La maison des livres

19 juin 2018

Sale comme une image - Sylvie baussier

Sale comme une image

  • Titre : Sale comme une image
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar Editeur, collection Court Métrage
  • Date de parution : 16 mars 2017
  • Nombre de pages : 72
  • ISBN : 979-1-0214-0532-5

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Sylvie Baussier)

 

Quatrième de couverture

INTERNET, IDENTITE, FUGUE

Quelle est cette photo révoltante dont Lisa vient d'entendre parler ? Cette photo cachée dans l'ordinateur d'Etienne, l'ami de la famille ? Si Lisa était sortie du collège à l'heure habituelle, elle aurait sans doute tout ignoré ! Elle s'enfuit, accompagnée de Sali. Commence une errance, sorte de road movie qui est aussi recherche de vérité.

Mes impressions

Lisa, une adolescente, surprend une conversation entre ses parents, un soir en rentrant du collège plus tôt que prévu. Elle apprend alors avec stupeur et incompréhension que son parrain, Etienne, ami de la famille, a été confondu, des centaines de photos d'enfants nus ont été trouvées sur son ordinateur, dont une trafiquée, avec la tête de Lisa sur le corps d'une enfant inconnue. Cela alors qu'il n'a jamais eu un geste déplacé envers elle. Quand elle entend ça, c'est sa vie entière qui explose. 

Ce court roman de sylvie Baussier traite du sujet délicat de la pédophilie, avec des mots justes, de la pudeur mais aussi de l'honnêteté. Lisa va fuir la réalité pour mieux l'appréhender. Elle s'enfuit avec sa soeur, son double, Sali. Commence alors une errance au cours de laquelle elle se pose mille questions. 

L'attitude des parents, qui pour commencer tombent des nues, n'y croient pas, puis finissent par se rendre à l'évidence, et commencent à faire "le deuil" de leur ami pour protéger leur fille, est un processus intéressant et rassurant à lire. 

L'histoire est suivie d'une Postface très instructive, qui explique les termes de pédopornographie et de pédophilie, et explique surtout qu'il existe des lois pour protéger les enfants de tels prédateurs. 

Un petit roman qui sort des sentiers battus de par le sujet traité et qui, malheureusement, pourra être utile à certains jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Il est important que de tels romans existent, même si ce ne sont pas les histoires que l'on a envie d'entendre !

*****

p. 5 (début du roman) "Si j'avais eu cours jusqu'à 17 heures, comme d'habitude, je n'aurais peut-être jamais su. Mes parents m'auraient raconté une histoire, du genre : "Etienne a été muté à l'étranger, ça s'est fait très vite"... En Chine. En Patagonie. Au centre de l'Australie. Un endroit sans téléphone, sans ordinateur ... On aurait parlé de son déménagement, et puis on aurait pensé à autre chose. On m'aurait fait penser à autre chose. 

Mais voilà, la prof d'histoire était malade, et son absence a chamboulé mon histoire à moi. Je n'arrive pas à savoir si je le regrette ou non. Ca fait mal, mais au moins je sais. Je hais les mensonges. Même les mensonges par omission."

p. 23 "Pour chaque être humain, "toujours" commence à sa naissance. Depuis mon toujours à moi, Etienne vient à la maison. Etienne mange à notre table. Etienne nous apporte des cadeaux. Mon père l'a connu à la fac, puis il a rencontré ma mère. Etienne vient chez nous toujours seul, toujours gentil, ma mère dit qu'il est devenu comme un frère. D'année en année, il a pris du ventre, un bide de buveur de bière, mais il a l'air de s'en moquer. S'il ressemble à un gros ours, où est le problème ? On ne lui a jamais connu de copine, et alors ? Mais ce qu'il y a derrière cette façade aimable. Oh, ce qui se passe derrière, dans le secret de ses soirées. Ce que je viens d'apprendre, comme un poign qui frappe."

 

 

 


11 juin 2018

Les Amants de l'été 44 - Karine Lebert

Les amants de l'été 44

  • Titre : Les Amants de l'été 44
  • Auteur : Karine Lebert
  • Editions : Presses de la Cité, collection Terres de France
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 370
  • ISBN : 978-2-258-15081-2

L'auteur

Née le 17 janvier 1969 dans l'Orne, dont les paysages inspirent le décor de ses romans, Karine Lebert a été journaliste à Paris Normandie. Elle a publié Les Sortilèges du Tremblay (2012), préfacé par Yves Jacob, puis, aux Presses de la Cité, Ce que Fanny veut ... (2015), Les Saisons du mensonge (2016) et Les Demoiselles de Beaunes (2017).

 

Karine Lebert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Karine Lebert)

Quatrième de couverture

Gemma est une jeune New-Yorkaise vive, séduisante, pragmatique, travaillant avec passion dans l'entreprise familiale de produits alimentaires. A la mort de sa mère, en 2000, elle découvre que sa "vraie" grand-mère était française ; elle décide alors de partir, seule, sur ses traces. Ce voyage à la recherche de ses origines la conduit en Normandie. En sillonnant la région, Pont-l'Evêque, Le Havre, Barfleur, Colleville, l'Américaine recueille les témoignages de ceux qui ont connu Philippine. Tout commence en 1944, quand, en faisant du marché noir à Deauville, la jeune Normande rencontre Ethan, un GI, cajun de Louisiane. Deux destins de femmes, deux continents, deux époques... L'une est en quête, la seconde se raconte. Gemma trouvera un nouveau sens à sa vie et comprendra comment Philippine a payé le prix de sa liberté. Avec en filigrane cette question douloureuse : pourquoi a-t-elle abandonné sa fille aux Etats-Unis ?

Mes impressions

J'ai déjà lu beaucoup de romans de Karine Lebert, c'est avec une grande impatience que je me suis plongée dans ce dernier, et encore une fois la magie a opéré ! 

Tout commence à New-York, avec Gemma qui mène une vie citadine et bien remplie, et travaille dans l'entreprise de son père. Suite au décès soudain de sa mère, elle découvre qu'on ne lui avait sans doute pas tout dit au sujet de ses grands-parents maternels. Elle décide de mener sa propre enquête et s'envole vers la France, plus précisément la Normandie, là où 56 ans plus tôt les GI ont débarqué. Parmi eux, Ethan, son grand-père. 

Commence alors une longue enquête semée d'écueils, de belles rencontres, de découvertes. Peu à peu, Gemma s'attache à cette région, celle de sa "vraie" grand-mère, Philippine. Ses recherches lui apprennent l'existence des war-brides, ces femmes françaises (mais aussi belges, luxembourgeoises, néerlandaises) qui, amoureuses de leurs GIs ont tout quitté pour les suivre en Amérique. 

Ce qui m'a touchée dans ce livre, c'est l'équilibre qui est très habilement trouvé entre l'arrivée et l'intégration de Gemma en Normandie et le départ de Philippine de cette même région un demi-siècle avant. Les chapitres concernant Gemma et le présent sont racontés au passé, alors que les chapitres concernant Philippine et le passé sont racontés au présent, par Philippine elle-même. Cet effet contribue à rapprocher ces deux protagonistes qui sans s'être connues sont si semblables et ont tant à partager. Le lecteur a parfois une petite longueur d'avance sur Gemma, ce qui ajoute un peu de piment à la lecture. 

J'ai aimé cette quête de la vérité et le besoin d'aller au plus près de ses racines chez Gemma, son sixième sens qui fait qu'elle creuse toujours plus, sentant que peut-être on ne lui dit pas tout. Etant déjà très sensible à ce sujet du débarquement en Normandie car mes grands-parents maternels, dont j'étais très proche, l'ont eux-mêmes vécu (ils vivaient alors au coeur des marais du Cotentin), je ne pouvais qu'être attirée par cette histoire. J'ai pourtant déjà lu beaucoup d'ouvrages sur le sujet, mais ce roman m'a encore appris des choses (comme l'existence des war-brides, la vie dans les camps américains...)

Pour résumer, une belle histoire au coeur de l'Histoire, deux continents, une intrigue, du suspense, tout cela dans un même livre, j'ai été comblée et je suis ravie que l'aventure ne soit pas terminée, car il y aura une suite ! Je suis déjà impatiente !

Un grand merci aux éditions Presses de la Cité et à Karine Lebert pour cette belle histoire.

*****

Gros coup de coeur

P. 74 (Philippine) "J'ai des regrets, bien que ma vie sur l'exploitation et les tâches qui m'incombent me plaisent. Lors de mes moments de liberté, je me plonge dans la lecture qui me passionne. C'est quelque chose que mes parents ne pourront jamais me prendre, une sorte de revanche vis-à-vis d'eux."

p. 182 (Gemma) " - La chapelle actuelle remplace celle d'origine, détruite lors d'un éboulement de la falaise. Elle a été érigée entre 1600 et 1615 par les bourgeois et les marins de Honfleur.

                               Gemma, Lucas et Gilles avaient pris place sur un banc, sous l'ombre bienfaisante des chênes et des hêtres. A quelques mètres de leur trio, se trouvait la chapelle, dont Gilles venait d'évoquer l'historique, et les cloches des pélerinages curieusement situées à l'extérieur du lieu saint. 

                              - Des personnages illustres se sont recueillis ici comme Louis XIII, Bonaparte, Thérèse de Lisieux...

                               Gilles Lemonnier ne semblait pas prêt à aborder d'emblée le sujet qui les intéressait et Gemma l'écoutait palabrer en réprimant son impatience. "

p. 222 (Philippine) " Je feins de partager sa confiance. Puis soudain, je me rends compte que je n'ai pas posé une seule question sur son séjour à Berlin. Le visage d'Ethan se crispe quand je demande ce qu'il a fait là-bas. Il a l'air si triste et embarrassé à la fois. 

                               - C'était affreux. Tout est en ruines, les gens meurent de faim... "

p. 264 (Philippine, camp Philip Morris, octobre 1945)  " Nous sommes blondes, brunes, rousses, nous avons les yeux marron, bleus, verts, les cheveux lises ou frisés, nous sommes maigres ou plantureuses, petites ou grandes, et toutes pleines d'espoirs. "

p. 282 (Gemma) " Ici, dans le Cotentin, nous bénéficions d'un microclimat, déclara Carine en apportant le cake au caramel beurre salé qu'elle venait de préparer. Cela fait rire les gens du sud. Dans la région, on trouve des eucalyptus, des palmiers comme celui-ci, des aloès. Des palmiers, il en existe aussi dans les rues de Cherbourg ! C'est lié au Gulf Stream, qui prend sa source chez vous, entre la Floride et les Bahamas."

p. 299 (Philippine, camp Philip Morris, octobre 1945) "Après le dîner, on nous mène dans une autre salle où l'on nous fait asseoir sur des chaises alignées devant un grand écran. Madeleine prend place près de moi, elle a l'air très excitée. C'est la première fois que j'assiste à une séance de cinéma. Le film s'intitule Rebecca . Il dure plus de deux heures mais je ne vois pas le temps passer."

p. 364 (Philippine, en mer, octobre 1945) " La statue de la Liberté déploie sa haute taille sur un ciel en clair-obscur. Les lumières des tours sont autant de repères sur la terre qui nous attend."

30 mai 2018

Le grand départ, sur la piste des Indiens Cherokees - Isabelle Wlodarczyk et Xavière Broncard

Le grand départ - Sur la piste des indiens cherokees 

  • Titre : LE GRAND DEPART sur la piste des Indiens Cherokees
  • Auteur : Isabelle Wlodarczyk
  • Illustratrice : Xavière Broncard
  • Editions : Oskar éditeur, collection "Mes albums de l'Histoire"
  • Date de parution : 30 novembre 2017
  • Nombre de pages : 40
  • ISBN : 979-1-02140-493-9

L'auteure

Après des études de russe et de philosophie, Isabelle Wlodarczyk est devenue professeur agrégée de lettres, a animé des ateliers de théâtre et a finalement décidé de se consacrer à sa passion pour les mots en écrivant des histoires pour les jeunes. 

Isabelle Wlodarczyk

( Clic sur la photo pour accéder au site d'Isabelle Wlodarczyk )

L'illustratrice

Née en 1974 dans le Jura, Xavière Broncard, avant de devenir illustratrice de livres pour la jeunesse, a travaillé dans l'industrie et dans le design de mobilier.

Xavière Broncard 

( Clic sur la photo pour accéder au site de Xavière Broncard )

Quatrième de couverture

Dans les forêts du Tennessee vivent Chialala et Amarok. Ils grandissent près des hommes blancs. Alors qu'Amarok souhaite les voir partir, Chialala a confiance en eux et croit en un avenir meilleur à leurs côtés. Elle ignore qu'ils ont décidé de les chasser de leurs terres. Débute pour Chialala, Amarok et leur famille le plus grand exil que les Indiens aient connu...

Une histoire poignante sur un épisode majeur de l'histoire des Indiens Cherokees

Mes impressions

Un album de la collection "Mes albums de l'Histoire", une collection que je ne connaissais pas et que je trouve très bien réalisée. Les trente premières pages racontent une histoire illustrée, et les vingt suivantes relatent les faits réels, l'histoire des Indiens Cherokees, sous forme de documentaire agrémenté de photos.

Partie documentaire

 

J'aime beaucoup ce concept, je le trouve efficace. Certains enfants encore jeunes seront plus attirés et marqués par la première partie, alors que d'autres seront attirés par le dossier documentaire. Les deux étant bien sûr complémentaires. C'est une lecture qui peut se faire en fratrie, en famille, en classe, et susciter des discussions intéressantes.

Ici l'histoire, très émouvante, se passe dans le Tennessee et nous raconte Amarok et Chiala, un frère et une soeur, des jumeaux, qui grandissent ensemble, ont les mêmes parents, évoluent dans le même environnement, mais ne réagissent pas de la même façon quand l'homme blanc arrive. Ils sont "comme le soleil et la lune, comme le jour suit la nuit." (p. 8) L'un est très méfiant et ne leur accorde pas sa confiance, l'autre voudrait les croire bons, leur trouve toujours des excuses pour ce qu'ils leur font subir, et pense qu'il est bon de savoir s'adapter. Qui a raison ?

Les textes d'Isabelle Wlodarczyk sont magnifiques, très poétiques et légers, et servent à merveille les jolies illustrations de Xavière Brancard. Cette dernière phrase pourrait très bien être inversée d'ailleurs. Textes et images sont très complémentaires. 

Je trouve que cette collection est une réussite, et cet album particulièrement. Merci à Angélique d'Oskar editeur, qui me permet de si belles découvertes.

*****

 

p. 6 "Dans les forêts du Tennessee, un soir de lune rousse, une jeune Indienne accoucha de deux enfants. Elle serra dans ses bras le premier et le nomma Amarok, - loup, dans la langue Cherokee -, parce qu'il avait déjà une dent à sa naissance et paraissait prêt à dévorer la vie. Elle appela sa soeur Chilala, - oiseau de neige -, parce qu'il avait neigé ce jour-là et qu'elle était aussi légère qu'une plume." 

Dans la même collection, 

Des blanches et des noires, pas de pause dans la ségrégation, Isabelle Wlodarczyk et Hajnalka Cserhati

Le coeur en bataille, une histoire d'amour en 14, Isabelle Wlodarczyk et Aline Pallaro

L'arbre de Guernica, la retirada des enfants, Isabelle Wlodarczyk et Clémence Pollet

28 mai 2018

Proverbes du jardinier expliqués - Virginie de Bermond-Gettle

Proverbes du jardinier expliqués

  • Titre : Proverbes du jardinier expliqués 
  • Auteur : Virginie de Bermond-Gettle
  • Editions : Chêne, collection "Les subtilités du français" poche
  • Date de parution : 1er février 2017
  • Nombre de pages : 96
  • ISBN : 978-2-81231-627-2

L'auteur

Virginie de Bermond-Gettle est traductrice (allemand, anglais et italien). Elle alterne entre deux grandes spécialités, le jardinage (plus d'une trentaine de livres) et l'histoire de l'art. Ce métier et ses voyages lui ont permis de découvrir les tendances en Angleterre où le jardin est une passion , en Allemagne où le geste écologique est devenu un réflexe , et dans de nombreux autres pays.

Quatrième de couverture

Les dictons rappellent souvent le jardinier à l'ordre : tel jour il faut semer, tel autre attendre. Souvent prudents, ils invitent à se méfier mais rassurent aussi : la pluie et la neige ont leurs bons côtés. Avec ces proverbes commentés, (re)découvrez les fruits du bon sens ancestral, fondé sur une longue observation.

Mes impressions

Cet ouvrage est un ravissement pour les amoureux des livres et du jardin !

Les proverbes, à découvrir ou à re-découvrir, sont expliqués, accompagnés d'astuces et conseils pour le jardin et remis dans leur contexte, parfois historique, ou bien suivis d'anecdotes toujours intéressantes à apprendre. 

Vigne taillée en février emplit de raisin ton panier

Non seulement il est très beau (la couverture est ornée d'oranges en surbrillance) mais il est aussi pratique, en format poche, facile à emporter (au jardin par exemple !)

Un petit bijou, à feuilleter et feuilleter encore, à déguster sans modération ! Je compte bien me mettre un jour à la culture du gingembre ! 

Le temps du 2 janvier présage celui de septembre

Ce livre est comme un fruit bien mûr, il nous attire par sa couleur, et quand on l'ouvre, on le savoure et on se régale !

Je suis conquise par cette collection et je ne compte pas m'arrêter là. Merci aux éditions du Chêne qui m'ont permis cette belle découverte !

Petit détail très pratique, il y a en fin d'ouvrage un index des proverbes, ainsi qu'un index thématique !

Clématite

Une jolie clématite, qui pousse toute seule dans mon jardin !

*****

 

Dans la même collection : 

Citations philosophiques expliquées, Michel Brivot et Nicole Masson

Expressions amoureuses expliquées, Brigitte Bulard-Cordeau

Expressions mythologiques expliquées, Paul Desalmand et Yves Stalloni

Citations historiques expliquées, Dominique Foufelle

Expressions félines expliquées, Brigitte Bulard-Cordeau

Expressions chrétiennes expliquées, Paul Desalmand et Yves Stalloni

Expressions humoristiques expliquées, Dominique Foufelle

Citations politiques expliquées, Yann Caudal

Proverbes oubliés expliqués, Paul Desalmand et Yves Stalloni

 

 

25 mai 2018

Les vieux fourneaux - Lupano Cauuet

Les vieux fourneaux

Les vieux fourneaux 4 

  • Titre : Les vieux fourneaux ( 1. Ceux qui restent, 2. Bonny and Pierrot, 3. Celui qui part, 4. La magicienne )
  • Auteur : Wilfrid Lupano
  • Illustrateur : Paul Cauuet
  • Editions : Dargaud
  • Date de parution : 11 avril 2014, 24 octobre 2014, 13 novembre 2015, 10 novembre 2017
  • Nombre de pages : 56, 56, 64, 56

Les auteurs

Wilfrid Lupano

Wilfrid Lupano est un scénariste de bande dessinée français, né le 26 septembre 1971 à Nantes. Il vit aujourd'hui à Pau où il a passé une grande partie de sa vie. 

Wilfrid Lupano

Paul Cauuet

Paul Cauuet est un dessinateur coloriste français né le 11 juin 1980 à Toulouse. Depuis 2012, il travaille au sein de l'atelier "La Mine" à Toulouse. 

 

Paul Cauuet

 

Présentation de l'éditeur

1. Ceux qui restent

Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

2. Bonnie and Pierrot

Déjà le deuxième tome des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet décrivent avec toujours autant de drôlerie la chute libre de notre société. Restent Mimile, Antoine, Pierrot et ses anars malvoyants pour redresser la barre. Un versement inattendu de la « finance carnassière » arrive à point nommé, mais réveille également de douloureux souvenirs pour Pierrot. Sa muse libertaire, Ann Bonny, réapparaît... Wilfrid Lupano et Paul Cauuet persistent et signent des scènes et dialogues savoureux qui resteront dans les mémoires !

3. Celui qui part

Le phénomène de l'humour en BD revient !
Dans ce 3ème tome des Vieux fourneaux, Lupano et Cauuet se penchent sur le cas de Mimile, qui a passé sa vie à bourlinguer dans le Pacifique, entre bourre-pifs, rugby et amitiés au long court. Pirate un jour, pirate toujours ! En parallèle : Pierrot et son collectif "Ni Yeux Ni Maître" jouent les abeilles tueuses, et Sophie apprend qu'à la campagne, on ne prend pas ses oeufs de poule chez les vieilles chouettes.
Bref, les « vieux fourneaux » sont de retour, pétant la forme !

4. La magicienne

Sus à la Magicienne ! Les Vieux Fourneaux reviennent plus jeunes que jamais ! Après une tournée d'été du théâtre du "Loup en slip", Sophie et Antoine rentrent au bercail… pour découvrir leur charmant village en pleine effervescence ! Le projet d'extension de l'entreprise Garan-Servier, qui relancerait l'économie de la région, est menacé… par une mystérieuse "magicienne dentelée" occupant le terrain. Branle-bas de combat pour les zadistes ! Cela dit, c'est un coup de bol pour les vieux fourneaux, qui peuvent enfin partir à la recherche de leur trésor oublié… Quant à Sophie, elle apprend une délicate vérité au sujet de son père…Confidence pour confidence, révélera-t-elle enfin l'identité du père de sa fille, Juliette ?

Mes impressions

J'ai pris un immense plaisir à la lecture de ces bandes dessinées. Il y a longtemps que je n'avais pas ri comme ça ! Et qu'est-ce que ça fait du bien ! Je viens de terminer (hélas) la quatrième, et c'est toujours aussi bon, on en redemande !

Les scènes cocasses sont à la fois décalées et très pertinentes, les dessins excellents, le tout est franchement très drôle. Les auteurs ont un vrai don pour intégrer les sujets de société à leurs histoires de façon très humoristique, parfois décapante ! Ainsi dans le dernier tome on se retrouve avec des zadistes, qui veulent empêcher l'implantation d'une usine dans un champ sous prétexte que dans ce champ vit la magicienne dentelée, une sauterelle en voie d'extinction. 

Ici, une fois n'est pas coutume, les auteurs font la part belle aux anciens, qui n'ont pas leur langue dans leur poche, n'ont plus rien à perdre, et des idées à revendre ! A lire absolument pour passer un savoureux moment !

*****

Gros coup de coeur

 


23 mai 2018

Le sourire de la guerre - Sylvie Baussier

Le sourire de la guerre

  • Titre : Le sourire de la guerre
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar editeur, collection Court Métrage
  • Âge : à partir de 9 ans
  • Date de parution : 11 octobre 2012 (Prix du livre d'histoire de Blois 2014)
  • Nombre de pages : 64
  • ISBN : 978-2-3500-0963-6

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Sylvie Baussier)

 

Présentation de l'éditeur

AMITIE, GUERRE, SACRIFICE

En 1920, Drebica, un petit village juif se retrouve du jour au lendemain coupé en deux : la Pologne s'est arrogé un côté de la rue, et la Russie, l'autre. Icek et Moshe sont désormais séparés de Lev, leur meilleur ami, par une frontière mortelle. Si on force ces jeunes gens à s'enrôler dans des armées ennemies, ils risquent de s'entretuer ! Pour éviter cette atrocité, Icek va faire en sorte d'être refusé comme soldat. Comment va-t-il faire ? L'amitié le pousse à faire un terrible sacrifice. Car non, la guerre ne pourra pas se rire de lui...

Mes impressions

Un court roman, dans lequel Sylvie Baussier parvient à nous plonger dans l'horreur et l'absurdité de la guerre sans même décrire une seule scène de combat. Une prouesse. J'ai trouvé ce roman très touchant, encore plus quand j'ai découvert à la fin qu'il était inspiré de la vraie histoire du grand-père de l'auteure. 

Ce que j'aime avant tout quand je lis un livre, outre le fait que l'histoire elle-même me transporte, c'est apprendre quelque chose. J'ignorais qu'une guerre avait eu lieu entre la Pologne et la Russie, qui se disputaient leurs frontières, juste après la fin de la première guerre mondiale.  Cette histoire se passe certes en Pologne, mais sa trame est universelle.

On y découvre un village, une rue, dans laquelle vivent de bons amis, Icek, Moshe et Lev. Dans ce village, les conditions de vie sont déjà très difficiles, les pères ne sont pas revenus de la guerre, la nourriture se fait rare. Du jour au lendemain, leur rue se retrouve divisée, coupée en deux par des barbelés, avec d'un côté Lev, de l'autre Icek et Moshe. Très vite les garçons comprennent qu'ils risquent d'être eux-mêmes enrôlés dans ce conflit. Ils devront alors se battre les uns contre les autres. Et cela, Icek le refuse. Il le refuse tellement qu'il va faire un énorme sacrifice, pour être certain de n'être pas intéressant aux yeux des "recruteurs"... 

Une histoire qui marque et fait réfléchir sur le "sens" (l'absurdité) de la guerre, sur l'importance de la paix, et qui peut je pense, être lue à plusieurs niveaux. A conseiller à tous, petits et grands !

*****

p.12 " Ils ont tailladé en deux l'unique rue du village, dans le sens de la longueur. Coupée comme un fruit trop mûr. En plein milieu, ils ont posé un savant fouillis de fils barbelés hérissés de pointes."

p.33 " - C'est le début de la résistance a remarqué Lev. Des membres de deux nations en guerre s'associent pour sauver un clébard. Attention ! Allez savoir, avec ces dingues, ça peut nous valoir la peine de mort. Ca me rappelle une histoire avec des Français et des Allemands. Ils avaient conclu une trêve à Verdun pour jouer au football ensemble. Ils s'en sont pas trop bien sortis, ceux-là. Match nul vers l'outre-tombe."

p.52 " Le lendemain j'ai tourné en rond comme un ours en cage. Rien à faire que broyer du noir. Lev me manquait. Moshe me manquait. Ma mère. Notre village. Pour un peu, j'aurais préféré être là-bas, avec les barbelés et le danger, plutôt qu'ici, à ne pas savoir que faire. Vous avez déjà attendu, vous ? Au fond, je ne savais même pas ce que j'espérais : que le jeune gars se pointe à la nuit avec Esther ? Qu'il ne vienne pas ? Une troisième solution, voilà ce qu'il fallait, mais mon esprit ne savait pas me la représenter. "

14 mai 2018

Le Jardin de l'oubli - Clarisse Sabard

Le Jardin de l'oubli

 

  • Titre : Le Jardin de l'oubli
  • Auteur : Clarisse Sabard
  • Editions : Charleston
  • Date de parution : 13 février 2018
  • Nombre de pages : 432
  • ISBN : 978-2-36812-187-0

L'auteur

Clarisse Sabard

Clarisse Sabard est née en 1984 dans une petite ville située en plein coeur du Berry. Après un bac littéraire, elle s'oriente vers le commerce. Un AVC la rattrape et elle décide de réaliser enfin son rêve : écrire. Passionnée de littérature et de voyages, elle vit aujourd'hui à Nice et se consacre à l'écriture. Son premier roman, Les Lettres de Rose, a reçu le Prix du livre Romantique, et son second roman, La Plage de la mariée, a été élu "coup de coeur" des lectrices Charleston.

Quatrième de couverture

« Peu à peu, alors que le train avançait, elle se laissa emplir par la douce certitude que, désormais, sa vie lui appartenait. Elle filait vers son destin, là où rien ni personne ne pourrait plus l'entraver. »


1910. La jeune Agathe, repasseuse, fait la connaissance de la Belle Otero, célèbre danseuse, dans la villa dans laquelle elle est employée. Une rencontre qui va bouleverser sa vie, deux destins liés à jamais par le poids d'un secret.

Un siècle plus tard, Faustine, journaliste qui se remet tout juste d'une dépression, se rend dans l'arrière-pays niçois afin d'écrire un article sur la Belle Époque. Sa grand-tante va lui révéler l'histoire d'Agathe, leur aïeule hors du commun. En plongeant dans les secrets de sa famille, la jeune femme va remettre en question son avenir.

Mes impressions

Comme dans chacun des romans de Clarisse, j'ai été happée par cette histoire dès les premières pages. Merci aux éditions charleston de m'avoir donné l'occasion de la découvrir !

Le prologue nous raconte un départ, un changement de vie, dont on comprend qu'il se situe dans le passé. Ensuite, dès le premier chapitre, nous nous retrouvons en 2014 avec Faustine, la jeune journaliste, narratrice et héroïne d'une partie de ce récit.

La suite est une alternance savamment équilibrée entre le passé et le présent, avec de part et d'autre des intrigues qui se nouent, et c'est à chaque fois un réel plaisir de retrouver soit Faustine soit Agathe, la seconde héroïne de l'histoire. 

Le village de Caussières, imaginé de toutes pièces par l'auteure, est un village situé dans l'arrière-pays niçois, inspiré par plusieurs  villages existants. Tout y est, les ruelles, les montées vertigineuses, les maisons basses, les habitants, la place du village avec son restaurant et ses petits commerces... j'ai eu l'impression de me retrouver d'un coup dans mon village provençal préféré !

Faustine y arrive donc un peu à contrecoeur (elle préfère la ville), pour son travail. Elle est accueillie par sa grand-tante Caroline et Gaby, l'amie de celle-ci. La jeune journaliste, tout en cherchant à rédiger l'article qu'elle est venue écrire sur la Belle Epoque, va peu à peu mener l'enquête sur sa propre famille. Elle découvre au fur et à mesure des informations assez étonnantes, qui lui donnent envie de creuser encore. Et nous avec !

Dans chacune des histoires de Clarisse, il existe un lien fort entre le passé et le présent, et c'est ce qui me touche. Ajoutez à cela des intrigues, un secret de famille, des héroïnes au caractère bien trempé, une touche d'histoire - ici celle de la Belle Otero et de la Côte d'Azur à la Belle Epoque - une vieille demeure abandonnée et son jardin, tous les ingrédients sont réunis pour vous faire passer un excellent moment, la recette fonctionne à merveille. Le tour de force de Clarisse, c'est qu'elle parvient, au milieu de tout cela, à distiller de l'humour, des réflexions pertinentes sur la société actuelle, mais aussi des références littéraires et musicales auxquelles j'ai été très sensible (George Sand par exemple).

Clarisse a un véritable don pour nous raconter des histoires, pour faire naître et évoluer ses personnages. Je viens de les quitter, ils me manquent déjà. 

*****

Gros coup de coeur 

p. 34 "- Quand même, quelle drôle d'époque que la nôtre. On fait croire aux jeunes filles qu'elles sont grosses si elles ne sont pas maigres, on leur promet un cancer et des artères encrassées pour chaque aliment ingurgité... De toute façon, on va forcément mourir un jour, alors autant vivre !"

p. 124 " Malgré mon optimisme affiché, je déteste avoir ce genre de conversation. Caroline a tout à fait conscience qu'elle est dans la dernière ligne droite de sa vie et, moi, effrayée par le néant que représente la mort, je serais prête à lui affirmer s'il le faut, qu'elle vivra jusqu'à trois cents ans. Pas pour la rassurer elle, non, mais pour me rassurer. Parce que je ne comprends pas comment on peut rester aussi zen à son âge, en sachant que tout peut s'arrêter d'un instant à l'autre. Comme elle me l'a dit elle-même, désormais, elle se trouve dans un moment de sa vie où l'éternité se quantifie en secondes. Et cette idée me donne le cafard."

p. 132 " - Il faut savoir s'émerveiller de ce qui nous entoure : le calme d'une forêt, le chant d'un merle. Le bruissement d'un ruisseau qui coule paisiblement. Quand on sait faire ça, les problèmes trouvent toujours une solution."

p.194 " Elle stationne en double file et je traverse pour rejoindre l'immeuble où a vécu la Belle Otero. Le bâtiment a été entièrement refait à neuf et une plaque fixée à l'entrée me confirme que c'est ici que la danseuse a passé ses dernières années. Un petit immeuble parmi tant d'autres, qui ne paye pas de mine et en dit long sur l'état des finances de la diva à la fin de sa vie."

p. 265 " Alors, pour éviter de sombrer dans l'angoisse, l'après-midi, elle se mettait au volant de sa petite Peugeot BB à deux places et, cheveux au vent, rejoignait Monaco. La terrasse du casino restait son lieu de promenade favori. Elle s'enivrait de l'odeur des fleurs et de la mer, jouissait de la vue sur le Cap-Martin. Parfois, elle poussait jusqu'aux bains du Larvotto, où femmes et enfants profitaient de la douceur du climat. Dans ce paradis azuréen, personne n'aurait pu dire que l'Europe étais en guerre."

p. 348 " J'ai pris le train jusqu'à Monaco afin de visiter les alentours du casino, cet endroit tant plébiscité par la belle Otero. Je suis allée voir ces terrasses sur lesquelles Agathe aimait flâner, partiellement transformées, depuis, en places de livraison. Il subsiste encore de ce passé une petite promenade goudronnée. Au loin, les buildings bouchent dorénavant la vue sur le Cap-Martin. Seul l'établissement de jeu semble avoir conservé son aspect d'antan. "

19 avril 2018

La symphonie du hasard - Livre 2 - Douglas Kennedy

La symphonie du hasard livre 2

  • Titre : La symphonie du hasard - Livre 2
  • Auteur : Douglas Kennedy
  • Traduction : Chloé Royer
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 336
  • ISBN : 978-2-7144-4638-1

L'auteur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Il a grandi là-bas, puis est parti en Europe (Dublin, puis Londres). En 1994, sort son premier roman, Cul-de-sac (Gallimard – Série Noire, 1998), réédité dans une nouvelle traduction sous le titre Piège nuptial (Belfond, 2008 ; Pocket, 2009). Son deuxième roman, L'homme qui voulait vivre sa vie (Belfond, 1998, 2005 et 2010 ; Pocket, 1999) connaît un succès international.

Divorcé et père de deux enfants, Max et Amelia, Douglas Kennedy vit entre Londres, Paris, Berlin et les États-Unis.

Douglas Kennedy 2

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Douglas Kennedy ) 

Quatrième de couverture

Fresque à l'ampleur inédite, La Symphonie du hasard couvre vingt ans d'histoire américaine. Dans le bouillonnement social, culturel et politique des sixties-seventies, de New York à Dublin en passant par l'Amérique latine, un roman-fleuve, porté par un souffle puissant.

Pas évident d'échapper à sa famille, a fortiori quand cette dernière est en conflit permanent, avec une fâcheuse tendance à se mettre dans des situations compliquées. Alice Burns, elle, a choisi une solution radicale : mettre un océan entre elle et les siens et poursuivre ses études en Irlande.

D'abord déstabilisée par l'accueil quelque peu revêche des Dublinois, elle se surprend à prendre goût à une existence simple, plus sereine. Et sa rencontre avec Ciaran pourrait même lui laisser entrevoir la possibilité d'une autre vie.

Mais alors que résonnent les premiers échos des exactions de l'IRA, voici que resurgit une vieille connaissance, et avec elle un passé qu'Alice aurait préféré oublier à jamais...

Mes impressions

 Dans ce deuxième opus, j'ai retrouvé le suspense, les descriptions, l'atmosphère qui normalement me parlent chez Douglas Kennedy.  Alice Burns est à Dublin, où elle arrive pour étudier à Trinity College. Nous sommes immédiatement plongés dans l'ambiance étudiante irlandaise, les pubs, la Guinness, les amis et ... les intrigues. Le tout sur fond de "Troubles" du conflit nord-irlandais.

Le séjour d'Alice à Dublin ne se déroule pas sans encombre, et comme tout étudiant fraîchement débarqué, elle doit faire des connaissances, trouver un logement, apprivoiser son nouvel environnement. Tout cela est très bien décrit et l'on sent que l'auteur connaît parfaitement les lieux. 

Il est difficile d'évoquer l'intrigue sans dévoiler trop de détails. Comme indiqué en quatrième de couverture, une vieille connaissance d'Alice va resurgir et lui compliquer l'existence. Mais de qui s'agit-il? Suspense... J'ai trouvé ce "Livre 2" haletant, Alice évolue loin de sa famille, dont on apprend tout de même beaucoup de choses, notamment sur les activités de ses frères et de son père au Chili. Elle se rapproche de son frère Peter. Après pas mal de rebondissements, elle (re)trouve l'Amour, un étudiant irlandais prénommé Ciaran, séjourne avec lui chez ses parents à Belfast, ils rentrent à Dublin, programment leurs vacances à venir, tout va bien jusqu'au moment où ... la fin est explosive !

Il me tarde d'être le 3 mai pour découvrir la suite !

*****

Décidément, encore une allusion musicale qui me parle dans ce deuxième opus, cette fois c'est le Sunset, club de jazz à Paris. Ma voisine berlinoise, Susanna Bartilla, chanteuse de jazz, s'y produit régulièrement ! (Ainsi qu'ici à Berlin, où nous ne manquons pas d'aller l'applaudir dès que nous en avons l'occasion !)

p.56 " Tout ce qui m'arrivait était-il simplement le fruit des circonstances, ou avais-je, par le biais de mes choix et de mes actions, un certain degré d'incidence sur le cours des choses ? "

p.89 " L'Italie est ma plus grande passion. Si la réincarnation existe, j'aimerais passer ma prochaine vie dans le corps d'un aristocrate florentin. Parce qu'en plus de tous les plaisirs de la bonne chère qu'offre ce pays, ce qu'a dit ton professeur est entièrement vrai : le catholicisme là-bas est quelque chose de sensuel, de beau. Rien à voir avec cette idéologie de la culpabilité que l'Eglise se sent obligée d'imposer en Irlande, où l'existence est frocément une vallée de larmes. En Italie, on peut prendre la communion le dimanche matin et partir profiter de la dolce vita sans se sentir coupable. "

p.98 " Regarde autour de toi. Je suis légèrement obsédé par le style. Tu sais ce qui me plaît le plus dans le fait de pouvoir créer de la beauté chez soi ? On peut claquer la porte au nez du chaosqui règne dehors. "

p.124 " Il y a tout juste trente ans, ton père se terrait au fond d'un trou d'obus. Je sais que, pour quelqu'un d'aussi jeune que toi, trente ans, c'est une éternité. Mais quand tu attaques bientôt ta septième décennie... Le plus dur, dans la vie, c'est la vitesse à laquelle elle passe. C'est pour ça que la foi peut être d'une grande aide. "

p. 208 " Crois-moi, quand j'avais ton âge, je trouvais les années longues : entre la rentrée et le début de l'été suivant, c'était comme une éternité. Maintenant, je cligne des yeux en septembre, et voilà qu'on est en juin. "

p. 234 " Il m'a emmenée dans une petite gargote marocaine, où j'ai goûté ma première pastilla et mon premier couscous, puis dans un club de jazz appelé le Sunset où nous nous sommes installés au bar, en écoutant un Noir américain et deux musiciens français swinguer au son de ce que Peter appelait du be-bop. "

p.302-303 " Le domicile des parents de Ciaran était sans nul doute la maison la plus bibliophile que j'aie jamais visitée. Partout où je regardais, ce n'étaient que parquets sablés, murs peints d'un joli blanc cassé, confortable mobilier victorien, et des livres par centaines. Il y avait des étagères dans toutes les pièces - même dans les toilettes du rez de chaussée, où elles s'élevaient jusqu'à la citerne. L'entrée en était remplie du sol au plafond, trois murs sur quatre dans le salon comportaient des bibliothèques, et même la cuisine ne faisait pas exception. "

p. 305 " Lorsque John a digressé pour me poser des questions sur les clubs de jazz de New York, j'ai découvert qu'il était un fervent amateur de ce qu'il appelait lui-même la plus grande contribution des Etats-Unis au langage universel qu'est la musique, et qu'Anne et lui avaient, l'année précédant la naissance de Ciaran, passé l'été 1954 à Manhattan ; il avait ainsi pu écouter Charlie Parker à Birdland et Bill Evans et Dexter Gordon au Vanguard. "

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10 avril 2018

Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver - Séverine Vidal et Marc Majewski

 

Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver

  • Titre : Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver
  • Auteure : Séverine Vidal
  • Illustrateur : Marc Majewski
  • Editions : Sarbacane
  • Age : 3 ans et plus
  • Date de parution : 7 février 2018
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2377310586

L'auteure

Séverine Vidal, née le 22 décembre 1969, est une auteure jeunesse française. Après avoir été professeur des écoles, elle se consacre à l'écriture à temps plein depuis la rentrée 2011. Elle écrit des romans pour adolescents, des albums, des BD ou des séries. Ses livres sont traduits à l'étranger, et récompensés par de nombreux prix.

Séverine Vidal 

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Séverine Vidal)

L'illustrateur

Marc Majewski, né le 15 avril 1993, est un auteur-illustrateur français. Tout petit, il s'est découvert une passion pour le dessin et la peinture à travers les oeuvres de Gustave Doré, Quentin Blake, Lisbeth Zwerger, et les films d'Hayao Miyazaki. C'était décidé, il serait illustrateur. Pendant sa formation à l'école Pivaut à Nantes, il a l'occasion de rencontrer de grands illustrateurs comme Benjamin Lacombe et Frédéric Pillot, rencontres qui le confortent dans son envie de devenir illustrateur de livres pour enfants. Il vit et travaille à Berlin. ( source : site de Marc Majewski )

Marc Majewski

(Clic sur la photo pour accéder au site de Marc Majewski)

 Présentation de l'éditeur

Frileux déteste l'hiver, le froid qui pique et le vent glacé. Normal, c'est un ours. Alors l'hiver, il dort, attendant des jours meilleurs pour ses activités favorites, comme bronzer au soleil en mangeant des glaces ou sentir le sable chaud sous ses pattes. 

Son copain Ness, le minuscule oiseau rouge, fait de son mieux pour le garder éveillé : l'hiver, c'est long sans son meilleur copain ! Il l'entraîne tout ronflant dans une partie de pêche endiablée, une formidable chasse en forêt, une grande fête sous la lune... Mais rien n'y fait. Frileux ronfle encore. Un matin, l'infatigable Ness se réveille avec une nouvelle idée au bout du bec...

Amitié hors normes, entre un gros ours frileux et un petit oiseau qui n'a pas froid aux yeux !

 

Mes impressions

Il est encore temps de vous présenter ce titre, c'est seulement le début du printemps, c'est Frileux qui va être content ! 

Cette histoire d'amitié indéfectible entre un grand et un petit, un ours blanc et un oiseau rouge, est magnifiquement servie par les illustrations colorées de Marc Majewski.

 

Frileux, l'ours qui n'aimait pas l'hiver 1

 

Au fil des pages, Ness, le petit oiseau, redouble d'imagination pour maintenir éveillé son ami Frileux. Rien ne fonctionne. Ni la partie de pêche (mon illustration préférée, je la trouve sublime !), ni la fête au clair de lune... mais un ami, ça ne se décourage pas comme ça ! Il va la trouver, la solution, le petit Ness !

Une ode à l'amitié, à l'amitié même si on est différents, des images somptueuses, les animaux, l'hibernation, vraiment cet album fera parler et rêver les petits mais aussi les plus grands!

Un grand merci aux éditions Sarbacane pour m'avoir permis cette belle découverte.

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05 avril 2018

L'ordre du jour - Eric Vuillard

L'ordre du jour

  • Titre : L'ordre du jour
  • Auteur : Eric Vuillard
  • Editions : Actes Sud, collection "Un endroit où aller"
  • Date de parution : 29 avril 2017
  • Nombre de pages : 160
  • ISBN : 978-2-330-07897-3

Prix Goncourt 2017

L'auteur

Eric Vuillard est un écrivain, cinéaste et scénariste français né en 1968 à Lyon. Il a obtenu entre autres le prix Franz-Hessel  2012 pour "Congo" et "La Bataille d'Occident". 

Eric Vuillard

 

Quatrième de couverture

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. E.V.

Mes impressions

Dans ce "récit" - je ne sais pas trop comment qualifier ce livre, qui n'est pas un roman, ni vraiment un récit, plutôt un essai en fait - on assiste aux prémices de la seconde guerre mondiale, à ce qu'il s'est tramé "juste avant", dans les coulisses. L'on se retrouve tour à tour à la réunion des 24 grands industriels allemands au Reichstag pour une levée de fonds en faveur du parti nazi (qui sera bientôt au pouvoir), 

p.23 "Mais pour faire campagne, il fallait de l'argent ; or le parti nazi n'avait plus un sou vaillant et la campagne électorale approchait. A cet instant, Hjalmar Schacht se leva, sourit à l'assemblée, et lança : "Et maintenant messieurs, à la caisse !"

p.23 "Cette réunion du 20 février 1933, dans laquelle on pourrait voir un moment unique de l'histoire patronale, une compromission inouie avec les nazis, n'est rien d'autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens qu'un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds."

à la visite "naïve" d'Halifax en Allemagne sur invitation de Goering, 

p. 27 "...Halifax, lord président du Conseil, se rendit en Allemagne, à titre personnel, à l'invitation d'Hermann Goering, ministre de l'Air, commandant en chef de la Luftwaffe, ministre du Reich à la forêt et à la chasse, président du défunt Reichstag - le créateur de la Gestapo. Voilà qui fait beaucoup, et pourtant Halifax ne tique pas..."

p.31 "...Lord Halifax cherche à nous faire rire. Mais je ne trouve pas ça drôle. L'aristocrate anglais, le diplomate qui se tient fièrement debout derrière sa petite rangée d'ancêtres, sourds comme des trombones, cons comme des buses, bornés comme des fields, voilà qui me laisse froid."

à l'entrevue de Kurt Schuschnigg, chancelier autrichien, avec Hitler à Berchtesgaden le 12 février 1938

p.76-77 "A l'époque où il était prisonnier des Italiens, jeune-homme, pendant la Première Guerre, Schuschnigg aurait dû lire les articles de  Gramsci plutôt que des romans d'amour ; alors il serait peut-être tombé sur ces lignes : "Quand tu discutes avec un adversaire, essaie de te glisser dans sa peau." Mais il ne s'est jamais glissé dans la peau de personne, tout au plus a-t-il enfilé le costume de Dollfuss, après lui avoir pendant quelques années léché les bottes. Se mettre à la place de quelqu'un ? Il ne voit même pas où cela mène ! Il ne s'est pas glissé dans la peau des ouvriers tabassés, ni des syndicalistes arrêtés, ni des démocrates torturés ; alors, maintenant, il ne manquerait plus qu'il parvienne à se mettre dans la peau des monstres ! [...] Il a dit non à la liberté de la presse, avec courage. Il a dit non au maintien d'un parlement élu. Il a dit non au droit de grève, non aux réunions, non à l'existence d'autres partis que le sien. Pourtant, c'est bien le même homme qu'embauchera après la guerre la noble université de Saint Louis, dans le Missouri, comme professeur de sciences politiques."

 Vient ensuite l'invasion insidieuse de l'Autriche par l'Allemagne, qui peut assez aisément avoir lieu après que les opposants ont été éliminés et que Seyss-Inquart, nazi notoire, a été nommé ministre de l'Intérieur puis chancelier d'Autriche (sur ordre d'Hitler). Mais tout de même, au moment d'envahir l'Autriche, le Führer aimerait le faire "dans les formes", en ayant pour ainsi dire l'autorisation de le faire. 

p.79 "On dirait que la puissance ne leur suffit pas, et qu'ils prennent un plaisir supplémentaire à forcer leurs ennemis d'accomplir, une dernière fois, en leur faveur, les rituels du pouvoir qu'ils sont en train d'abattre." 

 Entre temps, nous partons à Londres, assister au "déjeuner d'adieu" à l'ambassadeur d'Allemagne, Ribbentrop, organisé par Neville Chamberlain à Downing Street, en présence entre autres de Winston Churchill. Ce moment figure dans les mémoires de Churchill.  Un déjeuner que Ribbentrop semble faire exprès de prolonger, alors que les dirigeants britanniques viennent de recevoir une note importante au cours de ce repas (l'annonce de l'invasion imminente de l'Autriche par l'Allemagne) et peinent à cacher leur impatience.

Ce chapitre décrivant le déjeuner d'adieu à Downing Street est assez impressionnant à lire, le contraste est saisissant entre la langueur, le "plaisir" du moment (une description très détaillée du menu est donnée, les conversations futiles engagées par Ribbentrop sont allègrement retranscrites) et la gravité et l'urgence de ce qu'il se joue à l'instant-même dans une autre partie de l'Europe. A l'éclairage de l'Histoire, avec le recul que nous avons maintenant, cet effet de contraste est encore plus fort. 

Aussitôt après l'entrée d'Hitler à Vienne, juste avant l'Anschluss, les exactions commencent, la pression est tellement forte, qu'il y a "plus de mille sept cents suicides en une seule semaine." 

p. 136 "Alma, Karl, Leopold ou Helene ont peut-être aperçu, depuis leur fenêtre, ces Juifs que l'on traîne par les rues. Il leur a suffi d'entrevoir ceux auxquels on a rasé le crâne pour comprendre."

p. 139 "Alma Biro, Karl Schlesinger, Leopold Bien, et Helene Kuhner n'ont pas vécu si longtemps. Avant de se jeter par la fenêtre, le 12 mars 1938, Leopold avait dû affronter plusieurs fois la vérité, puis la honte."

p.141 "On ne peut même pas dire qu'ils aient choisi de mourir dignement. Non. Ce n'est pas un désespoir intime qui les a ravagés. Leur douleur est une chose collective. Et leur suicide est le crime d'un autre."

 

D'un coup les "anonymes" ont un nom, j'ai été très sensible à cela. 

Les deux derniers chapitres s'intitulent "Les morts" et "Mais qui sont tous ces gens". Il est question dans les dernières pages de nouveau des grands groupes de l'industrie allemande, notamment de Krupp, dont l'auteur fait le procès. 

Ce que je retiendrai de cette lecture, c'est l'engrenage sournois qui a fait le nid du drame de la deuxième guerre mondiale, et surtout du drame de l'holocauste. Beaucoup d'anecdotes sont relatées, qui au regard de l'Histoire, et mises bout à bout, ne sont finalement pas des anecdotes. C'est tout cela et l'ambition d'un fou, qui a conduit à l'indicible. 

J'ai été gênée malgré tout par l'ironie trop souvent présente dans le discours de l'auteur, cela m'a dérangée. Comme si trop d'ironie tuait l'objet-même de la critique (en tous cas à mes yeux). Il est plutôt "facile" de relire l'Histoire et de juger quand on sait à l'avance tout ce qu'il va se passer. Peut-être suis-je assez naïve pour croire que quelques uns des protagonistes, s'ils avaient "su" ce qui se tramait, auraient agi différemment. Mais maintenant, on sait. Alors il est utile d'écrire et de lire de tels ouvrages, d'observer le mécanisme "de l'intérieur", pour que tous nous soyions vigilants et que jamais cela ne se reproduise.

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