partie du paysage, mais ils étaient supplantés par l'histoire elle-même et les belles valeurs qu'elle véhicule. Pour finir, je dirais que ce ne sont absolument pas eux que je retiendrai de cette histoire. 

Mieux vaut dire quelques gros mots (tout en sachant quand on peut se le permettre et quand il faut s'abstenir) et avoir de belles valeurs, plutôt que l'inverse, non?

Dans ce roman, Clémentine Beauvais nous parle de la "vraie vie" d'adolescentes mal dans leur peau et parfois malmenées. Ces trois filles ont donc été élues "Boudins de l'année" de leur collège-lycée de Bourg-en-Bresse. Astrid est inconsolable, mais très vite avec la capacité de Mireille à aller de l'avant (il faut dire qu'elle n'en est pas à sa première élection) et avec Hakima, le troisième "boudin", elles vont puiser leur force dans la source-même de leur "malheur". Commence alors un "road-trip", comme un voyage initiatique, dont elles sortiront grandies, mais au cours duquel elles essuieront tout de même quelques déboires. 

L'aventure de nos héroïnes se déroule en trois parties, intitulées "Bourg-en-Bresse", "La route" et "Paris", la deuxième partie étant la plus longue.

Le roman est construit sur la structure d'un conte, avec un obstacle, une quête, un éloignement du héros, des obstacles à surmonter, des aides "magiques" (ici elles ne sont pas magiques mais plutôt "spirituelles") et pour finir, le dénouement avec l'arrivée à Paris. 

L'auteure a utilisé beaucoup d'éléments de la vie quotidienne avec humour et réalisme. Tout au long du périple de Mireille et ses acolytes, elle nous offre par exemple des tweets accompagnés de pseudos parfois croustillants. 

Cet humour, vous le retrouverez aussi dans chaque article du blog de Clémentine Beauvais, un pur bonheur, et de franches rigolades, je vous conseille vivement d'aller y faire un tour. Quelle chance pour ses élèves, je pense qu'elle est capable de faire passer les notions les plus difficiles en littérature tout en les faisant mourir de rire.

Comme une réponse aux "gros mots", dans "Les petites reines", le vocabulaire peut être aussi très recherché (ex :  p. 25 "- Ne l'écoute pas Astrid : ce ne sont que mensongeries et billeversées!" p. 150 "Elle nous trouve "exemplaires", "déjantées et dégourdies" et conclut son panégyrique d'un splendide...") , les références littéraires, musicales, historiques fourmillent et l'humour est au rendez-vous presque à toutes les pages. 

p.52 "Et moi, très bien, il me reste le vélo de Maman, le petit bleu, celui qui fait pile ma taille - le vélo de Boucle d'Or, si Boucle d'Or avait été une grosse petite meuf aux cheveux raides et châtain. Allez, roule galette! On s'en va faire un tour."

p.117 "- C'est Lamartine, Hakima.

          - Ah, c'est lui, ce mec. Il a écrit quoi?

          - "Ô temps suspends ton vol..."

p.252 " - Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire, j'ai vu tous les Soleil y venir se Mireille. Aragon. Je croyais que t'aimais les poèmes? Moi, je me disais que ça allait te remonter le moral.

            - Y venir se Mireille?

            - Se mirer. Tous les soleils y venir se mirer. Se regarder dedans, quoi...Tain, mais Mireille, joue le jeu, quoi! Je te dis un poème, il faut que tu fasses un air ravi!"

p.58 "Et là-dessus, il se penche sur le côté et attrape par la taille (qu'elle a de guêpe) une jeune demoiselle parée de fort jolies toilettes, comme dit ma grand-mère, ce qui signifie non pas qu'elle se trimbale un WC portatif sur l'épaule, mais qu'elle est ceinte de vêtements parfaitement seyants."

p.202/203 "Mais en vérité, je n'ai pas l'impression qu'il va me faire ce coup-là. Ca fait des années qu'il est gentil pour rien. Ca fait des années qu'il s'évertue à me faire des cadeaux que je casse et que je jette. Pourquoi fait-il tout ça, alors que je suis un oeuf de coucou, une espèce de troll, la fille indésirée et indésirable qui lui gâche son bonheur à l'américaine, un nain de jardin dans son jardin d'Eden?"

J'ai apprécié la volonté de l'auteure de montrer que l'on peut être jeune, dire des gros mots, sans pour autant manquer de tact, d'intelligence, ni de culture! Et le tout sans lourdeur, avec tellement d'intelligence (de coeur et d'esprit).

Un conte moderne, qui fait du bien, ou comment répondre à la bêtise et à la bassesse par l'intelligence et la compassion.

Et c'est pour tout cela que j'ai beaucoup aimé "Les petites reines".

*****

Nota : le roman "Les petites reines" fait partie des quatre romans en lice pour le Prix des lycéens allemands 2017, je lui souhaite tout le succès qu'il mérite!

 

27 février 2017

Le mystère du géant de Prague- Le golem du ghetto - Sylvie Baussier

Le mystère du géant de Prague - Le golem du ghetto

  • Titre : Le mystère du géant de Prague - Le golem du ghetto 
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar éditeur 
  • Date de parution : 15 octobre 2015
  • Nombre de pages : 104
  • ISBN : 979-1021403710

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier)

Quatrième de couverture

1580. Le ghetto, quartier juif de Prague, vit dans la peur et la menace : des individus malveillants font croire que certains membres de la communauté juive tuent des enfants chrétiens pour utiliser leur sang au cours de rituels. L'empereur Rodolphe II décide que tous les habitants du ghetto sont responsables de ces accusations. Il envisage alors de les expulser. Afin de protéger sa communauté contre cette violence, Rabbi Loew, le grand rabbin de Prague, crée en secret un golem…

***

Je n'existe pas encore. Pourtant je suis la glaise humide des bords de rivière, l'esprit qui flotte dans les bancs de brume. Un jour proche, un homme sculptera mon corps et m'introduira dans le monde des humains. Ce monde trépidant où certains trichent, mentent et font du mal. Moi, le géant de Prague, celui que l'on nomme le Golem, je me lèverai pour protéger les opprimés coincés dans le ghetto. Telle est ma destinée. Un jour, quelqu'un me dictera mes actes. Un jour, dans la ville de Prague... Un jour, pour défendre les opprimés du monde...

Mes impressions

Un livre extrêmement intéressant, qui permet au lecteur d'aborder, à travers une histoire librement adaptée, le thème et l'histoire de la légende juive du Golem. Vers la fin du 16ème siècle, Rabbi Loew, le grand rabbin de Prague, sentant son peuple menacé, donne naissance au golem. Lui seul pourra le seconder efficacement dans sa tâche. Le golem, ce géant de glaise qui ne prend véritablement vie que quand on écrit le nom de Dieu sur son front, va alors accomplir la mission qui lui est confiée, celle de défendre le peuple juif, de démasquer les menteurs et les méchants comploteurs.

J'ai beaucoup aimé la façon dont Sylvie Baussier a abordé ce thème, en nous racontant la relation qui s'est peu à peu installée entre le golem et son créateur, son maître. Le golem est ici "humanisé", et ce de façon très légère et subtile. Dans certains chapitres, écrits en italique, c'est la pensée du golem qui nous est livrée. Et il découvre de quelles bassesses l'homme est capable, mais il fait aussi le constat que même différents, les hommes bons se ressemblent.

p.35 "Et maintenant, il observait et s'étonnait. Il avait cru que les juifs du ghetto et les chrétiens des autres quartiers étaient ennemis. Pourtant, certains en ce moment où la justice éclatait se souriaient, se saluaient. Ensemble, ils se réjouissaient. Le golem trouva soudain que malgré leurs vêtements différents, malgré l'éloignement de leurs maisons, ils se ressemblaient. C'est sans doute tous ceux-là qu'il avait pour mission de protéger des méchants."

Le golem est une entité qu'il est difficile de définir, une légende, un "être" impalpable, difficile à représenter. Créature née de la volonté de l'homme, il doit lui obéir, mais peut aussi échapper à son contrôle et devenir dangereux. Tout ceci est très subtilement amené dans le roman de Sylvie Baussier. 

p. 47 "Qu'allait-il advenir d'eux? Le golem n'allait-il pas les livrer à l'ennemi, sans le vouloir? Il avait été créé pour faire le bien, mais savait-il jusqu'où pouvait aller la noirceur de certains humains?"

L'auteure, à travers ce récit, initie le lecteur à la légende du golem tout en lui racontant une belle histoire, pleine de péripéties et d'émotions.  A plusieurs reprises, grâce à la présence du Golem, quand l'honnêteté et la gentillesse seules ne suffisent plus, le bien triomphe, les méchants sont démasqués et le lecteur en retire un réel sentiment de bien-être. Il y a je pense plusieur degrés de lecture possibles, les plus jeunes y verront une "histoire" et retiendront le nom de golem (qu'ils connaissent par ailleurs dans tous leurs jeux électroniques! Ils en connaîtront ainsi l'origine!) et les plus vieux y verront des références plus subtiles à cette légende du golem.

Le moment où dans le ghetto on s'apprête à fêter la pâque m'a beaucoup touchée, ayant moi-même été invitée à fêter la pâque juive dans une famille de Brooklyn il y a ...17 ans, en avril 2000. Nous étions doublement étrangers (non juifs et français) et avons été accueillis à bras ouverts par cette famille, le père de famille nous faisant le récit de la sortie d'Egypte (les 10 plaies d'Egypte), chaque aliment présent sur la table symbolisant un moment important du récit. J'avais alors été très impressionnée, et j'ai aimé retrouver cette ambiance dans ce passage du livre.

J'ai par ailleurs beaucoup apprécié le dossier (Prague, les ghettos juifs, le golem, les ghettos modernes...)très complet et illustré à la fin de l'ouvrage.

Ce roman est sélectionné pour participer au Prix Azimut 2017 (prix littéraire des lycées français de la zone Asie), je profite donc de ce message pour souhaiter bonne chance au Golem, à Sylvie Baussier ainsi qu'aux éditions Oskar Editeur, que je remercie pour cette lecture!

*****

Deux liens concernant le golem et la ville de Berlin.

Très récemment (du 23 septembre 2016 au 29 janvier 2017) au Jüdisches Museum Berlin (musée juif de Berlin) a eu lieu une très belle et intéressante exposition intitulée "Golem" (l'expo est terminée, mais le lien permet encore de voir des photos et quelques vidéos)

*

Au nord de Berlin se trouve le plus grand cimetière juif d'Europe (42 hectares, 115 000 tombes), le cimetière de Weissensee (Jüdischer Friedhof Weissensee). Chose étrange, ce cimetière n'a absolument pas été détruit, ni même effleuré pendant la guerre, alors que la ville entière était rasée à la fin de la guerre. Une légende dit qu'un golem l'aurait protégé à cette époque...

*

Edit du 7 mars 2017

Je viens de retrouver les photos prises lors de ma visite de l'exposition sur le Golem au musée juif de Berlin à l'automne dernier, en voici quelques unes.

IMG_9919

IMG_9918

IMG_9929

IMG_9925

IMG_9920

IMG_9930

IMG_9931

IMG_9933

 

 

24 février 2017

Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker - Marie Darrieussecq

Etre ici est une splendeur - La vie de Paula M

  • Titre : Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker
  • Auteur : Marie Darrieussecq
  • Editions : P.O.L.
  • Date de parution : 17 mars 2016
  • Nombre de pages : 160
  • ISBN : 978-2-8180-3906-9

L'auteur

Marie Darrieussecq, née le 3 janvier 1969 à Bayonne est une auteure française. Truismes, son premier roman, paru en 1996 a rencontré un grand succès et a été traduit dans une trentaine de langues.

Marie Darrieussecq

 

Quatrième de couverture

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

Mes impressions

 Marie Darrieussecq rencontre Paula Modersohn Becker au hasard d'un courrier qu'elle reçoit l'invitant à une conférence. L'illustration, en tout petit, est un tableau représentant une femme nue, allongée sur le côté, allaitant son nouveau-né.

Commence alors une quête, une enquête sur les traces de cette artiste peintre née en 1876 à Dresde, qui déménagera à Brême avec ses parents puis ira apprendre la peinture à Worpswede, où elle rencontrera son futur mari, le peintre Otto Modersohn.

Au cours de sa courte vie Paula Modersohn Becker fait plusieurs séjours à Paris, où elle aime vivre et peindre. Elle y côtoie son ami Rainer Maria Rilke, qui a épousé son autre amie Clara Westhoff, elle-même élève de Rodin. A ce moment-là, Rilke est le secrétaire de Rodin.

J'ai beaucoup aimé découvrir la vie et l'oeuvre de Paula Modersohn Becker, je me suis parfois perdue, j'ai aimé que l'auteure se livre de temps en temps, nous dévoilant certains moments de son enquête (un peu comme l'a fait David Foenkinos pour Charlotte). Ce livre se lit vite, de même que Paula a vite vécu sa vie, comme si elle savait que son temps était compté. A l'instar de Charlotte Salomon, elle a eu une courte vie et elle a laissé une grande quantité d'oeuvres. J'aurais apprécié que ce livre soit illustré, peut-être le serat-t-il dans une prochaine édition?

Paula Modersohn Becker est la première femme à avoir réalisé des autoportraits nus, puis enceinte.

PMB nue

p.122 "Est-ce parce que les modèles coûtent cher? Est-ce délibéré? Cette femme saine, sportive, jolie, ronde, nudiste, allemande, aimait son corps. Se peindre nue : ce geste-là. Nul narcissisme : du travail. Tout est à faire. D'après miroir ou photo. Tout est à trouver. Je ne sais pas si elle a conscience de ça : d'être la première. En tout cas, nue, elle a toujours l'air joyeuse."

Paula MB

p.78 "Paula a laissé tomber la perspective. Elsbeth est à plat sur la plaine. Elle est haute exactement comme la digitale. Les poules sont devant son torse. L'herbe, le bois et le ciel font trois bandes de couleur. Les pieds sont dans les racines. Le visage incliné est un infini vers l'enfance. La robe explose de blancheur. Aucune ombre. Comment a fait Paula pour donner à ces petites joues, à ces petits bras, le relief doux et rond absent du reste de la toile? Elle a mis vingt-sept ans - elle a mis toute la vie."

PMB Clara Westhoff

p.96 "Et Clara est revenue à Worpswede. Elle reste, malgré tout, la meilleure amie de Paula. Qui la peint, en robe blanche, une rose à la main, la tête un peu renversée, grave. Une pause paula-beckerienne, solennelle sans emphase, et sérieuse, et pleine, et belle."

Paula MB1  

 

Pour accompagner son livre, Marie Darrieussecq a participé à l'organisation de l'exposition "Paula Modersohn Becker l'intensité d'un regard" (prenez le temps de regarder les deux vidéos de présentation de l'expo) au Musée d'Art Moderne de Paris, du 8 avril au 21 août 2016. Paula Modersohn ENFIN exposée à Paris et reconnue par cette ville qu'elle a tant aimée.

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir cette belle exposition...certaines et certains d'entre vous l'ont elles (ils) vue? 

Si je ne suis pas allée à Paris, j'ai vu (et adoré) le film qui est sorti en décembre 2016 en Allemagne et qui s'intitule 

"Paula - mein Leben soll ein Fest sein"

 

IMG_0085

(Clic sur l'affiche pour voir la bande annonce)

 

 *****

Autres liens

Voici pour celles et ceux que ça intéresse la vie de Paula Modersohn-Becker en deux courtes vidéos 

Paula Modersohn-Becker. Geschichte einer Malerin (première partie)

Paula Modersohn Becker in Paris (deuxième partie)

 

Musée "la maison de Paula Modersohn-Becker" à Worpswede

Musée Otto Modersohn à Fischerhude. 

 

PMB Photo

 

Extraits

p.12 "Et si seulement l'amour veut bien éclore pour moi, avant que je m'en aille ; et si je peux peindre trois bons tableaux, alors je m'en irai contente, des fleurs dans les cheveux"

p.19 "Camille Claudel fut élève à Colarossi, et Jeanne Hébuterne, l'amante de modigliani, s'y inscrira aussi."

p.53 "Paula, ses trognes et ses nombreux chapeaux : jusqu'à elle, tout allait bien en Allemagne. Oui, en 1900, pour Heinrich, Martha, Fritz, Otto et les autres, en Allemagne tout va bien. Paula est née et morte dans une Allemagne innocente. Un pays "grand, simple et noble", comme l'écrit Rilke au couple Modersohn pour ses voeux."

p. 60 "En mai 1901, pour leur voyage de noces, Otto et Paula font un tour de l'Allemagne. Berlin. Dresde. Un saut à Prague. Une excursion dans les Sudètes, chez leur ami Carl Hauptmann. Ils trouvent Schreiberhau trop touristique (aujourd'hui Szklarska Poreba, populaire station de ski polonaise). Ils grimpent au Schneegrubenbaude dans les monts des Géants (aujourd'hui Sniezne Kotly à la frontière tchéco-polonaise). L'Elbe prend sa source ici. C'est l'Allemagne d'avant le traité de Versailles, la très grande Allemagne impériale.

p. 86 "Autour de la maison elle a planté des rosiers, des tulipes, des oeillets, des anémones. Elle arrose, désherbe, a les ongles noirs. Elle trace dans le jardin des bordures et des sentiers, sème des parterres touffus, imagine des coins retirés avec des petits bancs. Les fleurs fragiles, elle les tuteure avec des chiffons de couleur. Elle a rapporté de Meudon le goût du vert en désordre, ne veut pas d'un jardin allemand. Elle installe même des pergolas, qu'elle décrit à sa tante Marie comme extravagantes, une sous un grand sureau, une autre sous un bouquet de bouleaux, une autre qui portera des courges... Au centre du jardin, elle place un grand globe de verre, qu'on retrouve dans certains de ses tableaux, étrange et féérique."

p. 87 "L'été 1904, ils le passent à Fischerhude, à une quinzaine de kilomètres de chez eux. C'est un autre village d'artistes, plus plat que Worpswede, et devenu presque aussi touristique ; s'y trouve aujourd'hui le musée Otto-Modersohn. L'auberge où ils descendent existe toujours, devenue un hôtel chic. Avec eux sont les Vogeler, et une soeur de Paula, Milly et son mari. Parties de canot, bains dans les rivières, danses à la Isadora Duncan ; Otto joue de la flûte. Et nudisme. Petit déjeuner au naturel au bord de l'eau - sans Mme Vogeler, précise Otto dans son journal. "

p.103 "Paula quitte la rue Cassette, trop chère, et trouve un atelier au 14, avenue du Maine. Il existe toujours, dans ce quartier pourtant très rebâti qu'est Montparnasse. Rilke n'a pas pu s'occuper de lui trouver des meubles, d'ailleurs il a déjà quitté Paris, dans un de ces mouvements rapides dont il est coutumier."

p.107 "Rilke rentre fin mars d'un voyage avec Rodin dont il est toujours le secrétaire. Paula et lui assistent, avec une foule d'admirateurs, au dévoilement du Penseur devant le Panthéon. Mais le 10 mai, suite à un malentendu, Rodin renvoie Rilke comme un "domestique voleur". Chassé de Meudon, démuni et blessé, le poète se réfugie à l'habituelle adresse du 29, rue Cassette."

p.138 "Un an exactement après la mort de Paula, à la Toussaint 1908, Rilke, à Paris, trois nuits hantées, écrit le Requiem pour une amie. Il est à l'Hôtel Biron, 77, rue de Varenne, un lieu repéré par Clara et qui deviendra le musée Rodin."

 

20 février 2017

TERRORISTE...TOI! - Arthur Ténor

TERRORISTE

  • Titre : TERRORISTE...TOI!
  • Auteur : Arthur Ténor
  • Editions : Oskar éditeur
  • Date de parution : 28 octobre 2016
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 979-1-0214-0515-8

L'auteur

Arthur Ténor, de son vrai nom Christian Escaffre, né en 1959 à Moulins, dans l'Allier, est un écrivain français spécialisé dans la littérature pour la jeunesse. Il vit toujours en Bourbonnais.

Arthur Ténor

(Clic sur la photo pour accéder au blog d'Arthur Ténor)

Quatrième de couverture

Timy et Marco, 12 ans, débordent de joie! Ils partent pour un après-midi shopping sur les grands boulevards à Paris. 

Objectif : acheter bonbons et cotillons pour la fête d'anniversaire de Marco. Et en plus, dans cinq jours, ce sera Noël! Au même moment, quatre fous de Dieu se livrent à un étrange cérémonial : ils vérifient les kalachnikovs et les gilets explosifs qu'ils vont utiliser pour délivrer leur message divin à cette société de mécréants qu'ils exècrent. Dans quelques minutes, ils seront sur place. Ce sera la rencontre et l'horreur!

Mais pas seulement pour les victimes innocentes...

Mes impressions

J'étais impatiente de lire ce roman très particulier parce que l'auteur aborde ici un sujet tellement sensible et délicat...

J'ai lu le livre un peu comme j'aurais regardé un film, sans m'arrêter. Le rythme est soutenu, intense. Le récit est présenté comme un compte à rebours, qui commence "24 heures avant l'horreur". En parallèle, le lecteur assiste, impuissant, à l'arrivée des jeunes Timy et Marco accompagnés de Clara, la grande soeur de Marco, dans un grand magasin parisien, et aux préparatifs rituels d'un groupe de quatre terroristes, s'apprêtant à attaquer ce même magasin. 

Au fur et à mesure de la lecture, on approche du moment fatidique de la "rencontre", les détails "techniques" ne nous sont pas épargnés, ce qui apporte encore plus de réalisme à l'histoire. Parmi les terroristes, la tension est palpable, Alim n'est plus très sûr, il se demande si "tuer des enfants" est approuvé par Dieu. Il est tout de suite "remis sur le droit chemin" par le chef. Azied, lui, à l'approche du lieu de l'attaque, se prend à repenser au dernier Noël qu'il a fêté...le lecteur entre dans la pensée des terroristes, ce qui est très inconfortable, dérangeant (mais pour "la bonne cause" si je puis m'exprimer ainsi.)

Le signal est donné de l'assaut et là commence l'horreur. Au cours du carnage, l'un des terroristes se trouve confronté à une situation qu'il n'avait pas prévue, il est alors déstabilisé, doit-il continuer? Peut-il continuer? Un véritable suspense commence, encore plus intense qu'au début du roman, la tension est à son apogée.

Je n'en dirai pas plus pour ne pas risquer d'en dévoiler trop, mais cette histoire est terriblement émouvante.

Ce roman, au-delà de l'horreur, de la terreur, de l'incompréhension, pose un début de questionnement et aborde également le sujet de "l'après" pour les victimes...il nous permet de regarder, à travers les yeux d'un adolescent de douze ans, notre  société sérieusement ébranlée face à de tels agissements, et si bien sûr, il n'a pas la solution, l'auteur fait avant tout passer un message de non violence, de réflexion, d'ouverture, de travail en amont.

Ainsi, la postface de l'auteur, qui fait cinq pages, s'intitule "Pourquoi ai-je écrit ce roman?" En voici la conclusion :

"Pour conclure, si l'on doit déceler un message dans "Terroriste...Toi!", j'aimerais que ce soit celui-ci : la haine n'est pas une réponse à la haine. Bien au contraire, puisqu'elle est justement le mal qui génère le mal. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai été bouleversé par la puissance émotionnelle du texte que le mari d'une des victimes du Bataclan, M. Antoine Leiris, a mis en ligne sur sa page Facebook. C'est de l'humanisme pur.

Or, c'est l'humanisme qui nous sauvera de la barbarie."

Ce roman est indiqué pour les âges de 11 à 111 ans. Certains penseront que 11 ans c'est jeune, je dirais que cela dépend des enfants, et de la façon dont le livre est amené. Depuis le 7 janvier 2015, certains enfants ont été confrontés à des images violentes et pas toujours avec des explications (souvent sans, car on n'en a pas!). Cet ouvrage a le mérite d'apporter des petits bouts de débuts de réponses, en tous cas il propose un cheminement vers une réflexion constructive. 

Je remercie Oskar éditeur pour cette découverte.

*****

Lectures associées

Je suis Charliberté (Arthur Ténor, Scrinéo, janvier 2016)

 

 

Posté par Lamiedeslivres à 12:30 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

15 février 2017

Manderley for ever - Tatiana de Rosnay

Manderley for ever

  • Titre : Manderley for ever
  • Auteur : Tatiana de Rosnay
  • Editions : Albin Michel - Héloïse d'Ormesson
  • Date de parution : 25 février 2015
  • Nombre de pages : 458
  • ISBN : 978-2-226-31476-5

L'auteur

Tatiana de Rosnay, née le 28 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine, est une journaliste, écrivain et scénariste française.

Tatiana de Rosnay1

(Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tatiana de Rosnay)

Quatrième de couverture

"J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley." C'est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l'écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l'âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d'avoir la vie lisse d'une mère de famille, qu'elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l'oeuvre torturée reflétait les tourments. 

Retrouvant l'écriture ardente qui fit le succès d'Elle s'appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d'exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s'aventure dans ses vieux manoirs chargés d'histoire qu'elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de coeur, ses amours secrètes. 

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n'est pas un objet à posséder mais un état d'âme.

Mes impressions

Voilà. Je viens de le refermer, et Daphné du Maurier me manque déjà. Cette biographie se lit vraiment comme un roman. Si Tatiana de Rosnay a réalisé l'exploit de nous conter avec subtilité l'histoire de cette auteure insondable, qui n'aimait pas se livrer, c'est parce qu'elle la porte en elle depuis tant d'années. Et ça se sent. Elle nous permet d'entrer dans son intimité, sans jamais de voyeurisme. Elle fait la part belle aux paysages qu'elle a aimés, aux maisons qui l'ont fait vibrer et l'ont inspirée. En exergue, 

"Les gens et les objets disparaissent, pas les lieux." Daphné du Maurier (1907-1989)

J'ai l'impression, après avoir lu ce livre, d'avoir regardé par le trou de la serrure de Menabilly, et de devoir partir à reculons, sans faire de bruit. Tatiana de Rosnay a ce talent de nous rendre Daphné du Maurier presque intime, nous apprenons à connaître au fil des pages sa famille, ses amours, ses amis...sa façon de fonctionner pour trouver l'inspiration, son besoin de solitude pour pouvoir écrire. Ainsi nous la suivons de Londres à Fowey (Cornouailles), où elle passera la majeure partie de sa vie (à Ferryside, Menabilly puis Kilmarth) en passant par la France. Ces différents lieux sont d'ailleurs les titres des cinq parties qui composent cette biographie, ils en sont le fil conducteur.

En fin d'ouvrage, nous trouvons un lexique qui nous permet de comprendre le "code du Maurier". J'ai trouvé cela assez amusant et significatif de la complicité qui l'unissait à ses soeurs (Angela "Piffy" et Jeanne "Bird") mais aussi à certaines amies, puis à ses enfants une fois adultes.Toujours en annexe, l'ascendance française de Daphné du Maurier, une carte de Fowey sur laquelle figurent les différentes demeures habitées par l'auteure, les sources de Tatiana de Rosnay et la liste des oeuvres de Daphné du Maurier.

"Manderley for ever" est un ouvrage parfait pour découvrir l'auteure et son oeuvre bien sûr, mais il ravira les inconditionnels de Daphné du Maurier qui y trouveront la genèse de chacun de ses livres. 

Un gros coup de coeur pour moi!

*****

Daphné du Maurier

En cliquant sur la photo, vous pourrez accéder au site internet "Daphné du Maurier"

Et pour celles et ceux qui le souhaitent, retrouvez ici une interview de Daphné du Maurier datant de 1977, à Kilmarth

et ici une interview de Tatiana de Rosnay au sujet de Manderley for ever.

 &&&

Petit clin d'oeil à Berlin, je penserai à Daphné du Maurier maintenant quand je passerai devant l'hôtel Adlon ou dans le Tiergarten! En ce qui concerne le "Climat d'efficacité totale, calme et presque pas de trafic dans les rues", cela n'a pas changé, si l'on compare à Paris! 

p.126 "En mars 1927, Daphné se rend à Berlin avec l'actrice Viola Tree, amie proche de ses parents. Viola a des rendez-vous professionnels à effectuer pendant son séjour, elle doit rencontrer un metteur en scène, visiter quelques théâtres. C'est sans doute une nouvelle diversion parentale, mais Daphné s'y plie sans protester : Viola est une femme exquise, et la jeune fille est curieuse de découvrir Berlin. Dans son journal, elle écrit : Climat d'efficacité totale. Calme. Peu de monde, presque pas de trafic dans les rues. Luxe inouï de l'hôtel Adlon, où Viola, aussi surexcitée qu'une gamine, fait couler l'eau chaude à flots. Dîner dans un café bourgeois. Mon Dieu, comme les Allemands aiment manger. Le lendemain, la balade dans les jardins de Tiergarten n'a rien à voir avec celles du bois de Boulogne, les passants ont des traits lourds et épais, et même si l'ex-palais du Kaiser à Potsdam est impressionnant, le palais de Sans-Souci également, où vivait Frédéric le Grand, ce n'est pas Paris. Aucune ville ne pourra remplacer Paris dans le coeur de Daphné."

p.149 "Elles aboutissent sur une grande pelouse envahie par les mauvaises herbes, bordée d'arbres, et Angela voit le visage de sa soeur s'éclairer. Qui peut-elle regarder ainsi, avec une telle ferveur, tant d'amour? Curieuse, Angela suit la direction des yeux de Daphné, et c'est le manoir qui se dresse devant elles, Menabilly, vaste bâtisse haute de deux étages, aux volets fermés, à la façade grise mangée par un épais lierre. Elles se tiennent à distance, guettent un signe de vie, mais il n'y a aucun bruit, alors elles s'aventurent vers le manoir. Un des volets est ouvert au rez-de-chaussée. Par les vitres poussiéreuses, elles aperçoivent des tableaux aux murs, des meubles recouverts de draps, un cheval à bascule à la peinture écaillée. Angela trouve l'endroit lugubre, empreint de chagrin et de solitude, mais pas Daphné. Dans son journal, le soir même, elle écrit jusque tard dans la nuit. Je suis complètement sous l'emprise de Menabilly.

Nous sommes en 1926, Daphné du Maurier ne réalisera son rêve d'habiter Menabilly qu'en 1943!

Lors d'une autre balade à Menabilly, cette fois-ci Daphné a réussi à entrer dans le manoir : 

p.163 "Tout au long de la soirée, Daphné ne parvient pas à chasser de son esprit les images de la maison. Pourquoi est-elle possédée à ce point par un passé qui n'est pas le sien, hantée par la mémoire des murs d'un manoir abandonné?"

"Tommy", Frederic Browning, le mari de Daphné du Maurier, a fait la bataille de Cambrai en novembre 1917, au bois Gaucher...

p.188 "Lorsqu'elle le regarde partir chaque matin pour la base militaire, beau et fier dans son uniforme orné des décorations prestigieuses, elle est la seule à savoir que son mari, à la tête de centaines d'hommes, sanglote au milieu de la nuit comme un petit garçon."

 

p.308 "Le roi est mort dans son sommeil. Angela, à fleur de peau, se met à pleurer, tandis que Daphné, sonnée, ne prononce plus un mot. Georges VI n'avait que cinquante-six ans, un an de plus que Tommy. Daphné pense à son mari qui accompagne depuis quelques jours la princesse Elizabeth et son époux en Afrique. Tommy va devoir escorter la nouvelle reine d'Angleterre, vingt-cinq ans, lors de son retour au pays en ce funèbre 6 février 1952. A-t-elle au moins un vêtement sombre dans ses valises pour la descente d'avion?"

 

p.366 "Le spectateur doit attendre au moins une heure avant de voir les premières attaques d'oiseaux. Toutefois, le film obtient un succès international, mais Daphné est irritée que son nom soit si rarement cité lors des interviews du réalisateur. Hitchcock a adapté trois de ses ouvrages en vingt-quatre ans, ne lui a jamais rendu hommage, et a toujours eu tendance à minimiser, voire à dénigrer son travail d'écrivain."

Un an après la mort de son mari, elle avait écrit un texte dont voici un extrait : 

p.384 "J'aimerais dire à ceux qui subissent un deuil (je parle en mon nom, de ma propre expérience) qu'il faut envisager chaque jour comme un défi, une épreuve de courage. La douleur viendra par vagues, pour une raison inconnue, et certains matins seront pires que d'autres. Acceptez cette douleur. Ne luttez pas contre elle. Ne la dissimulez pas, surtout à vous-même."