La maison des livres

31 octobre 2017

La (toute) dernière fois - Laure Manel

La toute dernière fois - Laure Manel

  • Titre : La (toute) dernière fois
  • Auteur : Laure Manel
  • Editions : autoédition
  • Date de parution : 1er novembre 2017

L'auteur

Laure Manel est née en 1978. Après des études de lettres, elle s'engage dans une voie professionnelle, mais le goût de l'écriture se rappelle à elle une douzaine d'années plus tard.

Les thèmes qui lui sont chers : l'amitié, l'amour, la psychologie et les ressentis, les rapports humains, la famille, les sentiments, la maladie, la mort, le deuil, les choix de vie...

Laure Manel

(Clic sur la photo pour accéder au site de Laure Manel)

 

Quatrième de couverture

 

On pense souvent à nos premières fois… Premier jour d’école, premier vélo sans roulettes, premier baiser, première cigarette… Mais c’est si loin, tout ça !

Nos dernières fois ne sont-elles pas plus présentes, plus fortes, plus propices à la réflexion ?

Souvenez-vous… de la dernière fois que vous avez vu votre meilleur ami, de la dernière fois que vous êtes allé à la mer, de la dernière fois que vous avez fait une gaffe… Imaginez-vous, au crépuscule de votre vie, vous rappeler vos toutes dernières fois.

Ce recueil de textes vous plonge dans 60 vies.

60 personnages, 60 anonymes, qui pourraient être chacun d’entre vous.

60 anecdotes, comme des bribes de vies… des souvenirs récents ou plus lointains, légers, doux-amers ou plus graves.

60 émotions, ou presque… qui vous divertiront, vous interrogeront, vous étreindront…

Tout au long de ces textes, vous vous identifierez, vous sourirez, vous serez peut-être aussi un peu remués… et vous penserez à toutes vos dernières fois, vécues et à venir. Alors vous aurez sans doute aussi une envie : vivre à 100 %.

 

Mes impressions

J'ai retrouvé ici avec beaucoup de plaisir la plume de Laure Manel. Je suis toujours impressionnée de constater à quel point cette auteure me surprend à chaque fois. Elle fait preuve d'une inventivité assez incroyable dans son écriture, avec des idées qui rivalisent d'ingéniosité. Ici, elle a imaginé soixante "situations", récits, qui tous commencent de la même façon, par "La (toute) dernière fois...

Au départ (avant lecture de la quatrième de couverture) j'ai pensé que j'allais lire les "dernières fois" d'un seul personnage, et découvrir ce personnage au fur et à mesure. Mais pas du tout! A chaque nouveau texte il est question d'une nouvelle personne. En fait, il s'agit de "nous tous" dans ces histoires. Tout le monde y passe, les petits, les grands, les hommes, les femmes, les vieux et les jeunes, les célibataires, les couples. Un joli puzzle de la vie, de ses aventures, mésaventures, drames et de tous les sentiments qui vont avec.

Laure Manel nous offre ainsi une étude sur l'être humain à travers toute sa gamme de sentiments. Le tout sur fond de sujets de société, d'actualité. Certains textes m'ont fait sourire, d'autres réfléchir, d'autres enfin m'ont émue, voire beaucoup émue.

Quelques textes m'ont parlé plus que d'autres, forcément, par rapport à mon propre vécu, et c'est cela que je trouve magique dans ce genre d'ouvrage : chaque lecteur y trouve ses repères. J'ai eu, cerise sur le gâteau, la merveilleuse surprise d'y découvrir une référence à une chanson qui me touche énormément, mais je n'en dis pas plus!

Comme chacun des ouvrages de Laure Manel, cette lecture ne laisse pas indifférent. Je me suis retrouvée dans pas mal des textes, et je pense que ce sera le cas de beaucoup d'entre nous. Bien joué! 

Je ne peux que vous conseiller vivement de vous pencher sur ces histoires de la Vie!

Sortie demain!

*****

"La (toute) dernière fois qu'elle a changé d'avis"

Donc, prise dans cette course effrénée, elle n'avait rien vu. Rien éprouvé d'autre que la frénésie, l'impatience, l'envie que tout soit au top. Son cerveau était concentré sur les tâches à accomplir, consciencieux, volontaire. Son coeur s'était fait tout petit. Comme si on l'avait oublié là, sur la ligne de départ de la course. Mais il a fait un saut de géant, a rattrapé tous les concurrents et s'est rappelé à elle quelques mètres avant la ligne d'arrivée. Quelques jours avant le mariage.

 

"La (toute) dernière fois qu'il est allé à l'école"

C'était le dernier jour. Un jour de début juillet, qui sonnait l'heure des vacances d'été. 

Pour lui, c'était plus. 

Déjà, le matin, en arrivant, il avait la boule au coeur et dans la gorge. Dernier jour... Le matin, il avait franchi la porte de sa classe avec une certaine émotion. Il avait écrit la date au tableau, fait glisser la craie sans qu'elle ne crisse désagréablement, s'était dit " Je me souviendrai toujours de ce jeudi 6 juillet". 

Je pourrais citer tant d'autres extraits, mais le mieux est de lire les histoires en entier, et de les savourer en les découvrant soi-même!

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24 octobre 2017

Je t'écris de Berlin - Klaus Kordon

Je t'écris de Berlin

  • Titre : Je t'écris de Berlin
  • Auteur : Klaus Kordon
  • Editions : Gallimard jeunesse (coll. Folio junior)
  • Date de parution : 1999 (première édition française, 1994)
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN : 2-07-052703-4

L'auteur

Klaus Kordon, né en 1943 au nord de Berlin-Est, est un auteur jeunesse allemand. Quand sa mère meurt en 1956, il part vivre en foyer (son père était mort à la guerre). Après la construction du mur, il tente de fuir vers l'ouest en 1972. Il échoue et restera un an dans les prisons de la Stasi. En 1973, sa libération est négociée par l'Allemagne de l'Ouest, où il vivra désormais avec sa femme et leurs deux enfants, dont ils avaient été séparés. Klaus Kordon vit aujourd'hui de nouveau à Berlin. 

Klaus Kordon 

Clic sur la photo pour accéder au site de l'auteur.

Quatrième de couverture

Lika, une petite fille de Berlin-Ouest, a trouvé une bouteille que Matze, un garçon de Berlin-Est, a jetée dans la Spree et elle décide de répondre au message qu'il a glissé à l'intérieur. Leurs parents s'inquiètent de cette correspondance. Jusqu'au jour où Matze invite Lika à passer une journée à l'Est... L'histoire d'une amitié étonnante, à l'ombre des complications politiques des adultes, à laquelle la réalité, rejoignant aujourd'hui la fiction, apporte un heureux dénouement.

Mes impressions

Ce livre a été écrit par Klaus Kordon en 1988, soit un an avant la chute du mur de Berlin, ce qui lui donne bien sûr un éclairage particulier. L'auteur était à ce moment-là "passé à l'ouest" et pouvait donc se permettre, à travers ses écrits ( en littérature jeunesse), de dire ce qu'il se passait "de l'autre côté". 

C'est donc avec émotion que j'ai lu ce récit de la rencontre entre des enfants de Berlin-Est et des enfants de Berlin-Ouest. Dans l'histoire (et au moment de l'écriture de celle-ci) personne ne sait que très bientôt le mur n'existera plus.

Au-delà d'être une aventure touchante, ce roman est un objet très instructif, et une très belle occasion de découvrir à travers des yeux d'enfants quels étaient les rapports entre les deux Allemagnes, entre les deux Berlin. Le jeune lecteur est ainsi amené à découvrir en même temps que les protagonistes de l'histoire les rouages de ces sociétés tellement proches physiquement et pourtant tellement éloignées. 

Lika et Matze ne comprennent pas au départ pourquoi il leur est si difficile de se rencontrer. Ils ont l'impression de ne pas habiter la même ville.

p.38 "- A cause de la frontière, répondit grand-papa. Ta bouteille doit d'abord commencer par aller à Berlin-Ouest. Mais elle ne passera pas. Il y a des grilles dans l'eau."

 

Cette affirmation, prononcée par un vieux monsieur, et qui s'avèrera inexacte, montre à quel point les gens ne savaient finalement pas grand-chose. Il aurait pourtant pu avoir raison...

 

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Le mur de Berlin (east Side Gallery)

p.62 "- Est-ce que tu te rends compte au moins des ennuis que cela peut nous causer? cria-t-elle (la maman de Matze)

           Matze secoua la tête. Pourquoi une lettre écrite par une fille de Berlin-Ouest à un garçon de Berlin-Est leur causerait-elle des ennuis?"

*

p.65 "Matze avait déjà entendu dire quelque chose dans ce sens. Le père d'Ilsa avait deux frères à l'Ouest, l'un à Göttingen et l'autre dans un village quelconque, près de Stuttgart. A cause de ces deux frères, et bien qu'il fût considéré comme un spécialiste de première qualité dans son domaine, il n'était jamais envoyé en mission professionnelle dans le secteur Ouest, ce qui mettait obstacle à sa carrière, bien entendu. Il avait même déjà parlé de demander tout simplement un visa de sortie et d'aller s'installer de l'autre côté. Ilsa disait qu'elle en serait ravie. On pouvait acheter là-bas des vêtements beaucoup chic qu'ici et, au moins, il n'était pas interdit d'aller à Paris et aux Bahamas."

*

p.130 " Puis il réfléchit un instant et déclara qu'il ne se rappelait que du Berlin de l'après-guerre. 

          - A l'époque, il y avait déjà deux Berlin. ou plus exactement, quatre secteurs, le secteur américain, le secteur français, le secteur anglais et le secteur russe. Les trois secteurs occidentaux n'ont pas tardé à se souder, et nous, nous formons l'autre moitié."

*

p.141 "Je ne sais pas qui est responsable du mur, répliqua maman en haussant les épaules. Je sais seulement que ce sont les gens de là-bas qui en souffrent le plus. Et que nous, nous faisons le jeu du gouvernement de l'Est si nous nous replions sur nous-mêmes. Que voyons-nous lorsque nous partons en voyage pour l'Allemagne de l'Ouest? Pour nous, le grand trou noir commence derrière Dreilinden*, et nous nous réveillons à Helmstedt** seulement. Alors que la R.D.A. est aussi peuplée de gens bien vivants, comme toi et moi!"

*Dreilinden : poste-frontière entre Berlin-Ouest et la R.D.A.

**Helmstedt : poste-frontière entre la R.D.A. et l'Allemagne de l'Ouest. La ville de Berlin se trouvait à l'intérieur de la R.D.A.

RDA-RFA

 p.144 "- Comment voudrais-tu qu'ils parlent? Ils sont aussi Berlinois que nous. 

             - Je n'arrive vraiment pas à imaginer Berlin-Est. Je me suis toujours dit que derrière le mur, c'était la fin du monde."

*

p.180 "Ensuite, il y eut un moment de silence général jusqu'à ce que Picpouc reprenne à voix basse : 

            - Quelle ville formidable on ferait si les deux moitiés étaient réunies! Sans comparaison avec les autres, hein?" 

Et puis bien sûr ce livre est aussi l'occasion de découvrir la ville de Berlin, d'Ouest en Est, d'Est en Ouest.

p.85 "Mais le plus drôle était de retrouver des rues ou des places qui existaient encore et n'avaient pas changé de nom : la rue Frédéric (Friedrichstrasse) ou l'allée de Prenzlau (Prenzlauer Allee), par exemple [...] mais surtout la place Alexandre (Alexanderplatz) que Matze et Picpouc aimaient tant parce qu'il y avait toujours beaucoup d'animation à cet endroit-là."

*

p.166 "Ensuite ils avaient eu droit tous les quatre à une surprise de taille : l'énorme tour de la Télévision. Ils étaient passés tout près. Vue du bas, elle paraissait presque toucher le ciel."

Fernsehturm

La tour de la Télévision (Fernsehturm)

A la fin du roman se trouve un texte, "de l'auteur à ses lecteurs", dans lequel Klaus Kordon explique les raisons qui l'ont amené à écrire cette histoire. J'aime beaucoup cette dernière phrase.

p.205 " D'ailleurs, les livres ne sont-ils pas eux aussi, d'une certaine manière, comme des bouteilles à la mer? Les auteurs jettent leurs messages dans l'océan des ouvrages qui paraissent chaque année et ne savent pas qui les découvre. Parfois, il leur arrive quand même de recevoir des réponses et ils apprennent ainsi que leur "bouteille messagère" a bien été trouvée."

 

*****

 

Die Flaschenpost

Couverture du livre "Die Flaschenpost" en allemand.

 

 

06 octobre 2017

Une famille française dans l'Histoire - Philippe Dana et Ginette Kolinka

Ginette Kolinka - Une famille française dans l'histoire

  • Titre : Une famille française dans l'histoire
  • Auteur : Ginette Kolinka et Philippe Dana
  • Editions : KERO
  • Date de parution : 21 septembre 2016
  • Nombre de pages : 224
  • ISBN : 978-2-36658-146-1

Les auteurs

Ginette Kolinka, née le 4 février 1925 à Paris, est la sixième fille de Léon et Berthe Cherkasky. Après elle, naîtra un septième enfant, son petit frère Gilbert. Gilbert a 12 ans quand il est déporté avec sa soeur Ginette, 19 ans, leur neveu Jojo et leur père Léon en mars 1944, suite à une dénonciation. Auparavant, afin de se mettre à l'abri, la famille aura passé la ligne de démarcation, non sans encombre, pour s'installer en Avignon. Mais cela n'aura pas suffi. Après un séjour aux Baumettes à Marseille, ils sont internés à Drancy puis déportés vers Auschwitz par le convoi 71. Ginette, matricule 78599, sera la seule de la famille à revenir, en mai 1945. Elle gardera alors le silence pendant de nombreuses années sur ce qu'elle a vécu. Là-bas, elle était avec Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens, elles sont ensuite toujours restées en contact. Depuis une vingtaine d'années, Ginette Kolinka témoigne auprès des jeunes générations dans les collèges et lycées. Elle les accompagne régulièrement à Auschwitz.

Ginette Kolinka

(en cliquant sur la photo, retrouvez Ginette Kolinka sur Babelio)

Ginette Cherkasky, qui a épousé Albert Kolinka en 1951, est la maman de Richard Kolinka, le batteur du groupe Téléphone. Il est important de le préciser, car c'est parce qu'il connaissait Richard et qu'il voulait au départ écrire sur lui, que Philippe Dana a finalement décidé de raconter avec Ginette son histoire à elle.  

 

Philippe Dana

(en cliquant sur la photo, retrouvez Philippe Dana sur Babelio)

Philippe Dana, né le 5 septembre 1959, est un journaliste français, producteur et animateur à la télévision, et à la radio. Il a publié en 2013 Les invités de la fête avec Léon Mercadet sur l'épopée Canal+.

Quatrième de couverture

Dans l'entrée se tiennent des civils qui parlent français, des messieurs avec des chapeaux, vêtus d'un manteau de cuir : la Gestapo est chez nous. Ils sont trois autour de mon père, de mon petit frère Gilbert et de mon neveu Jojo qui étaient sur le point de partir à l'école. Je me souviens leur avoir demandé : "Qu'est-ce qui se passe?" Ils répondent : "Vous êtes juifs ! "

Ginette Kolinka a 19 ans quand elle est déportée avec son père, son frère et son neveu à Auschwitz II-Birkenau. Ginette, devenue matricule 78599, y restera plus d'un an. C'est la seule de sa famille qui reviendra de l'enfer des camps.
À son retour, elle se mure dans le silence. Même à son fils Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone, elle ne dira pas ce qu'elle a enduré. Mais un voyage en famille à Auschwitz va l'aider à raconter l'horreur. Aujourd hui, à 91 ans, elle témoigne.

 

Mes impressions

Après avoir lu Une vie de Simone Veil, puis Et tu n'es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens, il me tenait à coeur de lire le témoignage de leur amie d'infortune, Ginette Kolinka. Je remercie les Editions Kéro de m'en avoir donné l'opportunité.

Ce témoignage, comme les précédents, est bouleversant. Le ton est simple, sans mièvrerie. Philippe Dana remet les événements dans leur contexte historique mais aussi quotidien et familial. Ce qui m'a frappée ici, c'est la naïveté, la gentillesse (au sens positif des termes) et la (trop) grande discrétion de Ginette Kolinka. "Je n'aime pas déranger" a-t-elle l'habitude de dire. Le contraste entre cette douce personnalité et ce qu'elle va subir n'en est que plus saisissant.

Ginette est née le 4 février 1925 au 22 rue Vieille-du-Temple, au coeur du Marais. Elle a cinq soeurs aînées, Léa, Suzanne, Sophie, Lucienne et Jacqueline, et un petit frère, Gilbert. Le papa est artisan, il fabrique des imperméables. La famille déménage ensuite à Aubervilliers, puis dans un appartement avec bail commercial, c'est ici que vit encore Ginette aujourd'hui.

Elle va alors à l'école près de la maison, c'est le temps de l'insouciance, puis des premiers rendez-vous, des vacances au Portel.

p. 39 "Chaque année, il y a les vacances. [...] Et les vacances, c'est Le Portel! Le Portel, c'est une expédition, attendue chaque année avec impatience. [...] Le train qui fait la joie de la petite Ginette au début de l'été sera par la suite, et à plusieurs reprises, le véhicule de ses angoisses, de ses espoirs puis de la tragédie."

Au fil du récit, l'on passe ainsi de la vie de famille tranquille, de l'insouciance, à l'interrogation, à l'inquiétude, puis à la peur, enfin à la terreur. Léon, le papa de Ginette, semblait être très conscient du danger grandissant de rester à Paris. Dans un premier temps, dès 1939, il a envoyé ses enfants dans un village près de Tulle, puis tout le monde a fini par rentrer à Paris. 

En juillet 1942, la famille décide de passer la ligne de démarcation pour aller en zone libre. Ils se séparent pour former plusieurs groupes, mais Ginette, Sophie et Lucienne se font arrêter à Angoulême. Après une nouvelle tentative, la famille est de nouveau réunie à Avignon. Jusqu'à l'arrestation de Léon sur dénonciation en mars 1944. Ce matin-là, les hommes de la Gestapo emporteront aussi Gilbert, Jojo le fils de Léa, et Ginette qui arrive par hasard à ce moment-là et proteste. 

Prison d'Avignon, les Baumettes (où Ginette partage la cellule de Marceline Loridan) puis Drancy, avant la déportation à Auschwitz. C'est le parcours de Ginette. 

p.107 "Lors de l'arrivée de Ginette et sa famille, le camp est placé sous l'autorité d'Aloïs Brunner qui a diminué les tâches de la gendarmerie française en accordant plus de responsabilités aux prisonniers juifs dans l'administration du camp. Une habile et perverse manoeuvre. 

Après la guerre, ce même Brunner parviendra à échapper à tous les procès de criminels de guerre nazis. Il trouvera refuge en Syrie où il deviendra conseiller des services secrets d'Hafez el-Assad, le père de l'actuel président syrien Bachar el-Assad. 

Aloïs Brunner apportera toutes ses connaissances et son expertise au dirigeant syrien lors de la mise en place des techniques de torture des prisonniers du régime. Un rôle dans lequel il a toujours excellé..."

***

p.110/111 "A l'aube du jeudi 13 avril 1944, c'est par dizaines que les bus viennent chercher les prisonniers pour les conduire à la gare de Bobigny. Le convoi numéro 71, celui de Ginette et de sa famille, détient un triste record : ce fut l'un des plus importants convois de déportés pour Birkenau depuis la France ; mille cinq cents personnes vont être entassées à bord de ce train pour la mort. Parmi elles, trente-quatre des quarante-quatre enfants raflés à Izieu sur ordre de Klaus Barbie. [...] Dans ce convoi se trouvent aussi la future ministre et première présidente du Parlement européen, Simone Veil, et Marceline Loridan, l'amie de Ginette."

***

p.119 "Pendant toute sa vie, Ginette gardera le souvenir de ce moment où, en adolescente attentive à son père et à son petit frère, elle pense donner le meilleur conseil. "Je dis alors à mon petit frère et à mon père qui semblent épuisés par ce long voyage : "Papa, Gilbert, montez dans le camion." [...] Tout est allé tellement vite que je n'ai même pas eu le temps de dire à tout à l'heure à mon frère et à mon père. Je ne leur ai même pas fait un petit bisou. Ça n'était pas très grave, je savais qu'on allait se retrouver rapidement dans le camp."

 Dans le livre, il est ensuite question du retour, seule, de la vie qui malgré tout continue, de la rencontre avec Albert puis du fils unique Richard Kolinka dont tout le monde connaît le parcours, puis enfin de la nécessaire transmission de cette histoire.

p. 205 "En novembre 2013, Ginette s'est rendue avec son fils Richard, sa compagne Hélène et ses petits-fils Roman et Mathis sur son lieu de déportation. C'était la première fois que sa famille faisait le voyage jusqu'à Auschwitz-Birkenau."

Ce livre, qui n'est pas ma première lecture au sujet de l'holocauste, m'a apporté, comme chaque témoignage que je découvre, un éclairage supplémentaire, et ce sont tous ces témoignages qui mis bout à bout, font et feront que l'on n'oublie pas. Pour cela, bravo à Philippe Dana d'avoir permis cette trace, et bravo à Ginette Kolinka d'accompagner les jeunes générations aussi bien qu'elle le fait sur le chemin tortueux de ce sombre passé. Pour que cela ne recommence pas. 

*****

Lectures associées : 

Une vie Simone Veil, 31 octobre 2007 Stock, puis juin 2015 Le Livre de Poche 

Et tu n'es pas revenu Marceline Loridan-Ivens, février 2015, Grasset

 

27 septembre 2017

Ne dis rien à papa - François-Xavier Dillard

Ne dis rien à papa

  • Titre : Ne dis rien à papa
  • Auteur : François-Xavier Dillard
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 15 juin 2017
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-714476234

L'auteur

Né à Paris en 1971, François-Xavier Dillard a fait des études de droit et de gestion avant de se lancer dans l'écriture. Ne dis rien à papa est son quatrième roman, le deuxième à paraître chez Belfond.

François-Xavier Dillard

Retrouvez cette photo sur le site L'île aux livres, le salon du livre de l'Ile de Ré.

Quatrième de couverture

L'instinct maternel est l'arme la plus puissante au monde. Surtout quand on la retourne contre ses propres enfants. 

Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visions imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante. 

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l'un, une propension à la mélancolie et, chez l'autre un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu'elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d'images qu'elle voudrait tant oublier... À n'importe quel prix... 

Et lorsqu'un nouveau voisin s'installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d'une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister. 

Mes impressions

 Ne dis rien à papa est un thriller très bien ficelé, qui m'a tenue en haleine du début à la fin. Je n'entrerai pas dans les détails afin de ne pas trop en dire, mais dès le début on comprend qu'il y a forcément un lien entre cette terrible histoire qui s'est déroulée dans le bush australien et cette famille française que l'on découvre en parallèle. Vient s'ajouter une troisième histoire, une histoire de viol collectif, peut-être (probablement!) liée aux autres...il faut ensuite défaire les noeuds, et en cela l'auteur nous accompagne, nous perd parfois (peu d'indices spatio-temporels), nous entraîne sur de fausses pistes pour mieux nous re-capter.

Une particularité qui apporte de la tension à ce roman est que les scènes de violence sont - quand cela est possible -  relatées par les victimes elles-mêmes.

p.11 " Le bruit de la terre... Chaque pelletée recouvre peu à peu ma tombe et fait un bruit d'avalanche. Un fracas qui s'assourdit au fur et à mesure que la couche de terre s'épaissit au-dessus de mon corps meurtri. La balle a traversé mon crâne. Ça a fait comme un choc électrique, comme la fois où j'avais, je ne sais pas comment, réussi à mettre ma tête dans le grillage électrifié qui entourait le pré du voisin. Une myriade d'étoiles qui dansaient autour de mes yeux et puis cette sorte d'onde puissante qui me traversait tout le corps et qui raidissait mes muscles et plus rien..."

 

Du coup, j'ai bien apprécié tout de même le côté caricatural des personnages tels que le commissaire Rémi Dubois (collectionneur de montres de luxe) ou le médecin légiste (classique des séries policières) qui allège un peu (je dis bien un peu!) l'ambiance et apporte un équilibre.

p.38 "- Eh bien, voilà, la plupart de ses os ont été cassés, ses doigts, les clavicules, l'humérus, le fémur, le péroné... Messieurs, vous avez devant vous un homme brisé au sens propre du terme !"

          Les épaules du professeur Flachat sont alors secouées par de petits spasmes provoqués par le fou rire intérieur que sa blague vient de déclencher."

Ce thriller est avant tout psychologique, mais il comporte pas mal d'action, de rebondissements, j'ai été quelquefois surprise, j'ai parfois deviné, mais pas souvent, et c'est ce qui m'a plu! J'ai passé un très bon moment, même si à mon goût certaines scènes étaient trop violentes, trop sanguinolentes. Je verrais très bien une adaptation cinématographique de cette histoire.

Ne dis rien à papa est le premier roman de François-Xavier Dillard que j'ai l'occasion de lire, je remercie les éditions Belfond de m'en avoir donné l'opportunité et j'ai maintenant bien envie de lire d'autres titres du même auteur comme Fais-le pour maman, ou Austerlitz 10.5 .

*****

 

22 septembre 2017

Brocante à la maison #2

Après une assez longue pause, me revoilà avec un vieux "livre" trouvé à la maison.

Aujourd'hui, un almanach Hachette de 1920 ou la

Petite encyclopédie populaire De la Vie pratique

Almanach Hachette 1920

 

J'aime beaucoup sa couverture, et j'ai été très surprise en l'ouvrant, de la diversité des informations que l'on pouvait y trouver!

Modes nouvelles pour métiers nouveaux

 

 

*

Alcool de menthe Ricqlès

 

*

Pour se défendre soi-même

 

*

Tableaux de chasse

 

Notez le proverbe au bas de chaque page.

J'ai découvert à l'intérieur un marque-page original, qui montre que probablement cet almanach est resté dans la région!

Eaux de vie charentaises

 


27 juillet 2017

Songe à la douceur - Clémentine Beauvais

2017-06-23 16

  • Titre : Songe à la douceur
  • Auteur : Clémentine Beauvais
  • Editions : Sarbacane 
  • Date de parution : 24 août 2016
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-84865-908-4

L'auteur

Clémentine Beauvais, née en 1989, est une auteure jeunesse française.

Clémentine Beauvais1

(Clic sur la photo pour accéder au site de Clémentine Beauvais)

Présentation de l'éditeur

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ?

Songe à la douceur, c'est l'histoire de ces deux histoires d'amour absolu et déphasé - l'un adolescent, l'autre jeune adulte - et de ce que dix ans, à ce moment-là d'une vie, peuvent changer. Une double histoire d'amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski - et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

 

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Mes impressions

 Ce roman en vers, s'il peut surprendre et impressionner avant d'être ouvert, se lit pourtant avec bonheur.

J'ai autant apprécié l'histoire pleine de rebondissements, que l'écriture, vivante, malicieuse (dans le bon sens du terme, rien de péjoratif ici!)

Clémentine Beauvais joue avec ses personnages, avec les techniques de narration, avec la mise en page également et le résultat est vraiment époustouflant. 

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Quelle prouesse! Etre capable d'associer une histoire "classique", inspirée de Pouchkine et de Tchaïkosvki (rien que ça!) à une écriture en vers, avec un contenu extrêmement contemporain. 

Avec humour et poésie à tous les étages!

p.9/10 "Eugène lui cria : 

                     "Qu'est-ce que tu deviens? 

                     Je ne savais pas que tu étais enceinte!"

        Elle ne l'était pas. 

Cependant, il lui était difficile de contredire Eugène, car

elle arborait sur son duffle-coat un énorme badge où une

tête de nourrisson hilare déclarait, en lettres capitales dans 

une grande bulle blanche,

                                     BEBE A BORD!

et en plus petit dessous, "Merci de me céder votre place".

           Il était donc logique qu'Eugène

(que cette conclusion ravageait, et qui d'ailleurs était

surpris de s'en trouver si affligé)

en déduise cette chose-là.

 

                       Il y avait une explication, qui ne pouvait

être donnée dans l'immédiat : 

                       à cause de la rareté des sièges inoccupés

                       dans le métro parisien entre huit

                       et neuf heures du matin, 

                       Tatiana avait acheté quelques mois auparavant

                       ce précieux sésame,

                       immédiat libérateur de strapontin. [...]"

 

p.195             " Vers mi-mai, enfin réveillée, la ville fit

     quelques étirements,

     se remit à postillonner des petits oiseaux dans le ciel,

     s'accrocha des bourgeons aux oreilles,

                                   et Eugène s'aventure dans les rues."

J'ai apprécié aussi la justesse des descriptions du sentiment amoureux. Clémentine Beauvais sait jouer avec les mots pour notre plus grand plaisir!

Le tout agrémenté d'une chouette "bande-son"!

Bande-son Songe à la douceur

 

*****

Mon enfant, ma soeur,

   Songe à la douceur 

D'aller là-bas vivre ensemble         

             Charles Baudelaire, "L'invitation au voyage"        (épigraphe)                   

 

 

17 juillet 2017

Comme des frères - Sylvie Baussier

Comme des frères

  • Titre : Comme des frères
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar Editeur
  • Tranche d'âge : 9-12 ans
  • Date de parution : 23 février 2017
  • Nombre de pages : 112 
  • ISBN : 979-1-0214-0553-0

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Sylvie Baussier)

Quatrième de couverture

Patrick, 10 ans, est fils unique. Mais depuis toujours, il rêve d'avoir un frère. Pas un bébé, non. Un frère complice, un frère avec qui partager fous rires et confidences. Un jour, il intercepte une lettre destinée à son père. Une lettre écrite en anglais et envoyée d'Irlande. Il peine à la déchiffrer, mais quand il y parvient, il a du mal à en croire ses yeux. Et si ce courrier allait changer sa vie? En tout cas, il transforme le garçon en détective!

Mes impressions

Un petit roman qui nous dit beaucoup de choses sur la vie. Sur la famille. 

Patrick, fils unique, rêve donc d'avoir un frère. Mais c'est un rêve, il sait bien que ce n'est pas possible. Et puis il a ses amis Juliette et Matthieu, qui sont pour lui comme un frère et une soeur. Alors la vie est belle quand même. Jusqu'au jour où, en rentrant le premier à la maison comme il en a l'habitude, Patrick remarque une lettre qui l'interpelle. L'enveloppe est mauve, elle vient de l'étranger, et elle sent bon. Elle est adressée à son papa. 

Alors sur un coup de tête, il décide de ne pas la laisser dans le tas, et la porte dans sa chambre. Il l'ouvre, la lit, essaie de la traduire. Et ce qu'il découvre alors le stupéfait. Cela va changer sa vie. Mais que faire de cette information? Et doit-il remettre cette lettre à son Papa? Ou bien doit-il tout effacer, faire comme si elle n'était jamais arrivée (et donc la détruire)? Quelle lourde responsabilité! Il regrette presque d'avoir ouvert cette lettre.

Cette histoire va faire de lui un vrai détective, le conduire en Irlande, pays que l'on prend plaisir à découvrir à travers son regard. 

Une histoire forte, une "aventure" dans laquelle chacun ressort grandi, un beau message d'espoir qui m'a beaucoup plu!

Merci à Oskar éditeur pour cette belle lecture!

*****

05 juillet 2017

Sauveur & fils saison 3 - Marie-Aude Murail

Sauveur & fils - saison3

 

  • Titre : Sauveur & fils (saison 3)
  • Auteur : Marie-Aude Murail
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 9 juin 2017
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-211-23239-5

L'auteur

Marie-Aude Murail, née le 6 mai 1954 au Havre, est une auteure française.

Marie-Aude Murail

(Clic sur l'image pour accéder au site de Marie-Aude Murail)

 

Quatrième de couverture

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg.

Dans son cabinet de thérapeute, Sauveur reçoit des cas étranges comme ce monsieur Kermartin qui pense que ses voisins du dessus ont installé une caméra de vidéosurveillance dans le plafond de sa chambre à coucher ou comme Gervaise Germain qui s'interdit de prononcer le son « mal » par crainte qu'il ne lui arrive un MALheur.

Mais Sauveur reçoit surtout la souffrance ordinaire des enfants et des adolescents : Maïlys, 4 ans, qui se tape la tête contre les murs pour attirer l'attention de ses parents, Ella, 13 ans, cyberharcelée par ses camarades de classe, Gabin, 17 ans, qui ne va plus au lycée depuis qu'il passe ses nuits dans World of Warcraft, Margaux, 15 ans, qui en est à sa deuxième tentative de suicide ou sa soeur, Blandine, 12 ans, que son père aimerait mettre sous Ritaline pour la « calmer »...

Sauveur peut-il les sauver? Il n'a que le pouvoir de la parole. Il n'est pas toujours à la fête. Mais il croit en l'être humain.

 

Mes impressions

Une suite à la hauteur des deux précédentes saisons, on ne se lasse pas de partager les aventures de Sauveur et son fils Lazare, que ce soit côté vie privée ou côté cabinet.

Cette troisième saison débute avec un Sauveur un peu dépassé par les événements, il se laisse "déborder" par certains patients et semble un peu perdu, ce qui ne nous le fait paraître que plus humain. Très vite il se reprend et nous nous délectons de suivre ses consultations.

p. 124 "- Non, il est dysorthographique, et ça ne l'empêche pas de s'exprimer. Au risque de vous chagriner, monsieur, madame Gonzales, je vais vous dire ceci : fichez la paix à Melvin. C'est un garçon qui va bien, qui est équilibré, qui est plein de bons sentiments. La seule chose que vous puissiez faire pour lui maintenant, c'est l'aider à supporter ce système scolaire qui ne reconnaît pas toutes les belles qualités qui sont en lui." 

Cette réplique m'a particulièrement touchée, je la trouve criante de vérité. Qu'il est difficile pour certains enfants de trouver un équilibre entre la pression d'un système scolaire qui n'est pas souvent capable de voir puis de reconnaître leurs qualités (car elles ne sont pas "dans la liste") et la pression parentale elle-même dictée par la pression de toute une société.

Dans cet opus, une belle image nous accompagne, je la trouve extrêmement bien choisie par l'auteure. Il s'agit du tableau "Le voyageur contemplant une mer de nuages"  ("Der Wanderer über dem Nebelmeer") de Caspar David Friedrich qui est exposé dans le cabinet de sauveur et que les patients observent, par la force des choses. 

p. 139 "Wiener se releva et se dirigea vers Le Voyageur. 

            - Ce tableau me fascine. J'ai l'impression que quelqu'un va arriver dans le dos de ce type et le pousser dans le vide.

            - Ou l'empêcher de s'y jeter.

            - Ah oui? Vous Vous voyez ça comme ça... Intéressant."

L'humour est bien sûr toujours au rendez-vous, j'ai encore beaucoup ri!

p. 142 "Depuis quelques mois seulement, Paul envisageait la possibilité que ceux qu'il aimait meurent un jour. Mais cette malédiction n'avait pas encore frappé les hamsters. 

            - Eh! Diesel! appela Paul dans la cour de récré, faisant signe à un petit CP.

            - Tu l'as tu l'as tu l'as apporté? fit Jeannot, qui avait du mal à démarrer ses phrases et y avait gagné un surnom."

Marie-Aude Murail a le don de nous faire passer du rire à la gravité, cette histoire est ancrée dans LA VIE, et c'est ce qui explique en partie son succès. Et puis on peut y trouver quelques jolis messages distillés au fil des pages. Par exemple ici au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris : 

p. 235 "Madame Dumayet se tourmentait tandis qu'elle se rendait à pied à l'école Louis-Guilloux. Devait-elle parler des attentats avec ses élèves, dont certains avaient à peine six ans? Au mois de janvier précédent, avec les CE2 devenus désormais des CM1, elle avait parlé de ce qui s'était passé à Paris, des journalistes assassinés dans les locaux de Charlie, et de l'attaque dans un supermarché casher. Les élèves avaient même voulu écrire des articles pour leur journal de classe. Mais ce lundi 16 novembre, madame Dumayet décida de commencer la journée par une séance de relaxation, suivie de l'activité chorale. Ce n'était pas l'Etat islamique qui allait décider de son emploi du temps."

***

p. 298 "Un jour prochain, il leur dirait : "Nous devons, enfants, jeunes et adultes, apprendre à vivre avec la violence." Un jour, peut-être demain, il leur citerait Martin Luther King : "La loi du talion, oeil pour oeil, laisse tout le monde aveugle."

Je ne peux que recommander cette "série" des Sauveur & fils, on ne s'y ennuie jamais, on rit souvent, parfois on a de la peine, quel plaisir de faire un peu "partie de la famille"! Merci aux éditions L'Ecole des Loisirs pour ces belles lectures.

En toute fin d'ouvrage, Marie-Aude Murail adresse un petit mot à ses lecteurs, et propose une liste de films (qui étaient en toile de fond quand elle écrivait) pour "continuer à réfléchir sur la compléxité de la nature humaine".

Je sais que la saison 4 est en cours d'écriture, chouette!

*****

Lectures associées : 

Sauveur&fils saison 1

Sauveur&fils saison 2

 

 

 

 

 

 

03 juillet 2017

Joséphine : Joséphine Baker, la danse, la Résistance et les enfants - Patricia Hruby Powell, Christian Robinson

Joséphine - la danse, la résistance et les enfants

  • Titre : Joséphine : Joséphine Baker, la danse, la Résistance et les enfants.
  • Auteur : Patricia Hruby Powell
  • Illustrateur : Christian Robinson
  • Editions : Rue du monde
  • Date de parution : 16 avril 2015
  • Nombre de pages : 108
  • Format : 20 x 25 cm
  • ISBN : 978-2-35504-369-7

L'auteur

Née en 1951 dans l'Illinois, Patricia Hruby Powell est une artiste américaine. Après des études de danse à Londres et aux Etats-Unis, elle monte sa compagnie, One plus One, avec laquelle elle sillonnera pendant vingt ans le continent américain et l'Europe. Artiste multicarte, danseuse, chorégraphe, lithographe, trapéziste, mime, professeur de danse, elle est aujourd'hui auteur de livres jeunesse.

Patricia Hruby Powell

(Clic sur la photo pour accéder au site de Patricia Hruby Powell)

 

L'illustrateur

Christian Robinson est un jeune illustrateur américain. Après des études d'art en Californie, il travaille pour les studios d'animation Pixar et Sesame Street Workshop. Puis il se tourne vers l'édition jeunesse et manie souvent le papier découpé. Il a illustré une petite dizaine d'ouvrages, et son travail a déjà reçu plusieurs récompenses.

Christian Robinson illustrateur

(Clic sur la photo pour accéder au site de Christian Robinson)

 

Présentation de l'éditeur

Voici le portrait d’une artiste audacieuse mais, surtout, d’une femme engagée, contre la ségrégation raciale aux États-Unis, puis dans la Résistance… en France.

L’Amérique n’était pas prête à accueillir ce volcan de libertés : c’est la France qui deviendra son pays. Et c’est sur cette terre d’accueil qu’elle réalisera aussi son grand rêve humaniste : constituer une « tribu arc-en-ciel », avec douze enfants aux origines et aux religions très diverses qu’elle adoptera. C’est au cœur de cette double vie d’artiste et d’humaniste que nous plonge cet album tonique, très coloré et bien documenté. L’énergie de Joséphine Baker transparaît à chaque page, avec d’autant plus de justesse que l’auteur du texte est elle-même danseuse. Depuis les taudis de Saint-Louis du Missouri en 1906, où la petite Joséphine connaît à la fois la misère et le racisme, jusqu’à l’immense hommage de la France en 1975 qui célèbre comme une reine l’artiste qui vient de mourir, cet album raconte une histoire puissante, faite de luttes et de courage, d’art et de triomphes, de grandes ruptures et d’authentiques choix humanistes. Le livre a reçu, entre autres distinctions, la mention d’honneur catégorie non-fiction de la Foire de Bologne en 2014.

Mes impressions

 Un album à l'image de son personnage principal, pétillant, coloré, plein de ressort, dynamique.

L'auteure et l'illustrateur nous racontent l'histoire de Joséphine, cette petite fille née à Saint-Louis dans le Missouri, qui a grandi dans la pauvreté, toujours en rêvant de danser devant un public. Patricia Hruby Powell et Christian Robinson nous racontent cette volonté, cette persévérance, et puis aussi ce don qu'elle a de bouger son corps dans tous les sens en faisant des grimaces. 

Ainsi au fil des pages plus colorées les unes que les autres, le lecteur suit Joséphine dans son parcours cahotique, avec le rejet de l'Amérique, le succès enfin à Paris, puis le retour finalement décevant à New york où la ségrégation est d'actualité dans les années 1940. Il lui faudra attendre ses 67 ans pour enfin triompher dans son pays natal.

L'histoire de joséphine est partagée en six parties :

 

  1. Les débuts (1906-1917)
  2. La première tournée (1917-1921)
  3. "Je n'ai pas une tête à m'endormir" (1921-1925)
  4. "Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie belle" (1925-1936)
  5. "La France a fait de moi ce que je suis" (1936-1947)
  6. Joséphine à l'accent français (1947-1975) 

Pendant la guerre, Joséphine rendra service à la Résistance en prenant elle-même de gros risques. Puis elle fondera sa "Tribu Arc-en-ciel" dans son château des Milandes en Dordogne. Mais voilà, Joséphine, toujours généreuse, dépense sans compter, et un jour c'est l'expulsion...

Une vie digne d'un roman, un bel exemle de joie de vivre, de tolérance et de partage, que les auteurs nous offrent généreusement, à consommer sans modération! Je suis conquise par cet album! Merci aux éditions Rue du Monde pour cette belle découverte.

*****

J'ai déjà eu l'occasion de m'intéresser à la vie de joséphine Baker qui me fascine, et si vous voulez voir quelques images de son beau château des Milandes, celui dans lequel elle a avec son mari Jo Bouillon élevé sa "Tribu Arc-en-ciel", allez voir cet article sur mon autre blog :  

2013-10-27 - Château des Milandes3

Cliquez sur la photo pour accéder à l'article sur le château de Joséphine Baker (et un second conseil de lecture vous attend!)

 

30 juin 2017

Une vie - Simone Veil

Une vie

 

  • Titre: Une vie
  • Auteur: Simone Veil
  • Editions: Le Livre de Poche
  • Date de parution: Edition 08 - juin 2015 ( édition originale Stock, 31 octobre 2007)
  • Nombre de pages: 283, et 56 pages d'annexes (discours)
  • ISBN: 978-2-253-12776-5

 Ce matin, 30 juin 2017, Simone Veil est morte à Paris, à l'âge de 89 ans, nous laissant tous très tristes. Nous avons perdu une femme exceptionnelle, un modèle, un exemple. Je remets donc en avant cet article sur son autobiographie, publié l'année dernière.

L'auteur

Née Jacob le 13 juillet 1927 à Nice, benjamine d'une fratrie de quatre enfants, de parents juifs non pratiquants, Simone Veil était une femme politique française. Elle est décédée le 30 juin 2017 à Paris.

Simone Veil

( en cliquant sur la photo, vous pourez visionner un document de l'INA daté du 02 septembre 1976 dans lequel Simone Veil évoque la déportation de sa famille)

 

Quatrième de couverture

Simone Veil accepte de se raconter à la première personne.

Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l'étranger;

son autobiographie est attendue depuis longtemps.

Elle s'y montre telle qu'elle est: libre, véhémente, sereine.

Elle séduit souvent et convainc parfois,

sans jamais chercher à plaire.              

En suivant son chemin.                       

Dominique Gerbaud, La Croix.

       

  Mes impressions

 

Une autobiographie simple, entière, sans artifice, tout en pudeur mais sans langue de bois, à l'image de son auteur. J'ai aimé découvrir la vie de cette Grande Dame au destin hors norme.

Dans la première partie, Simone Veil revient sur son enfance, puis sur sa terrible expérience de la déportation. Dans son analyse de la situation, des événements, elle fait preuve d'un discernement déconcertant. La deuxième partie est est plus orientée sur sa vie politique, professionnelle.

Il est intéressant, avec le recul et la distance qu'imposent les années écoulées, de découvrir l'envers du décor, tant celui de la scène politique française qu'européenne, à la lumière de ce regard empreint de bon sens.

Une lecture enrichissante à tous points de vue, que je ne saurais que recommander.

 

*****

p.46 "Aucun événement historique, aucun choix politique des gouvernants, surtout dans des périodes aussi troubles, n'entraîne des conséquences uniformément blanches ou noires. Nul ne peut nier que la collaboration, consacrée par les sept étoiles de Pétain, ait induit en erreur nombre de nos concitoyens. J'ai cependant été frappée de la réponse que m'a faite, bien des années plus tard, la reine Béatrix des Pays-Bas, un jour où j'évoquais avec admiration le départ de la reine Wilhelmine et de son gouvernement pour londres dès l'invasion de son pays, en 1940. " Ne croyez pas que ce soit aussi simple, m'a confié la reine. On a beaucoup critiqué l'attitude de Wilhelmine, regrettant qu'elle ait "abandonné son peuple". Et c'est ce qui se dit encore aujourd'hui dans notre pays." On ignore souvent en France que, compte tenu du vide politique qui régnait aux Pays-Bas, les Juifs y ont été très souvent dénoncés. Ce fut le cas d'Anne Frank.Simone Veil, Une vie

 

p.207 "L'Europe sera avant tout ce que nous en ferons." Simone Veil, Une vie

 

p.262 "Aujourd'hui, d'une certaine façon, je ne ferme pas la boutique de mes idées, et si je travaille moins que naguère, je persiste à défendre les causes qui me paraissent justes, dans le contexte des réalités contemporaines." Simone Veil, Une vie

 

p.264 Au sujet de l'enseignement, après avoir évoqué l'exemple d'enseignantes qui font vivre de belles expériences à leurs élèves:

         "Ces exemples prouvent qu'on peut obtenir des résultats spectaculaires dans ce milieu réputé inerte, pour peu qu'on soit motivé et qu'on refuse de s'en tenir à la rigidité des programmes. Lorsqu'il m'arrive de parcourir la littérature qui émane de ce ministère, je suis atterrée. Hors toute considération idéologique, on voit bien qu'il s'agit, en chambardant constamment programmes et méthodes, d'innover à tout prix. Le discours politiquement et syndicalement correct ne tend pas à élever les esprits, mais au contraire, au motif d'égalité, à niveler par le bas les programmes." Simone Veil, Une vie

 

Lectures associées

Simone éternelle rebelle, Sarah Briand, octobre 2015, éditions Fayard 

Et tu n'es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens, février 2015, Grasset

Une famille française dans l'histoire, Philippe Dana et Ginette Kolinka, septembre 2016, Editions Kero

 

 

 

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