La maison des livres

21 février 2019

A la guerre comme à la guerre - Dessins et souvenirs d'enfance - Tomi Ungerer

A la guerre comme à la guerre

  • Titre : A la guerre comme à la guerre
  • Auteur : Tomi Ungerer
  • Editions : L'Ecole des Loisirs (collection Médium)
  • Date de parution : 14 septembre 2002
  • Nombre de pages : 126
  • ISBN :978-2211066488

L'auteur

Tomi Ungerer est né le 28 novembre 1931 à Strasbourg. Affichiste, auteur-illustrateur, inventeur d'objets, collectionneur, dessinateur publicitaire, il est considéré depuis plus de soixante ans comme l'un des plus importants auteurs de littérature jeunesse. Il est mort paisiblement dans son sommeil le 9 février 2019, il y a deux semaines. 

Ses livres ont été traduits en plus de quarante langues, et certains ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques.

Dans toute son oeuvre, l'auteur des Trois Brigands n'a de cesse de prôner l'enseignement de la vérité aux enfants. ( Pour en savoir plus et accéder à la page Tomi Ungerer, cliquez sur le mot "L'auteur" ci-dessus )

Dans son dernier livre, Ni oui ni nonparu à L'Ecole des Loisirs en mars 2018, Tomi Ungerer répondait à la question de Giovanni, 4 ans, "Est-ce que c'est intéressant de mourir ?"  "Pour ma part, je trouve que le mystère est une forme de suspense titillant. Poussés par la curiosité, ne devrions-nous pas être impatients de mourir pour savoir enfin ce qui nous attend ? L'ignorance, dans ce cas, est aussi une forme de liberté. La mort est une certitude, et ma présence à mon enterrement en est sans doute une aussi." 

et à la question de Manon, 6 ans, "Peut-on penser quand on est mort ?" "... Qui mourra verra. En attendant, rien ne nous empêche de penser à la mort et à tout ce qui touche à la vie. (...) Ma chanson préférée est allemande et elle a ce refrain : Die Gedanken sind frei (les pensées sont libres) ! ...Notre pensée nous appartient et nous distingue des autres. C'est un grand privilège. Si la pensée devait nous accompagner dans l'au-delà, nous resterions indépendants pour l'éternité." 

La chanson Die Gedanken sind frei a été chantée, conformément aux voeux de Tomi ungerer lors de la cérémonie lui rendant hommage à la cathédrale de Strasbourg le 15 février. 

Tomi Ungerer 1

(Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tomi Ungerer, allez voir la vidéo dans laquelle il parle de l'imagination illimitée, et de la mort)

Quatrième de couverture

Tomi Ungerer est Alsacien, comme vous-mêmes êtes Breton, Parisien, Basque, Ch'timi ou Berrichon. Ca paraît simple, et pourtant c'est très compliqué. Car après la guerre de 1870, l'Alsace a été annexée par l'Allemagne. Après la victoire de 1918, elle est redevenue française. Mais suite à la débâcle de 1940, elle est redevenue allemande. Et en 1945, française à nouveau.

Tomi a huit ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate.

Du jour au lendemain, il doit changer de nom, parler allemand, écrire en gothique, faire un dessin raciste pour son premier devoir nazi. Il obéit, il s'adapte. Il devient un caméléon : Français sous son toit, Allemand à l'école, Alsacien avec les copains. Heureux, quoi qu'il arrive.

A la maison, sa mère, fantasque, chaleureuse et rusée, veille. Elle l'encourage à dessiner et à écrire, à rire et à faire rire, à déployer tous ses talents. Toute sa vie, elle a conservé les cahiers, les croquis, les devoirs, le journal intime de son fils, les affiches de l'époque. Ce sont ces archives incomparables qui ponctuent et réveillent les souvenirs de guerre de Tomi Ungerer. 

Mes impressions

Ce livre, que je souhaitais lire depuis longtemps déjà, j'ai décidé de le lire en apprenant la mort de Tomi Ungerer. C'est triste, de faire enfin "plus ample connaissance" alors qu'il vient de partir... Mais en même temps, j'ai l'impression d'avoir lu A la guerre comme à la guerre avec plus d'intensité, avec encore plus d'attention peut-être. Merci aux éditions L'Ecole des Loisirs de m'en avoir offert l'opportunité. 

Tomi enfant

Tomi Ungerer nous offre ici le récit de son enfance juste avant, pendant et juste après la guerre.  Comme son titre  Dessins et souvenirs d'enfance l'indique, il est illustré de dessins de Tomi lui-même, mais aussi d'extraits de son journal, de photos de famille, d'objets lui ayant appartenu (son Teddy-Bear qui rappelle tellement Otto !) Tout au long de ma lecture, je l'entendais parler, me raconter avec son air espiègle ses "bonnes blagues", ses aventures d'enfance, heureuses et moins heureuses.

p.21 " J'étais dispensé de la messe matinale. C'est ainsi qu'un matin, jouant à l'équilibriste entre deux bancs de classe, je fis une chute sur la tête ; elle me valut une fêlure du crâne qui par la suite devait se révéler d'utilité patriotique. J'étais aussi tombé dans les pommes. Je me rappelle que, reprenant conscience, je dis : 

- Où suis-je ?

Je savais fort bien où j'étais, mais j'avais lu cette formule dans un livre, elle m'avait impressionné et je n'ai pas hésité à l'utiliser pour affoler mon institutrice."

 

Teddy Bear

p.26 "Mon teddy-bear était mon meilleur ami. Il l'est toujours aujourd'hui, avec son pantalon rayé bleu et blanc, le même que le mien quand je faisais sa taille. Pendant la période où nous risquions l'évacuation, je le gardais toujours dans mon sac à dos."

 

Le récit est divisé en trois parties : "Avant la guerre", "La guerre" et "La libération".

Avant la guerre, Tomi vit avec sa maman, ses deux grandes soeurs Edith et Vivette, et son grand frère Bernard. Après le décès du papa, la famille s'installe dans la banlieue de Colmar. Tomi est alors un petit dernier choyé, qui fréquente "le lycée Bartholdi, pour éviter la contamination de l'école communale".

Puis c'est la guerre, Tomi doit changer d'école. L'Alsace est germanisée, Tomi s'appelle désormais Hans, doit apprendre l'allemand, n'a plus le droit de parler français. A  la maison, sa maman, très intelligente, maintient le français, avec de surcroît la bénédiction des autorités allemandes du secteur ! Son argument, imparable :

p.53 "Oui, dit-elle, vous ne m'empêcherez pas, jamais, de parler le français ; et pourquoi ? Je vais vous le dire : si plus aucun Allemand ne parle le français, comment comptez-vous administrer la France après la grande victoire finale ?"

A l'école, le premier devoir qu'on lui demande après la rentrée est de "dessiner un Juif". Quand on les oblige à dire "Heil Hitler", ceux qui ne veulent pas le dire, et Tomi en fait partie, disent à la place "Ein Liter" (un litre) ce qui leur permet de désobéir à leur manière, en passant inaperçus. 

Après quatre années d'occupation arrive enfin la libération, avec tous les dangers que cela comporte pour les civils. De nouveau, changement de langue, de références culturelles, de noms des rues... presque à nouveau un changement d'identité. 

p.86 " A Saint-Gilles, il y avait encore une stèle en granit datant de la Première Guerre mondiale, sur laquelle était gravé le contour d'une mitrailleuse MG.08.Maxim avec la mention "Gott strafe England", Dieu punisse l'Angleterre. C'est bien ça la guerre, Dieu invoqué de partout finit par punir tout le monde, surtout les innocents. "

p.110 " Ce pansement, devenu symbolique, je l'ai arraché. Avec lui j'ai arraché mon enfance, mes yeux se sont ouverts, j'ai arraché mes paupières, mes oreilles se sont ouvertes, je les ai arrachées. Ma langue ? Elle avait déjà été arrachée. Heureusement qu'à cet âge, sans greffe et sans anesthésie, la panoplie des organes repousse comme la queue des lézards."

A la guerre comme à la guerre, c'est à la fois un document historique sur la période de la seconde guerre mondiale en Alsace, mais c'est aussi et avant tout un témoignage tellement émouvant de Tomi Ungerer, de l'artiste, l'enfant qu'il était et qu'il est resté, jusqu'à la fin. On y retrouve déjà toutes les composantes de sa personnalité unique : son humour caustique, son optimisme, sa façon de tourner en dérision chaque situation, ce côté intrépide qui le caractérisait. Mais on y voit aussi les peurs initiales, les traumatismes, les fêlures. Et à l'origine, l'esprit inventif, la créativité, dont il était, tout petit, déjà animé. Il avait par exemple établi un "livret de famille de ses poules" !

Livret de famille des poules

Et puis bien sûr, pour accompagner cet esprit créatif, Tomi était doté d'un don indéniable pour le dessin, dès son plus jeune âge. Nous, lecteurs, fans de Tomi, nous ne pouvons que remercier sa maman de l'avoir toujours encouragé, puis d'avoir conservé ces pépites toutes ces années pour qu'elles nous parviennent aujourd'hui. Merci aussi à L'Ecole des Loisirs d'avoir consigné ces souvenirs dans un si joli ouvrage.

Dessin

 

Il me tarde maintenant d'aller admirer "pour de vrai" cette belle collection au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg

 

En attendant, je viens de commander Otto chez mon libraire. 

*****

 

p.50 "Deux semaines avant la chute du Mur, on m'interrogea à Berlin-Est lors d'une conférence de presse.

- Quelle est votre devise ?

Kraft durch Freude (La force par la joie), répondis-je. 

Etat de choc dans le public. Pour retourner le couteau dans la plaie, j'ajoutai : 

- Ce n'est quand même pas ma faute, si le Dr Goebbels a inventé cette formule. Elle me semble parfaite, je répète donc : Kraft durch Freude !

Plus tard, j'ai aussi dit que l'Alsace était comme des toilettes toujours occupée. "

 

 

p.74 "Avec le Land de Bade, l'Alsace formait désormais le Gau Oberrhein (Haut-Rhin). Ce qui permettait aux Allemands d'envoyer légalement les jeunes Alsaciens dans la Wehrmacht, voire dans la SS, en fonction de la taille, de la constitution et de la couleur des cheveux. La chair à canon alsacienne était maintenant prête à fertiliser les steppes russes. Plus de 100000 Alsaciens furent concernés, un cinquième d'entre eux y trouva la mort."

 

 

 

p.77 "Quant à notre cercle familial, il ne semblait que se renforcer au fur et à mesure des menaces. Nous passions nos soirées réunis autour de la table : on sirotait des tisanes, on jouait au mentana, un jeu de cartes, on dessinait, on tricotait, on cousait, on bricolait. La lecture à haute voix tenait un grand rôle dans ces veillées. Le Ludwig Richter Hausbuch, un ouvrage de lecture, la collection des livres de contes de fées dont ma mère était férue, étaient une source inépuisable d'inspiration, parmi tant d'autres. C'est avec le plus grand respect que les volumes étaient tirés de la bibliothèque de mon père : la Vie en Alsace avec les dessins de Schnugg, la Springer Kunstgeschichte, un livre d'histoire de l'art, le grand volume des Fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré, l'énorme atlas dans lequel nous suivions la mobilité du front. 

 

Mes premières lectures furent fournies par la Bibliothèque Rose, la comtesse de Ségur en l'occurence. Mon premier livre d'images fut un album de Benjamin Rabier. Le Struwelpeter, les Pieds NickelésL'Espiègle Lili, Wilhelm Busch, le Familienbuch illustré par Richter faisaient bon ménage avec Hansi, Samivel, Gustave Doré. Mais c'est surtout le Petit Larousse dans sa reliure saumonée, avec ses pages roses, ses multiples vignettes et planches, qui nourrissait mon imagination."


25 janvier 2019

Le sourire du diable - Nancy Guilbert

Le sourire du diable

 

  • Titre : Le sourire du diable
  • Auteur : Nancy Guilbert
  • Editions : Oskar éditeur (collection "La vie")
  • Date de parution : 6 décembre 2018
  • Nombre de pages : 177
  • ISBN : 979-1-0214-0646-9

***

Lecture commune avec Blandine du blog VIVRELIVRE ( son articleet Pauline du blog Entre Les Pages (son article )

Merci aux éditions Oskar

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L'auteur

Nancy Guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs. 

Nancy Guilbert

Quatrième de couverture

En 1959, Louise, 15 ans, reçoit les lettres de Wolfgang Gerschert, un jeune Allemand qu'elle ne connaît pas. Rapidement, elle comprend que ce dernier sait des choses sur sa famille alors qu'elle ne connaît rien sur son histoire. Elle se décide à interroger Rose, sa mère, avec qui elle entretient des relations conflictuelles. Même si Louise redoute de lever le voile sur ce passé caché, elle veut connaître la vérité.

Un roman où les voix s'entrecroisent et révèlent un secret de famille caché pendant trois générations. 

Mes impressions

Le sourire du diable est une histoire qui raconte l'horreur et la barbarie de la guerre et des hommes, mais aussi la vie, la bienveillance et l'espoir, qui finissent toujours par triompher. 

Dans ce roman, Nancy Guilbert nous parle d'un drame survenu pendant la seconde guerre mondiale, un drame qui va marquer deux familles sur plusieurs générations. Ainsi l'histoire, tantôt sous forme de récit tantôt sous forme de journal ou de lettres, nous transporte de 1943 à la fin des années 1980, avec un passage dans les années 1960.

Louise, 15 ans en 1959, après avoir reçu une lettre de Berlin, découvre un très lourd secret que sa mère, Rose, a été jusque-là incapable de lui révéler. Elle le fait finalement à sa manière, en lui tendant le journal qu'elle-même rédigeait à 15 ans, pendant la guerre.

La révélation de ce secret, de ce drame, loin d'apaiser les esprits, pousse Louise à fuir sa famille, qu'elle ne reverra pas pendant des années, jusqu'à ce que sa propre fille, Nina, lui pose à son tour des questions sur ses origines. Elle aimerait tellement connaître sa grand-mère...

Nancy Guilbert a un talent fou pour raconter l'indicible avec douceur malgré tout.

Les personnages ont très vite pris vie dans mon imagination et je n'ai pu refermer le livre avant de l'avoir terminé. Secrets de famille, histoires dans l'Histoire, reconstructions, intrigues, psychologie, quelques scènes à Berlin, autant dire que ce roman m'attirait. Le tout parsemé de belles références littéraires et musicales, classiques et plus modernes, allant de Goethe à Victor Hugo, en passant par Rainer Maria Rilke et Alfred de Musset, avec un message de taille, à la fin, sous la forme d'une citation de Johann Wolfgang von Goethe : 

" Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être."

Que dire de cette citation, si ce n'est qu'elle invite à une saine réflexion, qu'elle est intemporelle et qu'aujourd'hui encore elle est vraimpent d'actualité ! Je remercie Nancy Guilbert du fond du coeur de mettre en lumière à travers ses écrits des messages de tolérance, de bienveillance, d'empathie. Ce texte, Le sourire du diable, tout en evoquant les horreurs de la guerre, porte un message d'amour. Il est très habilement enveloppé de deux écrits symboliques forts : l'épigraphe, qui est un poème de Victor Hugo intitulé Bêtise de la guerre, et la citation de Goethe ci-dessus. 

J'ai aimé aussi dans ce roman la façon dont les relations mère-fille sont abordées, dans leur complexité alors que tout peut parfois paraître si simple. Ces occasions ratées, ces impossibilités de communiquer... c'est un peu comme si l'on découvrait les rouages d'une mésentente qui paraîtrait superficielle à certains, facile à résoudre, alors qu'elle repose sur un drame si terrible. Et puis il y a tout de même cette complicité, cet amour qui finit par triompher. Et "la transmission du meilleur".

Les nombreuses références musicales liées aux différentes époques évoquées dans l'histoire m'ont donné envie de constituer la "playlist" du roman, ce que j'ai fait sur Deezer. (liste ci-dessous)  

Le sourire du diable est un très beau livre, bouleversant mais aussi apaisant. Décidément, j'aime la plume sensible de Nancy Guilbert !

Voici quelques photos prises cet après-midi des différents lieux de Berlin évoqués dans ce roman : 

 

Leipziger Strasse 36

L'adresse Leipziger Strasse 36, adresse berlinoise de Wolfgang Gerschert  (un salon de coiffure aujourd'hui)

Le sourire du diable Leipziger Strasse 36

Sankt Hedwig

La cathédrale Sainte-Edwige (Sankt Hedwig) évoquée p.135 (près de l'appartement de Friedrich)

Le sourire du diable Sankt Hedwig

Oberwallstrasse 1

Oberwallstrasse, adresse berlinoise de Friedrich. (voyez-vous la tour ? ;-)

Oberwallstrasse

 

 

Pour terminer, puisque dans ce roman le procès de Nuremberg est également évoqué, deux photos du tribunal de Nuremberg prises à l'automne dernier : 

Tribunal de Nuremberg 1

L'extérieur du tribunal

Tribunal de Nuremberg

Salle dans laquelle a eu lieu le procès de Nuremberg. 

 

 

*****

p.22 "La jeune fille pénètre dans sa chambre. Un petit cahier bleu aux pages un peu jaunies est posé sur le lit. Louise sent son coeur battre. Sa mère a profité de son absence pour venir le déposer ici. Le carnet est couvert d'une écriture fine et soignée. Par endroit, pourtant, l'encre est presque effacée par des taches aux contours flous et salés. C'est un journal. Un journal intime. Et il est signé "Rose". "

p.73 "Elle savait que Louise avait lu son carnet, mais aucune des deux n'a fait un pas vers l'autre. Le mur qui les séparait déjà est devenu une forteresse aux briques épaisses, façonnée avec un mortier où se mêlent la haine, le sang et les mensonges."

p.120 "Soudain, j'ai eu envie d'être près d'elle, de la serrer très fort et de lui dire que non, bien sûr que non, elle n'avait pas le sourire du diable mais le plus joli, le plus doux, le plus gentil des sourires, celui qui me remerciait quand je lui donnais un coup de main, celui qui m'encourageait quand je galérais à jouer mon morceau de violon, celui qu'elle adressait à mon père, lumineux et amoureux."

p.125 "J'ai attendu que la maison s'endorme pour remonter à pas de loup dans le grenier. Je me suis assise en tailleur sur la couverture que j'avais emportée. Par quoi allais-je commencer ? Le journal de Rose m'attirait comme un aimant, et c'est lui que j'ai décidé de prendre en premier."

p.164 "Décidément, que de secrets. C'était pire qu'avec des matriochkas : j'avais l'impression que la dernière poupée n'existait pas : il y en avait toujours une, encore et encore, à l'infini."

 

Playlist Le sourire du diable :

 

- Adagio d'Albinoni

- Nina Simone, "Summertime" (George Gershwin)

- Jean-Jacques Goldman, "Je marche seul"

- Opéra "Carmen"

- Dire Straits, "Money for nothing"

- Jive Bunny, "Sing the Mood"

- Kylie Minogue, "The locomotion"

- Irene Cara, "What a feeling"

- John Lennon, "Imagine"

- Jean-Jacques Goldman, "Né en 17 à Leidenstadt"

 

Autres ouvrages de Nancy Guilbert sur ce blog : 

 

Ma liberté tout en couleurs (avec Sylvie Beaussier)

Deux secondes en moins (avec Marie Colot)

Un mur si haut 

La petite lutine de Noël

Tim et le Sans-Nom

La pilote du ciel

 

10 janvier 2019

188 mètres sous Berlin - Magdalena Parys

188 mètres sous Berlin 1

  • Titre : 188 mètres sous Berlin
  • Auteur : Magdalena Parys
  • Traduit du polonais par : Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez
  •  Editions : Agullo
  • Date de parution : 7 septembre 2017
  • Nombre de pages : 384
  • ISBN : 979-10-95718-26-0

L'auteur

Magdalena Parys est née en 1971 à Gdansk. A l'âge de 13 ans, elle émigre avec sa famille à Berlin-Ouest. Elle étudie la pédagogie et la littérature polonaise à l'université Humboldt. Elle vit aujourd'hui à Berlin, où elle a fondé la revue littéraire Squaws. 188 mètres sous Berlin ( Tunnel ) est son premier roman. Largement salué par la critique, il a obtenu le prix littéraire de la ville de Quimper. Son second roman, Magic (à paraître bientôt en France sous le titre Le Magicien ) a lui obtenu en 2015 le prix de littérature de l'Union Européenne. 

Magdalena Parys

Quatrième de couverture

" Les élèves de ma classe, à Berlin-Est, se divisaient en deux camps : les uns qui avaient peur, et ceux qui, le lendemain ou le surlendemain, s'enfuieraient là-bas. LA-BAS."

Berlin, 2000. Klaus, passeur au temps de la guerre froide, est assassiné. En 1980, il dirigea la construction d'un tunnel clandestin de 188 mètres de long sous le mur de Berlin... Persuadé que sa mort est liée au tunnel, Peter, l'un des membres de l'équipe, mène l'enquête. Un à un, il recueille les témoignages de tous ceux qui ont participé à cette entreprise périlleuse. Dans les souvenirs et les confessions de ses anciens camarades, trouvera-t-il la clé de cette étrange aventure souterraine ?

Dans ce roman choral, l'auteure, telle une dentellière, tisse un panorama de destins allemands et polonais croisés sur trois générations. Familles brisées, émigrés à la recherche d'une vie meilleure, secrets enfouis, amours décues et manipulations politiques : un voyage dans les profondeurs de l'Histoire européenne de 1945 à nos jours. 

Mes impressions

Epigraphe : Les blessures imposées par la Stasi ne laissèrent pas de cicatrices que l'on puisse montrer avec fierté ; elles laissèrent des âmes égarées.

                                                     Richard Schröder

Des âmes égarées, c'est exactement ce à quoi ressemblent les différents protagonistes de cette histoire singulière.

Le 13 août 1981, jour de la célébration à Berlin-Est des vingt ans de la construction du mur, Franz fuit vers l'Ouest. Il emprunte le tunnel creusé par un groupe d'hommes, à l'initiative de son frère Roman, qui était déjà parti vivre à l'Ouest avec leur mère suite à la séparation de leurs parents, peu de temps avant la construction du mur.   

Peu après son passage à Berlin-Ouest, Franz est nommé directeur d'une école, personne ne sait vraiment comment ni pourquoi. Beaucoup d'éléments comme celui-ci sont donnés tout au long de l'histoire, qui attisent la curiosité du lecteur, et qui peuvent s'avérer d'une grande importance ou bien au contraire relever de l'anecdote. C'est ce qui complique la lecture et tout à la fois en fait une vraie aventure. Il faut être attentif, au risque de passer à côté d'un indice essentiel. Je suis souvent retournée en arrière, pour "vérifier" les informations, un peu à la manière de l'enquêteur finalement. Comme si l'auteure, non contente de nous raconter l'histoire, voulait nous la faire vivre un peu. 

Le roman, lui, commence en 2000, avec l'assassinat de Klaus, le passeur auquel a fait appel Roman pour la construction du tunnel. On se retrouve très vite dix ans plus tard avec Peter, l'un des "creuseurs", qui depuis la mort de Klaus mène lentement, méticuleusement, rigoureusement, obstinément son enquête. Pour cela, il est allé interroger tous les acteurs et il a enregistré leurs récits. Il y a Roman, le frère de Franz, Jürgen, Victoria, la soeur de Klaus et épouse de Franz, Magdalena, et Thorsten. 

Quand le lecteur découvre Peter, ce dernier a décidé d'écouter encore une fois les enregistrements, mais seulement certains d'entre eux, et dans un ordre différent. Ce sont ces bandes, dans cet ordre choisi par Peter, que nous découvrons alors.

A travers ces témoignages, on comprend finalement que cette histoire de tunnel puis l'assassinat de Klaus (tiens, d'ailleurs, s'appelle-t-il vraiment Klaus ?) n'est que la résultante d'autres histoires, bien plus anciennes, remontant à la seconde guerre mondiale. Tout ça sur fond de secrets de famille imposés par de terribles circonstances, qui vont se répercuter sur des générations, sur fond aussi de trahisons, de départs pour une vie meilleure ou tout simplement pour fuir l'horreur.

J'ai trouvé ce roman passionnant, incroyablement bien ficelé, même si je me suis un peu perdue à la fin. Il m'en reste le sentiment de l'immense gâchis qu'ont été les guerres mondiales, puis la guerre froide, imposant à l'Allemagne cette partition, avec à l'Est la Stasi construite sur les cendres de la Gestapo. Et la souffrance des gens. Encore. 

Un roman dont je me souviendrai. Merci aux éditions Agullo pour cette belle découverte !

*****

p.75 "Magda peut traverser la frontière. Roman, qui l'attend du côté ouest, le peut également, mais les gens du secteur est, eux, ne le peuvent pas. Est-ce à ce moment précis qu'elle a réalisé que la ville où l'on parlait la même langue et où l'on respirait le même air était coupée en deux, comme un gâteau justement ? Deux moitiés dans deux mondes différents."

Le tunnel dont il est question dans ce roman n'a jamais existé, mais il est fait allusion aux divers tunnels, non fictifs eux, notamment le Tunnel 29 creusé avec succès en 1962, qui a permis comme son nom l'indique, la fuite de 29 personnes vers l'ouest. 

p.150 "C'est ainsi que nous avons pu profiter "légalement" des ateliers d'une usine ayant servi une fois déjà d'entrée à un tunnel. Et pas n'importe lequel, le fameux "tunnel 29"! Je dois avouer que je me sentais un peu comme dans un mausolée."

Ce tunnel 29, construit par quelques étudiants, partait à l'Ouest d'une usine désaffectée Bernauerstrasse 78, mesurait 135 mètres de long, passait sous le mur et ressortait dans l'arrière cour d'un immeuble à l'Est, Schönholzer Strasse 7. Des inflitrations d'eau rendirent le projet compliqué, les étudiants ont même failli abandonner. Il atteignirent la cave de la Schönholzer Strasse 7 dans la nuit du 14 septembre 1962. Cette nuit-là et celle qui suivit, 29 personnes purent fuir vers Berlin-Ouest.  

Schönholzerstr

Façade de l'immeuble Schönholzerstrasse 7 aujourd'hui (photo prise le 1er janvier dernier)

Cliquez sur la photo pour voir des images du tunnel 57, construit en 1964.

Schönholzerstr

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Ecke Bernauerstrasse - Ruppinerstrasse

 

p.155 " Ainsi Jürgen partit un jour en reconnaissance pour étudier la Rheinsberger Strasse. Une autre fois, il devait chercher le numéro 4 de la Ruppiner Srasse, mais il découvrit que l'immeuble avait été démoli. Il fallut changer les plans. Nous savions où se trouvait l'entrée du tunnel, mais à quel endroit en sortir, ça, nous l'ignorions encore..."

p.176 " Cette fois-ci, ma tâche était donc limitée à prévenir Franz. Pendant que mon frère, déguisé en femme, s'évadait par le tunnel, je traversais en toute tranquillité le passage frontalier sur la Friedrichstrasse. Je rentrais chez moi. Curieusement, je ne m'étais même pas fait fouiller."

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Ecke Schönholzerstrasse - Ruppinerstrasse

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Fernsehturm

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p.187 " Ils nous ont donc laissé le petit bonhomme vert, orange et rouge aux passages cloutés. Il a finalement été adopté par toute la ville de Berlin - par Berlin-Ouest aussi. Le bon petit bonhomme des feux de signalisation routière."

Ampelmann 2015-05-01

Ampelmann

p.333 " Après avoir fui Gdansk, nous avons habité chez elle pendant quelques années. Une tante lui avait légué sa villa sur la Zehlendorf. Une bâtisse magnifique qui, comme la plupart des habitations de ce quartier, résistait vaillamment aux bourrasques de la guerre et de l'après-guerre, à tout. Plus d'une fois, j'avais entendu les femmes du voisinage raconter en chuchotant que Klara et sa tante avaient vécu dans cette maison des choses terribles lorsque l'Armée rouge avait envahi Berlin."

 

08 janvier 2019

Maison de Robert et Clara Schumann à Leipzig

Je profite de ce premier message de 2019 pour vous souhaiter à toutes et à tous une très belle année, qu'elle vous apporte la réalisation de vos souhaits, de la réussite dans vos projets, beaucoup de petits et de grands bonheurs, une bonne santé et de beaux moments de lecture, bien entendu. 

En ce début d'année, je souhaitais partager avec vous une visite de la maison de Robert et Clara Schumann, que nous avons eu le plaisir de découvrir à l'occasion d'une journée à Leipzig lors de ces dernières vacances. 

Schumannhaus Leipzig 12

Schumann-Haus Leipzig

Clara et Robert Schumann ont vécu dans un appartement du premier étage de cet immeuble les quatre années qui ont suivi leur mariage, de 1840 à 1844. Leurs deux premières filles, Marie et Elise, y sont nées. 

Devant la façade figurent des profils d'enfants, car l'immeuble abrite depuis 20 ans une école primaire, la Clara Schumann Schule. Quelle chance pour les élèves et leurs professeurs ! L'école, à profil artistique et le musée entretiennent des liens étroits, ainsi, certaines pièces du musée sont également utilisées par les élèves. J'aime beaucoup cette idée, et je pense que ça aurait plu à Clara Schumann, qui a elle-même eu huit enfants. 

Schumannhaus Leipzig 1

Robert Schumann, né le 8 juin 1810 à Zwickau, vient initialement à Leipzig pour y étudier le droit. Il y prend également des cours de piano, chez Friedrich Wieck, le père de Clara. Ce dernier convainc son élève d'abandonner le droit pour lui préférer la musique. Robert Schumann et Clara Wieck tombent amoureux, veulent se marier mais le père de Clara s'y oppose formellement. Ce n'est qu'après un procès leur donnant raison qu'il s se marient dans l'église de Schönefeld le 12 septembre 1840.

Schumannhaus Leipzig 9

 

Gedächtniskirche Schönefeld Leipzig

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( Photo d'une grande toile tendue au plafond d'une pièce de la maison )

Le jeune couple s'installe donc dans cette maison juste après le mariage. Schumann y composera sa "Symphonie du printemps" (Frühlingssinfonie) ainsi que le concerto pour piano en la mineur, qui les rendra célèbres. (Ref. Schumann-Haus Leipzig)

Schumannhaus Leipzig 6

Ils y recevront un grand nombre de leurs amis artistes, dont Chopin, Liszt, mais aussi l'écrivain Hans Christian Andersen. 

Schumannhaus Leipzig 3

Schumannhaus Leipzig 11

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Aujourd'hui encore, de nombreux concerts sont donnés dans cette pièce.

Enfants Schumann

Les enfants Schumann

En 1844, les Schumann déménagent à Dresde, où naîtront quatre de leurs enfants, puis à Düsseldorf en 1850. Ils y feront la connaissance du jeune Johannes Brahms, qui deviendra un ami proche. Entre temps, la santé de Robert se détériore, il est sujet à la dépression, souffre d'acouphènes. Son expérience en tant que chef d'orchestre n'est pas concluante. Le 27 février 1854, il se jette dans le Rhin. Il est sauvé par un pêcheur et est conduit dans un asile à Bonn (Endenich) dont il ne ressortira pas. Malgré une amélioration de son état et quelques visites qu'il reçoit là-bas de Clara et d'amis comme Brahms par exemple, quand il comprend que les médecins ne le laisseront pas sortir, il se laisse dépérir et meurt le 29 juillet 1856. 

Schumann Haus Endenich

Maison dans laquelle Robert Schumann est mort, devenue un musée, à Bonn. Cette photo ainsi que les trois suivantes ont été prises en 2008. 

Buste Schumann

Schumann

Portrait Schumann

Clara Schumann, veuve à l'âge de 37 ans, avec six enfants à charge, poursuivra sa carrière de concertiste, toujours en défendant l'oeuvre de son mari. Elle lui survivra 40 années. Robert et Clara Schumann reposent au vieux cimetière de Bonn. Dans ce même cimetière se trouve également la tombe de la mère de Beethoven, autre illustre musicien, né à quelques encablures de là.

Vieux cimetière de Bonn

Le vieux cimetière de Bonn. Cette photo et les deux suivantes ont été prises en 2010.

Vieux cimetière de Bonn 1

Tombe de Robert et Clara Schumann à Bonn

Tombe de Robert et Clara Schumann.

Je termine avec un livre, écrit par le couple Schumann, de 1840 à 1843, lorsqu'ils habitaient leur maison de Leipzig, probablement leurs années les plus heureuses. Juste après leur mariage, ils décidèrent d'écrire ensemble un journal intime : 

Journal intime Robert et Clara Schumann

Journal intime

Cette année, la ville de Leipzig, ville de natale de Clara Wieck (Schumann) fête les deux-cents ans de sa naissance : 

Clara 19

Voici quelques extraits du journal de Clara et Robert Schumann :

p.89 Journal de Clara, septembre 1840

"A 10 heures, eut lieu la cérémonie. Une chorale chanta, puis parla un prédicateur, ami d'enfance de Robert. Mon âme tout entière était débordante de remerciements envers Celui qui nous avait conduits finalement l'un et l'autre, à travers tant de récifs et d'écueils, et dans mon ardente prière, je demandais qu'il Lui plût de me donner mon Robert attendu à juste titre durant de longues années. 

Ah ! Quand la pensée me vient qu'un jour je pourrais le perdre, tous mes sens se brouillent ! Que le ciel m'écrase plutôt qu'un tel malheur !

C'était un jour magnifique, et lorsque nous marchions en cortège, le soleil lui-même, jusque-là caché depuis longtemps, nous lança ses doux rayons matinaux, comme s'il voulait bénir notre union.

Ce jour-là, rien ne nous troubla, aussi sera-t-il dépeint dans mon Journal comme le plus beau et le plus important de ma vie.

Une période de mon existence est désormais terminée ; j'ai déjà éprouvé de semblables troubles dans mes jeunes années, mais aussi de nombreuses joies que je ne suis pas près d'oublier. Maintenant, commence une nouvelle et merveilleuse vie, une vie dans laquelle on aime par-dessus tout et par-dessus soi-même. Néanmoins, de lourds devoirs reposent sur moi. Que le Ciel m'accorde la force de les remplir fidèlement comme une bonne épouse. Il m'a toujours secouru et le fera toujours. J'ai toujours eu une grande espérance en Dieu et je la conserverai en moi, éternellement."

p.93 Robert, septembre 1840

" Ma jeune et bien-aimée femme,

Qu'il me soit permis tout d'abord de te donner le baiser le plus tendre, en ce premier jour de ta vie de femme, en ce premier jour de ta vingt-deuxième année. Ce cahier, commencé en ce jour prend une intime signification ; il doit être le récit quotidien de tout ce qui nous arrivera, dans notre foyer et notre vie conjugale. Nos souhaits, nos espoirs y seront notés ; de même dans ce petit cahier, prendront place les prières que nous nous adresserons l'un à l'autre, lorsque les mots se seront révélés impuissants à les bien exprimer ; il sera aussi l'intermédiaire de nos réconciliations quand quelque chos nous aura séparés ; en un mot, il sera un bon, véritable ami, à qui nous dirons tout, à qui nous ouvrirons nos coeurs. 

Ma chère femme, si tu en es d'accord, promets-moi encore d'observer strictement les statuts de notre pacte secret, comme j'en prends moi-même l'engagement.

Tous les huit jours, nous échangerons de l'un à l'autre la direction du secrétariat ; tous les dimanches, de bonne heure (pour le café si possible), se fera la transmission du journal à laquelle il ne sera nullement défendu de joindre un baiser. ..."

p.95 Première semaine, du 13 au 20 septembre - Robert : 

"Assez peu d'événements, summum du bonheur. Ma femme est un vrai trésor qui chaque jour grandit. Puisse-t-elle ressentir exactement combien elle me rend heureux.

Quelle réjouissance pour l'anniversaire de Clara, le 13. Le matin, nous sommes allés, seuls, à Grimma, par un fort beau temps. Promenade ensuite sur la Rudelsburg. Pendant ce temps, parents et amis avaient tout préparé pour l'anniversaire et Clara prit un très vif plaisir à tout. Nous avons eu avec nous sa mère, les List, Mme Devrient, Becker de Freiberg, Wenzel, Reuter, Heimann. Elise a chanté, Clara a joué d'une façon merveilleuse puis j'ai également joué un peu. Tout cela dans une parfaite atmosphère de cordiale intimité ; rien d'excessif, et pourtant nous fûmes comblés. A neuf heures nous nous sommes séparés, comblés de joie et de bonheur."

p. 96 Deuxième semaine, 20-27 septembre - Clara : 

Avant d'en arriver au compte rendu de cette nouvelle semaine, il me faut te confier, mon cher mari, que je n'ai jamais vécu des jours aussi heureux que ceux-ci ; je suis certainement la plus heureuse des femmes du monde. Chaque minute, je t'aime davantage, me semble-t-il ; c'est en toi que je vis, et en toi seulement.

Le 20. - (...)

Nous avons commencé les Fugues de Bach ; Robert me montre les passages où reparaît le thème ; c'est là une étude fort intéressante, à laquelle je prends de plus en plus de plaisir chaque jour. Robert m'a sévèrement grondée : contre toutes les règles, je m'étais permis d'introduire une cinquième voix au milieu des quatre autres, en doublant l'une d'elles en octaves. Comme il a eu raison de me réprimander ! Mais comme j'étais peinée de ne pas avoir debiné cela toute seule !

p.99 Quatrième semaine, 4 octobre. - Clara

(...) Mon ignorance des sciences, mon peu de lectures, tout cela me pèse lourdement. Mais quand aurais-je le loisir de lire? Je n'en trouve pas le temps comme tant d'autres, et il me manque aussi, je crois, cet élan spontané que je ne puis acquérir. Certes, j'ai plaisir à lire, mais je reste aussi fort longtemps sans toucher à un livre ; voilà une chose dont Emilie et Elise seraient parfaitement incapables ; elles dévorent tout ce qui leur tombe sous la main ; De là leur savoir. Elles sont au courant de tout ce qui se passe dans le monde. Parfois, j'éprouve bien de la tristesse, quand je me rends compte combien j'ai le cerveau si vide. Enfin, du moment que mon Robert se contente de moi, peu importe le reste ; s'il n'en était pas ainsi, tout serait fini pour moi.

p. 120 Quarante-cinquième - Quarante-septième semaine. 18 juillet - 8 août 1841. - Robert :

(...) Voici maintenant pour le travail : Clara travaille avec passion différentes oeuvres de Beethoven ; d'autres de Schumann, son époux ; elle a beaucoup contribué à mettre en ordre ma Symphonie qui va prochainement partir à l'impression ; outre cela, elle lit la Vie de Goethe et au besoin épluche les haricots, tout en mettant la musique au-dessus de tout, ce qui fait ma joie. (...)

p.123 -  17 septembre 1841. - Robert

Voici une nouvelle ère dans notre vie ; cela n'a pas été sans inquiétudes, mais celles-ci sont heureusement révolues, ce dont nous devons rendre grâce au Ciel de tout coeur. En effet, le 1er septembre 1841, le Seigneur nous a fait don d'une fille, grâce à ma Clara. Les heures qui ont précédé, ont été bien douloureuses. Je n'oublierai pas la nuit du 1er septembre, qui était un mercredi. Le danger fut si grand que durant un moment je fus accablé, sans rien pouvoir faire pour réagir. Cependant, je mis tout mon espoir dans la vigoureuse constitution de Clara, et dans son amour pour moi. Mais comment pourrais-je décrire tout cela ? Dix minutes avant 11 heures, l'enfant était là, au milieu des éclairs et dans le bruit du tonnerre, car un orage venait justement d'éclater. Mais l'on entendit les premiers cris de l'enfant, et la vie nous réapparut claire et pleine de tendresse ; nous étions tous emplis de bonheur. Comme je suis fier de posséder une femme qui, outre son amour et son art, vient de me faire semblable présent ! Ensuite, les heures ont fui, faites d'inquiétude et de joie. 

La petite prospère de jour en jour. Clara s'est remise peu à peu. Sa mère est venue de Berlin, et le 13 septembre, pour le vingt-deuxième anniversaire de Clara, la petite a été baptisée et a reçu le doux nom de Marie. Mère, mon frère et Mendelssohn, ceux-ci représentés par le libraire Barth et Raymond Hârtel, ont été les parrain et marraine. (...)

p.125 -  13-27 septembre. - Clara : 

Tu as su employer des mots si tendres, mon Robert bien-aimé, pour faire le récit de ces derniers jours, que je ne puis rien ajouter, si ce n'est que je suis bien heureuse d'avoir un enfant de celui que je chéris le plus au monde. Chaque jour je pense : "L'aimer davantage, cela n'est pas possible", et cependant il me semble que chaque jour je t'aime davantage. Lorsque tu n'es pas auprès de moi, c'est Marie, ton cher petit portrait, qui me fait souvenir de toi, et ma joie ne saurait que s'en trouver augmentée. Mais un enfant nous cause aussi bien du souci, surtout s'il est le premier, et que l'on se sait pas encore trop bien comment il faut s'y prendre ! (...)

 

 

24 décembre 2018

*** JOYEUX NOEL ***

Des images de Berlin ces derniers jours, pour vous souhaiter à toutes et à tous de joyeuses fêtes !

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Berlin

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Marché de Noël du chateau de Charlottenburg

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Marché de Noël de Gendarmenmarkt

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Le sapin Porte de Brandebourg

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Le Père Noël du KuDamm, sur la route de l'école

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A la maison

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Sapin Noël 2018 à Berlin

 

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Très joli café-bibliothèque

Le Cafe Bilderbuch (café du livre d'images)

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Au mur, une immense maison de poupées !

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Potsdam et son très joli quartier hollandais

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C'était un peu de la magie d'ici, qui fait du bien aux âmes et aux corps !

Très belles fêtes à vous tous !

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La Tresse ou le voyage de Lalita - Laetitia Colombani et Clémence Pollet

La Tresse

  • Titre : La Tresse ou le voyage de Lalita
  • Auteur : Laetitia Colombani
  • Illustratrice : Clémence Pollet
  • Editions : Grasset Jeunesse
  • Date de parution : 14 novembre 2018
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 978-2-246-816300

L'auteur

Née en 1976 à Bordeaux, Laetitia Colombani est une réalisatrice, scénariste, actrice et auteure française. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages. Elle écrit aussi pour le théâtre. Son premier roman, La Tresse, paru en mai 2017 aux éditions Grasset, connaît un incroyable succès. En cours de traduction dans le monde entier, il est également en phase d'adaptation cinématographique. (Source, Editions Grasset )

Laetitia Colombani

 

L'illustratrice

Née en 1985 à Courbevoie, Clémence Pollet a commencé ses études d'illustration à l'école Estienne à Paris et les a terminées à l'Académie des beaux Arts de Bologne, puis à l'école des Arts décoratifs de Strasbourg. ( Source : le site de l'artiste, que je vous invite à aller consulter en cliquant sur la photo !) 

Clémence Pollet

Quatrième de couverture

Comme chaque matin, Smita démêle les cheveux de sa fille Lalita. Elle ne les a jamais coupés, en Inde les femmes gardent longtemps leurs cheveux de naissance, parfois toute leur vie. Elle divise la chevelure en trois mèches, qu'elle entrelace pour en faire une tresse. Mais aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres. Aujourd'hui, Lalita va entrer à l'école. 

*

Cet album expose de manière sensible le sort réservé en Inde aux femmes et fillettes, en particulier quand elles sont issues de basses castes. Une manière aussi de souligner qu'il est crucial de lutter contre les discriminations qui empêchent des milliers de personnes de vivre dignement. 

                                                      Amnesty International      

Mes impressions

Un magnifique album. J'avais déjà beaucoup aimé le roman, une histoire en trois volets, simple mais efficace.

Cet album jeunesse sublime l'histoire à mon avis, même si l'on n'y retrouve que le premier volet. Les deux derniers sont tout de même présents, sur une double page qui représente un planisphère à la fin. A chaque page tournée, des illustrations magnifiques, qui sautent aux yeux tant leurs couleurs, celles de l'Inde, sont chatoyantes. 

Et puis la belle histoire de Smita et Lalita se tricote, nous raconte la condition des femmes en Inde, le combat qu'elles doivent mener pour avoir droit à l'instruction, plus encore quand elles sont issues de la caste des Intouchables. 

Une histoire de courage, de rage de vivre, de vivre normalement, comme tout le monde. Pour permettre à sa fille Lalita d'avoir une vie normale, Smita va prendre des risques, mais ses efforts seront récompensés. Un très joli récit, servi par de merveilleuses illustrations, porteur d'un message fort, et aussi très instructif quant aux coutumes et à l'art de vivre indiens. 

A la fin de l'album, comme je l'ai déjà évoqué précédemment, sur une double page, on découvre le "destin" des tresses de Lalita et de sa maman.

Une adaptation vraiment réussie !

*****

 

 

 

20 décembre 2018

*** LISTE D'IDÉES CADEAUX POUR NOËL 2018 ***

Voici une petite sélection de livres qui pourraient se retrouver dans la hotte du Père-Noël cette année, pour les petits mais aussi pour les grands ! Cette liste est susceptible d'évoluer pendant la période des fêtes ! Parce qu'un livre, ça peut s'offrir pour n'importe quelle occasion, ça peut même s'offrir "pour rien", juste comme ça.

Quand une chronique a été publiée au sujet d'un livre, vous pouvez y accéder en cliquant directement sur la photo. Pour commencer, voici le beau Père-Noël du KaDeWe (Kaufhaus des Westens), le plus ancien et plus grand centre commercial de Berlin. 

Le Père Noël du KaDeWe

 

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Pour les plus jeunes

Mog la nuit des renards 2

MOG la nuit des renards (à partir de 3/4 ans)

de Judith Kerr, chez Albin Michel Jeunesse.

 

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Le visiteur de minuit

Le visiteur de minuit (à partir de 6 ans)

de Marie-Aude Murail, illustré par Christel Espié, chez Albin Michel Jeunesse.

 

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Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver

Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver

de Séverine Vidal, illustré par Marc Majewski aux éditions Sarbacane

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La Tresse

La Tresse ou le voyage de Lalita (3 ans et plus)

de Laetitia Colombani, illustré par Clémence Pollet, chez Grasset Jeunesse.

 

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Il était une fois des femmes fabuleuses

 Il était une fois des FEMMES FABULEUSES (6 ans et plus)

des époux Von Grüt, illustré par Bodil Jane, chez Larousse Jeunesse

 

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Nicolas le philosophe

Nicolas le philosophe (6/9 ans)

d'Alexandre Dumas, illustré par Christophe Merlin, chez Grasset Jeunesse 

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Un mur si haut

de Nancy Guilbert, chez Des ronds dans l'O jeunesse

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Cosette

Cosette

de Victor Hugo, illustré par Olivier Desvaux, chez Belin Jeunesse

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Pour tout le monde

Doodling créatif 1 

Doodling créatif 

de Julie Adore, aux éditions Eyrolles

 

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Pour les "plus grands"

Quand Hitler s'empara du lapin rose

Quand Hitler s'empara du lapin rose

de Judith Kerr, chez Albin Michel Jeunesse, et la suite :

 

Ici Londres

Ici Londres

de Judith Kerr, chez Albin Michel Jeunesse

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Le sourire du diable

Le sourire du diable

de Nancy Guilbert, chez Oskar

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Pour les adultes

La vie est belle et drôle à la fois

La vie est belle et drôle à la fois

 de Clarisse Sabard, chez Charleston

 

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Les amants de l'été 44

Les amants de l'été 44

de Karine Lebert (avec le deuxième à paraître en janvier !) aux éditions Presses de la Cité

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Couverture Charlotte

Charlotte

de David Foenkinos, chez Gallimard

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Cet instant-là

 

Cet instant-là

de Douglas Kennedy, chez Pocket (première édition chez Belfond)

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Les vieux fourneaux

Les vieux fourneaux

de Lupano et Cauuet chez Dargaud (ici les trois premières, la cinquième vient de sortir !)

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Wannsee

Wannsee

de Fabrice Le Hénanff chez Casterman

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19 décembre 2018

Il était une fois des FEMMES FABULEUSES - Les époux von Grüt, Bodil Jane

Il était une fois des femmes fabuleuses

  • Titre : Il était une fois des femmes fabuleuses
  • Auteur : Les époux Von Grüt
  • Illustratrice : Bodil Jane
  • Editions : Larousse Jeunesse
  • Date de parution : 17 octobre 2018
  • Nombre de pages : 45
  • Tranche d'âge : 6 ans et plus
  • ISBN : 978-2-03-595280-6

Les auteurs

 Les époux Von Grüt ont eu cette belle idée d'écrire un livre racontant la vie de ces "Femmes Fabuleuses" suite à la demande d'une de leurs filles qui un jour en rentrant de l'école, voulut en savoir plus sur Alexandra David-Néel, dont elle venait d'entendre parler en classe. Quelle bonne idée ! J'ai eu quelques difficultés à savoir qui ils étaient vraiment, et grâce à un bel article (lien sous la photo) j'ai découvert que Paola n'était autre que la nièce de Paulo Coelho, et que Brice Gruet est géographe, essayiste et artiste, maître de conférences en géographie.

Les époux Von Grüt

Photo empruntée au site Genius at work.fr

L'illustratrice

Bodil Jane est une jeune illustratrice qui sait mélanger habilement le dessin sur ordinateur et le travail traditionnel à la main. Son sujet de prédilection dans son travail étant les femmes, elle était l'artiste indiquée pour illustrer cet ouvrage. Elle vit à Amsterdam et a étudié à Rotterdam.

Bodil Jane

( Clic sur la photo pour accéder au site de Bodil Jane )

 

Quatrième de couverture

Aviatrice ou militante écologique, chimiste ou défenseur des droits des enfants, cosmonaute, danseuse, peintre ... Ce livre raconte la vie de 10 femmes d'exception. Des histoires fabuleuses pour découvrir d'incroyables destins et faire rêver les jeunes lecteurs !

Mes impressions

Ce magnifique album met à l'honneur dix femmes, très différentes, d'époques différentes, d'origines différentes, devenues "célèbres" pour des raisons différentes. Un point commun cependant, de Rosa Parks à J.K.Rowling en passant par Joséphine Baker, elles ont toutes des "destins de légende".

Chacune d'elles est présentée selon le même principe : l'histoire de sa vie (et de ses réalisations) sur trois pages, accompagnée d'une somptueuse illustration pleine page. Les biographies, précédées d'une courte présentation (dates, surnom ou citation) sont à chaque fois accompagnées d'une petite photo de l'héroïne.

Cet album est un vrai bijou ! L'objet-livre est magnifique, son grand format et sa jolie couverture présentant les dix portraits en surbrillance en font un très beau livre. Quant au contenu, il est à la fois divertissant et instructif, j'y a appris beaucoup ! Un album jeunesse à conseiller au jeunes et aux moins jeunes, donc un livre parfait pour la famille.

Le début d'une série ? Ce serait bien !

*****

Gros coup de coeur

 

Illustration Rosa Parks

 

Illustration Joséphine Baker

Le visiteur de minuit - Marie-Aude Murail et Christel Espié

Le visiteur de minuit

  • Titre : Le visiteur de minuit
  • Auteure : Marie-Aude Murail
  • Illustratrice : Christel Espié
  • Editions : Albin Michel Jeunesse
  • Date de parution : 17 octobre 2018
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-226-40145-8

L'auteur

Marie-Aude Murail, née le 6 mai 1954 au Havre, est une auteure française. Elle a publié plus d'une centaine de titres, dont la série Sauveur & fils et le célèbre Oh, Boy ! récompénsé par plus de trente prix. En janvier 2018 elle a été promue officier de la Légion d'honneur. 

Marie-Aude Murail

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Marie-Aude Murail )

L'illustratrice

Christel Espié est née en 1975 à Aix-en-Provence et vit maintenant près d'Avignon. Elle est diplômée de l'école Emile Cohl à Lyon. Elle a à son actif de nombreux albums pour enfants et se distingue par ses somptueuses mises en couleur, et ses adaptions de grands classiques (Sherlock Holmes, Tom Sawyer, Les Trois Mousquetaires...)

Présentation de l'éditeur

On connaît le talent de la romancière Marie-Aude Murail, son attachement à la littérature anglaise du XIXème siècle et notamment à Charles Dickens.

 

Le richissime M. Anderson est attristé de la maladie de Béatrix, sa petite-fille ; un jour il enrage en voyant la santé éclatante de Fergus, le fils de son jardinier et invoque le diable. Celui-ci se présente aussitôt et propose d'échanger la santé des deux enfants. M. Anderson accepte. Mais rien ne se déroule comme prévu.

Dans ce Londres de la fin de l'an 1854, sous la neige, on côtoiera la pauvreté, la maladie, l'amour parental, les inégalités sociales, et un dénouement heureux : tous les ingrédients d'une épopée romanesque dans un texte d'album, haletant et sensible.

Le visiteur de Minuit est une création originale, publiée dans J'aime Lire en 1988 : il comblera l'appétit des lecteurs d'aujourd'hui pour les grandes histoires qui embarquent loin dans le temps et dans les émotions. 

Mes impressions

Dans cette histoire digne des contes anglais du XIXème siècle, Monsieur Anderson, riche propriétaire londonnien, vit seul avec sa fille Béatrix, dans sa grande demeure, depuis le décès de sa femme.

Pour son plus grand malheur, sa fille est en mauvaise santé et il est probable qu'elle ne puisse vivre jusqu'à ses 10 ans, au printemps prochain. Quelle tristesse. Ni l'argent ni la puissance ne guériront la fille de Monsieur Anderson. 

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De rage, il maudit le fils du jardinier (son quinzième fils) qui lui est d'excellente constitution. Mais c'est sans compter sur le diable, qui lors d'une visite nocturne lui suggère une idée. 

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Un magnifique conte, qui oscille entre le réel et le fantastique, le tout magnifié par les somptueuses illustrations de Christel Espié. L'émerveillement au détour de chaque page, dans un grand format, pour avoir les yeux encore plus ébahis.

Une vraie pépite, un conte initiatique d'où tout le monde sort grandi. Une bien belle histoire, un très beau livre à déposer sous le sapin, elle ravira les petits comme les grands.

*****

Gros coup de coeur

"A Londres, à la fin de l'an 1854, derrière de hauts murs de briques, vivait un homme puissant et riche qui s'appelait Jason Anderson. 

Jason possédait tant de bateaux sur les océans qu'il ne prenait même plus la peine de les compter. Mais toute sa richesse ne suffisait pas à le rendre heureux.

Sa femme était morte en lui laissant une fille unique de neuf ans, Beatrix, et celle-ci était en très mauvaise santé."

***

"Le gars Fergus était loin de se douter qu'il occupait les pensées du puissant monsieur Anderson. Fergus était un joyeux garnement avec une tignasse rousse, des yeux clairs et les joues toujours sales. Si son père avait fait ce que lui conseillaient les voisins, il aurait vendu son fils à un ramoneur. Mais le vieux MacNeil aimait son fils, il avait décidé qu'il serait un savant et qu'il serait le premier de la famille à pouvoir écrire son nom." 

 

 

17 décembre 2018

LA GUERRE EN MILLE MORCEAUX ou le petit musée du soldat Machin - Alain Serres, Zaü

La guerre en mille morceaux

  • Titre : La guerre en mille morceaux ou le petit musée du soldat Machin
  • Auteur : Alain Serres
  • Illustrateur : Zaü
  • Editions : Rue du Monde
  • Date de parution : 8 novembre 2018
  • Nombre de pages : 96
  • ISBN : 978-2-35504-539-4

L'auteur

Alain Serres, né en 1956 à Biarritz, est auteur jeunesse depuis plus de trente ans. Il dirige les éditions Rue du monde, qu'il a créées en 1996. Il a aussi été instituteur en maternelle pendant treize ans.

Alain Serres

L'illustrateur

Né en 1943, Zaü (ou André Langevin) est un illustrateur qui a aujourd'hui à son actif près de 130 albums, recueils et documentaires. Il est un fidèle collaborateur des éditions Rue du monde. Il a étudié à l'école Estienne, à Paris.

Zaü (André Langevin)

Présentation de l'éditeur

Pour le centenaire de l'Armistice, la Première Guerre mondiale est racontée par un jeune poilu imaginaire à partir de 50 objets bien réels provenant des tranchées et du quotidien de ces années d'effroi. Comme un musée de papier pour célébrer la paix.

Ce petit album, épais de 108 pages, nous fait visiter "le musée" de ce soldat qui a quitté sa ferme le 2 août 1914 et qui, ayant réussi à sauver sa peau, rentre au village, une caisse de bois sous le bras, sa boîte à mémoire remplie de tous les objets du livre : 

"Pour que personne n'oublie jamais combien la paix est notre trésor."

Mes impressions

Ce livre se présente dans un format original, comme un grand carnet, dans lequel un soldat aurait consigné ses souvenirs de guerre, depuis la mobilisation en passant par les tranchées, jusqu'à la démobilisation et le retour à la maison. Le tout très justement illustré par Zaü et documenté par des photos montrant de vrais objets de l'époque, très variés, comme des jouets, des réalisations artisanales fruits du travail des Poilus, des documents, des jeux.

Des "morceaux" de la guerre, la guerre en mille morceaux, cette guerre qui a laissé les hommes en morceaux. 

Les photos ici font toute la différence, présentant des objets témoignant de leur histoire dans l'Histoire. Il est très touchant de regarder cette gamelle par exemple en imaginant son utilisateur. C'est ce que j'ai beaucoup aimé dans cet ouvrage. Cette volonté de l'auteur de raconter une histoire, mais pas tout seul. Tous ces objets, qu'il a lui-même collectés, des années durant, sont là pour raconter avec lui cette histoire, comme autant de preuves "vivantes".

La guerre en mille morceaux 6

Ce livre pourrait être qualifié de "livre-musée". Il représente ce qui peut-être fait défaut lorsqu'on visite un musée, c'est-à-dire une histoire qui relierait tous les objets que l'on est amené à observer. Et puis à l'inverse, il représente plus qu'un livre d'histoire, puisqu'il est riche de ces objets. 

Un très bel hommage rendu encore une fois à tous ces Poilus qui le méritent tant. Et un hommage qui marquera les esprits des plus jeunes grâce aux photos. 

Une très belle idée d'Alain Serres. Une idée généreuse. J'ai lu beaucoup de livres jeunesse sur le sujet de la première guerre mondiale depuis quatre ans, celui-ci fait partie des plus originaux.

La guerre en mille morceaux 3

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La guerre en mille morceaux 7