La maison des livres

23 juin 2017

Paul Bedel - Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs - Catherine Boivin

Paul Bedel - Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs

  • Titre : Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs
  • Auteur : Paul Bedel et Catherine Boivin
  • Editions : Albin Michel
  • Date de parution : 3 mai 2017
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-226-39794-2

Les auteurs

Catherine Boivin, née le 19 août 1966 à Chebourg, est une biographe et romancière française.

Catherine Ecole Boivin

(Clic sur la photo pour accéder au site de Catherine Boivin)

Paul Bedel, né le 15 mars 1930 à Auderville (près de la Hague) a passé sa vie à cultiver ses champs et à soigner ses vaches. Il ne s'est jamais marié et vit avec ses deux soeurs, elles-mêmes célibataires, dans la ferme qui les a vus naître.

Paul Bedel - Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs

Quatrième de couverture

" Paysan, je vis depuis 87 ans, sur une terre à cailloux, dans une presqu'île. Ca change beaucoup de choses d'être entouré par la mer. Chaque jour j'écris mes pensées sur de vieux agendas de récupération. Par petits coups de griffes sur le papier, j'écris des morceaux de mon cerveau. Raconter ma vie, c'est pour moi un peu comme baratter mon beurre, le même baratin, sauf que c'est moins difficile pour les bras. J'ai envie de parler des pierres, car des pierres, personne ne pense à parler pour elles. D'autres pensées me préoccupent, comme celle des gens qui sont vivants, trop vivants aujourd'hui et notre terre qui devient morte. J'ai ouvert la porte de ma petite ferme avec vue sur mer, phare et sémaphore. Vous me parlez de votre vie et je vous parle du trésor de comprendre ce qu'a été la mienne. Je n'ai rien voulu du bonheur et je l'ai rencontré quand même en regardant mes vaches ne manger que de l'herbe et des fleurs. "

 Mes impressions

Paul est quelqu'un à qui je me suis beaucoup attachée au fil des ans, même si je ne l'ai jamais "vraiment" rencontré. Je vous en ai déjà parlé dans cet article. Alors bien sûr, ce livre, je l'ai dévoré, et je l'ai aimé!

Paul a maintenant 87 ans, et il nous parle de sa vie qui s'étiole, de ses croyances (pas seulement religieuses) qui elles ne s'étiolent pas, des changements physiques qu'il observe et accepte. Il nous parle de la vie, Il nous parle de sa mort avec pudeur et philosophie, et nous offre de belles métaphores. Pour cet article, j'ai décidé de laisser parler Paul (d'où les nombreux extraits, que je souhaitais consigner en même temps, car ils m'interpellent)

p.29 "La mort c'est quelque chose dans la vie, ça intéresse les universiaires, je comprends bien. J'ai ma petite idée sur elle, vraiment petite, qui m'appartient. J'ai prévu de te demander pourquoi le mot docteur dans tes études. Je ne vois pas bien ce qu'on peut soigner à l'université, à part de soigner des cerveaux qui pensent déjà trop. Et puis si tu le deviens, il faudrait que je sois malade si je suis ton sujet! Je ne suis pas malade du tout, je m'absente à petits pas, c'est pas une maladie ça, voyons! Bientôt pour moi ce sera belle heure de m'en aller."

                            ***

p.89 "La vieillesse, je la comprends comme une nature mystérieuse qui entre en moi [...] Quand tu es jeune, tu penses au lendemain, à sa beauté, quand tu es vieux tu ne sais pas penser, pas que tu ne veux plus penser mais tu as un lendemain qui se cachaète (verrouille) , pour un avenir meilleur."

                             ***

p.98/99 "Je ne sais pas comment sera mon lendemain. Un oeil se fermera puis l'autre, je vois les choses comme cela. Je ne verrai pas la même chose avec les deux yeux. Quand je n'y verrai plus, et pas de chirurgien pour me retirer le brouillard [nota, Paul vient de se faire opérer de la cataracte], il y aura un petit entre-deux, un entre-temps. L'oeil qui verra un avenir meilleur pour moi sera fermé, j'y verrai clair avec lui, comprends-moi. Celui qui se fermera en premier sera celui de ma nouvelle vie. L'autre, celui resté ouvert, sera celui de ma vie terrestre. Le mystère est de savoir lequel verra le plus clair, vraiment! Allez, cache! Celui qui sera fermé y verra autant que celui qui restera ouvert. Voilà, maintenant tu sais comment je mourrai, comme le chat quand il dort, toujours il veille, il a confiance mais il surveille la vie autour de lui."

                              ***

p.109 "Je ne sais pas où je vais mourir, j'attends de savoir. Dès maintenant j'y pense, pareil que si j'avais cent ans, je prends la température, je tâtonne. Le sujet m'intéresse légèrement quand même. Si tu lances trop loin le caillou, tu ne peux pas le rattraper. C'est pareil pour la vie. J'essaie de rester le plus possible le moins loin d'elle, pour cela je pense à elle, je la pense. 

                               ***

p.143 "Je pense qu'un brin d'herbe a le même âge que la terre, sans cesse il se renouvelle par sa graine, il continue de vivre. Si je suis graine, alors moi aussi je continuerai à vivre, d'une manière étrange, étrangère à la vie sur terre. Je ne serai pas un étranger pour moi, mais j'ignore où je serai replanté. Il n'y a pas d'âge pour vivre ta vie, tu vis les événements seulement d'une autre manière suivant ta jeunesse ou ta vieillesse, mais les événements, eux, sont les mêmes."

                                ***

p.185 "Là j'écris ma mort en cours de vie, ma vie en cours de mort je ne pourrais pas l'écrire. Je te confie ce que je pense qu'il va m'arriver, avec ma limite qui est la même que nous tous face à ce mourir. "

 

 Je trouve émouvant et troublant le rapport de Paul à l'écriture, lui qui n'est jamais allé à l'école.

 

p.34 "Pourquoi je me suis mis à écrire ma vie à l'hôpital sur un nouveau carnet, et même plutôt parler de ma mort qui approche? D'abord parce qu'on m'avait condamné à me couper des morceaux d'oreille et j'avais une sorte d'appréhension, quand même. Je ne crains pas grand-chose à part les toubibs, c'est vrai, et je crains de rester à l'hôpital, sans pouvoir revenir chez moi. Je veux parler de mourir ailleurs que dans mon lit, c'est un coup à ne pas retrouver ma route pour rentrer. Je ne tiens pas trop à ce que m'arrive une connerie pareille. Etre opéré implique un petit danger, quand même. 

***

J'avais ce crayon de bois et un couteau avec moi, pour m'occuper, alors j'ai choisi de sortir le crayon, pour ne pas qu'on me remarque de trop. Le couteau, même s'il est petit et plié, ça ne passe pas toujours bien partout, surtout actuellement."

***

p.36 "Mes ancêtres ne m'ont rien laissé par écrit, et s'ils ne m'ont rien laissé, le père ce qui l'a foutu en l'air c'est la guerre 14-18, et il ne voulait pas que cette horreur à travers moi survive et revive."

***

p.37 " J'avais entendu les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, mais il y a quelque temps, quand j'ai mis ma main sur l'épaule d'un jeune Allemand en visite, la paix nous a sauté dessus à lui, moi et son père, et je suis si content que mon livre Testament d'un paysan en voie de disparition soit publié en Allemagne, ça a été comme une consolation quand il a paru là-bas. Quelqu'un m'a dit que le mot Boches dans le livre a été traduit par les visiteurs venus d'ailleurs. Mon père aurait été furieux de me voir les accueillir à la maison, j'aurais eu les gros yeux. Le livre traduit en allemand m'a ému, c'est vrai. L'été dernier, des jeunes Allemandes sont venues. J'avais cette arrière-pensée en entendant leur accent, elles se sont assises à ma table, parce que l'amour est absolument plus fort comme sentiment que la haine. J'ai eu leur sourire longtemps dans ma mémoire et je l'ai encore. C'est pour cela que c'est important d'écrire."

***

p.60 " Le rapport aux mots, eux, je ne pensais pas leur donner tant d'importance. Je pensais autrefois que seuls les patates, les légumes, les vaches et les fleurs comptaient vraiment."

***

p.63 " J'écris comme un idiot, c'est important, pas comme un écrivain, instruit pour écrire. Je m'instruis moi-même, j'apprends de moi-même, [...] Pour te confier vraiment, parfois ça me prend des jours les phrases à écrire. Parce que j'aime écrire mes pensées, j'ai l'impression que ma vie dure plus longtemps, comme si les mots m'offraient des jours en plus."

 

Dans ce livre, Paul se livre un peu plus sur ses relations avec son père, et j'ai trouvé ces passages très touchants. De même, ses réflexions sur la vie, me parlent, je le trouve juste et perspicace.

 

p.62 "Le dernier carnet je ne l'emporterai pas. Il restera là. Qui tombera sur mes carnets? Mystère. Mes calepins sont personnels. Je ne sais rien du père, juste ses gestes, ceux que j'ai vécus de lui. Je ne connais pas ses pensées, j'aurais pu à travers ses écrits le connaître. Il ne parlait pas avec moi. Je me disais qu'avec lui, j'étais l'âne. Je faisais tout mal. Quand je lui ai dit que je restais là, que j'allais m'occuper des soeurs et du petit frère, laissant ma vie de côté, que je ne me marierais pas, pendant deux mois il a été différent, plus tendre. Deux mois et après tout a repris. J'ai été longtemps persuadé qu'il avait raison, que j'étais idiot."

***

p.77 "La vie ne prend pas plus de temps à vivre qu'un champ à arpenter. Un champ pas si grand, mais que l'on doit arpenter en plusieurs tours quand même pour bien le connaître."

***

p.150/151 "Pourquoi est-il permis à l'homme de désobéir au bien? C'est une vraie question. Le mal fascine à un point incroyable et la terre souffre et pendant ce temps les gens ne travaillent plus de leurs mains, ça rend fou de ne pas utiliser notre intelligence pour construire et pour se nourrir."

***

p.201 "Ce que l'on fabrique jeune a une incidence sur le vieux que l'on devient. J'ai appris tout seul. On ne m'a jamais montré à travailler la terre, j'ai juste regardé, et je n'étais pas doué du tout, le père râlait, j'acceptais que rien ne soit bien. Un jour, catastrophe - le père n'était jamais content après moi, je ne lui en veux pas, bien loin de là -, un jour je me suis rebiffé, j'ai continué la journée à charger, quand je suis parti chercher les vaches j'ai pleuré comme j'ai jamais pleuré car j'ai senti que je lui avais fait mal de lui dire qu'il me blessait, trop de fatigue, trop de pas comme il faut [...] Tu vois, j'ai encore des secrets envers toi, comme celui-ci."

***

p.206 "Tu vas me dire que je suis drôle, mais je suis juste humain, pour que le monde tourne mieux, sans haine. Je garde ma colère pour moi, j'encaisse. Je suis moins préoccupé sans haine de l'autre. Sans rancune tu perds moins de temps."

 

Ces confidences sont une belle occasion pour Paul de rendre hommage à Catherine Boivin qui recueille ses pensées depuis déjà quelques années. Et voilà ce qu'il lui dit : 

 

p.185 "Tu ne peux pas te confier à un homme pareillement, tu dis plus tes sentiments à une femme, et donc à toi qui m'accompagnes dans l'aventure d'écrire ma vie. L'homme m'aurait jugé comme homme, la femme ne juge pas. Toi tu ne me juges pas. A un homme qui aurait écrit ma vie j'aurais parlé de ma terre, et avec toi, une femme, j'ai pu raconter les sentiments. Au départ j'étais réticent quand tu voulais que je te parle de la femme qui... n'a jamais été ma femme, tu ne m'as pas obligé, remarque."

 

Le dernier chapitre (p.215 à 218) s'intitule "Quelques phrases de Paul", je m'en suis délectée.

C'est avec regret que j'ai quitté Paul et Catherine encore une fois (mais je ne les ai pas vraiment quittés, j'ai très souvent une pensée pour eux), et je remercie les éditions Albin Michel de m'avoir offert l'occasion de passer ce merveilleux moment encore en leur compagnie. Merci à Catherine Boivin pour ce travail qu'elle accomplit sans relâche sur la transmission des mémoires.

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16 juin 2017

La démocratie en BD - Nathalie Loiseau

La démocratie en BD

  • Titre : La démocratie en BD
  • Auteur : Nathalie Loiseau
  • Illustratrice : Aki (Delphine Mach)
  • Editions : Casterman
  • Date de parution : 4 janvier 2017
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 978-2203132337

L'auteur

Diplômée de Sciences Po Paris et des Langues Orientales, Nathalie Loiseau entre au Ministère des Affaires étrangères en 1986. En 2012, elle prend la direction de l'ENA, malgré son profil atypique pour cette fonction : elle n'est pas énarque et est... une femme, ce qui n'est pas neutre pour cette féministe engagée. Une parfaite connaissance du monde politique, un sens de la pédagogie nécessaire à son rôle de directrice de l'ENA, une réelle connaissance des enfants et adolescents (elle est mère de 4 enfants)... autant d'éléments qui lui ont permis d'imaginer avec une grande pertinence le scénario de La Démocratie en BD, première BD jeunesse consacrée à la politique.

Edit du 21 juin 2017 : Nathalie Loiseau vient d'être nommée ministre chargée des Affaires Européennes.

Nathalie Loiseau

 

L'illustratrice

Aki (Delphine Mach) est une jeune auteure illustratrice française. Après avoir vécu 3 ans à Melbourne, elle vit actuellement à Berlin. Elle est également auteure avec ses deux soeurs des livres de cuisine "Les 3 soeurs", que je viens tout juste de découvrir, et que j'ai très envie de tester! Voici un lien vers leur blog de cuisine Les 3 soeurs.

Delphine Mach (Aki)

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Aki)

Présentation de l'éditeur

C'est décidé : Max et Nadia seront les prochains délégués de la 6e B! Et pour ça, ils vont préparer la plus belle campagne électorale de l'Histoire de France. Sauf que tous les adultes ont l'air de trouver que la politique, c'est hyper nul. Et surtout, eux, ils n'y comprennent rien...Alors Max et Nadia vont mener l'enquête et tout deviendra clair!

A travers l'enquête de deux héros, une BD ludique et vivante qui met la politique à la portée des enfants !

Mes impressions

Tout au long de leur parcours pour devenir délégués de classe, Max et Nadia se posent des questions, les posent à leurs parents et à d'autres adultes référents. Ils sont parfois confrontés à des situations inattendues. Le parallèle est très rapidement fait avec les élections de nos dirigeants, et tout y est extrêmement bien expliqué. 

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Chaque composante de notre système électoral y est mentionnée, le tout de façon simple et très didactique. 

Ainsi, les enfants apprennent le rôle d'un maire, d'un préfet, d'un ministre, et les différents moyens d'accession à ces fonctions.

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Les rôles du parlement, de l'Assemblée nationale (députés), du Sénat (sénateurs) sont tour à tour évoqués

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Le tout ponctué d'humour, de réflexions toujours justes des enfants (comme celle ci-dessus) et très habilement illustré.

En fin d'ouvrage figure un court lexique d'une vingtaine de mots (abstentionnistes, constitution, démagogie, dépouillement, populiste y figurent entre autres)

Cette BD est une vraie réussite, je la conseille à tous les parents qui souhaitent apporter des explications claires et simples à leurs enfants, mais également à tous les enseignants, pour lesquels elle peut représenter un support bien agréable! A la lecture de ce livre, tout ce qui pouvait paraître compliqué aux enfants devient limpide.

Bravo à Nathalie Loiseau et aux éditions Casterman! Je l'ai déjà offert une fois, l'offrirai encore, et l'ai acheté pour la maison!

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12 juin 2017

La plage de la mariée - Clarisse Sabard

La plage de la mariée

  • Titre : La plage de la mariée
  • Auteur : Clarisse Sabard
  • Editions : Charleston
  • Date de parution : 17 mars 2017
  • Nombre de pages : 448
  • ISBN : 978-2-36812-129-0

L'auteur

Clarisse Sabard

Clarisse Sabard est une jeune trentenaire férue de lecture et de robes vintage, persuadée d'avoir vécu à New York quelque part entre les années 1920 et 1950. Les Lettres de Rose, son premier roman, a été le lauréat du deuxième Prix du livre Romantique, et son second roman, La Plage de la mariée, est le coup de coeur des lectrices Charleston.

 

Quatrième de couverture

2015, Nice.

Zoé, 30 ans, est en pleine dispute avec sa conseillère Pôle Emploi lorsque sa vie bascule. Ses parents viennent d'avoir un grave accident de moto. Son père est décédé sur le coup, sa mère est trop grièvement blessée pour espérer survivre, mais encore assez lucide pour parler.

Elle va révéler à Zoé qu'elle lui a menti depuis toujours : l'homme qui l'a élevée n'est pas son véritable père. Elle donne un seul indice à sa fille pour retrouver son père biologique : « La Plage de la mariée ».

Après quatre mois de déni, Zoé finit par craquer et part à la recherche de la vérité. Elle atterrit en Bretagne et se fait embaucher dans une « cupcakerie » tenue par une ancienne psychologue franco-américaine, Alice. Dans ce salon de thé, plusieurs personnages se croisent et voient leurs destins se mêler, tandis que Zoé part à la recherche de son père et tente de comprendre pourquoi sa mère lui a menti durant toutes ces années.

Mes impressions

 Vous pouvez retrouver sur le blog mon gros coup de coeur pour le premier roman de clarisse Sabard, Les lettres de Rose.

Je bouillais donc d'impatience de découvrir le deuxième, c'est chose faite grâce aux Editions Charleston que je remercie.

Dans cette histoire, il est encore question de secrets de famille, avec une intrigue qui se noue (ou plutôt qui se dénoue!) entre la Côte d'Azur et la Bretagne (deux de mes régions préférées, l'une parce que j'y passe mes vacances, l'autre pour y avoir vécu de belles années étudiantes). 

Le début du roman nous fait entrer violemment dans le vif du sujet, car nous faisons la connaissance de Zoé, l'héroïne, au moment où elle vient de perdre ses deux parents dans un accident de moto. Pour autant, ni l'histoire ni le ton ne sont sombres, Clarisse a un vrai don pour emporter le lecteur rapidement dans l'aventure, et encore une fois ici, quelle aventure!

J'ai trouvé les descriptions toujours justes, jamais surfaites, et j'ai adoré me retrouver dans ce petit village breton, avec Zoé, Alice, Gérard, Georges et tous les autres protagonistes. 

Zoé, après la révélation de sa mère, décide donc de partir dans le village d'enfance de celle-ci, en Bretagne. Là-bas, elle va se heurter à de multiples obstacles, qu'elle devra surmonter si elle veut connaître l'identité de son père. Elle va également se créer un solide réseau d'amis, qui lui seront souvent d'un grand secours et feront preuve de bienveillance à son égard. L'intrigue est admirablement ficelée, il était difficile de poser le livre en cours de lecture!

Seul petit (tout petit) bémol, Zoé m'a souvent agacée dans ses indécisions, dans ses réflexions. Mais elle m'a émue dans sa quête. Le roman est parsemé de références musicales qui donnent du relief à l'histoire. J'ai notamment beaucoup apprécié la référence à l'oeuvre de Jacques Brel, et plus particulièrement à la chanson "Le moribond". 

Clarisse excelle dans l'art de transporter ses lecteurs à travers différents univers et époques, elle nous le montre encore ici, avec quelques retours plus vrais que nature dans les années 1980. Et puis ce que j'aime dans ses histoires, c'est qu'elles nous livrent un message positif, un message d'espoir.

Pour résumer, une bonne intrigue, du suspense, des secrets de famille, des personnages attachants, de belles valeurs, encore une fois les ingrédients sont réunis pour nous faire passer un très bon moment, tout m'a plu dans ce roman, jusqu'au titre et à la couverture. Il a beaucoup de succès et est en passe d'être ré-imprimé, je ne suis pas surprise! J'attends le prochain avec impatience!

*****

p. 108-109 "- Une personne peut être perçue de manière totalement différente, d'un individu à l'autre. Tu risques d'entendre plusieurs versions radicalement opposées, selon les gens. Mais l'essentiel, c'est le souvenir que toi, tu garderas d'elle. Telle que tu l'as connue. Tout ce qu'on pourra te dire doit avant tout t'aider à reconstituer un puzzle aux pièces éparses. Pas à en modifier le dessin."

***

p.141 "Je ne trouverai malheureusement rien d'autre par ici que davantage de questions au mystère qui me préoccupe. Je souris en repensant aux romans que je lisais, étant gamine, la collection des Alice, de la Bibliothèque Verte. Que n'aurais-je pas donné pour me retrouver dans la peau de cette jeune détective américaine, pour qui résoudre des énigmes en compagnie de ses deux meilleures amies constituait le principal loisir!"

***

p.148 "J'acquiesce d'un simple signe de la tête. En général, quand je murmure, on peut m'entendre à cinq kilomètres à la ronde. Il y a des gens qui sont naturellement discrets, ce sont les mêmes qui possèdent une grâce innée, mangent sans grossir et sont beaux quand ils pleurent. Et puis il y a les autres, dont je fais partie."

***

p.232 "- L'amitié, me répond Alice, ça fonctionne souvent par cycles. Il y a des amis qu'on gardera toute notre vie, et même en vivant à l'autre bout du monde. Les liens sont si solides que rien ne peut les entacher. Et puis il y a les autres, ils vont, ils viennent. C'est comme ça, c'est l'évolution naturelle et il n'y a rien à regretter."

Et puis il y a le tout dernier message, que j'ai beaucoup aimé, mais celui-ci je vous laisse le découvrir, c'est à la dernière page. 

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08 juin 2017

MACARONI! - Thomas Campi et Vincent Zabus

Macaroni

  • Titre : MACARONI!
  • Auteurs : Thomas Campi (illustrations) et Vincent Zabus (textes) 
  • Préface de Salvatore Adamo
  • Editions : Dupuis
  • Date de parution : 1er avril 2016
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 978-2-8001-6360-4 

Les auteurs 

Thomas Campi est né en Italie le 8 décembre 1975. Il est diplômé de l'école d'art "Dosso Dossi" de Ferrare. En 2010 commence sa collaboration avec le scénariste belge Vincent Zabus avec "Les petites gens" aux éditions du Lombard. Il vit actuellement à Sydney. 

Vincent Zabus est un scénariste belge né le 8 mai 1971. Il vit actuellement à Namur. Il a commencé sa carrière comme enseignant en littérature (il est également diplômé en journalisme). Il s'est ensuite très vite consacré au théâtre et à la Bande Dessinée.

                                    Thomas Campi (illustrateur)            Vincent Zabus

Thomas Campi                             Vincent Zabus 

Présentation de l'éditeur

- A 18 ans, on m'a envoyé à la guerre. Benito Mussolini, il m'a dit de tirer.

Je savais pas sur qui mais j'ai dit oui...

Puis on m'a dit : "Va en Belgique!" J'ai dit oui! "Descends dans la mine"? Oui!

"Crève de misère"? Oui, oui, oui! J'ai jamais décidé de rien...

Comme si cette vie n'était pas la mienne.

Jamais je ne me suis senti chez moi quelque part. Jamais!

 

         - Mais en Belgique...

 

- La Belgique?!

Tu sais comment les gens d'ici nous appelaient quand on est arrivés? 

Les Macaronis...

Macaronis! Macaronis! Vita di merda!!!

 

"Le vieux chiant",

c'est comme ça que Roméo appelle son grand-père depuis des années. Alors quand il apprend qu'il va devoir passer quelques jours avec lui, à Charleroi, sans télé, dans sa vieille maison de mineur...c'est une certaine idée de l'enfer pour le gamin de 11 ans.

C'était une simple semaine de vacances dans une ville grise de Belgique, ce sera l'occasion de lever le silence qui pèse sur trois générations d'hommes. Un récit humain et touchant qui nous parle de l'immigration italienne, du travail à la mine et du difficile accouchement de la parole quand, une vie durant, on a été habitué à se taire.

Mes impressions

J'ai été très touchée par ce roman graphique. Tout d'abord par le sujet, car cette histoire me rappelle celle de mon grand-père, même si son père n'était pas mineur mais maçon, même si son père n'est pas arrivé en Belgique mais en France.

Tout m'a parlé ici. L'histoire, cette relation très forte qui enfin se crée entre le grand-père et le petit-fils, les illustrations qui sont sublimes, mais vraiment sublimes, et rendent une ambiance si spéciale. Parfois des pages entières sont consacrées à l'illustration, permettant au lecteur de laisser libre cours à son imagination.

 

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Quand j'ai vu cette image par exemple, je me croyais chez mon grand-père! Voyez plutôt : 

Pépé dans son jardin

Il me raconte souvent que quand il était petit et revenait de l'école à travers les champs, un des voisins lui criait "dépêche-toi Jeannot! Les macaronis sont mûrs, il faut aller les ramasser!" Alors, me dit-il, "moi je croyais que ça poussait dans les champs, jusqu'au jour où j'ai vu mon père en faire lui-même à la maison." 

Mon grand-père a pu voir le village natal de son papa, Dogna, en Italie, en 2006. Nous l'y avons conduit en famille, ce fut un moment très émouvant, quand il a retrouvé son cousin Luigi pour la deuxième fois de leur vie seulement (à 80 ans) et revu son ami Tranquillo (Luigi était venu voir la famille une fois en France et Tranquillo a travaillé en France puis est rentré en Italie)

 

Dogna

Dogna est un minuscule village des Alpes italiennes, situé au nord du Frioul, à la frontière avec l'Autriche. Mon arrière grand-père avait toujours promis à ses enfants qu'un jour il leur montrerait son village et puis il est mort trop jeune, il n'a pas eu le temps de le faire. 60 ans plus tard, ce fut fait!

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Mes filles (il y a 11 ans!) dans le triporteur de Luigi.

Dans le roman graphique MACARONI!, l'Italie est évoquée par touches, avec délicatesse, tout comme la relation entre le grand-père et son petit-fils. Et malgré une histoire lourde et parfois triste, il s'en dégage un message très positif.

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Donc vous l'aurez compris, c'est un gros coup de coeur pour moi!

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01 juin 2017

Home-made vintage - Christina Strutt of Cabbages & Roses

Home-Made vintage

  • Titre : Home-Made vintage - over 40 quick and easy sewing projects
  • Auteur : Christina Strutt (Cabbagges & Roses)
  • Photographe : Lucinda Symons
  • Editions : Ryland Peters and CICO Books
  • Date de parution : 11 juillet 2013
  • Nombre de pages : 144

Quatrième de couverture

From the creative talent of Cabbages & Roses, the vintage-style fabric company, Home-made Vintage presents over 40 easy-to-sew projects that will transform your home into a pure and pretty tableau of handcrafted detail. From pillows to aprons, duvet covers to lampshades, Home-made Vintage is the ultimate guide to creating an inviting, charming home - and all with your own two hands.

Mes impressions

Une fois n'est pas coutume, un livre de couture pour changer!

Ce joli livre en anglais, acheté ici à Berlin l'année dernière, j'aime beaucoup le feuilleter. Les modèles sont assez simples à réaliser (même si je n'en ai réalisé qu'un seul pour le moment!)

Un livre que je trouve inspirant, et qui me donne envie de sortir la machine à coudre dès que je l'ouvre! Les explications sont claires et accompagnées de schémas qui aident bien! (parce que quand même, parfois, ça se complique!)

Par exemple ici le "bucket bag" réversible

 

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Voici le sac terminé, avec le petit carnet assorti! Pour plus d'images (et un lien pour réaliser le protège cahier), vous pouvez aller voir l'article sur mon blog La maison de Cécile.

2017-03-16 - Couture1

 

 


26 mai 2017

Sauveur & fils saison 2 - Marie-Aude Murail

Sauveur & fils - saison2

  • Titre : Sauveur & fils (saison 2)
  • Auteur : Marie-Aude Murail
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 9 novembre 2016
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-211-23086-5

L'auteur

Marie-Aude Murail, née le 6 mai 1954 au Havre, est une auteure française. 

Marie-Aude Murail

(Clic sur la photo pour accéder au site de Marie-Aude Murail)

 

Quatrième de couverture

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg.

Côté jardin, il mène sa vie privée avec Lazare, son fils de 9 ans, et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise Rocheteau et ses deux enfants. 

Côté ville, Sauveur reçoit ses patients.

Parmi eux : Ella Kuypens, 13 ans, qui se travestit en garçon et chante Sans contrefaçon, de Mylène Farmer, devant son miroir; Blandine Carré, 12 ans, qui se shoote aux bonbons Haribo et fait un tabac sur YouTube avec ses vidéos de poupées Pullip; Gabin Poupard, 17 ans, qui est Elfe de la nuit dans World of Warcraft et qui squatte le grenier de son psy dans le civil; Samuel Cahen, 16 ans, qui ne se lave plus mais s'étonne de collectionner les râteaux avec les filles, ou encore Alex et Charlie qui, comme leurs prénoms ne l'indiquent pas, sont deux jeunes femmes souhaitant avoir ensemble un bébé...

Décidément, les humains sont de drôles de gens.

Mes impressions

Dans la saison 2 de Sauveur&fils, j'ai beaucoup aimé l'installation d'une certaine forme de tendresse, d'humanité.

Une grande place est donnée à l'entraide. C'était déjà le cas dans le premier, mais là, l'accent est mis sur la bonté humaine et la bienveillance l'emporte sur le "qu'en dira-t-on", "mais tout de même ça ne se fait pas", "j'aimerais bien mais ça ne va pas être possible" et toutes ces phrases et idées reçues qui empêchent en permanence de tout simplement s'aider entre êtres humains. L'auteur ici nous entraine dans une symphonie de bienveillance, et que c'est bon! (joli clin d'oeil à la page 120, à la chanson "Prendre un enfant par la main", d'Yves Duteil, que j'adore!)

L'histoire est parsemée à nouveau de références littéraires...

p.11 "Il tenait en main un vieux livre relié de la collection Rouge et Or. François le Champi de George Sand."

p.86 "- C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent! La sombre nuit les prend à la gorge..."

         - C'est quoi ça ? l'interrompit Pénélope, de ce ton outré qu'elle aimait prendre avec lui.

         - Crépuscule du soir de Baudelaire. C'est normal d'avoir le bourdon à 19 heures."

p.215 "- Ce sont des histoires, ce n'est pas ma vie.

           - "La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas", dit Sauveur, citant Pessoa."

...

Et de références à la vie quotidienne des ados (chaînes youtube beauté, excellente observation, on s'y croirait!)

p.65 "- Bonjour tout le monde, bienvenue sur mon vlog, alors, aujourd'hui, je vous parle d'un truc qui vous empoisonne la vie à toutes...et à tous parce que c'est aussi pour les garçons, fit une jeune fille sur l'écran. Je veux parler...heu...des boutons. Là, bon, moi, heu, ça va, parce que je me soigne et j'ai mis du fond de teint. Mais il faut que vous sachiez que j'ai vraiment, mais alors vraiment, connu la galère avec l'acné."

p.126 "Mais elle avait un autre problème, cette fois dans sa propre classe de 4e A. C'était un problème à lunettes et appareil dentaire, qui s'appelait Jimmy. Du fait qu'elle l'avait accepté comme ami sur Facebook, il lui envoyait un tas de messages sur son mur, toujours à propos de Call of Duty, du type jaten tro black ops 3, sa sor le 6 nov. Elle l'aurait bien supprimé de ses contacts, mais elle avait peur de sa réaction. Le matin, quand il s'approchait d'elle et lui faisait la bise comme s'ils étaient VRAIMENT amis, elle s'arrêtait de respirer."

...

J'ai trouvé croustillant le portrait qui est fait de la maîtresse et tous ses vains efforts pour tenter de s'adapter à ses élèves, à la réalité de son quotidien, aux directives qui lui sont données et enfin aux "modes" pédagogiques en vogue...la pauvre s'essoufle, c'est à la fois amusant et pathétique car c'est la réalité dans bien des cas!

p.95 "La veille au soir, elle avait eu une nouvelle révélation pédagogique en parcourant un article dans Le Monde de l'éducation : "L'école n'est pas faite pour les garçons." 80 % des punitions à l'école étaient données aux garçons, disait une sociologue. Madame Dumayet, faisant son examen de conscience, avait dû admettre qu'elle grondait la plupart du temps les garçons de sa classe. Le petit Paul Rocheteau, par exemple, avait déjà eu deux mots en rouge dans son carnet de liaison depuis le début de cette année. Madame Dumayet avait donc décidé de mettre en place une pédagogie positive à l'égard des garçons, en récompensant leurs efforts plutôt qu'en punissant leurs bêtises. D'où, ce lundi matin, une large distribution de coloriages Cars, dont Paul et Lazare avaient été les premiers bénéficiaires."

J'ai beaucoup aimé le parallèle qui est fait entre les hamsters et les humains, Marie-Aude Murail s'en amuse malicieusement et cela m'a beaucoup plu! L'on s'offusque du comportement de certains, qui est tout à fait comparable à celui des humains! Ainsi l'on se retrouve avec des relations familiales emberlificotées, des enfants dont on ne sait plus trop si le père est aussi le frère ou bien l'oncle (bon...là je grossis peut-être un peu le trait...mais on n'est pas loin!)...bref, j'ai aimé la façon dont l'auteur nous entraîne dans ces considérations. Toujours beaucoup d'humour, c'est ce qui peut sauver dans pas mal de situations, et c'est tellement bon de rire.

p.39 "- (...) Il m'a acheté un nouveau téléphone, fit Blandine, cynique. C'est pas le mec plus ultra, comme dit notre prof de latin, mais c'est pas le moins cher.

Sauveur se mordilla l'intérieur des joues pour s'empêcher de rire."

p.110-111 "- A chaque jour suffit sa peine. Alors, qui sait ce que ça veut dire?

                - C'est Ness... c'est Ness, bégaya le petit Jeannot.

                - C'est Nes...Nestor? chercha à deviner la maîtresse.

                - C'est Nessbeal! s'écria Jeannot, brusquement survolté.

Il se leva d'un bond et, se contorsionnant façon rappeur, le pouce et l'index de chaque main figurant un revolver, il se mit à scander sans le moindre bégaiement : 

                 - "Papa tape maman, mon cartable, ma tristesse

                  Mon lit superposé, mes petits frères ma jeunesse

                  A chaque jour suffit sa peine, à chaque jour..."

Jeannot avait un grand frère un peu caillera.

                 - Assieds-toi Jeannot, assieds-toi! dit la maîtresse sur un ton de gronderie tandis que toute la classe se tordait de rire."

Tout cela apporte un bel équilibre à l'histoire qui tout de même est parsemée de parcours difficiles. Pour certains personnages les choses ne s'arrangent pas, leur situation se complique, se dégrade, la détresse est palpable, et je vais très vite me plonger dans la suite pour savoir ce qu'ils vont devenir.

Pour conclure, encore un livre de Marie-Aude Murail qui se lit avec plaisir, une histoire dans laquelle elle a su parler se sujets graves (voire gravissimes) sans tabou, avec toujours un message d'espoir et beaucoup d'humour, bravo! Et merci!

*****

p. 118-119 "- Vous avez entendu parler de Steve Jobs? lui demanda Sauveur. 

                  - Ca me dit quelque chose. C'est un acteur, non?

                  - C'était le PDG d'Apple. Il a expliqué dans une interview à un journaliste du New York Times qu'il n'autorisait ses enfants qu'à trente minutes d'ordinateur par jour, et rien du tout le week-end. Et un des fondateurs de Twitter, Evan Williams, interdit les tablettes à ses enfants et les encourage à lire des livres, pas des livres numériques, des livres imprimés. Et surtout, dit-il, JAMAIS d'écran dans une chambre à coucher!

Madame Dumayet marmonna :

                  - Ah oui? Ah tout de même...

                  - Continuez de faire colorier, dessiner, chanter. Prévoyez des exercices de respiration, faites la lecture à vois haute, envoyez vos élèves dans votre coin bibliothèque lire vos vieux Kididoc sur les pirates. Ne vous souciez pas d'être à la mode, Christine, vous êtes dans le vrai."

Merci également aux éditions l'Ecole des Loisirs pour cette belle lecture!

 

Lecture associée : 

Sauveur&fils saison 1

23 mai 2017

Quelqu'un qu'on aime - Séverine Vidal

Quelqu'un qu'on aime

  • Titre : Quelqu'un qu'on aime
  • Auteur : Séverine Vidal
  • Editions : Sarbacane
  • Date de parution : 26 août 2015
  • Nombre de pages : 288
  • ISBN : 978-2-84865-817-9

L'auteur

 Séverine Vidal, née en 1969, est une auteure française. Après avoir été professeur des écoles, elle se consacre à l'écriture à temps plein depuis la rentrée 2011. Elle écrit des romans pour adolescents, des albums, des BD ou des séries.

Séverine Vidal

 (Clic sur la photo pour accéder au blog de Séverine Vidal)

Quatrième de couverture

"Matt craignait le pire. Il sent sur son cou la main de son grand-père, qui prend la parole :

- Je perds la mémoire. Et ce jeune homme, assis là, il m'emmène en tournée à travers les USA pour réveiller les souvenirs enfouis. C'est pas beau, ça?

Antonia et Luke hochent la tête, ensemble, parce qu'ils sont émus, Matt le voit dans le rétro.

Gary relâche son étreinte et : 

- Qui pourrait rêver meilleur petit-fils, hein?

Matt craignait le pire et ce n'est pas ce qui est arrivé. C'est même tout le contraire."

Mes impressions

Je viens de refermer ce livre, cette jolie histoire, les yeux humides. Qu'est-ce que j'ai aimé voyager avec Gary, "Old Gary" comme l'appelle son petit-fils Matt, et puis Antonia, trentenaire un peu perdue au moment de leur rencontre, et aussi Luke, qui vient de fuguer de chez lui, pour des raisons que l'on ignore pendant toute la première partie du livre. S'ajoute à ce quartet "infernal" la petite Amber, fille "toute neuve" de Matt, que sa mère vient de lui confier pour quelques semaines, juste après lui avoir annoncé qu'il était papa depuis 18 mois.

Ce road trip qui dure deux semaines se partage en trois parties, "Texas chaos", "L'hiver derrière nous" et "Bien vivants", entourées d'un interlude et d'un épilogue. Une belle originalité, au tout début du livre, une "Bande-son"!

 

Bande-son Quelqu'un qu'on aime

Avec ce roman, l'auteure nous invite au voyage au sens propre comme au sens figuré. Cette expédition atypique nous mène de San Antonio au Texas à Reno dans le Nevada, en passant par le Nouveau Mexique, l'Arizona et la Californie.

Ayant appris que son grand-père, auquel il est très attaché, était atteint de la maladie d'Alzheimer, Matt décide de partir avec lui sur les traces d'une tournée du crooner Pat Boone, qu'il a suivie avec des amis quand il était jeune en 1958. Cela afin de faire ressurgir les souvenirs enfouis. Alors oui, les souvenirs vont revenir (pas toujours!) mais une chose est certaine, les souvenirs, ils vont s'en fabriquer, et des beaux!

Séverine Vidal a un vrai don pour amener les descriptions des ambiances, des personnages, des paysages. On a par moments l'impression d'être nous-mêmes assis à l'arrière du van, et de faire partie du voyage. Tout nous est présenté en douceur, on entre dans la vie des personnages l'air de rien, comme si on passait juste là et qu'on s'asseyait pour écouter leur histoire.

p.27 Il jette les photos par terre, d'un geste violent, balaie les papiers posés sur la table, qui retombent doucement, comme s'ils ne voulaient pas l'énerver plus."

p.44 " D'un coup de poing, il avait fait exploser la vitre de la porte en mille morceaux. Qui, en retombant, avaient produit exactement le bruit de l'amour qui meurt."

Aussi, lorsqu'ils longent la côte entre San Diego et Monterey, par la Highway one, la "plus belle route du monde" : 

p.112 "Du coup, Matt s'arrête tous les quarts d'heure, et tous les quarts d'heure la même scène se répète : il se gare, Gary sort en premier, puis Antonia et Luke les rejoignent, on prend des photos, avec Amber si elle ne dort pas.

A ce stade, les adjectifs ne servent plus à rien ; Antonia a bien tenté fantastique, Gary a recasé son époustouflant, Matt a sobrement trouvé ça extraordinaire...et finalement, depuis quelques arrêts, ils se contentent de regarder en silence." 

Beaucoup de tendresse, d'émotions, de l'amitié, de la bienveillance, de l'entraide. Le tout bien assaisonné d'humour, et quel humour! Tout lâcher pour mieux se créer des souvenirs. Un voyage pour mieux se lier, pour mieux se dire au revoir. Une belle histoire.

J'ai beaucoup aimé la grande justesse mais aussi la pudeur avec laquelle Séverine Vidal nous dit la maladie d'Alzheimer qui tue Gary à petit feu. 

J'ai aimé aussi les petits messages que Gary sème au vent, des pages arrachées de son carnet (un carnet fait au départ pour noter tout ce qu'il a peur d'oublier, mais dans lequel il notera un peu plus que ça...). Très beau symbole qui lie à la fois sa vie passée et son ancrage encore solide dans sa vie actuelle. 

 Petit clin d'oeil? Lorsqu'ils ont trouvé un B&B à Pacifica au sud de San Francisco : 

p. 131 "...époustouflant, pense-t-elle en souriant. 

A ce moment précis, la propriétaire de la petite maison bleue perchée sur les rochers surgit, lui apportant le thé qu'elle a commandé."

 

Une lecture qui fait du bien, donne envie de voyager, et d'appeler son grand-père!

*****

 

12 mai 2017

Tim et le Sans-Nom - Nancy Guilbert

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  • Titre : Tim et le Sans-Nom
  • Auteur : Nancy Guilbert
  • Illustrateur : Grégoire Vallancien (avec et d'après les oeuvres de Paul Klee)
  • Editions : Léon art & stories
  • Date de parution : 28 mars 2015
  • Nombre de pages : 32 (non paginé)
  • ISBN : 979-10-92232-20-2

L'auteur

Nancy guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Nancy Guilbert)

Présentation de la collection

Je découvre avec ce titre la très jolie collection "Art-Fiction" des éditions Léon art & stories, et je suis conquise.

Dans cette collection, les auteurs invitent les jeunes lecteurs (7-10 ans) à les suivre à la découverte d'un artiste. Une histoire est imaginée à partir de plusieurs oeuvres de l'artiste, et Léon le petit dragon nous accompagne aussi pour nous donner quelques indices de temps à autre. L'histoire est également racontée avec les dessins d'un illustrateur, inspirés eux aussi des oeuvres de l'artiste.

                                                  IMG_0727    IMG_0727

A la fin de l'album sont reproduites toutes les oeuvres qui ont servi l'histoire, accompagnées des informations importantes les concernant (titre, date, taille, matières, endroit où elles se trouvent)

Senecio, Paul Klee

Pour finir, une double page documentaire est présentée par Léon le dragon, dans laquelle on apprend un tas de choses sur l'artiste, sa vie, ses oeuvres, et ce qui a inspiré l'auteur pour raconter l'histoire.

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Des albums très complets, porteurs de messages importants (ici la dangerosité de la rumeur, la tolérance face à la différence) qui permettent aux enfants de découvrir l'art et les artistes autrement, et de façon très efficace.  J'adore!

Quatrième de couverture

Tim habite un village où la grisaille et le brouillard ont remplacé les couleurs, depuis qu'un sort a été jeté par le Sans-Nom. Il s'agit d'un étranger que les villageois ont rejeté : la rumeur fait de lui un monstre. Tim décide de l'affronter.

Qui est réellement le Sans-Nom? 

Mes impressions

 Comme je l'ai expliqué plus haut, ici, Nancy Guilbert a imaginé une histoire à partir de différents tableaux de Paul Klee, et le personnage principal de cette histoire, qui se prénomme Tim, est directement inspiré du tableau "Senecio".

Dans le village de Tim, tout est triste. Et les habitants accusent unanimement le "Sans-Nom", un étranger venu s'installer il y a quelques années, d'être à l'origine de tous leurs maux. Mais voilà. C'est sans compter sur la curiosité, la spontanéité et le courage de Tim, qui s'aventure chez cet étranger qui tout de même lui fait peur. Et si cet étranger n'était pas si méchant?

Une très belle histoire, qui fait réfléchir et pousse les enfants (et les adultes!) à se poser les bonnes questions.

Je trouve cet album très réussi, Nancy Guilbert est parvenue à un très bel équilibre dans son inspiration entre la vie de l'artiste, ses tableaux et le message de tolérance et de bienveillance qu'elle souhaitait faire passer.

Je suis vraiment séduite par cet album d'une richesse extraordinaire, un très bel "outil de travail" en classe, mais aussi une très belle idée de cadeau!

*****

 Pour compléter cette lecture, sur les mêmes thèmes de la tolérance et de la bienveillance, j'avais envie de vous parler d'un petit livret édité pour les enfants, que j'ai trouvé à la librairie du KaDeWe à Berlin en septembre dernier.

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"Quand les gens s'enfuient

Les raisons, les faits et les expériences"

Il s'agit d'un petit livre de 32 pages, dans lequel il est expliqué pourquoi les hommes, les femmes et les enfants doivent parfois fuir leurs pays.

Y sont détaillées les différentes raisons de fuir son pays (la guerre en Syrie par exemple), puis l'expérience d'Abean, un réfugié de 16 ans est racontée : 

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Le voyage d'Abean : 37 jours de peur

Abean a 16 ans. Il est arrivé à Frankfurt am Main en septembre 2015 avec ses parents, un frère de 13 ans et sa grande soeur de 23 ans. Son autre frère a 25 ans et vit en Jordanie.

J'ai grandi à Daraa au sud de la Syrie. Notre famille avait là-bas une grande maison, avec des citronniers dans le patio...

Tout au long de ce petit livret, des explications sont fournies (9 raisons pour lesquelles les gens fuient leurs pays, les enfants en fuite - les adultes doivent protéger les enfants - Pourquoi le chemin vers l'Europe est-il semé d'embûches? Comment les réfugiés viennent-ils en Europe? Pourquoi les gens se disputent-ils au sujet des réfugiés?)

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Une carte montre les trajets suivis par les deux réfugiés dont il a été question (Albean et Ronya) mais aussi les autres flux migratoires convergeant vers l'Europe.

Ensuite des détails sont expliqués sur l'aspect concret d'un départ (payer pour se faire aider, besoin de smartphones pour s'orienter...) et enfin l'arrivée en Allemagne est également détaillée : 

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Etape1 : contrôles
Etape 2 : un lit et un repas (des vêtements, la visite chez un médecin si nécessaire)
Etape 3 : déménagement (ou plutôt ici installation)
Etape 4 : retour à l'école

En Allemagne, chaque école a eu pour obligation d'ouvrir une classe d'accueil. Ainsi, les enfants arrivés ces deux dernières années sur le sol allemand sont tous scolarisés, au même titre que les enfants allemands, et sur les mêmes lieux. Rien de tel pour s'intégrer et être accepté.

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Puis pour finir, à la dernière page, de petits conseils : Que peux-tu faire?

*

*

Chacun de nous est étranger quelque part

Essaie juste une fois de te mettre à la place de ces enfants : pour eux, l'étranger c'est toi. Et ils manquent certainement de confiance en eux parcequ'ils ne comprennent pas un mot de la langue qu'ils entendent. Peut-être as-tu eu la même impression lors de vacances à l'étranger?

Une bonne idée : Traite toujours les autres comme tu aimerais que l'on te traite toi-même.

J'avais beaucoup aimé ce petit livret quand je l'ai découvert, et j'y ai tout de suite repensé en lisant l'album de Nancy Guilbert.

 

03 mai 2017

Paul Bedel - Testament d'un paysan en voie de disparition - Catherine Ecole-Boivin

Paul Bedel - Testament d'un paysan en voie de disparition

  • Titre : Testament d'un paysan en voie de disparition
  • Auteur : Catherine Ecole-Boivin et Paul Bedel
  • Editions : J'ai Lu
  • Date de parution : janvier 2012 (première édition, Presses de la Renaissance, 2009)
  • Nombre de pages : 217
  • ISBN : 978-2-290-03317-3

L'auteur

Catherine Ecole-Boivin, née le 19 août 1966 à Chebourg, est une biographe et romancière française.

Catherine Ecole Boivin

(Clic sur la photo pour accéder au site de Catherine Ecole-Boivin)

Quatrième de couverture

Paul Bedel, paysan de la pointe de la Hague, est resté par choix à la traîne du progrès. Prônant une existence réglée par la nature, il se fait le héraut d'un monde voué à disparaître. Et s'il vous présentait ses vaches, vous révélait les coins où pêcher le homard, ou vous parlait tout simplement de ses coups de gueule et de ses coups de vie?

A 82 ans, il nous offre un "testament", drôle et riche d'enseignements : le récit d'un homme bon, qui se lit comme on boirait une tasse de café accompagnée de petit-beurre, sur une table en bois patinée par les ans. 

Aujourd'hui, Paul Bedel est invité à des dizaines de conférences et a accueilli plus de 7 000 visiteurs chez lui.

Mes impressions

Ce livre, je ne l'ai pas acheté par hasard. Il y a quelques années, en 2009, alors que nous vivions à Bonn, ma maman (originaire du Cotentin) m'appelle et me dit : "il faut absolument que tu regardes un documentaire, j'ai acheté le dvd, je te l'envoie, tu vas adorer!"

Ma maman me connaît bien. Je reçois le dvd en question, qui s'intitule "Paul dans sa vie" (Ce documentaire a été tourné en 2006 par Rémi Mauger, si vous ne l'avez pas vu, foncez, vous allez vous régaler!)

Un soir, alors que tout le monde est couché, je le visionne, jusque tard dans la nuit. Et je termine en larmes. Pas des larmes de chagrin, des larmes d'émotion, tellement la vie de Paul me parle, tellement j'aime sa simplicité jamais naïve. Je suis émue, touchée. Ce Paul, je l'aime déjà de tout mon coeur. C'est un grand monsieur. Et l'aventure ne fait que commencer! 

Bien sûr, je suis sensible au fait qu'il habite dans le Cotentin, une région qui m'est très chère, dans laquelle j'ai la moitié de mes racines (mes deux grands-parents maternels) Mais il n'y a pas que ça. Le temps passe, nous rentrons en France en août 2010, je reprends le travail (j'ai alors une classe de CE2, CM1, CM2 dans l'école de mon village de campagne). J'ai souvent une pensée pour Paul. 

En août 2012, nous passons nos vacances dans la Manche, et au hasard d'une balade, je "tombe" sur une librairie (mais vraiment par hasard! ;-) ) et bien sûr, j'entre. Et je commence à regarder tous les livres, et là je tombe en arrêt sur une couverture, c'est une photo de Paul! Je n'en reviens pas! Comme vous l'imaginez, je ressors avec le livre, que je commence à dévorer le soir même. La librairie, c'était la librairie "La Chaloupe" à Saint-Vaast-la-Hougue

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ce livre, c'était "Testament d'un paysan en voie de disparition" de Catherine Ecole-Boivin.

Je me suis alors plongée dans cette lecture avec délectation, et aujourd'hui encore je m'en régale. 

Il se compose de 52 petits chapitres (de 3 à 5 pages) dans lesquels Paul livre ses impressions, ses souvenirs, mais aussi ses réflexions sur le monde actuel, sur les gens, sur la vie...avec toute l'expérience et la sagesse qui l'ont façonné. 

Ainsi les premiers s'intitulent "Le temps", "Aimer", "L'horloge", "L'heure des Boches", "L'échange des mers"...ce que j'aime dans ce récit, c'est que l'on peut passer des larmes au rire, c'est un livre de VIE. Voilà comment Paul, avec humour et lucidité se présente : 

p.13  "J'suis un paysan sans histoire, un matériel d'avant-guerre, né le 15 mars 1930 "à la ferme", dans une petite commune de la Hague, au bout de la terre d'Auderville."

 Paul est "vieux garçon", il vit avec ses deux soeurs Françoise et Marie-Jeanne qui elles non plus ne se sont pas mariées, sous le toit qui les a vus naître. Ils ont tous les trois travaillé la terre, élevé leurs quelques vaches (qu'ils trayaient à la main) et vendu leur beurre. Jacques Prévert, qui habitait près de chez eux, venait régulièrement leur acheter du beurre!

p.19  "J'avais promis au père. Je lui avais fait une promesse, celle de marcher dans ses pas et de reprendre ses mains pour protéger sa terre."

p.20  "Le continuel boulot de la ferme m'a empêché de penser, de ressasser. Quand tu travailles du corps tu ne travailles pas du chapeau."

p.21  "Notre horloge "Marchand d'Equeurdreville", poids en fonte bien lourds, est née avant moi, j'ai pas connu sa naissance mais elle a accompagné la mienne. La matrone du village, l'accoucheuse, a regardé ses aiguilles au moment où je suis venu au monde, dans la maison où je vis encore."

p.131 "Jacques Prévert passait ici pour certains de nous autres pour un "drôle" et venait parfois seul, il fumait sans s'arrêter, et ne se rasait pas toujours. Il marchait doucement et rêvait, la tête de l'autre côté d'ici. Mes soeurs l'appréciaient particulièrement car il parlait peu et ne négociait pas les prix. On racontait le soir au souper : 

- Prévert est venu!

Et pour nous, pauvres bougres, Paris et "les gens qui pensent" nous avaient rendu visite d'un seul coup d'un seul."

Paul a vécu de ses récoltes mais aussi de sa pêche à pied (il ne sait pas nager). D'un homard qu'il avait attrapé, sa plus belle prise, et qu'il a immortalisé en tableau en remplissant sa carcasse de plâtre après l'avoir mangé, il dit : 

p.45  "Comme j'ai toujours l'impression d'être un pauvre con, d'être inférieur par rapport aux animaux et aux gens, j'ai écrit P.B. en dessous, comme Pauvre Bête, comme les initiales de Paul Bedel, disons qu'on ne vaut pas mieux l'un que l'autre."

 

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Le Nez de Jobourg, pas très loin de chez Paul, photo prise en 2004

 

Il est sacristain de la petite église de son village.

p.59  "Cette spiritualité me semble importante. Attention, j'oblige personne. J'ai de la chance, voilà. Je vis avec et pas à côté. Ca fait peur, le mot de Dieu, tu as des gens qui se disent tolérants, quand tu leur parles d'agriculture, ça va, par contre si tu racontes comment la graine meurt en terre pour germer puis pousser de nouveau, alors ça va plus. Mourir pour revivre."

Il y a tellement d'autres passages que j'aimerais vous citer! Au fil de son témoignage, Paul nous livre ses petits secrets, ses "trucs", comme par exemple les différentes méthodes de conservation des fruits ou des légumes, et ce, toujours avec cet humour qui le caractérise.

p.83  "Tu l'as compris, je conserve mes légumes et mes fruits comme je conserve le bonhomme : pas d'emballage superflu, pas de vêtements en grande quantité. Bien se nourrir, bien dormir, se protéger des mauvais vents, de l'humidité, rester actif, des méninges et des muscles, sans trop de produits toxiques! Sans pourrir."

Il a aussi ce don de savoir se livrer sur des sujets plus intimes, mais avec beaucoup de pudeur, de retenue, ce qui donne encore plus de force à ses propos. Paul est un poète sans le savoir. C'est ce qui me touche chez lui. 

p.85  "Rares sont les outils que j'utilise qui ne me viennent pas de mon père ; quand ma houe n'a plus eu de manche, j'en ai façonné un nouveau. Les vêtements de mon père ont été gardés également, je ne sais pas pour ceux de ma mère. J'ouvrirais l'armoire, ses cotillons sont certainement à la même place. Mais ça, c'est l'affaire des filles. Jamais je n'irais vérifier."

Sur l'agriculture, il a des idées bien précises, c'est normal, c'est sa vie : 

p.88  "Les farines de poisson sont introduites en douce dans la nourriture des vaches, tu ne verrais pas des vaches d'elles-mêmes en train de brouter des carcasses. Elles dégustent et nous, les humains, on va déguster!"

p.105  "Et je n'ai jamais eu de machine à traire, ou plutôt si, j'en ai deux : mes soeurs!"

p.125  "Nos vaches étaient normandes, caillies de rouge (tachetées de roux), elles mangeaient des fleurs, c'est pour ça qu'elles étaient jolies, bonnes pour le lait ou la viande. Sept cents à huit cents kilos d'intelligence. Elles portaient des lunettes, des grandes taches marron autour des yeux, des lunettes de soleil."

A ce moment-là, j'ai également découvert que Catherine Ecole-Boivin avait écrit un livre pour les enfants, "Le tracteur de Paul" (dont je parlerai une autre fois). J'ai acheté ce livre, puis contacté Catherine, qui a été adorable et nous a permis d'entrer en contact avec Paul, mais aussi avec une autre classe de Normandie qui avait également travaillé sur le livre "Le tracteur de Paul"

Nous avons donc pu lors de cette année scolaire 2012-2013 correspondre avec Paul Bedel, les enfants lui ont écrit, il leur a répondu, nous avons réalisé plusieurs projets sur le tracteur, les livres, les vaches de Paul, ce fut une année très riche, dont les enfants je pense ont gardé un merveilleux souvenir. Ils étaient tous très attachés à Paul. Il était un peu devenu le grand-père de toute la classe.

p.142 "Pour les lettres, toutes aussi gentilles et profondes les unes que les autres, je ne peux y répondre. Il me faudrait beaucoup de timbres! Avec 750 euros de retraite je fais attention. Et ensuite j'écris très lentement.

Mais je lis vraiment chacune d'entre elles, je prends un temps chaque matin pour ça. Ces lettres sont pour moi un plaisir nouveau, une ouverture sur les autres, sur d'autres histoires, de tous métiers et de tous bords, des croyants, des incroyants."

p. 150 "Je commence par celles aux écritures d'enfants, les petiots quand ils m'écrivent, ça m'émeut toujours autant. Ca me fait frissonner, la larme à l'oeil, pour de vrai. La terre, j'en suis certain, sera bien gardée par des gamins comme eux. Certains sont à l'hôpital alors à ceux-là j'envoie une petite carte de mon village avec un mot d'encouragement."

Il a aussi pour habitude de tenir un journal, dans des petits carnets de "récupération" : 

p.157 "Si je relis deux années de suite de ma vie, je me rends compte que j'ai bricolé le 12 janvier deux années de suite! Et qu'il y a eu deux grosses tempêtes le même jour à une année d'intervalle. J'aime à relire mes carnets et à analyser ce qu'ils me révèlent d'année en année."

Depuis quelques temps, Paul et ses soeurs reçoivent beaucoup de visites et se font un devoir d'accueillir comme il se doit chaque visiteur!

p.146 "Avec tout ça, les soeurs et moi on arrête plus, y en a une qui met les verres, l'autre qui chauffe le café et moi je tiens la bavasse. Dans tous les cas c'est moi qui débarrasse la table et ferai la vaisselle. On est en RTO chez les Bedel, en Retraite Très Occupée."

Ce livre, "Testament d'un paysan en voie de disparition", est une bouffée d'air, invite à la réflexion, fait parfois bien rire, je ne m'en sépare plus! Alors si vous ne connaissez pas encore Paul, je vous invite à le découvrir très vite! 

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Je vous laisse car je viens justement de recevoir de ses nouvelles! 

Paul Bedel - Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs

"Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs" sort demain, le 4 mai, chez Albin Michel! 

Je vous en reparle très vite!

29 avril 2017

Une ombre chacun - Carole Llewellyn

Une ombre chacun - Carole Llewellyn

  • Titre : Une ombre chacun
  • Auteur : Carole Llewellyn
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 13 avril 2017
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2-7144-7610-4

L'auteur

Carole Llewellyn, née en 1983, est comédienne et auteur. Elle a étudié la littérature américaine et l'art dramatique entre la France et les Etats-Unis. Depuis l'obtention de son doctorat en 2010, elle vit à Paris. Une ombre chacun est son premier roman.

Carole Llewellyn

(Clic sur la photo pour accéder au site de Carole Llewellyn)

Quatrième de couverture

Rescapée d'un enlèvement quand elle était enfant, Clara, 30 ans, mène désormais à Paris une vie confortable avec son mari, Charles. Pourtant, lorsqu'il lui demande un enfant, elle décide de partir sans laisser de trace. 
Homme d'affaires occupé, Charles loue les services de Seven Smith, un ancien Marine, afin de retrouver son épouse. Pour le soldat américain, que la fin de la guerre a laissé sans but, la quête de cette femme disparue est une occasion inespérée d'exister à nouveau. 
À travers l'Europe, Clara et Seven vont partir à la recherche de vérités sur eux-mêmes qui altéreront pour toujours le sens de leurs vies. 

Mes impressions

Ce roman est une quête, une fuite en avant, un voyage parallèle que font les deux personnages principaux, à travers l'Europe du sud. Qu'ont-ils à s'offrir l'un à l'autre? Va-t-il finir par la retrouver? L'écriture de Carole Llewellyn est percutante. On y retrouve tous les éléments d'un thriller, j'ai été surprise à plusieurs reprises, j'ai aimé la progression très méthodique et "mentaliste" de Seven, j'ai aimé les descriptions des personnages, des milieux dans lesquels ils évoluent, et le caractère très déterminé de Clara, qui fuit un monde dans lequel elle ne se retrouve pas.

p.52 "Il était allé sur son compte Instagram et avait passé presque une heure à regarder toutes les photos. Des centaines, plus de mille photos de sa vie soigneusement mise en scène. Prions pour Charlie. Prions pour le Bataclan. Les Européens avaient eu un 11-Septembre qui n'avait pas de fin."

p.53 "Elle y portait un haut à fines bretelles, peut-être le corsage d'une robe dont le bas était invisible, de couleur crème et noir. Elle esquissait un sourire délicat, discret. Enigmatique Mona Lisa de plusieurs siècles vieillie qui avait fui son cadre sous vitre blindée de Paris. Il s'était demandé à l'intention de qui cette photo avait été prise, et avait imaginé pendant plusieurs jours tout un tas de scénarios palpitants qui fonctionnaient dans son imaginaire en accord avec ce qu'une femme française devait être."

A mon sens, ce roman offre plusieurs niveaux de lecture : le roman policier, certes, ce qui en fait un "page turner", mais aussi le conte initiatique, et puis, plusieurs jours après la fin, les personnages me hantent encore, et là apparaît un troisième niveau, plus psychologique, symbolique. Enfin, l'histoire est parsemée de références littéraires (je ne les ai certainement pas toutes vues!) qui à elles seules invitent aussi à la réflexion.

Lorsque j'ai lu le livre, je ne savais pas que Carole Llewellyn avait étudié Cormac McCarthy, dont je n'ai lu qu'une oeuvre d'ailleurs, "La route", et je me suis justement fait la réflexion que par moments je ressentais un certain malaise (voulu je pense par l'auteure), comme dans "La route" justement. Un malaise d'être le témoin d'une quête sans objet véritable, concret, une fuite vers le néant. Un sentiment qui invite à la réflexion. Tout est à la fois simple et très complexe, humain, quoi. Les deux protagonistes ont vécu des traumatismes dans le passé, qui les ont façonnés tels qu'ils sont aujourd'hui, et il leur faut composer avec. 

Je ne peux pas en dire beaucoup plus sans dévoiler certains aspects de l'histoire qui, il me semble, doivent être découverts au moment-même de la lecture.

J'ai beaucoup aimé l'humour distillé dans le roman, ainsi que les situations cocasses dues au décalage entre les cultures française et américaine, puis les références à la littérature anglophone. Ainsi trouve-t-on beaucoup de parallèles, de "clins d'oeil", à Mrs Dalloway de Virginia Woolf, ne serait-ce que dans les noms des personnages, mais aussi des références à Faulkner.

p.119 "...il pensa à ce qu'il restait de sa famille, à son entourage, à son quotidien, à Sarare qui était probablement la personne la plus proche d'elle et il se dit qu'elle n'était pas partie au nord et il prit la biographie de Virginia Woolf qu'il voulait relire..."

p.151 "Il pensa à Quentin, à sa promenade dans les allées de Harvard, une montre cachée dans sa poche, douleur d'un héritage à porter, qui rappellerait à chaque battement l'imminence de sa mort." 

p.202 "Elle est très intelligente, c'est son plus grand défaut. Les gens intelligents se font du mal pour rien. Regardez Rimbaud. Mais Seven ne savait pas qui était Rimbaud, et quand il avait cherché sur Internet, il était tombé sur une ville en Afrique et il supposa qu'il n'avait pas bien compris et laissa tomber."

Ce que j'ai moins aimé, c'est le côté "obsédé sexuel" de Seven, je pense avoir compris ce que cela apportait au personnage (je ne peux en dire plus sans en dévoiler trop!), peut-être cet aspect de sa personnalité revient-il un peu trop souvent. Mais cela n'a pas pour autant altéré mon engouement pour ce roman, et j'attends avec impatience le prochain!

Merci aux Editions Belfond de m'avoir permis de découvrir cette histoire!

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p.144 "Vérifier Instagram, Facebook, e-mails, textos, WhatsApp. Nous étions tous drogués au flot constant de nouvelles extérieures, perspectives du monde made in BFM qui ne connaissait pas de silence. Il était tellement plus simple de s'émouvoir de quelque chose si loin et d'oublier que nous ignorions les gens près de nous."

p.231 "Elle marcha le long de la plage en contemplant le ciel qui embrasait la mer à mi-chemin entre le parcours de Dieu et la volonté des hommes."

p.232 "Le sable du côté des plages privées était doux et tendre et dès qu'on s'en éloignait, plus près de la mer, il devenait rocailleux, la marche était difficile. La césure entre les pauvres et les riches était finalement partout, autant rue de Sèvres que dans les rues sans nom de Naoussa. Cette eau gratuite donnée par Dieu aux hommes devenait la propriété de certains, comme les terres affinées, disputées avec amertume et sans grandeur par des hommes affamés."

Posté par Lamiedeslivres à 16:27 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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