La maison des livres

12 octobre 2018

Le libraire de Wigtown - Shaun Bythell

Le libraire de Wigtown

  • Titre : Le Libraire de Wigtown
  • Auteur : Shaun Bythell
  • Traductrice : Séverine Weiss
  • Editions : Autrement
  • Date de parution : 04 avril 2018
  • Nombre de pages : 408
  • ISBN : 978-2-7467-4677-0

L'auteur

En 2001, Shaun Bythell rachète la librairie de Wigtown, une petite ville du sud-ouest de l'Ecosse dont il est originaire. Il n'a alors aucune expérience dans le commerce des livres. Grâce à des efforts continus, The Book Shop est désormais la plus importante librairie de livres d'occasion de toute l'Ecosse. 

Membre fondateur du Wigtown Book Festival qui attire désormais des milliers de visiteurs, il est à l'origine de nombreuses initiatives en faveur de la promotion de la lecture. Il adore pêcher et faire du vélo. Surtout pour se rendre au pub.

Le Libraire de Wigtown est son premier livre.

Shaun Bythell

( Clic sur la photo pour accéder au site de la Librairie de Wigtown, The Bookshop )

Quatrième de couverture

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église... et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite...

Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.

Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint !

Mes impressions

 Ce livre nous permet de suivre la vie d'un libraire à travers son journal, rédigé quotidiennement sur une année, de février 2014 à février 2015. Son idée première était de consigner quelques anecdotes concernant son métier, puis finalement il a trouvé plus simple d'organiser ses notes comme un journal. Certains jours sont remplis d'informations, d'autres non, c'est ce qui fait aussi le charme de l'ouvrage. Chaque jour commence de la même façon, avec la date, le nombre de commandes en ligne, et le nombre de livres (de la commande) trouvés. A la fin de la journée, Shaun Bythell note le montant dans la caisse et le nombre de clients. 

J'ai eu du mal au départ à "rentrer" dans le livre, j'avais peu de temps et ma lecture était irrégulière, alors que sur la fin, c'était devenu une addiction ! Shaun Bythell, que l'on pourrait décrire comme étant un ours mal léché, n'épargne pas ses clients, ni ses employés d'ailleurs ! La "pauvre Nicky", son assistante, est un peu son bouc émissaire, ce qui rend parfois certaines situations assez comiques. 

Le récit est direct, simple mais efficace, l'humour british est parfois décapant, et il en ressort comme une impression d'avoir séjourné un temps dans cette librairie mythique avec tous les protagonistes. Dans tous les cas, j'ai très envie lors d'un prochain voyage en Ecosse, d'aller découvrir cette caverne d'Ali Baba ! N'hésitez pas à aller cliquer sur la dernière image pour voir une vidéo de cette librairie magique !

 

 

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Coup de coeur 

 

p. 18 "C'est l'un des sujets de discussion préférés de Nicky, et il n'est pas rare de retrouver des exemplaires de l'Origine des espèces au rayon Fiction, placés là de sa main. Je me venge en rangeant des volumes de la Bible (qu'elle considère comme un texte historique) au milieu des romans."

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p.89 "Beaucoup de libraires se spécialisent. Pas moi. La boutique a autant de domaines et d'ouvrages qu'elle peut en contenir, et j'ai toujours l'espoir que chacun y trouvera son compte. Que quelqu'un achète une romance Harlequin pour 2,50£ ou un vieux livre de poche de l'Ethique de Spinoza pour la même somme n'a aucune espèce d'importance. Chacun tirera, je l'espère, un égal plaisir de sa lecture. Malheureusement, malgré les cent mille titres de mon stock, nombre de visiteurs s'en vont les mains vides."

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p. 108 "Je suis presque sûr que le Décaméron en deux volumes faisait partie des rares biens qu'il avait apportés avec lui d'Italie ; et je me demande pendant combien de temps ce livre est passé d'une génération à une autre avant de finir dans cet héritage, au milieu de cet appartement humide de New Cumnock, sans personne pour prendre le relais."

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p. 171 "Tous les libraires vous le diront : même quand on possède cent mille livres soigneusement triés et rangés sur les étagères d'une boutique chaude et lumineuse, il suffit qu'un carton soit posé dans un coin froid et mal éclairé pour que les clients se précipitent dessus et commencent à fouiller à l'intérieur."

***

p. 230 "Alors que je rangeais les étagères de la pièce consacrée à la nature, j'ai trouvé l'Odysée au rayon Pêche. Je n'ai pas encore interrogé Nicky à ce sujet, mais sa réponse sera probablement la suivante : "Ils étaient bien sur un bateau pendant un petit moment. A ton avis, qu'est-ce qu'ils ont mangé ? Eh bien oui. Du poisson."

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p. 241 "Une lueur d'espoir s'allume en moi quand je vois un enfant en train de lire, tellement absorbé par son ouvrage qu'il en oublie le monde qui l'entoure."

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p. 324 "En tentant d'accrocher une publicité pour le Club du livre aléatoire sur l'un des murs de la boutique, j'ai constaté que l'agrafeuse ne fonctionnait pas. Je l'ai donc testée sur ma main : elle a parfaitement fonctionné."

***

p.354 "Mais l'énigme la plus intéressante, c'est peut-être bien celle-ci : ne pas savoir qui a touché tous les ouvrages sans dédicace ni signature atterrissant dans la boutique, et quelle peut bien être leur histoire secrète."

***

p. 369 "J'étais au travail à 9 heures. A 14 heures, la porte n'avait été ouverte qu'à trois reprises. La première fois par Katie, la factrice ; la deuxième fois par mon père, venu m'apporter un journal ; et la troisième par une rafale de vent, cinq minutes après le passage de mon père, qui avait mal fermé la porte."

***

p. 397 "Dans l'après-midi, l'équipe de tournage est arrivée pour le documentaire consacré à Ishi. La boutique est restée plongée dans un silence de mort toute la journée, jusqu'à ce que l'équipe commence à filmer - moment qu'ont choisi les clients pour envahir les lieux et se prendre les pieds dans les câbles. Un vieil homme de haute taille, en complet noir froissé, s'est montré particulièrement casse-pieds avant de partir s'installer devant le feu. En passant devant lui pour aller ranger un ouvrage au rayon Poésie, j'ai remarqué qu'il avait retiré son dentier et l'avait posé sur un exemplaire de l'autobiographie de Tony Blair traînant sur la table. [...] Quand le vieil homme en complet froissé s'est dirigé vers moi pour acheter L'Idiot de Dostoïevski, je lui ai discrètement signalé que sa braguette était ouverte. Il a rapidement baissé les yeux - comme pour obtenir confirmation de ce que je venais de dire - puis a relevé la tête et m'a rétorqué : "Un oiseau mort ne peut pas tomber de son nid" avant de quitter la boutique, la braguette toujours ouverte."

***

Voici une vidéo qui permet de visualiser les lieux. Si parfois on a tendance à ne pas vouloir "polluer son imagination" avec de vraies images, là, je conseille aux lecteurs de ne pas hésiter, cette librairie est tellement extraordinaire que la réalité dépasse l'imagination. Nous sommes bien dans un lieu qui fait rêver les amoureux des livres, si l'on excepte les quelques désagréments cités dans le journal de Shaun Bythell (températures glaciales l'hiver, difficultés de stockage des nombreux livres qui arrivent quotidiennement, mal de dos...)

Un grand merci aux éditions autrement pour cette jolie découverte !

Le libraire de Wigtown 


02 octobre 2018

Ni oui ni non - Tomi Ungerer

Ni oui ni non

  • Titre : Ni oui ni non - Réponses à 100 questions philosophiques d'enfants
  • Auteur : Tomi Ungerer
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 160
  • Tranche d'âge : 6 ans et plus
  • ISBN : 978-2-211-23506-8

L'auteur

Tomi Ungerer est né le 28 novembre 1931 à Strasbourg. Affichiste, auteur-illustrateur, inventeur d'objets, collectionneur, dessinateur publicitaire, il est considéré depuis plus de soixante ans comme l'un des plus importants auteurs de littérature jeunesse. 

Ses livres ont été traduits en plus de quarante langues, et certains ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques.

Dans ce livre, comme dans toute son oeuvre, l'auteur des Trois Brigands n'a de cesse de prôner l'enseignement de la vérité aux enfants. ( Pour en savoir plus et accéder à la page Tomi Ungerer, cliquez sur le mot "L'auteur" ci-dessus )

Tomi Ungerer 1

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tomi Ungerer )

 

Quatrième de couverture

" Répondre aux enfants, cela signifie se mettre à leur place, illustrer les idées avec des exemples tirés de la réalité ou soutirés à l'imagination, leur montrer que tout se surmonte avec le sourire et le respect.

Et que nous sommes tous - grâce à l'absurde - des apprentis sorciers. "

                                                                                                          Tomi Ungerer

Comment dire à quelqu'un qu'on l'aime? Et se faire des amis quand on est timide? Pourquoi on a des couleurs préférées? Pourquoi y a-t-il de l'argent? Dans cette compilation des chroniques parues dans Philosophie Magazine, Tomi Ungerer commente et illustre ses réponses à cent grandes questions d'enfant, entre philosophie et poésie. 

Mes impressions

Il y a quelques années, Alexandre Lacroix, le directeur de la rédaction de Philosophie magazine, demande à Tomi Ungerer de tenir une rubrique qui répondrait à des questions d'enfants. Ce livre, Ni oui ni non, est en quelque sorte la collection de ces questions-réponses, sur des thèmes très variés, illustrées par Tomi Ungerer.

Face aux enfants, Tomi Ungerer ne se départit pas de l'humour qui le caractérise, mais ses réponses sont toujours empreintes de justesse, laissant une grande liberté d'interprétation et beaucoup de place à la réflexion. Parfois "un brin" provocateur, son humour ici m'a rappelé certaines réflexions de Raymond Devos dans leur rapport à l'absurde, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je n'adhère pas à certaines des réponses, et c'est tant mieux ! Le "désaccord" est aussi ce qui pousse à la réflexion, à la discussion. 

Pour résumer, ce livre est un concentré de bon sens, d'esprit critique, avec une pincée - voire une louche - de provocation, voilà une bonne recette pour faire réfléchir nos enfants ! A lire selon l'âge avec l'aide et les explications d'un adulte. Merci aux Editions L'Ecole des Loisirs de nous permettre encore une fois d'avoir à notre disposition de tels outils !

Pour l'aspect pratique, à la fin de l'ouvrage, les questions sont répertoriées dans un index de quinze thématiques ( Amitié, Amour, Animaux, Argent, Cosmos et Univers, Enfants et Adultes... )

*****

p. 10 "Les petits sont exactement sur ma longueur d'onde en matière d'humour subversif. Mes modèles sont les fables d'Esope, donc aussi celles de La Fontaine, ainsi que les histoires de Erich Kästner."

 

p. 10 "La liberté existe pour qu'on la prenne. Je ne raisonne pas que pour être raisonnable. Si un mystère se révèle inexplicable, eh bien, qu'il nourrisse notre imagination et abreuve nos rêves !"

 

p. 43 Question : "Est-ce que c'est bien qu'il y ait des zoos?"  Rebecca, 9 ans.

         Réponse : "Il y a quelques années, j'ai visité un pays peuplé et administré par des animaux. Déguisé en singe, je passais là-bas incognito. Et j'ai découvert des zoos qui exhibaient des êtres humains. Je me suis dit : "Si ces Homo sapiens n'étaient pas protégés dans leurs cages, ils auraient été dévorés depuis belle lurette par la populace carnassière." 

 

p. 56 Question : "Pourquoi faut-il mettre les choses à l'endroit ?" Valentine, 3 ans.

         Réponse : (...) "Et pourtant l'envers des uns est l'endroit des autres. Nous écrivons et lisons de gauche à droite. L'arabe et l'hébreu procèdent à l'inverse, donc pour nous à l'envers. L'ara est un perroquet de la famille des palindromes, il se lit dans les deux sens, sans endroit et sans envers, comme Eve, Laval et "Esope reste ici et se repose". Il en va de même d'une boule, à condition qu'elle soit placée à son lieu attitré comme la bille dans son roulement. On pourrait ajouter qu'un retour c'est un départ à l'envers, que le jour c'est la nuit à l'endroit, qu'avec la vérité et le mensonge il en va de même." (...)

 

p. 63 Question : "C'est quoi le temps ?" Samuel, 4 ans.

         Réponse : (...) "Les secondes envient les heures, les semaines sont jalouses des années, et les siècles regrettent le passé. Ainsi le temps s'est-il vu affublé de calculs, de dimensions d'évaluation éphémères qui le laissent complètement indifférent.

                                    Pour nous, le temps devient un espace entre deux événements lorsqu'il s'agit du passé. 

                                    Celui-ci est séparé du futur par une fine membrane qu'on appelle le présent. Nous vivons une succession de moments qui s'agglomèrent en chronologie."

 

p. 66/67 Question : "Pourquoi on ne mange pas la viande des gens qui sont morts ?" Léon, 4 ans.

              Réponse : (...) "Il vaut sans doute mieux ingérer une viande morte qu'une viande encore vivante, tel un ogre friand de nouveau-nés, avec un peu de gros sel, des gousses d'ail et un quignon de pain paysan. 

                                         La guerre elle aussi est une boucherie, avec des soldats, des masses de civils et d'enfants qui passent à l'abattoir. Pourquoi ces victimes ne seraient-elles pas aptes à la consommation, alors que les conflits sont souvent suivis de pénurie dans l'alimentation ? Parce que ce serait du cannibalisme. 

                                         Un tel gâchis pourrait paraître absurde. Pourquoi ne pas se rassasier d'un cassoulet de belle-mère, d'une blanquette d'adolescent ou d'andouillettes de septuagénaire ? Et que non ! Nous partageons avec beaucoup de mammifères l'aversion envers une nourriture  qui proviendrait de notre propre espèce. C'est tout simplement dans la nature. 

                                         Si les humains se dévoraient entre eux, ils auraient disparu depuis longtemps. Avec la surpopulation actuelle, dans un monde en grande partie affamé, il sera sans doute bientôt nécessaire de surmonter notre instinct pour apprendre à nous rassasier de notre prochain."

 

p. 84 Question : "Qui a inventé le feu ?" Mattias, 5 ans.

         Réponse : (...) "Les Grecs anciens racontaient que Prométhée vola le feu à Zeus, le chef des dieux, et le donna aux hommes pour le chauffage, la cuisson et la construction de bûchers, comme celui qui consuma Jeanne d'Arc. Pour ce vol, Prométhée fut enchaîné à un rocher, victime d'un aigle, qui, à longueur de journée se rassasiait de son foie. Mais quel serait le châtiment adapté pour moi qui ai l'habitude d'empocher les briquets des autres ?" 

 

p. 100 Question : "Je n'ai ni soeur ni frère. Est-ce normal que je me sente seule ? " Coline, 10 ans et demi.

           Réponse : " Petit, à 6 ans, j'ai été envoyé en pension chez mon oncle. Je n'avais ni amis ni compagnons de jeux. J'avais perdu mon père. Mon abandon était abominable. Je me suis réfugié dans la lecture et dans le dessin. Mon imagination est devenue ma meilleure amie. Avec elle, je me suis évadé pour découvrir une liberté qui m'est restée fidèle jusqu'à ce jour. (...)" 

  

26 septembre 2018

Bonjour, petite baleine - Achim Bröger

Bonjour, petite baleine

  • Titre : Bonjour, petite baleine. ( Titre de l'édition originale parue en 1974 chez K.Thienemanns Verlag, "GUTEN TAG, LIEBER WAL." )
  • Auteur : Achim Bröger
  • Illustratrice : Gisela Kalow 
  • Traduit de l'allemand par :  H.Schwarzinger
  • Editions : Casterman
  • Date de parution : 1976 

Des nouvelles de l'auteur à la fin du message !

L'auteur

Achim Bröger, né en 1944 à Erlangen (près de Nuremberg) est un auteur jeunesse allemand. Il vit aujourd'hui dans la région de Lübeck, au nord de l'Allemagne. Au début de sa carrière, il travaillait dans une maison d'édition de livres scolaires, mais depuis 1980, il se consacre pleinement à l'écriture. Ses nombreux livres sont traduits dans 28 langues différentes. 

Achim Bröger 

( Clic sur l'image pour accéder au site d'Achim Bröger )

 

Présentation de l'histoire

Henri, pêcheur à la retraite, aime regarder couler la rivière, assis sur un banc avec sa femme. Un jour, il décide d'aller voir la mer, voyage qu'il n'a jamais eu ni le temps ni l'occasion d'accomplir. Il fait des provisions et part à l'aventure sur sa barque. 

Quand il arrive sur l'océan, il rencontre d'énormes vagues, un paquebot gigantesque, et ... une baleine, qui va devenir son amie. Après cette rencontre, Henri rentre chez lui, mais vient régulièrement rendre visite à la baleine. Seulement voilà, un jour il ne vient pas... alors la baleine décide d'aller à son tour à la rencontre de son ami Henri. Pour cela, elle doit trouver l'embouchure du fleuve. Puis le remonter. Jusqu'au moment où elle se retrouve coincée sous un pont, au beau milieu d'une ville.

Mes impressions

Ce livre que je vous présente aujourd'hui a une longue histoire, puisqu'il a été édité en France pour la première fois en 1976. Je devais avoir 6 ou 7 ans quand il m'a été offert. J'ai le souvenir que les magnifiques illustrations me fascinaient. J'étais impressionnée par la taille du paquebot, celle de la baleine, j'avais peur pour Henri, je prenais à chaque fois autant de plaisir à le lire, et je l'ai souvent lu !

Je l'ai toujours, plus de 30 ans après, et cette histoire "me suit", bizarrement. Je vais vous raconter. Pour commencer, voici quelques unes des jolies illustrations de cet album : 

De l'horizon surgit un paquebot

 

C'est alors que juste derrière le phare, elle aperçut enfin l'embouchure

Ils essayèrent de la débloquer en la tirant, en la poussant

 

Maintenant, avec mon regard d'adulte, je mets un nom sur les valeurs véhiculées ici ( l'amitié indéfectible, la fidélité, les apparences "trompeuses" ... ) et cela ne lui donne que plus de valeur à mes yeux.  Alors voici mon histoire :

il y a 13 ans, nous avons quitté la France pour l'Allemagne, où nous avons vécu cinq années à Bonn, au bord du Rhin. J'y ai très vite remarqué un joli bateau qui ressemblait à une baleine, qui avait pour nom Moby Dick et qui sillonnait le Rhin, entre Cologne et Bonn. 

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Le Moby Dick, sur le Rhin, en mai 2010

Etant d'une nature curieuse, j'ai effectué quelques recherches, appris que ce bateau pouvait accueillir des fêtes d'anniversaires pour les enfants, qu'on pouvait le prendre pour se rendre au zoo de Cologne, et ... que son nom ne venait pas directement du roman d'Herman Melville, mais d'une histoire beaucoup plus récente.

En 1966, une baleine blanche (beluga) est vue dans le port de Rotterdam. Très vite, elle se retrouve dans le Rhin, à Duisbourg, puis à Cologne, et enfin à Bonn (qui est à ce moment-là la capitale de l'Allemagne). Cette affaire, peu commune, alerte toute la population, qui se presse sur les bords du Rhin pour voir passer Moby, comme elle a été surnommée (en référence cette fois au Moby Dick de Melville). A cette époque-là, le Rhin est très pollué et tout le monde est inquiet pour cette baleine blanche. Comme un clin d'oeil, elle s'arrête devant le parlement qui est alors en pleine conférence de presse, et interrompt la séance pour la voir. 

Il y a dix ans, j'ai tout de suite pensé au livre de mon enfance en découvrant cette histoire (mais je n'avais pas le livre avec moi à Bonn).

Cet été, je l'ai ressorti, et là, j'ai constaté que l'édition originale était allemande, et qu'elle datait de 1974 ! En regardant les images de plus près, quand la baleine entre dans l'embouchure du fleuve, j'ai bien l'impression qu'elle se trouve en Hollande...

Ce fait divers aurait-il inspiré Achim Bröger pour l'histoire "Bonjour, petite baleine ?" J'ai très envie de croire que oui ! Il m'aura fallu dix ans pour faire le lien ! Je vais lui écrire pour le lui demander, si j'obtiens une réponse, je viendrai vous le dire ici !

Moby Dick à Bonn, septembre 2018

Le Moby Dick à Bonn, la semaine dernière.

Pour information, le beluga est une baleine blanche qui vit en groupe, dans l'océan Arctique. Alors pourquoi Moby s'est-elle retrouvée dans la mer du nord ? Elle aurait apparemment été capturée par un bateau britannique afin d'être transportée dans un centre aquatique. Mais elle est passée par-dessus bord et s'est donc retrouvée dans un milieu qui n'était pas le sien, ce qui peut expliquer sa perte de repères et le fait qu'elle se soit mise à remonter le Rhin. 

Voici une vidéo de 1966, sur laquelle on voit Moby dans le Rhin. 

2018-04-29 12

Petit clin d'oeil, le Beluga, avion cargo construit par Airbus au salon de l'aéronautique de Berlin en avril 2018.

 

Edit du 11 octobre 2018

Il y a trois jours, je recevais une réponse de Monsieur Achim Bröger, me disant que mon message lui avait fait très plaisir, qu'il était toujours heureux de voir des lecteurs se souvenir d'un livre de leur enfance, encore plus quand il en était l'auteur.

Pour ce qui est de la baleine dans le Rhin, il n'a pas le souvenir d'en avoir entendu parler un jour, il s'agit donc là d'un heureux hasard. Puis dans son message, il m'informe qu'avec l'illustratrice (qui est devenue une amie) ils ont écrit de nombreux autres albums, dont la suite de "Bonjour, petite baleine" - ce que j'ignorais- qui s'intitule "Au-revoir, petite baleine". Il me dit alors qu'il lui en reste trois exemplaires en français et me propose gentiment de m'en envoyer un !

Voici donc ce que j'ai reçu hier : 

Au-revoir, petite baleine

Au-revoir, petite baleine - dédicace

J'ai eu l'impression de faire un bond de 35 ans en arrière en découvrant la suite de cette histoire.

Un immense MERCI à Monsieur Achim Bröger pour ce beau cadeau !

 

19 septembre 2018

Quand Hitler s'empara du lapin rose - Judith Kerr

Quand Hitler s'empara du lapin rose

  • Titre : Quand Hitler s'empara du lapin rose
  • Auteur : Judith Kerr
  • Traduit de l'anglais par : Boris Moissard
  • Editions : Albin Michel Jeunesse
  • Date de parution : 2 mai 2018 (publication originale, "When Hitler stole pink rabbit" en 1971 aux éditions Puffin Books. En France, édité par l'Ecole des Loisirs en 1987, avec des illustrations de l'auteur)
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-226-43645-0

L'auteur

Anna Judith Gertrud Helene Kerr, dite Judith Kerr, est née le 14 juin 1923 à Berlin (voir à la fin de l'article les photos des deux maisons habitées par Judith Kerr à Berlin). Elle y a vécu jusqu'à ses 9 ans, quand en 1932, son papa, fervent opposant au nazisme, l'écrivain Alfred Kerr, décida avec clairvoyance de mettre sa famille à l'abri en quittant l'Allemagne nazie. Ils s'installèrent en Angleterre en 1936 après avoir séjourné en Suisse, puis en France. 

Elle a épousé l'écrivain britannique Nigel Kneale et a travaillé comme scénariste à la BBC jusqu'à la naissance de leurs deux enfants, Tacy et Matthew.

Après avoir exercé différentes professions (enseignante, scénariste, styliste...) elle est devenue auteure illustratrice pour la jeunesse. En 1971 elle raconte son histoire, sa vie d'enfant exilée dans le roman "When Hitler stole pink rabbit", suivi de "The Other Way Round" où elle raconte son adolescence en Grande-Bretagne, puis de "A Small Person Far Away" dans lequel elle revient sur son bref retour à Berlin alors qu'elle était jeune mariée. 

Elle vit et écrit toujours au Royaume-Uni, où son oeuvre prolifique est toujours très appréciée. Elle a été sacrée en 2012 Officier de l'Ordre de l'Empire Britannique pour ses services rendus à la littérature jeunesse et à l'éducation sur l'holocauste. 

Judith Kerr

 Quatrième de couverture

Judith Kerr, une enfance en exil.

Berlin, 1933. A neuf ans, Anna aime lire, dessiner, se rendre au zoo avec son frère Max.

Brusquement, tout change. Son père disparaît sans prévenir.

Puis elle-même et le reste de sa famille s'exilent pour le rejoindre en Suisse. C'est le début d'une longue vie de réfugiés. D'abord Zurich, puis Paris, et enfin Londres. Avec chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.

Ce périple plein d'angoisse et d'imprévus est ensoleillé par la cohésion de cette famille qui fait front, ensemble, célébrant leur bonheur d'être libre.

Cette histoire, c'est celle de Judith Kerr. Elle signe avec Quand Hitler s'empara du lapin rose un roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l'exil  et de la montée du nazisme à travers les yeux d'une enfant. Un roman inoubliable à lire à tout âge.

Mes impressions

 

 Ce livre, écrit en 1971 par Judith Kerr, raconte la fuite d'une famille juive (le père, la mère et les deux enfants) à travers l'Europe, de Berlin à Londres, en passant par Zurich et Paris. 

Cette "vie de réfugiés" est vécue et racontée par une enfant de 9 ans, Judith Kerr alias Anna. Le fait que le narrateur de l'histoire soit une enfant rend cette "aventure" authentique et pétillante. 

Bien sûr, quand elle doit quitter sa jolie maison berlinoise, Anna est triste. Elle quitte aussi son école, ses amis, et elle doit faire des choix drastiques quant aux objets à emporter. Aussi choisit-elle in extremis un chien en peluche qu'elle vient de recevoir au détriment de son lapin rose adoré. Choix qu'elle regrettera amèrement dès les premiers jours et pour longtemps visiblement puisqu'il est l'objet du titre du livre. 

Commence alors une vie de réfugiés, avec ses peines, ses joies, ses angoisses, les difficultés d'apprendre une nouvelle langue, de s'adapter au manque de confort. Si pour les enfants cela ne semble pas être un problème insurmontable, il n'en est probablement pas de même pour les parents. 

La prouesse réalisée par Judith Kerr dans ce récit, c'est la facilité avec laquelle elle retrouve son regard d'enfant, pour raconter des événements dramatiques de façon très simple, presque naïve, avec beaucoup de candeur et aussi de l'humour. Tout cela alors que l'heure était grave, et avec le recul, au moment de l'écriture, elle ne le savait que plus.

Dans cette situation parfois désespérée, une grande place est accordée à la famille. La cohésion familiale est le ciment de leur réussite. Ils n'ont plus rien, mais tant qu'ils sont ensemble, ils sont heureux et ils ont bon espoir. 

Cette histoire traite positivement d'un sujet grave, et cela donne je trouve un caractère universel à l'ouvrage. Il est très pertinent de la part des éditions Albin Michel Jeunesse d'avoir réédité ce "classique" justement en ce moment. Pour permettre aux enfants, ados et adultes qui le liront de se mettre dans la peau de réfugiés, de voir à travers leurs yeux. Merci à eux de m'avoir permis de découvrir cette histoire poignante, depuis Berlin. 

La suite de l'histoire, Le Tome 2, "Ici Londres", est à paraître très bientôt !

Petit détail qui a tout de même son importance, la couverture du livre est magnifique, avec le titre et l'itinéraire emprunté par la famille en surbrillance. 

*****

Gros coup de coeur 

Judith Kerr est née à Berlin dans une belle maison du quartier de Grunewald, puis a vécu jusqu'à ses neuf ans, jusqu'à son départ, dans une autre jolie maison du même quartier. Je suis allée prendre ces maisons en photo, afin d'illustrer cet article. 

Maison natale de Judith Kerr

Maison natale de Judith Kerr à Berlin Grunewald

Gedenktafel pour Alfred Kerr

Panneau figurant sur la maison natale de Judith Kerr, à la mémoire de son papa, l'écrivain et poète Alfred Kerr

Höhmannstr

Rue dans laquelle se trouve la maison natale de Judith Kerr

Maison d'enfance 1

Maison dans laquelle Judith Kerr a vécu jusqu'à ses neuf ans.

Gedenktafel Alfred Kerr 1

Douglasstrasse

Rue dans laquelle se trouve cette maison (que l'on aperçoit sur la droite)

Il y a cinq ans, en 2013, elle avait alors 90 ans, Judith Kerr est venue à Berlin et a pu visiter la maison de son enfance. Un moment très émouvant, voici un lien vers le reportage de la BBC.

p. 10 " - Personne ne peut faire arrêter Rachel Lowenstein ! dit Anna. Elle est chef de classe. Mais moi, on m'arrêtera peut-être. Je suis juive aussi. 

            - Non, tu ne l'es pas !

            - Si, je le suis. Mon père nous en a parlé justement la semaine dernière, et il a même dit que, quoi qu'il arrive, mon frère et moi ne devions pas l'oublier...

            - Pourtant vous n'allez pas à une église spéciale le dimanche comme Rachel Lowenstein ?

            - C'est parce que nous ne pratiquons pas. Nous n'allons à aucune église. 

            - Ce serait bien, si mon père n'était pas pratiquant, soupira Elsbeth. Nous, on doit y aller chaque dimanche ! Et rester assis au moins une heure !

             Elle regardait Anna avec curiosité. 

            - On m'avait dit que les Juifs ont le nez crochu. Toi, ton nez, je le trouve normal. Et ton frère, il a le nez crochu ?

            - Non. La seule personne chez nous qui ait le nez crochu, c'est Bertha, la bonne. Et c'est parce qu'elle l'a cassé en tombant du tramway."

***

p. 77 " - Ce n'est pas si simple, dit Max - et il observa : Du reste, nous ne pouvons pas avoir de maison, puisque nous n'avons pas de meubles.

            - Mais...

            - Les nazis nous ont tout pris. Ca s'appelle : "consfication de biens". Papa a su ça par une lettre la semaine dernière."

***

p. 88 " - Les nazis sont certainement des nouilles, reprit oncle Julius, et ils prouvent leur stupidité en te considérant comme un ennemi de l'Allemagne. Ils ont brûlé tous tes livres !

            - Je sais. Mais il paraît que mes livres n'étaient pas en si mauvaise compagnie dans les flammes. 

            - Nos livres ? fit Anna. Je croyais que les nazis avaient seulement confisqué nos affaires. Je ne savais pas qu'ils les avaient brûlées...

           Oncle Julius expliqua : 

           - Il ne s'agit pas des livres que ton père possédait dans sa bibliothèque. Il s'agit des livres qu'il a écrits. Les nazis ont allumé de grands feux aux quatre coins du pays et ont jeté dedans tous les exemplaires qu'ils ont pu trouver.

           - De même qu'ils y jetaient les ouvrages de mes distingués collègues nommés Einstein, Freud, H.G.Wells, etc., ajouta Vati."

***

p. 127 " A la fin des vacances, Vati se rendit à Paris. Là-bas vivaient un si grand nombre de réfugiés allemands qu'ils avaient créé leur propre journal, Le Parisien quotidien, lequel avait publié quelques uns des articles que Vati avait écrits à Zurich. Le comité de rédaction désirait s'assurer sa collaboration sur une base plus régulière, et Vati pensait que si l'affaire se concluait, ils pourraient aller vivre à Paris."

***

p. 136 "Mutti détourna habilement la conversation sur le sujet de toutes les relations d'Omama qui avaient dû s'exiler dans différents pays, et sur les autres, qui étaient restées en Allemagne. 

Anna avait commencé à lire, mais elle ne parvenait pas à se concentrer sur sa lecture, qui ne la passionnait pas, et suivait l'énumération d'une oreille distraite. L'un avait trouvé du travail dans l'industrie du cinéma en Angleterre. Un autre était tombé dans une misère noire et sa femme devait faire des ménages. Un célèbre professeur avait été arrêté et envoyé dans un camp de concentration. (Camp de concentration ? Anna se souvint que c'était une espèce de prison spéciale pour les opposants à Hitler.) Les nazis avaient enchaîné ce professeur à une niche à chien. ( Quelle idée ! se dit Anna, tandis qu'Omama, que le mot "chien" avait remise au désespoir, accélérait le débit.) La niche se trouvait juste à l'entrée du camp de concentration et le célèbre professeur devait aboyer chaque fois que quelqu'un entrait ou sortait. On lui servait des restes dans une écuelle et il n'avait pas le droit d'utiliser ses mains pour manger. 

Le coeur d'Anna se serra. 

La nuit, le célèbre professeur dormait dans la niche, où il ne pouvait pas se tenir debout, la chaîne étant trop courte. Au bout de deux mois de ce régime ( Deux mois ! se dit Anna ), il était devenu fou : il aboyait sans cesse, toujours au bout de sa chaîne. Il ne savait plus ce qu'il faisait... "

***

p. 152 " - Mais suppose qu'ils aient envoyé quelqu'un à la poursuite de papa en France, un kidnappeur ou quelque chose comme ça ? 

              - Alors papa aurait toute la police française pour le protéger. 

Max prit ce qu'il imaginait être l'accent français et il ajouta : 

              - Allez-fous-zen, z'il fous plaît, les enlèfements sont interdits en France ! Sinon nous fous gouperons la tête avec notre killotine, non ?

L'imitation était tellement lamentable qu'Anna se mit à rire et Max s'étonna de son succès."

***

p. 181 " A Berlin, il y avait toujours eu un gros sapin dans l'entrée et l'un des plaisirs de Noël consistait à reconnaître, d'une année sur l'autre, les boules en verre, les trompettes et les oiseaux emplumés qui le décoraient. 

            - Je n'ai pas l'impression que les français se passionnent tellement pour les arbres de Noël, dit Max. 

           Cependant Mutti voulut qu'il y en eût un. Quand Vati appela les enfants à l'heure du thé le jour de Noël afin d'entamer les festivités, et qu'ils arrivèrent en courant dans la salle à manger, Anna ne vit tout d'abord que lui. C'était un sapin d'environ soixante centimètres de haut, que Mutti avait enrubanné de fil d'or en guise de décoration, et garni de petites bougies. Malgré la modestie de ses proportions et la pauvreté de sa parure, il avait si fière allure sur la toile cirée rouge qu'Anna comprit tout de suite que Noël se passerait bien."

***

p. 283 " Les rides de Madame Socrate s'accentuèrent en un sourire.

             - Le rectorat a décidé de récompenser les vingt meilleures rédactions de cette session du certificat d'études, expliqua-t-elle. On dirait que tu figures parmi les heureux élus.

              Vati, quand Anna lui raconta cela, manifesta autant de fierté que pour le prix d'excellence de Max. 

             - C'est ton premier salaire professionnel d'écrivain, dit-il. Le grand mérite, c'est de l'avoir gagné dans une langue qui n'est pas la tienne. "

***

p. 306 "  Quand le train sortit de la gare Saint-Lazare, Anna se pencha par la fenêtre et regarda Paris qui glissait lentement derrière eux. 

               - Nous reviendrons, dit Vati. 

               - Je sais, dit Anna. 

              Elle se souvint de ce qu'elle avait ressenti lors du retour à l'auberge Zwirn et ajouta : 

               - Mais ce ne sera plus la même chose. Nous n'en ferons plus partie... Est-ce que tu crois qu'un jour nous ferons enfin partie d'un endroit ? 

               - Je ne pense pas, dit Vati. Pas de la façon dont les gens appartiennent aux lieux où ils ont toujours vécu. Mais nous appartiendrons à notre manière à pas mal d'endroits, et après tout c'est aussi bien..."

***

12 septembre 2018

Péril en mer d'Iroise

Péril en mer d'Iroise

  • Titre : Péril en mer d'Iroise (Titre original : "Bretonische Flut" paru en mars 2018 aux Editions Kiepenheuer & Witsch GmbH)
  • Auteur : Jean-Luc Bannalec ( Jörg Bong )
  • Traduction : Nadine Fontaine
  • Editions : Presses de la Cité
  • Date de parution : 22 mars 2018
  • Nombre de pages : 528
  • ISBN : 978-2-258-14681-5      

 L'auteur

Né en 1966 à Bonn-Bad Godesberg, Jean-Luc Bannalec (de son vrai nom Jörg Bong) est un éditeur, traducteur, critique littéraire et écrivain allemand. Amoureux de la Bretagne, il vit trois mois par an dans le Finistère sud. Il est depuis 2012 l'auteur d'une série de romans policiers, mettant en scène les enquêtes du commissaire Dupin en Bretagne. Ces romans remportent un grand succès en Allemagne, et ont été adaptés à la télévision pour la chaîne ARD. (Série diffusée sur France 3 depuis juin 2018)

Jean-Luc Bannalec

 Quatrième de couverture

Trois cadavres en trois lieux de crime, et le commissaire Dupin est sur le pont ! Le premier corps est retrouvé au petit matin dans un local de la criée de Douarnenez ; la victime est une pêcheuse professionnelle. Sur l'île de Sein, une jeune chercheuse spécialiste des dauphins gît dans le cimetière dit " des cholériques ". Le troisième cadavre, enfin, sur la presqu'île de Crozon, est celui d'un professeur de biologie à la retraite, passionné d'histoire. Ces trois meurtres sont liés, cela ne fait aucun doute... Mais qui pourrait être le coupable parmi les travailleurs de la mer ? 

Périls et mystères en mer d'Iroise sont au cœur de cette cinquième enquête de Dupin, forte en iode ! 

Mes impressions

J'ai découvert Jean-Luc Bannalec il y a deux ans, et l'un de mes premiers livres ici en allemand était "Bretonische Verhältnisse - Ein Fall für Kommissar Dupin" (Un été à Pont-Aven)

J'avais alors trouvé intéressant et amusant qu'un allemand se passionne pour la Bretagne au point d'en faire le principal lieu de ses romans, au point également de prendre un pseudonyme à consonance bretonne. Bannalec est le nom d'un village situé au nord de Concarneau.

Par la suite, j'ai regardé un épisode de l'adaptation télévisée en allemand. J'étais assez perturbée (plutôt amusée) d'entendre des personnages supposés être français parler allemand, avec de temps en temps de petits passages en français comme "Monsieur le commissaire" ou bien "un croissant s'il vous plaît" ... Les acteurs de la série sont allemands, les équipes de tournage également, et le commissaire Dupin est un véritable ambassadeur de la Bretagne en Allemagne. A Concarneau, le restaurant "L'Amiral", véritable QG du commissaire, existe vraiment et fait l'objet de nombreuses visites de touristes allemands chaque année !

Il existe même un site organisant des voyages sur les traces du commissaire Dupin, proposant diverses activités et des cartes des lieux préférés du commissaire ainsi que des lieux des crimes de chacun des romans déjà parus !

J'ai donc été ravie de pouvoir lire le cinquième opus du commissaire Dupin en français, grâce aux Editions Presses de la Cité que je remercie !

Le commissaire Georges Dupin, d'origine parisienne, mène désormais ses enquêtes au "bout du monde", dans le Finistère. Il a ses habitudes à l'Amiral, à Concarneau, où il aime commencer la journée en buvant un café et en lisant le journal. 

Dans "Péril en mer d'Iroise", nous le suivons dans la région de Douarnenez, l'île de Sein, Brest, Le conquet...

En lisant ce livre, j'ai justement eu l'impression de regarder une série policière. Le personnage du commissaire est attachant, loup solitaire mais pas trop quand même, puisque sa compagne Claire a fini par le rejoindre en Bretagne. Mais la jeune-femme étant elle-même très prise par son travail de médecin, ils ne se voient que trop rarement. Une maman très envahissante (du moins au téléphone), des collaborateurs aux personnalités marquées, avec entre autres Le Ber, officier de police amoureux de sa Bretagne et au fait de toutes les histoires et légendes, et puis Nolwenn, la fidèle et efficace Nolwenn, qui pense toujours à tout avant même que le commissaire ne le lui demande. 

L'enquête sur les trois meurtres se déroule sur deux jours, le livre est constitué de deux parties qui s'intitulent "Le premier jour" et "Le deuxième jour". 

Ce que j'ai préféré dans cette lecture, outre le suspense - et il y en a - ce sont les descriptions de la Bretagne, tant de ses paysages que de sa culture. Le tout est même agrémenté de quelques recettes. J'y ai retrouvé pour mon plus grand plaisir des lieux que j'ai bien connus (Douarnenez, Brest, la Pointe Saint Mathieu, Plougonvelin, Le Conquet...) tout cela sur fond de légendes bretonnes fort agréables à découvrir ou redécouvrir, comme par exemple celle de la ville d'Ys. L'histoire se mêle à l'Histoire, ce qui rend l'énigme encore plus crédible. 

Un petit bémol tout de même, je suis restée sur ma faim, un peu frustrée par le dénouement, qui ne répond pas à toutes les questions... une suite à venir, peut-être ? Si c'est le cas, vivement le prochain ! Je conseille cette lecture à tous les adeptes de romans policiers et à tous les amoureux de la Bretagne !

J'ai un véritable coup de coeur pour cet auteur allemand qui s'est épris d'une de nos belles régions et s'en sert d'écrin pour ses histoires.

*****

p. 27 " A chacune de ses enquêtes, le commissaire, qui avait tendance à tout transformer en rituels, installait son quartier général dans un café, parfois même en pleine nature. Il y menait ses entretiens et, s'il le fallait, également les interrogatoires officiels. C'était connu, Dupin exécrait les bureaux et le sien en particulier, il s'en échappait aussi souvent que possible. Il résolvait ses affaires sur le lieu du drame, même si le préfet le pressait de changer d'habitude. Dupin avait besoin d'être dehors, à l'air frais, de se mêler à la population, de voir les choses de ses propres yeux, de parler personnellement aux gens, de les regarder évoluer dans leur monde."

p.44 "- Savez-vous, commença le lieutenant avec la formule rituelle qui inaugurait chacun de ses discours, que c'est là, au fond de la baie de Douarnenez, que gît Ys. La mythique Ys, cette ville magnifique et d'une richesse incommensurable, avec ses murs d'enceinte rouges et ses toits en or. La ville qui, un jour, a sombré dans la mer. Où régnait le célèbre roi Gradlon dont l'épouse a donné naissance à une fille splendide, prénommée Dahut. Nous en avons d'innombrables récits. Cette histoire purement bretonne, dit Le Ber en mettant l'emphase sur "purement", est certainement la légende maritime la plus célèbre du folklore français."

p.47 " Le Ber coula un regard vers Dupin et poursuivit avec précipitation : 

        - Au milieu du XIVè siècle, un pâtissier de Douarnenez devait réaliser un gâteau pour une grande fête. Mais, durant la nuit, on lui a volé la plupart de ses ingrédients. Il ne lui restait plus que du beurre, de la farine et du sucre. Et c'est ainsi qu'il a inventé le kouing amann."

p.209 " Les gens d'ici se rappellent tout. Le passé est encore présent. Dupin connaissait ce sentiment. C'était un trait caractéristique de toute la Bretagne et de ses habitants. C'était ainsi. Il fallait le savoir."

p. 245 " - Ces derniers temps, il était souvent en goguette. A Brest et à Rennes. Dans les bibliothèques. Il avait une prédilection pour les livres anciens, les vieilles cartes, les vieux documents. Ce genre de choses. Sa maison en est remplie."

p. 277 " Leur balade avait commencé à Saint Mathieu sous un soleil radieux - un lieu magique aux nombreuses légendes, de hauts rochers battus par les vents et les flots où s'élevaient un très beau phare et les vestiges d'une abbaye du VIè siècle. Puis ils avaient pris un déjeuner copieux au Conquet, d'où ils étaient partis pour la pointe de Corsen et Porspoder, une très jolie bourgade. Ils avaient terminé sur les plages de Lampaul-Ploudalmézeau, dont la beauté semblait quasi surnaturelle."

p. 373 " - Hier, lors de la traversée, nous avons vu les premières formations acérées de granit, si vous vous en souvenez. (Dupin se le rappelait hélas fort bien.) De la pointe du Raz, elles s'avancent dans la mer sur vingt-cinq mètres. Sein se trouve à mi-chemin. Tout au bout de la chaussée se dresse Ar Men, le phare le plus éloigné de tous les phares de Bretagne. Il a été construit sur un rocher nu et isolé au milieu de l'Atlantique. C'est dans ce phare que Jean-Pierre Abraham a vécu plusieurs années. 

L'écrivain préféré de Nolwenn, dont le livre de chevet était son roman Armen, un chef-d'oeuvre."

p. 415 " - La spécialité du restaurant est célèbre dans la france entière, le ragoût de homard, claironna-t-il. Vous allez être ravi, patron. Le ragoût se prépare dans un gros faitout. Coupez le homard partiellement décortiqué en petits morceaux. Ajoutez des oignons rosés de Roscoff, du céleri, des graines de fenouil, des moules fumées, faites revenir le tout dans de l'huile de noix chaude, puis mouillez avec de l'eau-de-vie de cidre et trois ou quatre verres de vin blanc. (Cette recette était en effet un vrai poème.) Accompagnez-le de pommes de terre Amandine, qui sont uniques, d'une cuillérée de crème fraîche, de piment d'Espelette ; ajoutez du gros sel et, en guise de bouquet final, un bon morceau de beurre salé. Puis faites mijoter à feu doux." 

***

Bretonische Flut

Voici la couverture de "Péril en mer d'Iroise" qui s'intitule "Bretonische Flut" en allemand.

Bretonische Flut 1

Dans chacune des éditions allemandes figure une carte de la Bretagne, bien utile lors de la lecture !

 


05 septembre 2018

Une pause estivale

Me revoici après un mois d'absence... je n'ai rien publié sur ce blog, il s'est pourtant passé beaucoup de choses.

Après  1500 kilomètres et une pause bien sympathique à Bonn, ville natale de Beethoven, dans laquelle nous avons vécu cinq ans, 

Bonn

 nous sommes arrivés dans notre charmant village du Poitou.

L'Isle-Jourdain

Notre jardin nous attendait, 

Hortensias

avec de jolies surprises, et d'autres moins sympathiques...

Jardin avant pendant après

Beaucoup de travail, 

Maison1

Dans la maison aussi ...

service de toilette chiné dans la Manche il y a quelques années, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, village natal de Barbey d'Aurevilly ( les livres ne sont jamais loin ;-))

savon "comme à l'école" 

Pépé

Ces vacances ont été bien sûr ponctuées de visites chez mon Pépé,

Châtelaillon

de trois journées à la mer

Librairie du chat qui lit

avec passage OBLIGE dans ma librairie préférée, "La librairie du chat qui lit" 

Nêne

Et lecture de plage régionale, avec "Nêne" d'Ernest Pérochon, prix Goncourt 1920

Ces vacances bien remplies se sont terminées par un anniversaire

20 ans Lorraine

Notre Lorraine a eu 20 ans !

Coupes

Toutes ces occupations m'ont laissé très peu de temps ( et d'énergie ) pour lire, encore moins pour écrire !

Livre Mireille

Mireille, je n'ai même pas eu le temps de lire le livre que tu m'as si gentiment envoyé, et qui me tente tant ! Il est cependant en bonne place dans ma PAL ! Un grand grand merci à toi !

Märchen der Brüder Grimm

Voici une très jolie édition des contes des frères Grimm (qui sont enterrés ici à Berlin) trouvée sur un marché aux puces fin juillet. 

J'espère que la rentrée s'est bien déroulée pour chacune et chacun d'entre vous !

Mon jardin en liberté

Pour illustrer mes propos, voici une jolie méthode de lecture trouvée dans ma maison.

Me voici de retour à Berlin, pour une nouvelle année de partages (eh oui, je fonctionne en années scolaires, je ne peux faire autrement ;-)) je m'en réjouis à l'avance.

Porte de Brandebourg

 

Siegessaüle dans le rétro

Et comme il est parfois bon de regarder dans le rétroviseur, j'ai tout de même quelques lectures d'avant les vacances à partager avec vous, je le fais très prochainement !

10 juillet 2018

Citations historiques expliquées - Dominique Foufelle

Citations historiques expliquées

  • Titre : Citations historiques expliquées
  • Auteur : Diminique Foufelle
  • Editions : Chêne, collection "Les subtilités du français" poche
  • Date de parution : 1er février 2017
  • Nombre de pages : 96
  • ISBN : 978-2-81231-628-9

L'auteur

Établie dans l'Hérault, Dominique Foufelle, journaliste et écrivaine, a publié de nombreux ouvrages jeunesse ou tout public. Aux Éditions du Chêne elle a publié, entre autres : Expressions régionales, Le Petit Livre des expressions familières, 365 expressions des métiers expliquées, 365 expressions assassines expliquées et 65 expressions parisiennes expliquées.

Quatrième de couverture

La mémoire collective a retenu de nombreuses phrases, lancées par de grands personnages lors d'épisodes cruciaux de l'histoire. Avec ces citations particulièrement savoureuses, parcourez vingt siècles d'histoire de France afin de mieux comprendre ces références, toujours d'actualité.

Mes impressions

De même que "les proverbes du jardinier expliqués" dont j'ai déjà parlé ici, ce livre me plaît énormément. C'est vraiment le genre d'ouvrage à "laisser traîner" dans la maison, à consulter de temps en temps, car on y découvre toujours de nouvelles informations. 

"Légendaires ou avérées, les phrases restées fameuses prennent place dans des circonstances qui, elles, appartiennent généralement à l'histoire authentique. Que la dernière parole de Danton ait été, ou non, "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine", le tribun périt bel et bien sur l'échafaud. Les phrases célèbres posent ainsi des jalons dans l'histoire. Cet ouvrage replace les grandes phrases historiques dans leur contexte. Il dévoile la petite histoire tapie sous la grande. Il se veut une invitation à remonter le cours des siècles, avec un regard amusé tout autant que critique."

 

Après nous le déluge

Impossible n'est pas français

A la fin de l'ouvrage se trouvent un index des citations ainsi qu'un index des auteurs. Très pratiques, ils permettent d'effectuer une recherche ciblée et rapide.

Je conseille ce livre à tous les férus d'histoire, mais aussi à ceux qui veulent justement en apprendre plus !

*****

19 juin 2018

Sale comme une image - Sylvie baussier

Sale comme une image

  • Titre : Sale comme une image
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar Editeur, collection Court Métrage
  • Date de parution : 16 mars 2017
  • Nombre de pages : 72
  • ISBN : 979-1-0214-0532-5

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Sylvie Baussier)

 

Quatrième de couverture

INTERNET, IDENTITE, FUGUE

Quelle est cette photo révoltante dont Lisa vient d'entendre parler ? Cette photo cachée dans l'ordinateur d'Etienne, l'ami de la famille ? Si Lisa était sortie du collège à l'heure habituelle, elle aurait sans doute tout ignoré ! Elle s'enfuit, accompagnée de Sali. Commence une errance, sorte de road movie qui est aussi recherche de vérité.

Mes impressions

Lisa, une adolescente, surprend une conversation entre ses parents, un soir en rentrant du collège plus tôt que prévu. Elle apprend alors avec stupeur et incompréhension que son parrain, Etienne, ami de la famille, a été confondu, des centaines de photos d'enfants nus ont été trouvées sur son ordinateur, dont une trafiquée, avec la tête de Lisa sur le corps d'une enfant inconnue. Cela alors qu'il n'a jamais eu un geste déplacé envers elle. Quand elle entend ça, c'est sa vie entière qui explose. 

Ce court roman de sylvie Baussier traite du sujet délicat de la pédophilie, avec des mots justes, de la pudeur mais aussi de l'honnêteté. Lisa va fuir la réalité pour mieux l'appréhender. Elle s'enfuit avec sa soeur, son double, Sali. Commence alors une errance au cours de laquelle elle se pose mille questions. 

L'attitude des parents, qui pour commencer tombent des nues, n'y croient pas, puis finissent par se rendre à l'évidence, et commencent à faire "le deuil" de leur ami pour protéger leur fille, est un processus intéressant et rassurant à lire. 

L'histoire est suivie d'une Postface très instructive, qui explique les termes de pédopornographie et de pédophilie, et explique surtout qu'il existe des lois pour protéger les enfants de tels prédateurs. 

Un petit roman qui sort des sentiers battus de par le sujet traité et qui, malheureusement, pourra être utile à certains jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Il est important que de tels romans existent, même si ce ne sont pas les histoires que l'on a envie d'entendre !

*****

p. 5 (début du roman) "Si j'avais eu cours jusqu'à 17 heures, comme d'habitude, je n'aurais peut-être jamais su. Mes parents m'auraient raconté une histoire, du genre : "Etienne a été muté à l'étranger, ça s'est fait très vite"... En Chine. En Patagonie. Au centre de l'Australie. Un endroit sans téléphone, sans ordinateur ... On aurait parlé de son déménagement, et puis on aurait pensé à autre chose. On m'aurait fait penser à autre chose. 

Mais voilà, la prof d'histoire était malade, et son absence a chamboulé mon histoire à moi. Je n'arrive pas à savoir si je le regrette ou non. Ca fait mal, mais au moins je sais. Je hais les mensonges. Même les mensonges par omission."

p. 23 "Pour chaque être humain, "toujours" commence à sa naissance. Depuis mon toujours à moi, Etienne vient à la maison. Etienne mange à notre table. Etienne nous apporte des cadeaux. Mon père l'a connu à la fac, puis il a rencontré ma mère. Etienne vient chez nous toujours seul, toujours gentil, ma mère dit qu'il est devenu comme un frère. D'année en année, il a pris du ventre, un bide de buveur de bière, mais il a l'air de s'en moquer. S'il ressemble à un gros ours, où est le problème ? On ne lui a jamais connu de copine, et alors ? Mais ce qu'il y a derrière cette façade aimable. Oh, ce qui se passe derrière, dans le secret de ses soirées. Ce que je viens d'apprendre, comme un poign qui frappe."

 

 

 

11 juin 2018

Les Amants de l'été 44 - Karine Lebert

Les amants de l'été 44

  • Titre : Les Amants de l'été 44
  • Auteur : Karine Lebert
  • Editions : Presses de la Cité, collection Terres de France
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 370
  • ISBN : 978-2-258-15081-2

L'auteur

Née le 17 janvier 1969 dans l'Orne, dont les paysages inspirent le décor de ses romans, Karine Lebert a été journaliste à Paris Normandie. Elle a publié Les Sortilèges du Tremblay (2012), préfacé par Yves Jacob, puis, aux Presses de la Cité, Ce que Fanny veut ... (2015), Les Saisons du mensonge (2016) et Les Demoiselles de Beaunes (2017).

 

Karine Lebert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Karine Lebert)

Quatrième de couverture

Gemma est une jeune New-Yorkaise vive, séduisante, pragmatique, travaillant avec passion dans l'entreprise familiale de produits alimentaires. A la mort de sa mère, en 2000, elle découvre que sa "vraie" grand-mère était française ; elle décide alors de partir, seule, sur ses traces. Ce voyage à la recherche de ses origines la conduit en Normandie. En sillonnant la région, Pont-l'Evêque, Le Havre, Barfleur, Colleville, l'Américaine recueille les témoignages de ceux qui ont connu Philippine. Tout commence en 1944, quand, en faisant du marché noir à Deauville, la jeune Normande rencontre Ethan, un GI, cajun de Louisiane. Deux destins de femmes, deux continents, deux époques... L'une est en quête, la seconde se raconte. Gemma trouvera un nouveau sens à sa vie et comprendra comment Philippine a payé le prix de sa liberté. Avec en filigrane cette question douloureuse : pourquoi a-t-elle abandonné sa fille aux Etats-Unis ?

Mes impressions

J'ai déjà lu beaucoup de romans de Karine Lebert, c'est avec une grande impatience que je me suis plongée dans ce dernier, et encore une fois la magie a opéré ! 

Tout commence à New-York, avec Gemma qui mène une vie citadine et bien remplie, et travaille dans l'entreprise de son père. Suite au décès soudain de sa mère, elle découvre qu'on ne lui avait sans doute pas tout dit au sujet de ses grands-parents maternels. Elle décide de mener sa propre enquête et s'envole vers la France, plus précisément la Normandie, là où 56 ans plus tôt les GI ont débarqué. Parmi eux, Ethan, son grand-père. 

Commence alors une longue enquête semée d'écueils, de belles rencontres, de découvertes. Peu à peu, Gemma s'attache à cette région, celle de sa "vraie" grand-mère, Philippine. Ses recherches lui apprennent l'existence des war-brides, ces femmes françaises (mais aussi belges, luxembourgeoises, néerlandaises) qui, amoureuses de leurs GIs ont tout quitté pour les suivre en Amérique. 

Ce qui m'a touchée dans ce livre, c'est l'équilibre qui est très habilement trouvé entre l'arrivée et l'intégration de Gemma en Normandie et le départ de Philippine de cette même région un demi-siècle avant. Les chapitres concernant Gemma et le présent sont racontés au passé, alors que les chapitres concernant Philippine et le passé sont racontés au présent, par Philippine elle-même. Cet effet contribue à rapprocher ces deux protagonistes qui sans s'être connues sont si semblables et ont tant à partager. Le lecteur a parfois une petite longueur d'avance sur Gemma, ce qui ajoute un peu de piment à la lecture. 

J'ai aimé cette quête de la vérité et le besoin d'aller au plus près de ses racines chez Gemma, son sixième sens qui fait qu'elle creuse toujours plus, sentant que peut-être on ne lui dit pas tout. Etant déjà très sensible à ce sujet du débarquement en Normandie car mes grands-parents maternels, dont j'étais très proche, l'ont eux-mêmes vécu (ils vivaient alors au coeur des marais du Cotentin), je ne pouvais qu'être attirée par cette histoire. J'ai pourtant déjà lu beaucoup d'ouvrages sur le sujet, mais ce roman m'a encore appris des choses (comme l'existence des war-brides, la vie dans les camps américains...)

Pour résumer, une belle histoire au coeur de l'Histoire, deux continents, une intrigue, du suspense, tout cela dans un même livre, j'ai été comblée et je suis ravie que l'aventure ne soit pas terminée, car il y aura une suite ! Je suis déjà impatiente !

Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Karine Lebert pour cette belle histoire.

*****

Gros coup de coeur

P. 74 (Philippine) "J'ai des regrets, bien que ma vie sur l'exploitation et les tâches qui m'incombent me plaisent. Lors de mes moments de liberté, je me plonge dans la lecture qui me passionne. C'est quelque chose que mes parents ne pourront jamais me prendre, une sorte de revanche vis-à-vis d'eux."

p. 182 (Gemma) " - La chapelle actuelle remplace celle d'origine, détruite lors d'un éboulement de la falaise. Elle a été érigée entre 1600 et 1615 par les bourgeois et les marins de Honfleur.

                               Gemma, Lucas et Gilles avaient pris place sur un banc, sous l'ombre bienfaisante des chênes et des hêtres. A quelques mètres de leur trio, se trouvait la chapelle, dont Gilles venait d'évoquer l'historique, et les cloches des pélerinages curieusement situées à l'extérieur du lieu saint. 

                              - Des personnages illustres se sont recueillis ici comme Louis XIII, Bonaparte, Thérèse de Lisieux...

                               Gilles Lemonnier ne semblait pas prêt à aborder d'emblée le sujet qui les intéressait et Gemma l'écoutait palabrer en réprimant son impatience. "

p. 222 (Philippine) " Je feins de partager sa confiance. Puis soudain, je me rends compte que je n'ai pas posé une seule question sur son séjour à Berlin. Le visage d'Ethan se crispe quand je demande ce qu'il a fait là-bas. Il a l'air si triste et embarrassé à la fois. 

                               - C'était affreux. Tout est en ruines, les gens meurent de faim... "

p. 264 (Philippine, camp Philip Morris, octobre 1945)  " Nous sommes blondes, brunes, rousses, nous avons les yeux marron, bleus, verts, les cheveux lises ou frisés, nous sommes maigres ou plantureuses, petites ou grandes, et toutes pleines d'espoirs. "

p. 282 (Gemma) " Ici, dans le Cotentin, nous bénéficions d'un microclimat, déclara Carine en apportant le cake au caramel beurre salé qu'elle venait de préparer. Cela fait rire les gens du sud. Dans la région, on trouve des eucalyptus, des palmiers comme celui-ci, des aloès. Des palmiers, il en existe aussi dans les rues de Cherbourg ! C'est lié au Gulf Stream, qui prend sa source chez vous, entre la Floride et les Bahamas."

p. 299 (Philippine, camp Philip Morris, octobre 1945) "Après le dîner, on nous mène dans une autre salle où l'on nous fait asseoir sur des chaises alignées devant un grand écran. Madeleine prend place près de moi, elle a l'air très excitée. C'est la première fois que j'assiste à une séance de cinéma. Le film s'intitule Rebecca . Il dure plus de deux heures mais je ne vois pas le temps passer."

p. 364 (Philippine, en mer, octobre 1945) " La statue de la Liberté déploie sa haute taille sur un ciel en clair-obscur. Les lumières des tours sont autant de repères sur la terre qui nous attend."

30 mai 2018

Le grand départ, sur la piste des Indiens Cherokees - Isabelle Wlodarczyk et Xavière Broncard

Le grand départ - Sur la piste des indiens cherokees 

  • Titre : LE GRAND DEPART sur la piste des Indiens Cherokees
  • Auteur : Isabelle Wlodarczyk
  • Illustratrice : Xavière Broncard
  • Editions : Oskar éditeur, collection "Mes albums de l'Histoire"
  • Date de parution : 30 novembre 2017
  • Nombre de pages : 40
  • ISBN : 979-1-02140-493-9

L'auteure

Après des études de russe et de philosophie, Isabelle Wlodarczyk est devenue professeur agrégée de lettres, a animé des ateliers de théâtre et a finalement décidé de se consacrer à sa passion pour les mots en écrivant des histoires pour les jeunes. 

Isabelle Wlodarczyk

( Clic sur la photo pour accéder au site d'Isabelle Wlodarczyk )

L'illustratrice

Née en 1974 dans le Jura, Xavière Broncard, avant de devenir illustratrice de livres pour la jeunesse, a travaillé dans l'industrie et dans le design de mobilier.

Xavière Broncard 

( Clic sur la photo pour accéder au site de Xavière Broncard )

Quatrième de couverture

Dans les forêts du Tennessee vivent Chialala et Amarok. Ils grandissent près des hommes blancs. Alors qu'Amarok souhaite les voir partir, Chialala a confiance en eux et croit en un avenir meilleur à leurs côtés. Elle ignore qu'ils ont décidé de les chasser de leurs terres. Débute pour Chialala, Amarok et leur famille le plus grand exil que les Indiens aient connu...

Une histoire poignante sur un épisode majeur de l'histoire des Indiens Cherokees

Mes impressions

Un album de la collection "Mes albums de l'Histoire", une collection que je ne connaissais pas et que je trouve très bien réalisée. Les trente premières pages racontent une histoire illustrée, et les vingt suivantes relatent les faits réels, l'histoire des Indiens Cherokees, sous forme de documentaire agrémenté de photos.

Partie documentaire

 

J'aime beaucoup ce concept, je le trouve efficace. Certains enfants encore jeunes seront plus attirés et marqués par la première partie, alors que d'autres seront attirés par le dossier documentaire. Les deux étant bien sûr complémentaires. C'est une lecture qui peut se faire en fratrie, en famille, en classe, et susciter des discussions intéressantes.

Ici l'histoire, très émouvante, se passe dans le Tennessee et nous raconte Amarok et Chiala, un frère et une soeur, des jumeaux, qui grandissent ensemble, ont les mêmes parents, évoluent dans le même environnement, mais ne réagissent pas de la même façon quand l'homme blanc arrive. Ils sont "comme le soleil et la lune, comme le jour suit la nuit." (p. 8) L'un est très méfiant et ne leur accorde pas sa confiance, l'autre voudrait les croire bons, leur trouve toujours des excuses pour ce qu'ils leur font subir, et pense qu'il est bon de savoir s'adapter. Qui a raison ?

Les textes d'Isabelle Wlodarczyk sont magnifiques, très poétiques et légers, et servent à merveille les jolies illustrations de Xavière Brancard. Cette dernière phrase pourrait très bien être inversée d'ailleurs. Textes et images sont très complémentaires. 

Je trouve que cette collection est une réussite, et cet album particulièrement. Merci à Angélique d'Oskar editeur, qui me permet de si belles découvertes.

*****

 

p. 6 "Dans les forêts du Tennessee, un soir de lune rousse, une jeune Indienne accoucha de deux enfants. Elle serra dans ses bras le premier et le nomma Amarok, - loup, dans la langue Cherokee -, parce qu'il avait déjà une dent à sa naissance et paraissait prêt à dévorer la vie. Elle appela sa soeur Chilala, - oiseau de neige -, parce qu'il avait neigé ce jour-là et qu'elle était aussi légère qu'une plume." 

Dans la même collection, 

Des blanches et des noires, pas de pause dans la ségrégation, Isabelle Wlodarczyk et Hajnalka Cserhati

Le coeur en bataille, une histoire d'amour en 14, Isabelle Wlodarczyk et Aline Pallaro

L'arbre de Guernica, la retirada des enfants, Isabelle Wlodarczyk et Clémence Pollet