La maison des livres

20 mars 2021

Archives Détective - Enquête dans le mystère des archives - Nancy Guilbert & Anna Griot

Archives détective

  • Titre : Archives Détective
  • Auteure : Nancy Guilbert
  • Illustratrice : Anna Griot
  • Editions : Editions courtes et longues en partenariat avec les archives départementales de la Haute-Savoie.
  • Age : 6-8 ans
  • Date de parution : 21 janvier 2021
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 978-2-35290-266-9

L'auteure

Nancy Guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Avant la pandémie, elle aimait aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs. Vivement le retour à une vie plus normale ! Nancy est auteure de beaucoup de magnifiques albums jeunesse, mais aussi de romans ados toujours très justes, abordant des thèmes souvent difficiles avec beaucoup de délicatesse. 

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Nancy Guilbert)

L'illustratrice

Graphiste et illustratrice, Anna Griot est diplômée de la HEAR (arts décoratifs de Strasbourg). Depuis 2015 elle travaille dans les domaines de l'édition, de la pédagogie, de l'illustration, du graphisme et de la médiation. Archives détective est sa troisième collaboration avec Nancy Guilbert, après L'arboretum (Ed. Courtes et longues, avril 2018) un magnifique album sur les arbres, et Nuit (Ed. Courtes et longues, mars 2020) histoire très poétique d'une petite fille qui rêve de dessiner la nuit.

Anna Griot

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Anna Griot)

Quatrième de couverture

En route pour une fabuleuse chasse au trésor !

De la salle des blasons à l'atelier aux mille papiers, l'enfant observe, explore, fouille... Parchemins extraordinaires et grimoires fantastiques prennent vie sous ses yeux ! Mais que cherche notre jeune détective ? Avec Nancy Guilbert et Anna Griot, découvrez l'univers magique des archives dans une folle enquête, entre histoire et mémoire, rêve et réalité. Cet album est né d'un partenariat archi-formidable avec les Archives départementales de la Haute-Savoie. Et nous sommes heureux de l'avoir imprimé en France.

Mes impressions

Dans cet album enchanteur, nous suivons le parcours d'un petit garçon lors de sa toute première visite aux archives. Cet endroit, qui lui est inconnu, lui semble si étrange et compliqué à comprendre ! Heureusement l'archiviste le prend très vite sous son aile et l'aventure au pays des vieux livres, papiers, cartes, photos et registres peut commencer. Les archives sont présentées comme un arbre de vie à explorer, le lecteur y suit volontiers le petit garçon.

Archives détective 4

 

Il y apprend les différents métiers (archiviste, archiviste restauratrice, archiviste magasinier...) ainsi que la multitude des documents que l'on peut trouver aux archives (registres, cadastre, photos...) Les archives sont telle une fourmilière où chacun a une tâche bien précise à accomplir. Tout semble à la fois compliqué et extrêmement bien ordonné. Les sentiments du chercheur sont subtilement rendus par les mots et par le dessin. Une impression de vertige, tant les possibilités sont grandes, mais aussi un mélange d'angoisse et d'excitation. On ne sait pas vraiment ce que l'on va découvrir !

Archives détective 3

 

"Abritée dans sa cachette, mon archive se repose. Elle m'attendait. Elle est encore plus mystérieuse que ce que j'imaginais. Nous allons apprendre à nous connaître."

Ces phrases résument bien le sentiment de plénitude du chercheur qui tombe enfin sur le document tant convoité, et qui comprend en même temps que ce n'est que le début d'une aventure peut-être sans fin ! Quelle joie !

Cet album est une chasse au trésor, un voyage à travers le temps. A la fois poétique et instructif, voilà un magnifique ouvrage à mettre entre toutes les mains !

"Je ne tardai pas à m'apercevoir que dans ces galeries il y avait un mouvement, un murmure qui n'était pas de la mort... Ces papiers ne sont pas des papiers mais des vies d'hommes, de provinces, de peuples."

Jules Michelet

Cette épigraphe était une évidence pour Archives détective !

Un grand BRAVO à Nancy Guilbert et Anna Griot, duo enchanteur,  pour cette nouvelle collaboration réussie. A chacun de leurs albums communs il se produit un petit miracle, comme si les mots de Nancy et les images d'Anna avaient déjà été là et attendaient d'être réunis. Une véritable osmose qui crée un sentiment si agréable quand on ouvre ces albums. L'arboretum, éditions Courtes et longues, avril 2018 et Nuit, éditions Courtes et longues, mars 2020.

A quand le prochain ? 

Un immense MERCI à Nancy Guilbert pour ce merveilleux cadeau arrivé dans ma boîte aux lettres au moment de Noël et si délicatement dédicacé (comme toujours !)

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Gros coup de coeur

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Petite broche que portait mon arrière arrière grand-mère Louise. Son mari Denis, mort au front en 1916, lui laissant 4 garçons à élever seule...

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Souvenirs d'un mercredi après-midi le nez dans les archives d'une petite commune proche de la nôtre, avec quelques uns de mes élèves, sur les traces de notre Poilu.

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Et au détour d'une page, tomber sur sa signature. Moment d'émotion garanti !


10 mars 2021

Ma vie de dico - Mymi Doinet

Ma vie de dico

  • Titre : Ma vie de dico
  • Auteure : Mymi Doinet
  • Illustratrice : Clotka
  • Editions : Nathan
  • Collection : Premiers romans
  • Age : 7-8 ans
  • Date de parution : 25 juin 2020
  • Nombre de pages : 64
  • ISBN : 978-2-09-259362-2

L'auteure

Auteure jeunesse, Mymi Doinet a déjà écrit plus de 250 livres. Elle écrit également de jolies poésies. Lauréate de plusieurs prix littéraires (prix de Bolognes 1998, prix de Saint-Maur en poche jeunesse 2013, prix lecture inter BCD de Massy 2014, prix Gayant lecture 2015) elle est l'auteure de la série autour de la Tour Eiffel dans la collection Premières lectures de Nathan. Toujours dans cette même collection, Les animaux de Lou, mais aussi Les copains du CP. Et de nombreux autres romans pour les enfants (éditions Auzou, Belin, Hatier). Ses histoires, toujours pétillantes, souvent touchantes, constituent une véritable source de connaissances pour les petits lecteurs. (Source photo, blog de Mymi Doinet)

Mymi Doinet

(Clic sur la photo pour accéder au blog de l'auteure)

Quatrième de couverture

Sur les étagères de la librairie, les livres attendent d'être achetés. Parmi eux, le dictionnaire rêve secrètement de trouver un foyer chez Victoria, une petite fille qui adore lire. Une famille remuante l'emporte à vélo : ses aventures ne font que commencer! Camouflé au milieu des BD, surveillé par un chat affamé, adopté par des nains de jardin, le petit dico recroisera-t-il un jour le chemin de sa lectrice préférée ? 

Mes impressions

Dans cette histoire, le narrateur c'est le dictionnaire. Grâce à lui on découvre la délicieuse libraire Emilie et son monde enchanté, à la Librairie des mots rêveurs. Bien sûr, Emilie a un chat, Pitre. Au tout début de l'histoire, le dictionnaire, fraîchement arrivé, a pour voisins d'étagère Max et les Maximonstres, et Le buveur d'encre. Son rêve, être acheté, adopté par Victoria, la petite fille qui a été la première à l'ouvrir ce tout premier jour à la librairie. Mais les choses ne vont pas se passer ainsi. Il est offert à un garçon bien turbulent que les dictionnaires n'intéressent pas... Et il va connaître bien des déboires ! A en faire frémir les amoureux des livres !

Cette histoire pétillante, pleine de rebondissements, servie par de magnifiques illustrations, est un véritable enchantement. Elle foisonne de références littéraires jeunesse - dont on trouve en toute fin d'ouvrage une bibliographie, mais quelle bonne idée ! Parmi elles, l'excellent Momo, petit prince des Bleuets, de Yaël Hassan -  de jeux de mots (normal quand le narrateur est un dictionnaire me direz-vous !) et de personnages attachants. Un véritable coup de coeur pour moi ! 

Cerise sur le gâteau (j'aime bien cette expression) Ma vie de dico m'a été gentiment envoyé par Mymi, ma presque voisine, dédicacé pour mes élèves ! Mais quel bonheur ! 

Je ne saurai que vous recommander ce livre frais, drôle, pétillant et intelligent. Une pépite ! Merci Mymi !

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Gros coup de coeur

Dédicace

 

 

25 février 2021

L'heure des spécialistes - Barbara Zoeke

L'heure des spécialistes

  • Titre : L'heure des spécialistes
  • Auteure : Barbara Zoeke
  • Traductrice : Diane Meur
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 3 septembre 2020
  • Nombre de pages : 256
  • ISBN : 978-2714480927

L'auteure

Barbara Zoeke a passé son enfance dans la région du Vogtland. Elle a fait ses études à Cologne et à Münster. Psychologue, elle a siégé pendant de nombreuses années au conseil d’administration de la Société internationale de psychologie comparée. Elle a enseigné dans les universités de Munster, Francfort, Cologne et Munich. L’Heure des spécialistes est son premier roman. Elle vit depuis 2008 à Berlin.

Barbara Zoeke

(Source photo et bio éditions Belfond, © Annette Koroll)

Quatrième de couverture

Voilà longtemps que les meurtriers de masse ne se reconnaissent plus à l'oeil nu. Ils n'ont plus besoin de vigueur physique, ils ont maintenant des armes qui passent inaperçues : gaz toxiques, injections, comprimés... Tuer est devenu le métier d'experts bien formés. Des spécialistes de la maladie, de la mise à mort. 

Allemagne, 1940

Au sanatorium de Wittenau, Max Koenig, éminent professeur d'université, se voit décliner mais refuse de perdre espoir. Porté par l'amour de sa femme et de sa fille, il croit encore que les médecins sauront soigner ce mal noir qui le ronge et reste sourd aux avertissements de ses amis qui le supplient de quitter le pays. 

Car ce que Max Koenig ne peut pas voir, c'est que, pour lui comme pour tous les autres malades, handicapés, inadaptés, incurables, fous, les spécialistes du Reich ont un projet...

Dans le sillage de La Fabrique des salauds de Chris Kraus, un roman terrible et poignant, qui explore un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale - la mise en place du programme Aktion T4 - et redonne souffle à des êtres fragiles, cabossés par l'existence et broyés par l'histoire.

Mes impressions

Dans la première partie de ce roman, qui s'intitule Les formulaires, nous sommes en en janvier 1940. Le lecteur fait la connaissance de Max Koenig, de sa famille, de son entourage, alors que ce dernier séjourne au sanatorium de Wittenau à cause de la maladie de Huntington qui le ronge depuis quelque temps déjà. Dans cette partie, la plus longue des cinq parties qui constituent le roman, c'est Max Koenig lui-même qui nous parle. Il nous raconte ses parents, la maison de Berlin-Grunewald, la maladie de son père, qui l'avait contraint de fermer son cabinet d'avocat de la Kantstrasse à Charlottenburg. Puis sa rencontre avec Felicitas, dite Fée, germano-italienne, qui deviendra sa femme. Leur fille Angelica, 10 ans à ce moment-là, dont il faudra taire l'existence dans les dossiers, pour qu'elle échappe aux "spécialistes". Dans cette première partie, il est aussi beaucoup question du quotidien de Max Koenig à l'hôpital, des malades qui deviennent ses amis, ses compagnons d'infortune, et des personnels soignants. Parmi eux, Rosemarie, l'infirmière-chef, qui lui sera d'une grande aide. Peu à peu Koenig réalise que Clampe, son ancien professeur, avait raison quand il l'implorait de quitter le pays au plus vite... trop tard... il est à présent dans leurs griffes. 

p.30 "Max Koenig, je serais heureux de vous revoir une dernière fois ! Et j'aimerais vous savoir en sécurité, vous et votre famille, avant que ne se joue le drame dont parlait Heine il y a cent ans. Et croyez-moi : ils vont commettre l'inconcevable. Ils n'auront pas besoin de courage pour cela. Seulement de la protection du groupe. Il arrive que, de loin, on voie les choses plus nettement. Koenig : voici venue l'heure biblique de l'exode. Prenez femme et enfant, et partez. Le plus grand ennemi de la vérité, ce n'est pas le mensonge ; c'est la conviction."

A l'hôpital de Wittenau, il y a aussi mademoiselle Elfi, l'amoureuse de Carl Hohein, dit Carl, Calle, Callissimo. Carl, il était professeur de latin et d'histoire dans un lycée berlinois avant d'être interné pour ses troubles. C'est grâce à lui que Max peut continuer de communiquer avec sa femme. Ne pouvant plus écrire, il dicte ses lettres à Carl, qui signe invariablement : "De la main de Carl, Calle, Callissimo". Et puis il y a le petit Oscar "avec un c", jeune trisomique, qui s'attache très fort à Max et qui le suivra jusqu'au bout, à Teupitz puis à Bernbourg. Peu à peu, Max Koenig, qui a encore tous ses esprits, réalise que ce cher Clampe avait raison... Il croit même parfois l'entendre lui parler. Ainsi, quand il reçoit la visite de l'aumônier protestant, qui arbore une croix gammée à son revers :

p.74 "Il a eu un soupir lourd de signification. Ca y est, a ricané Clampe dans ma tête, il va vous sortir la tirade du corps sain de la nation. Il va vous démontrer pourquoi le droit de vivre doit être dénié aux gens comme vous. L'individu n'est rien, le peuple est tout. Pendant que des jeunes en pleine santé se battent au front, il ne faut pas que des croulants malades leur bouffent le peu de pain disponible. Je continue, Max Koenig ? Vous en voulez encore ?"

Max aimerait répondre à l'aumonier mais aucun son ne sort de sa bouche... son état se dégrade. Il est alors décidé qu'il sera transféré dans un autre centre. Avec Oscar. Sans Carl. Avant cela, il a convaincu Fée et sa fille de fuir en Italie, et sa belle soeur Catia, la soeur de Fée, qui a épousé Gernoth, un SS notoire, d'employer mademoiselle Elfi dans sa belle villa de Grunewald pour prendre soin de sa belle-mère. Elfi et Carl pourront ainsi se retrouver après la guerre pense-t-il...

Dans ce nouvel établissement les conditions sont plus difficiles. Le confort y est sommaire et Carl n'étant pas là, Max n'a plus de possibilité de communiquer avec l'extérieur.

Peu à peu on assiste à la déchéance de Max Koenig, jusqu'au moment où on le fait monter, avec tous les autres, dans un grand bus gris.

Dans la deuxième partie, Visite du lieu d'exécution, c'est la voix du bourreau que l'on entend. Le médecin-Chef Lerbe. Et on comprend  vite que Lerbe n'est autre que le neveu de Gernoth...

On assiste alors à son ascension sociale, il est un bon élément qui contribuera à sauver la nation. Il est très vite nommé Médecin-Chef en charge de la supervision et du bon déroulement des exécutions au centre de Bernbourg. Il effectue souvent des allers-retours à Berlin, pour aller prendre les bons conseils des Professeurs Heyde et Nitsche. C'est qu'il est très consciencieux, Lerbe. 

p.126 "A l'époque - on était en décembre 1939- , ils étaient encore installés au Columbushaus ; c'est plus tard qu'ils ont emménagé dans une énorme villa ancienne au 4, Tiergartenstrasse, dont l'ancien propriétaire juif était, paraît-il, un oncle du célèbre peintre Max Liebermann. Mais quand j'ai reçu la lettre m'invitant à un entretien personnel au siège de la Fondation d'utilité publique pour l'entretien des maisons de santé, ils ne disposaient encore que de quelques bureaux au Columbushaus. La teneur de la lettre était énigmatique : voulais-je m'impliquer dans une affaire d'Etat confidentielle ? "

Au commencement il a même assisté à une démonstration du bon Dr Brandt, le médecin personnel d'Hitler, qui leur a montré comment se comporter avec les "malades" pour que tout se déroule dans la plus grande sérénité. Après la démonstration, ils avaient même trinqué.

p. 125 "Messieurs, avait dit Brandt en levant son verre. C'est une étape décisive dans l'histoire de la médecine. La mort douce et indolore pour les malades incurables. Et nous, grâce au talent de nos ingénieurs et à l'intrépidité de nos médecins, nous marchons tous ensemble à la pointe du progrès."

Et Lerbe essaie de se persuader qu'ils ont raison. Car visiblement, il n'en est pas certain. Il en serait "presque" émouvant, lisant un maximum de littérature sur le sujet, afin d'avoir les bons arguments en tête si jamais... ce qui plus tard le fera apparaître comme l'un des plus virulents défenseurs de cette thèse. Et puis il ne veut pas que sa fiancée sache en quoi consiste son véritable travail, ce qui est aussi un signe de sa "non tranquillité" de conscience. 

p. 155 "Ania, qui aurait tant aimé travailler à Bernbourg. Et dont je ne voulais pas là-bas. Surtout pas. De quel oeil me regarderait-elle , si elle savait tout ? Je ne veux pas qu'elle sache tout, qu'elle voie tout. Quand elle me touche, quand elle m'embrasse, il faut que ce soit en toute ignorance."

La troisième partie s'intitule La mise à mort. Koenig et Lerbe - L'une des deux voix se tait.  

Dans la suite du roman, c'est l'auteure qui s'exprime et nous donne des nouvelles des survivants.

Un roman très poignant, qui nous donne à voir le système de l'intérieur, qui permet d'observer les rouages de cette machine à tuer. Dans ce programme T4, chacun a un rôle bien précis et personne ne se sent responsable de la tuerie organisée. La machine est bien huilée. Mais les failles apparaissent aussi, c'est ce qui est intéressant. Lerbe tente de ne pas trop réfléchir à sa tâche.... Une histoire terrible.

La villa T4 (pour Tiergartenstrasse 4) à Berlin se trouvait face au Tiergarten, le grand parc au centre de la ville. Dans cette villa fut prise la décision d'exterminer les adultes handicapés ou atteints de maladies soi-disant incurables. La villa fut détruite dans la bataille de Berlin. A son emplacement se trouve aujourd'hui un mémorial rendant hommage aux victimes de l'action T4. Juste derrière, se trouve la Philharmonie de Berlin. Je suis très souvent passée devant le mémorial T4. Si un jour j'y retourne, j'aurai une pensée pour Max Koenig, le héros de Barbara Zoeke c'est certain. 

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29 janvier 2021

Soleil de Cendres - Astrid Monet

Soleil de Cendres

 

  • Titre : Soleil de Cendres
  • Auteure : Astrid Monet
  • Editeur : Agullo
  • Collection : Agullo Fiction
  • Date de parution : 27 août 2020
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN : 979-10-95718-81-9

L'auteure

Astrid Monet est née en 1976 à Orléans. A l'âge de 21 ans, elle part s'installer à Berlin où elle travaille comme comédienne pendant une douzaine d'années. Elle remporte de nombreux prix lors de différents concours de nouvelles, et son premier roman A Paris coule la mer du Nord, a reçu un bel accueil en librairie. Soleil de Cendres est sont deuxième roman. Elle vit aujourd'hui à Paris. (Source Editions Agullo)

Astrid Monet

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Astrid Monet, dont est extraite cette photo, prise à Berlin)

Quatrième de couverture

Dans une Europe accablée par une chaleur étouffante, Marika, 37 ans, revient à Berlin avec son fils Solal. Ce voyage en Allemagne replonge la jeune Française dans une langue étrangère et un passé douloureux : sept ans plus tôt, à la naissance de Solal, elle a quitté la ville brutalement. Aujourd'hui, elle emmène son enfant rencontrer pour la première fois son père, Thomas. Le lendemain, alors qu'elle doit les retrouver dans un café, Berlin est secouée par un violent tremblement de terre. Marika part alors à la recherche de son fils au milieu des décombres, tandis que la ville tente de se relever après cet effondrement. 

Mes impressions

Quand Marika et Solal arrivent à Berlin, ils sont accueillis par Thomas, le père de Solal. Sept ans. C'est l'âge de Solal. Cela fait sept ans que Marika n'est pas revenue, après son départ précipité, son bébé sous le bras. Les retrouvailles sont maladroites, chacun cherche sa place et ce climat étouffant n'est d'aucune aide. Le trio arrive enfin dans l'appartement de Thomas à l'Est de Berlin, Karl-Marx-Allee, après avoir dû descendre du bus devant la cathédrale, à cause de manifestants pour le climat qui empêchaient tout véhicule de circuler. Marika laisse Solal à son papa et décision est prise de se retrouver le lendemain matin. Une séparation très courte mais angoissante pour l'enfant comme pour la mère, qui précise bien à son fils que "bien évidemment elle ne quittera pas Berlin sans lui, quelle idée !"  

Et puis tout bascule.  

En l'espace d'un week-end, Astrid Monet nous entraîne dans une course folle contre la montre et contre les éléments. Le tremblement de terre qui va de nouveau couper cette ville en deux et la détruire en grande partie survient alors que Solal et son père sont dans le métro. Pendant que Marika les cherche désespérément avec toute la force qu'une mère est capable de déployer pour son enfant, on assiste à la naissance d'une relation tellement forte entre le père et l'enfant. Un huis clos qui m'a profondément émue et qui permettra très probablement à l'enfant de renaître après ce drame. Quelques minutes suspendues, précieuses, qui auront le goût de l'éternité pour cet enfant. C'est en tout cas ce que j'ai ressenti très fort. 

Ce livre m'a beaucoup marquée et je pense que mon propre rapport à Berlin n'y est pas étranger. J'ai perçu cette histoire, au-delà du fait bien sûr qu'elle décrive si bien cet amour maternel, cette quête toujours au bord de l'abîme, comme un merveilleux hommage à cette ville, dans laquelle l'auteure a vécu 12 ans. J'y ai tout retrouvé. Les descriptions des lieux bien sûr, le Dom, le château presque reconstruit, sur ses propres ruines, là où l'avait un temps remplacé le palais des lumières d'Erich Honecker, la Karl-Marx-Allee, Savigny Platz, Grunewald ... L'ambiance berlinoise est bien là, malgré le chaos. On y rencontre un couple de Berlinois imperturbables à l'accent bien trempé, Alice Kaufmann, la voisine de Thomas et ses fantômes de la DDR.

La quête des personnages dans Berlin assombrie par les cendres a, par moments, des airs de Bataille de Berlin (si bien décrite dans Berlin Finale de Heinz Rein) où il faut parfois désobéir pour sauver sa peau, où certains hommes finissent par perdre la tête et deviennent ultra-violents.

J'y ai vu un hommage à la ville également à travers différents personnages. Marlene Dietrich la plus évidente pour commencer, qui apparaît comme l'Ange Bleu, qui vient sauver cette femme dans une partie un peu fantastique du roman. A plusieurs reprises, il lui est demandé à elle, la Berlinoise qui avait comme elle quitté la ville, de sauver la pauvre Marika, j'ai beaucoup aimé ce clin d'oeil. Quand les enfants errent seuls dans Berlin désertée par les adultes et se retrouvent qui plus est devant un théâtre, j'y ai vu un hommage à Erich Kästner et son Emile et les détectives. Quand Marisa fait un plongeon dans la Spree, j'y ai vu une peinture de Charlotte Salomon, intitulée Franziska, sur laquelle elle représente la mort de sa mère. 

Franziska

Franziska, Leben ? oder Theater ? Charlotte Salomon.

p.113 "Le vacarme de la rue est loin, oublié, et le bruit dans l'eau danse, presque apaisant. Marika coule, prisonnière, les voix lointaines du souvenir ressurgissent comme des nymphes blanches. Leurs vibrations perceptibles zigzaguent jusqu'à elle. "

Un très beau roman, l'histoire d'une destruction et d'une reconstruction simultanées, l'amour indéfectible d'une mère pour son enfant, le tout dans un décor qui ne laisse pas indifférent, mais aussi dans une atmosphère étouffante, qui pourrait bien être notre atmosphère d'ici très peu de temps malheureusement. J'ai lu ce roman il y a dejà quelques mois et j'y pense encore souvent. 

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Gros coup de coeur 

p.57 "Marika écoute, comme une nomade dans le désert, assoiffée après des années de marche et d'exil, elle elle boit les mots allemands."

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p.64 "Les réverbères éclairent mollement la rue, le parfum suave des fleurs se dépose un peu partout, sur les pavés, sur les lèvres. Elle longe le cimetière de la Bergmannstrasse en direction de Südstern. A travers la grille d'entrée, elle devine les tombes, éclairées par des bougies dans des amphores rouges, endormies au milieu d'une nature sauvage, flamboyante. La nature dominante des cimetières berlinois enveloppe la mort d'un romantisme apaisant. Marika s'allume une cigarette et, à la lueur de son briquet, elle cherche sur le panneau d'information du cimetière des noms d'Allemands et d'Allemandes célèbres qui reposeraient ici : Friedrich Hegel, Heinrich Mann, Anna Seghers. Dans les rues sombres de Berlin, elle marche tranquillement vers les bords du canal, le Landvehrkanal."

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p.82 "Longtemps, il a pris des petits pains aux graines de pavot et au sésame, les filles en raffolaient. Aujourd'hui, et pour la première fois, il petit-déjeune avec son fils.

- Des Schrippen !

Thomas a grandi à Berlin, pas question d'appeler des Brötchen autrement que des Schrippen.

- Combien ?

- Quatre !

D'ailleurs, se dit-il en payant, je vais lui parler avec l'accent berlinois. Marika a dû lui apprendre à parler en Hochdeutsch, hors de question que je lui parle en allemand standard. C'est mon fils, après tout. Sur le trottoir, il s'arrête. Il regarde vers le ciel, concentré, comme s'il écoutait, comme s'il entendait un bruit au loin. Impossible pourtant d'entendre l'explosion du volcan qui se produit au même moment, à plus de six-cents kilomètres."

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p.97 "Elle croise un homme qui porte un masque antivirus et cherche alors autour d'elle une pharmacie où s'en procurer un, mais rien, elle n'aperçoit aucune enseigne affichant le grand A gothique rouge qui annonce une Apotheke."

NotaLe roman a été écrit avant la pandémie qui nous touche en ce moment. 

***

p.155 "- Vous avez besoin que je vous prête des vêtements ? 

Alice Kaufmann parle à voix basse, elle aussi. Leurs visages sont tout près l'un de l'autre. Marika sent son haleine tiède, un peu rance. 

            - Oui, je veux bien. On doit faire la même taille...

            - Plus maintenant, mais quand j'avais votre âge, oui. Suivez-moi... Vous téléphonerez ensuite. Vous avez quel âge ?

            J'ai trente-sept ans. 

             - C'est ça, j'avais presque votre âge le 9 novembre 1989. Tenez ! Prenez ça, je les ai gardés. 

            - Vous avez gardé les habits que vous portiez le jour de la chute du Mur de Berlin ?

            - Mais non ! Ce sont les premiers que j'ai achetés au Kadewe, à Berlin Ouest, les jours suivants. Ceci dit, celui-là, je devais le porter pendant la manifestation du 4 novembre, à Alexanderplatz. Je n'oublierai jamais quand l'écrivaine Christa Wolf a prononcé son discours."

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p.166 "Le camion s'arrête devant l'église du Souvenir, près de la gare du Zoo, Zoologischergarten. La pluie cesse en un claquement de doigts, mais l'eau continue de se déverser des trottoirs, coule à toute allure dans les caniveaux. A l'Ouest de la ville, de nombreux bâtiments ont été épargnés par le tremblement de terre. Le symbole Mercedes (installé là pendant la guerre froide) tient toujours en haut de son immeuble."

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p.191 "Les gamins se rassemblent autour de Solal. La lune pointe peu à peu derrière le voilage gris, elle fait luire les traces de boue, scintille sur les flaques immenses. Les enfants s'envoient de l'eau à grands coups de pied, les giclées tailladent l'obscurité de demi-cercles lumineux et transparents. Les garçons se tordent de rire, hilares, trempés. Ils restent des mômes, des kids, des enfants de moins de dix ans qui jouent dans la rue, qui rêvent d'aventure, de héros, d'être le plus fort, le chef."

 

 

 

 

17 janvier 2021

*** BONNE ANNEE 2021***

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Le Père-Noël s'en est allé, j'espère qu'il vous a tous gâtés ! Avez-vous eu des livres sous le sapin ? 

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Chaque année dans la maison, à l'approche de Noël, j'aime poser des livres un peu partout. Ici le Grimoire du Père Noël (Fleurus Editions), qui nous apprend un tas de choses toutes plus intéressantes les unes que les autres.

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Pour 2020 c'est terminé ! Tout est rangé, lessive faite, à l'année prochaine !

***Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle année 2021 ! ***

Pour commencer l'année sur ce blog, voici quelques idées lectures : 

Beate et Serge Klarsfeld

Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l'oubli, de Pascal Bresson et Sylvain Dorange, aux éditions La Boîte à Bulles.

Beate et Serge Klarsfeld 4

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Amoureux

Amoureux, d'Hélène Delforge et Quentin Gréban aux éditions Mijade.

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Einstein

Einstein, Le fantastique voyage d'une souris dans l'espace-temps, de Torben Kuhlmann aux éditions NordSud

Einstein 4

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St Ex Un prince dans sa citadelle

St Ex un prince dans sa citadelle, de Bernard Chabbert et Romain Hugault aux éditions Paquet.

Saint Ex 4

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Il était une fois des pionniers fabuleux

Il était une fois des pionniers fabuleux, des Epoux von Grüt aux éditions Larousse Jeunesse.

Pionniers fabuleux 4

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L'ara de Rosa

L'Ara de Rosa, Les Lions

L'Ara de Rosa, Les Chiens,

de Pierre-Yves Cezard, sur la peintre Rosa Bonheur, aux éditions Sabot rouge

L'ara de Rosa Les lions 4

L'ara de Rosa les chiens 4

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Les mots d'Hélio, de Nancy Guilbert et Yaël Hassan aux éditions Magnard Jeunesse.

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Elles ont osé !

La collection "Elles ont osé !" aux éditions Oskar (Gisèle Halimi, Rosa Parks, Sarah Bernardt, Greta Thunberg, Harriet Tubman, Amelia Earhart, Dorothy Counts...)

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi contre toutes les injustices, d'Evelyne Morin-Rotureau aux éditions Oskar.

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Ma fugue dans les arbres, d'Alexandre Chardin aux éditions Magnard Jeunesse.

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Le goût sucré de la peur, d'Alexandre Chardin aux éditions Magnard Jeunesse.

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La maison aux 36 clés, de Nadine Debertolis aux éditions Magnard Jeunesse.

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Miss Charity, de Loïc Clément et Anne Montel d'après le roman de Marie-Aude Murail aux éditions Rue de Sèvres.

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Le secret de l'océan

Le Secret de l'Océan, de Jess Keating et Katie Hickey aux éditions Kimane.

Le secret de l'océan 4

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Sauveur & fils

Sauveur & Fils, de Marie-Aude Murail aux éditions L'Ecole des Loisirs

Sauveur & fils 1

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Venise Bises Cerises

Venise, Bises, Cerises, de Nancy Guilbert aux éditions Oskar.

Venise Bises Cerises 4

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Une maison fantastique

Une Maison fantastique, de Géraldine Elschner et Lucie Vandevelde, sur Hundertwasser aux éditions L'Elan Vert.

Une maison fantastique 4

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Le livre P'tit Doc

Le centième P'tit Doc ! Sur Le livre, de Stéphanie Ledu et Aurélie Grand aux éditions Milan.

Le livre P'tit Doc 4

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Les Malheurs de Sophie

Les Malheurs de Sophie, de la Comtesse de Ségur, illustré par Fabienne Delacroix, aux éditions Hervé Chopin.

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Point de fuite

Point de fuite, de Marie Colot et Nancy Guilbert aux éditions Gulf Stream

Point de fuite 4

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Trois histoires de Petits Poucets très malins

Trois histoires de Petits Poucets très malins, de Julie Foulques, Aline Bureau et Vincent Mathy aux éditions Magnard Jeunesse.

Trois histoires de Petits Poucets très malins 4

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Et nous danserons sous les flocons

Et nous danserons sous les flocons, de Clarisse Sabard aux éditions Charleston.

Et nous danserons sous les flocons 4

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Sous le règne d'Hitler

Sous le règne d'Hitler, de Günter Gallisch aux éditions City.

Sous le règne d'Hitler 4

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Nous étions résistantes

Nous étions Résistantes, entretiens d'Odile Benoist-Lucy et Michèle Agniel avec Sophie Carquain, aux éditions Alisio.

Nous étions résistantes 4

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22 novembre 2020

Si je reviens un jour... Les lettres retrouvées de LOUISE PIKOVSKY - Stéphanie Trouillard & Thibaut Lambert

Si je reviens un jour

  • Titre : Si je reviens un jour... Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky
  • Auteure : Stéphanie Trouillard
  • Illustrateur : Thibaut Lambert
  • Editions : Des ronds dans l'O
  • Date de parution : 11 mars 2020
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2-37418-084-7

L'auteure

Stéphanie Trouillard, journaliste de France 24, a réalisé en 2017 un webdocumentaire  en partenariat avec la fondation pour la Mémoire de la Shoah, sur l'histoire de Louise Pikovsky. (regardez-le en suivant ce lien, il est extraordinaire) 

A partir des documents de Louise, elle a pu retrouver des témoins, des cousins éloignés et des anciens élèves. Ce travail a rencontré un vif succès et a obtenu de nombreux prix en France et à l'étranger. Il est lauréat 2018 du prix Philippe Chaffanjon. En 2020, elle scénarise et réalise avec Thibaut Lambert aux dessins, une adaptation en bande dessinée. (Source : éditions Des ronds dans l'O.)

Stephanie Trouillard

 

L'illustrateur

Influencé par son pays natal la Belgique, Thibaut Lambert et pour ainsi dire né dans une bulle. Tout l'inspire, l'amour, les voyages, la maladie, les rencontres... Après un passage à l'atelier BD de l'Institut Saint Luc à Bruxelles, il enchaîne les petits boulots et réalise son premier album BD : Al Zimmeur, un album pour enfants sur la maladie d'Alzheimer.

Début 2008, lassé par la vie en ville, il lâche boulot et logement pour partir avec sa compagne, un an sur les routes d'Amérique du Sud. Après de nombreuses péripéties, ils reviennent en Europe et posent leurs sacs à dos en Poitou-Charentes. Depuis, Thibaut participe à différents fanzines tout en continuant des projets plus personnels. (Source : Editions des Ronds dans l'O et Blog de Thibaut Lambert.)

Thibaut-Lambert

(Clic sur l'image pour accéder au blog de Thibaut Lambert)

 

Présentation de l'éditeur

En 2010, lors d'un déménagement au sein du lycée Jean de la Fontaine, dans le 16e arrondissement de Paris, des lettres et des photographies ont été trouvées dans une vieille armoire. Enfouis là depuis des dizaines d'années, ces documents appartenaient à une ancienne élève, Louise Pikovsky. Plusieurs mois durant, cette jeune lycéenne juive a correspondu avec sa professeure de lettres. Son dernier courrier date du 22 janvier 1944, jour où elle est arrêtée avec sa famille. 

Mes impressions

Ce récit est une histoire "comme je les aime". Un hommage, qui naît de l'Histoire, du hasard, et de la persévérance pour ne pas oublier. En 2010, lors d'un déménagement au sein du lycée Jean de La Fontaine dans le 16e arrondissement de Paris, de vieilles lettres sont retrouvées dans une armoire. Pendant encore six ans elles restent là, puis la professeure à l'origine de la trouvaille partant elle-même à la retraite, les confie à une collègue qui va n'avoir de cesse de retrouver l'histoire de ces lettres. Cette dernière demande alors à Stéphanie Trouillard de l'accompagner dans ses recherches. Les lettres ont été écrites par une ancienne élève, la jeune Louise Pikovsky, alors âgée de 16 ans. Elles étaient adressées à une certaine Mademoiselle Malingrey, professeure de latin-grec au lycée Jean de La Fontaine. Cette dernière avait elle-même remis les lettres au lycée lors de la cérémonie du 50ème anniversaire de l'établissement en 1988.

Au début de la bande dessinée, on retrouve Mademoiselle Malingrey chez elle à Paris dans les années 1980, partageant un thé entourée de quelques unes de ses anciennes élèves, avec qui elle a toujours gardé le contact. Nous sommes juste avant la fête qui célèbrera les 50 ans du lycée. Mademoiselle Malingrey montre alors aux anciennes camarades de Louise les lettres, qu'elle a conservées tout ce temps-là, dans le cartable de la jeune fille, et qu'elle s'apprête à donner au lycée pour qu'on ne l'oublie jamais. Nous remontons ensuite le temps, sur les traces de Louise et de sa famille, à Boulogne où ils habitaient et à Paris, pour vivre avec eux les différentes étapes qui conduiront à la déportation de toute la famille. La montée du nazisme, le père de Louise d'origine russe, qui a dejà fui la Russie en 1905, l'étoile jaune, Drancy ... Et la fin de l'histoire, malheureusement nous la connaissons. 

Au fil des pages nous apprenons à connaître Louise à travers ses lettres et aussi à la lueur de témoignages de cousins et cousines, d'amies retrouvées qui se souviennent. Ce qui est frappant quand on lit les textes de cette presqu'enfant encore, c'est  sa grande maturité et la résilience dont elle s'arme déjà.

p.24 "Je comprends maintenant ce texte latin que j'ai traduit en 5ème et dont je ne me rappelle plus que ceci... "Un homme ayant perdu ses biens, dont les filles ont été emmenées en esclavage, et qui dit ... On ne m'a pas pris ma richesse ... Car ma richesse est en moi." 

La famille, malgré l'inquiétude, reste confiante et refuse l'idée d'une quelconque séparation quand Louise évoque l'invitation de Mademoiselle Malingrey à venir se cacher chez elle.

p.51 "Tu la remercieras, mais il est hors de question de se séparer. Nous serons plus en sécurité si nous restons ensemble." (le père de Louise)

        " Papa a raison. Nous sommes français. Il ne peut rien nous arriver."

Papa a raison

Toute cette histoire et les circonstances qui font que nous parlons de Louise Pikovsky aujourd'hui sont terriblement émouvantes. Cette famille unie au point de ne pas vouloir se séparer est très touchante. Et puis la dernière lettre de Louise, déposée précipitamment, qui dit : 

Dernière lettre de Louise

Quelle émotion. 

Cet ouvrage, très bien documenté, est le fruit de longues et rigoureuses recherches, l'aboutissement de ce que Louise, puis Mademoiselle Malingrey auraient souhaité. En cela il est bouleversant. Et puis il est un nouveau témoignage, indispensable, pour que l'on n'oublie pas. 

Louise Pikovsky

Mademoiselle Malingrey a fait don, accompagnée de ses anciennes élèves, d'une photo de Louise au Mémorial de la Shoah à Paris. Les noms de toute la famille Pikovsky figurent sur le Mur des Noms.

Mémorial de la Shoah

 

J'ai été très touchée par cette lecture, fruit de nombreuses recherches qui ont mené à la mise en lumière d'une jeune fille restée trop longtemps dans l'ombre. Louise Pikovsky, Anne Frank, Simone Veil, avaient à peu près le même âge. Que seraient devenues les deux premières si elles étaient revenues ? 

Ce témoignage est très simplement et justement illustré par Thibaut Lambert, ce qui lui donne une fraîcheur offrant un juste contrepoids à la lourdeur du sujet et qui en fait un ouvrage que l'ont peut aisément conseiller aux enfants dès 10 ans. 

A la fin de la BD se trouvent des photos de toutes les lettres de Louise, une chronologie de l'histoire de la famille, puis des photos, que des cousins et amis retrouvés avaient conservées. Les illustrations de Thibaut Lambert sont très fidèles aux photos dont il s'est inspiré. La photo de classe qui accompagnait les lettres y figure elle aussi. Et puis en toute fin d'ouvrage, un glossaire, une carte de l'itinéraire de la famille Pikovsky et un QR code permettant d'accéder au webdocumentaire. 

Un ouvrage très complet que je conseille vivement. Je n'ai pu m'empêcher de penser en lisant ce livre, aux nombreuses Stolpersteine que je rencontrais lors de mes balades berlinoises. Il y en avait plus de 60 dans ma petite rue. Je me dis que la famille Pikovsky mériterait bien ses Stolpersteine... pour que chaque passant devant leur ancien domicile sache, ait une pensée pour eux. 

*****

Gros coup de coeur 

26 octobre 2020

Nicolas le philosophe - Alexandre Dumas et Christophe Merlin

Nicolas le philosophe 1

  • Titre : Nicolas le Philosophe
  • Auteur : Alexandre Dumas 
  • Illustrateur : Christophe Merlin
  • Editions : Grasset Jeunesse
  • Collection : La Collection
  • Date de parution : 7 novembre 2018
  • Nombre de pages : 32
  • Age : 6-9 ans
  • ISBN : 978-2-246 81634-8

L'auteur

Alexandre Dumas (1802-1870), écrivain incontournable du XIXe siècle, est notamment célèbre pour ses romans historiques tels que Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo. Connu pour son oeuvre prolifique et ses romans fleuves, Alexandre Dumas est aussi l'auteur de textes courts à destination des enfants, adaptés ou inspirés d'Andersen ou des frères Grimm, comme L'Histoire d'un casse-noisette ou Nicolas le philosophe (1844).

Alexandre Dumas

L'illustrateur

Christophe Merlin est l'illustrateur, parfois aussi l'auteur, d'une cinquantaine d'albums jeunesse et de plusieurs bandes dessinées. Il a également publié quelques carnets relatant ses voyages. Quand il n'est pas sur la route ou sur un bateau, il vit et travaille à Montreuil, dans un ancien garage où il bricole des autos de sport hors d'âge entre deux illustrations. 

Christophe Merlin

( Clic sur la photo pour accéder au blog de Christophe Merlin )

Présentation de l'éditeur

Nicolas le philosophe est une fable burlesque, un petit conte philosophique qui nous interroge avec tendresse et humour sur notre rapport aux autres, aux biens matériels et au bonheur. Alexandre Dumas déploie ici toute l'ampleur de son style et de son indéniable talent de conteur. Christophe Merlin prolonge la réflexion avec la force, la poésie et la malice de ses illustrations. 

 

"La Collection" propose des albums graphiques, sensibles et généreux, lieux de rencontre entre un auteur faisant partie de notre patrimoine et le travail - sous la forme d'un jeu - d'un illustrateur contemporain. L'occasion d'offrir aux jeunes lecteurs une jolie porte d'entrée vers la littérature, de leur montrer qu'elle est bien vivante, et qu'elle peut les toucher, les faire rire, rêver, et les inspirer. 

Mes impressions

Je suis absolument conquise par "La Collection" et son principe. Les règles du jeu sont les suivantes : "un temps très court - une semaine seulement - pour poser leur regard sur ces textes et réaliser des images avec une palette limitée à 3 ou 4 couleurs. Cet exercice de rapidité permet une vivacité de réaction, oblige à trouver vite la bonne idée et l'image juste - à la manière des dessins de presse - et entraîne l'illustrateur à se surprendre lui-même."

Le résultat est incroyable de simplicité et de beauté, le tout constitue une très jolie collection. 

A l'issue de sept années de dur labeur chez son maître, Nicolas décide de rentrer chez sa mère. Il repart avec un gros lingot d'or et finit par arriver chez lui après quelques péripéties, heureux, mais les mains vides. Au fur et à mesure des rencontres qu'il fait en chemin, il procède à des échanges que d'aucuns qualifieraient de malheureux, mais qui lui le rendent heureux. 

Un joli conte philosophique qui incite à la réflexion sur la possession, le matérialisme, le bonheur, la corrélation entre les deux, un véritable sujet de philosophie à aborder avec les enfants de façon simple et ludique. La contrainte imposée à l'illustrateur a pour conséquence des dessins simples, harmonieux et efficaces. 

Quelle belle idée que cette Collection ! Une jolie façon de découvrir ou de redécouvrir des contes anciens remis au goût du jour, de redonner de la modernité à des publications parfois perçues comme désuettes et donc une nouvelle visibilité auprès du jeune public. Bravo aux éditions Grasset jeunesse pour cette réussite, et merci pour cette belle lecture !

*****

Dans la même collection,  Petit jardin de poésiede R.L.Stevenson illustré par Ilya Green, mais aussi Valse de Noël, de Boris Vian illustré par Nathalie Choux. 

20 octobre 2020

Venise, bises cerises - Entretien entre lectrices

Venise Bises Cerises 1

 

 

Suite à la lecture du roman Venise, Bises Cerises de Nancy Guilbert et à l'interview de Nancy, nous vous présentons Blandine, Pauline et moi un entretien entre lectrices, comme nous l'avions fait pour Le Sourire du diable

Retrouvez ici les chroniques de Pauline du blog Entre les pages et de Blandine du blog Vivrelivre 

***

Quels ont été vos sentiments premiers à la découverte du titre et de la couverture ?

Blandine : J’adore les cerises, j’adore la couleur rouge, j’adore la promesse acidulée offerte par l’évocation de ce fruit, j’adore le jeu de sonorité du titre, j’adore les couvertures en silhouette, j’adore la police d’écriture, j’adore les détails parsemés qui disent sans pour autant dévoiler l’histoire. 

Bref, un coup de cœur immédiat !

 

Pauline : Mon premier sentiment a été que la lecture s’annonçait pétillante au vu de cette belle couverture ! J’aime aussi ces couleurs donc je l’ai évidemment trouvée charmante. Je me suis quand même dit que ce n’était pas très vendeur pour attirer les garçons alors que l’histoire peut plaire à tout le monde. En répétant le titre dans ma tête, j’ai l’impression que Venise me signe une carte postale depuis de superbes vacances et qu’elle me la poste avec panache avant de reprendre ses aventures. Même après la lecture, ces trois mots qui claquent me font toujours cet effet. Sûrement parce que les livres sont là pour nous laisser des messages !

 

Cécile : J’ai tout de suite adhéré et eu très envie de le lire ! Les couleurs contrastées, les dessins, la silhouette, nous sommes immédiatement embarqués à la découverte de cette pétillante couverture. 

 

 

Et vos sentiments à l’issue de la lecture ?

Blandine : J’ai aimé le dynamisme de l’histoire, sa délicatesse, les clins d’œil, la multiplicité des personnages et de leur vie, ainsi que leur cheminement identitaire à tous. Ils sonnent si vrais, si justes.

J’ai aimé l’imbrication des différents éléments qui font appel à l’Art et à la créativité : la danse (qui en plus, est exercée par le père – atypique), la customisation (alors que le fait maison, la récupération et le zéro déchet sont de plus en plus émergents et valorisés). 

Ces éléments sont nécessaires et indissociables du don de soi, comme nous le montre Venise avec le sac qu’elle crée pour Alexia ou le tapis de lecture pour bébés.

 L’atmosphère qui se dégage de la librairie de Damienne est douce, sereine et enveloppante avec le sentiment d’être dedans.

 J’ai apprécié que les grands-parents de Venise ne soient pas des papys/mamies gâteaux – Merci Nancy – car non, tous ne le sont pas et peuvent même être tout l’inverse.

 Une fois le roman terminé, j’ai ressenti un grand apaisement. Il n’y a pas de vie idéale, chacune a ses faiblesses, ses fêlures, ses inconvénients, la vie est faire d’épreuves mais aussi de beau. Et ce sont ces moments qu’il faut savoir regarder, apprécier et retenir. Pour grandir, devenir, être.

 

Pauline : C’est assez étrange de répondre à cette question car j’ai lu le livre assez rapidement après l’avoir reçu, il y a de nombreuses semaines… De plus, je l’ai dévoré, commencé le matin et terminé dans la journée. Mais j’étais très sereine, ravie et motivée. Motivée pour quoi précisément, je ne saurai dire, mais j’étais revigorée et tous mes projets me semblaient réalisables. 

Venise, Bises, Cerise est un roman très riche. J’avais régulièrement l’impression que Nancy sortait de ses sentiers battus et je trouvais cela génial. J’aime le lien que Blandine fait avec les différents thèmes et le tapis pour bébé, c’est tout à fait ça. Beaucoup d’éléments ou de thèmes différents se rencontrent ici et trouvent le moyen de « coudre » les uns aux autres pour former un tout logique, solide et qui tient chaud à l’âme.

 

Cécile : Après lecture de ce roman, je me suis dit que tous les ados devraient le lire. Il apporte de l’apaisement, une idée que rien n’est insurmontable. J’ai aimé aussi la place réservée à l’entraide dans cette histoire. Et bien sûr les thèmes abordés ne m’ont pas laissée insensible :  la couture, la lecture, les lieux (librairie, salon de thé…) . Venise, Bises, Cerises est un peu un roman initiatique, qui montre que la vie est parfois bien compliquée mais que si on élargit son horizon en ouvrant ses yeux et son cœur à ceux qui nous entourent – et qui souffrent eux aussi – alors on peut construire de belles choses et vivre de beaux moments. 

 

 

Nancy reste dans ses thèmes mais s’en extraie aussi un peu. Qu’en pensez-vous ?

 

Blandine :  Cela me plaît. 

Il y a une ouverture dans la continuité.

Les thèmes chers à Nancy sont aussi universels qu’intimes et peuvent donc se ressentir par tous.

Et cela me touche toujours.

 

Pauline : Je n’ai pas résisté à en parler plus haut. Oui, tout à fait ! Nancy a ses thèmes de prédilections mais elle va beaucoup plus loin ici, y arrive, et cela lui va très bien. 

 

Cécile : C’est effectivement une des caractéristiques de ce roman, et j’ai aimé ça. On retrouve bien sûr la signature de Nancy qui évoque des sujets qui lui sont chers, mais d’une autre manière que j’aime beaucoup aussi !

 

Un ou deux passages à partager ?

 

Blandine :

« A peine suis-je entrée que je me sens bien. La librairie est petite mais tellement chaleureuse, avec un coin pour les enfants, des attrape-rêves aux murs, et même un arbre grandeur nature où sont accrochés des messages en origami. J’adore ! »

 

« Je crois que Kenza et Zélie m’en veulent un peu.

Elles sentent bien que mon esprit est de plus en plus occupé par Zadig. D’habitude je leur raconte tout, mais cette fois, c’est différent. Je n’ai pas envie d’en parler à papa non plus, je préfère garder ce secret pour moi encore un peu. Si maman était là, ce serait autre chose, je lui ouvrirais mon cœur en grand. »

 

Pauline :

« Derrière les visages des gens, se cachent parfois des secrets lourds à porter. »

 

« Pleurer, tout le monde en a le droit. Mais rester digne, chercher des solutions au lieu de se morfondre, ça, c’est bien ! […] Pleurer, c’est bon sur le moment, ça soulage, mais ensuite il faut se pousser un peu au derrière et se remuer. »

 

Cécile : 

« J’aime bien mon directeur. On dirait un aristocrate d’un autre temps, avec sa minuscule barbiche grise et ses lunettes rondes. Il nous parle toujours très dignement, et personne n’ose chahuter pendant qu’il fait ses discours. Pourtant, il est tout petit, mais quand il nous fixe, on dirait qu’il est immense. Pétra m’a déjà expliqué que ça s’appelle « avoir du charisme ». »

 

« J’attrape le carnet que Pétra m’a offert il y a trois ans et qui dort depuis dans le tiroir de ma coiffeuse. Elle m’avait dit : « Tu noteras tes belles idées, ma Venise. Tu verras, ça rend heureux de les relire avant de se coucher, c’est hyper motivant. » 

 

Avez-vous été touchées par Venise ? Et par les autres personnages ?

Cécile : Venise m’a beaucoup touchée car au fond de sa peine elle trouve une grande force, et puis elle accorde beaucoup d’attention à ses amis et sait écouter les conseils de certains adultes pour aller de l’avant même avec ses « ennemis ». J’ai été émue par Jules également. J’ai adoré la positivité de Pétra. Chaque personnage a finalement un rôle important dans ce tissage de relations pas toujours faciles à vivre. 

Pauline Il est difficile de ne pas s’attacher à Venise. Comme Cécile, je dirais qu’elle est généreuse et qu’elle a des passions formidables ; elle a souffert mais a su se relever et avancer. Cependant, tous les autres personnages qui gravitent autour d’elle sont bien construits et très touchants également. Tout ce petit monde est nécessaire pour faire avancer l’intrigue, il a donc été difficile de les quitter, tous autant qu’ils sont.

Blandine  Le personnage de Venise est très attachant : le manque de sa mère, ses réparties quant à son prénom, le métier de son père, tout ceci la rend mature, attentive et attentionnée. Ainsi, sait-elle prendre du recul pour elle-même mais aussi pour ses amies. 

Les personnages secondaires sont très bien travaillés, avec chacun leur histoire et/ou caractère, enrichissant ou offrant un contre-point intéressant à Venise.

 

Quel message principal pensez-vous que Venise porte ?

Cécile : Quoi qu’il arrive il faut se relever, il y a toujours du beau à tirer de chaque situation dans la vie, si chacun fait un effort. Chacun de nous est acteur de son propre bonheur et peut ainsi rendre les autres heureux. 

Pauline : Pour moi également Venise nous dit qu’il faut toujours aller de l’avant. La vie est faite d’épreuves, de souffrances, c’est ainsi. Mais il y a sûrement toujours un moyen de s’en sortir, il faut trouver le moment où se faire violence et saisir les opportunités, peu importe de quoi elles sont faites. 

Blandine : L’empathie et la positivité.

Venise est aussi attentive aux autres, et, comme Cécile et Pauline l’ont souligné, elle est une jeune fille qui va de l’avant, avec douceur. Elle y va à sa manière à elle empreinte de tact et de don de soi (écoute comme DIY). Elle sait mettre de côté les différents et l’ego pour ne voir que le meilleur d’une situation ou de quelqu’un.

 

Ce nouveau roman de Nancy Guilbert aborde différents thèmes importants, quels sont ceux auxquels vous avez été les plus sensibles ?

Cécile : Bien sûr j’ai été touchée par le fait que Venise n’ait plus sa maman et qu’elle lui parle régulièrement. J’ai beaucoup aimé la bonne influence des adultes qui entourent Venise, leur bienveillance. 

Pauline : J’ai aimé comme la couverture réalisée par Venise représente l’histoire et ses personnages. La générosité, le partage, l’unité formée par les êtres humains dans ce livre m’a beaucoup touchée.

Blandine : Au risque de reprendre ma réponse à la question précédente : ce sont l’empathie et le don de soi.

 

Qu’aviez-vous imaginé en découvrant le titre et la couverture du livre ? Que pensez-vous de la couverture après lecture ?

Cécile : J’ai tout de suite trouvé cette couverture très attirante, ça sentait le printemps, la bonne humeur ! On peut croire au départ que c’est Venise qui est danseuse. Et puis surprise, c’est son papa ! 

Après lecture, je pense que cette couverture est parfaite pour ce roman. Elle véhicule une idée de fraîcheur, de douceur, qui finalement sont les grandes gagnantes dans l’histoire, même si par moments on a un peu peur que la violence et la méchanceté ne l’emportent. 

 

Pauline Avec le titre pour seul indice, je ne voyais pas du tout de quoi pouvait parler le roman ! Je dois dire que je fais aussi totalement confiance à Nancy, je lis les yeux fermés. La couverture m’a fait penser à un texte joyeux, solaire, chantant, dansant. Je n’imaginais pas, juste en regardant la couverture, toute la richesse de ce texte. Au final, je trouve qu’elle représente parfaitement Venise, son univers, ce et ceux qui gravitent autour d’elle. Elle illustre parfaitement la dynamique de l’intrigue. Seul bémol s’il  doit y en avoir un : elle risque de ne pas attirer les garçons (parce que voilà, on en est encore là...) alors que je pense sincèrement que cette histoire peut plaire à tous. 

Blandine : J’ai de suite aimé la couverture pour son design, ses couleurs, ses motifs, ses détails ici et là qui disent l’histoire sans la révéler. Elle est girly, acidulée, très attirante. Et j’aime la sonorité apportée par le titre, qui renforce cette impression.

 

Si vous deviez décrire Venise en trois mots ?

Cécile : solitude, amitié, créativité

Pauline : générosité, identité, énergie (pour ne pas mettre les mêmes mots, mais je suis tout à fait d’accord avec Cécile!)

Blandine : Solidarité, luminosité, positivité (tout en rejoignant ceux de Cécile et Pauline !)

15 octobre 2020

Retour à Birkenau - Ginette Kolinka avec Marion Ruggieri

Retour à Birkenau

 

  • Titre : Retour à Birkenau
  • Auteur : Ginette Kolinka et Marion Ruggieri
  • Editions : Grasset
  • Date de parution : 9 mai 2019
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2-246-82070-3

 

Les auteures

Ginette Kolinka, née le 4 février 1925 à Paris, est la sixième fille de Léon et Berthe Cherkasky. Après elle, naîtra un septième enfant, son petit frère Gilbert. Gilbert a 12 ans quand il est déporté avec sa soeur Ginette, 19 ans, leur neveu Jojo et leur père Léon en mars 1944, suite à une dénonciation. Auparavant, afin de se mettre à l'abri, la famille aura passé la ligne de démarcation, non sans encombre, pour s'installer en Avignon. Mais cela n'aura pas suffi. Après un séjour aux Baumettes à Marseille, ils sont internés à Drancy puis déportés vers Auschwitz par le convoi 71. Ginette, matricule 78599, sera la seule de la famille à revenir, en mai 1945. Elle gardera alors le silence pendant de nombreuses années sur ce qu'elle a vécu. Là-bas, elle était avec Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens, elles sont ensuite toujours restées en contact. Depuis une vingtaine d'années, Ginette Kolinka témoigne auprès des jeunes générations dans les collèges et lycées. Elle les accompagne régulièrement à Auschwitz.

Ginette Kolinka

Marion Ruggieri, journaliste et romancière, l'a accompagnée dans l'écriture de ce récit inoubliable.

Marion Ruggieri

Quatrième de couverture

"Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c'est pas possible d'avoir survécu..."

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit frère et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Berger-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. Dans ce convoi se trouvent deux jeunes filles dont elle deviendra l'amie, Simone Jacob et Marceline Rosenberg, plus tard Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens. Ginette Kolinka raconte ce qu'elle a vu et connu dans les camps d'extermination. Les coups, la faim, le froid. La haine. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté. Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Aujourd'hui, à 94 ans, dans toutes les classes de France et à Birkenau, où elle retourne plusieurs fois par an avec des élèves, Ginette Kolinka se souvient en fermant les yeux et se demande encore comment elle a pu survivre à "ça".

Mes impressions

Un témoignage hors du commun, emprunt de sincérité et de discrétion, qui en font un témoignage fort. Ginette Kolinka raconte simplement son expérience de l'horreur, étonnée elle-même d'y avoir survécu. Elle y raconte son "retour à Birkenau", elle qui avait enfoui tous les souvenirs, certaine de ne jamais en reparler. 

"Lorsque je suis rentrée à la maison, ça défilait : tout le monde voulait me voir mais personne ne me demandait comment j'allais, ce que j'avais traversé, ils venaient voir la déportée. Chacun avec un médecin extraordinaire à conseiller. Et la boulangère avec une brioche. 

Je me souvenais de ma mère qui nous racontait sans cesse, quand on était petits, la guerre de 14, la grosse Bertha sur Paris. Le bruit terrifiant, les vitres brisées... Qu'est-ce qu'elle a pu nous casser les pieds.

Moi je n'ai jamais rien dit, pas même à mon mari.

Je n'ai jamais dit à mon fils ou à l'un de mes petits-enfants : "Mange ! Si tu avais été où j'ai été... !"

Puis il y a le film de Steven Spielberg La Liste de Schindler, et un peu plus tard l'Union des déportés d'Auschwitz, dont Ginette pousse la porte en 2000.  

"D'instinct, je décline. Je suis complexée, assez timide, je n'ai pas fait d'études... Que puis-je bien leur raconter, à ces élèves ? Comme j'ai coutume de le dire, j'ai deux bacs, mais dans la cuisine. Je ne vais pas dans les musées, peu au cinéma, encore moins au théâtre... Je n'ai pas de conversation spéciale. C'est non."

Ce premier retour à Birkenau, hasard d'un remplacement, sera l'élément déclencheur de l'urgence du témoignage. Dès lors, Ginette n'aura de cesse de raconter encore et encore, dans les collèges et les lycées, en accompagnant régulièrement les jeunes à Auschwitz et à Birkenau.

"Je ne suis pas retournée à Birkenau depuis cinquante-cinq ans. Pour autant, le souvenir que j'en conserve est très précis. Quand j'arrive, c'est un choc : "Ah mais non !" je m'écrie, "Ce n'est pas ça !" Moi, j'imagine l'odeur, j'imagine la saleté, j'imagine les gens qui grouillent. Tout en sachant que ce n'est pas possible. Mais pour moi, c'est ça. C'est ce camp-là que je vois. Et je suis malheureuse, inquiète, de penser que les visiteurs qui viennent ici, seuls ou sans guide, puissent s'imaginer... Comment voulez-vous voir la fumée, les cris, les bousculades ? Ces dizaines de milliers de gens qui travaillent, qui courent, qui tombent ? Plus rien de tout ça. Les allées sont bien propres, bien nettes, ils ont mis des gravillons, un tapis en caoutchouc pour que personne ne soit dans la boue. De toute façon, il n'y a plus de boue."

Ce témoignage, poignant mais néanmoins tourné vers l'avenir et la vie, est à l'image de Ginette Kolinka. Simple, direct, efficace. Nécessaire et urgent, encore plus aujourd'hui. Ce qui m'a frappée dans ce témoignage-là, c'est l'accueil qui a été réservé à Ginette à son retour. De la part de sa famille, mais aussi de la part de la population française. On ne voulait pas entendre. On ne voulait pas savoir. L'ambiance était à la fête, à la renaissance, les témoignages viendraient après... Bien plus tard. Et Ginette a pensé, comme beaucoup, qu'elle était revenue et que c'était déjà bien. Il lui aura fallu cinquante ans pour commencer à raconter.

Ginette Kolinka a 95 ans et continue de raconter. J'espère très fort avoir un jour la chance de la rencontrer.

Un petit livre à lire, à relire et puis à transmettre. 

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Ginette Kolinka, invitée de France Inter en mai 2019.

 

Lectures associées sur le blog : 

Une famille française dans l'histoire (Ginette Kolinka et Philippe Dana, éditions Kero, 2016)

Une vie (Simone Veil, Le livre de poche, 2015 - Stock 2007)

Simone, éternelle rebelle (Sarah Briand, éditions Fayard, 2015)

Et tu n'es pas revenu (Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, éditions Grasset, 2015)

05 octobre 2020

VENT MAUVAIS - Cati Baur

Vent mauvais 1

  • Titre : Vent Mauvais
  • Auteure : Cati Baur
  • Editions : Rue de Sèvres
  • Collection : BD Jeunesse
  • Date de parution : 10 juin 2020
  • Nombre de pages : 192
  • ISBN : 978-2-36981-103-9

L'auteure

Cati Baur est une illustratrice française née à Genève en 1973. Après des études d'arts plastiques, elle devient libraire, puis assistante d'édition, tout en animant un blog BD. En 2007 elle publie sa première BD aux éditions Delcourt, puis elle se troune plus particulièrement vers la jeunesse avec la série Quatre Soeurs, adaptée des romans de Malika Ferdjoukh, publiée chez Rue de Sèvres. Elle illustre également des albums et des couvertures avec divers éditeurs comme L'Ecole des Loisirs, Magnard, Playbac ou Casterman. Elle vit à Montpellier. (Source : le site de Cati Baur)

Cati Baur

(Clic sur la photo pour accéder au site de Cati Baur)

Quatrième de couverture

"Je m'appelle Béranger, parisien, quarante-quatre ans, huit kilos en trop et deux filles en garde alternée. 

Je suis scénariste. J'ai écrit une grosse comédie il y a quinze ans, qui repasse presque chaque Noël.

J'ai aussi une maîtresse et une ex-femme qui me fait chier.

Pour les kilos, je cours. Pour l'ex-femme, je ne sais pas, la seule solution est de partir loin...

Midlife crisis. Ca passe, il paraît..."

Dans ce récit enivrant, Cati Baur nous embarque au milieu de nulle part, là où le bruit incessant des éoliennes pousse parfois, les habitants jusqu'à la folie... Et où, une fois encore, ce sont les femmes qui prennent les choses en main.

Mes impressions

Au centre de cette histoire, il y a Béranger. Bébert pour les intimes. La vie à Paris devient compliquée, le travail se fait rare, l'inspiration encore plus. Il a pris la décision d'aller s'installer à la campagne. Mais ses filles ne l'entendent pas ainsi. Ses filles, Violette et Lison. Violette l'ado rebelle puissance dix-mille et Lison la passionnée de lecture. A vrai dire, tout son entourage, famille et amis, essaie de le dissuader d'aller s'installer dans ce village, à 1h30 de Paris. Quelle folie de quitter la capitale ! Mais il est décidé. Rien ni personne ne l'arrêtera. Pas même le champ d'éoliennes qui surplombe la maison qu'il a repérée. D'aucuns disent que ça peut même rendre fou, qu'à cela ne tienne. Béranger, lui, au contraire, est tombé sous leur charme. Il les trouve fascinantes. Dans ce village, choisi au hasard d'une annonce sur le Bon Coin, il y a Marjolaine. Un physique et un look atypiques, une attitude parfois étrange, Marjolaine vit chez ses parents sans vraiment y vivre. La nuit, elle préfère dormir dans son camion-bibliothèque, garé dans la cour de l'ancienne ferme. C'est son père qui il y a quelques années a autorisé l'insatallation des éoliennes sur ses terres, moyennant finance bien sûr. Et ça dans le village, ça ne plaît pas à tout le monde. Voilà, le décor est planté. Il nous reste à assister au mélange de ces deux mondes, que tout oppose. Et à nous régaler.

Cati Baur nous promène d'un univers à l'autre, croque les personnages et leurs histoires de façon si émouvante qu'on s'y attache très vite. Béranger s'installe au village après avoir passé l'hiver à rénover sa maison et à s'extasier devant ce majestueux champ d'éoliennes qui, il en est persuadé, vont lui redonner l'inspiration. Marjolaine suit son petit bonhomme de chemin, gère ses parents comme elle le peut. Ces deux mondes vont se rencontrer, se confronter, se toiser parfois, s'apprivoiser. Au village, Béranger fait quelques connaissances, parmi lesquelles des membres du comité anti-éoliennes. Il passe beaucoup de temps à travailler dans son bureau, à chercher l'étincelle qui rallumera son imagination, la fera exploser. Il va même jusqu'à parler avec ses personnages... Serait-il en train de devenir fou ? Mois après mois, Cati Baur nous entraîne dans cet univers nouveau, où les repères n'en sont plus vraiment, où la folie parfois l'emporte. Béranger parviendra-t-il à écrire la suite de son histoire ? 

J'ai adoré cette lecture, ma première lecture de Cati Baur. Elle accompagne ses personnages avec une grande sensibilité. Cela les rend attachants dès le début de l'histoire. J'ai également beaucoup apprécié les descriptions des différentes ambiances, tellement justes ! Elle nous fait passer avec beaucoup d'aisance de la vie simple et parfois ennuyeuse d'un village de campagne - accompagnée forcément des commérages inéluctables au café du coin - à l'atmosphère très parisienne, bobo, -quoi ? Il est possible de vivre ailleurs qu'à Paris ??? Tout y est !

Bravo à Cati Baur pour sa justesse de ton, de vue et d'esprit. J'en redemande ! Et Merci aux éditions Rue de Sèvres !

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Vent Mauvais 4

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Vent Mauvais 2

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Vent Mauvais 3

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Vent Mauvais 6

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Vent Mauvais 5