La maison des livres

15 juillet 2019

Pour l'amour de Lauren - Karine Lebert

Pour l'amour de Lauren

  • Titre : Pour l'amour de Lauren
  • Auteur : Karine Lebert
  • Editions : Presses de la Cité
  • Date de parution : 17 janvier 2019
  • Nombre de pages : 416
  • ISBN : 978-2-258-16195-5

L'auteur

Née en Normandie, dans l'Orne, Karine Lebert a été biographe pendant quinze ans, puis journaliste à Paris Normandie. Elle a publié aux Presses de la Cité Ce que Fanny veut ..., Les Saisons du mensonge, Les demoiselles de Beaune et Les Amants de l'été 44, dont Pour l'amour de Lauren est une suite indépendante.

Karine Lebert

( Clic sur la photo pour accéder au site de Karine Lebert )

Quatrième de couverture

Au nom de la vérité, Gemma, New-Yorkaise, a fait voler en éclats son quotidien trépidant de femme d'affaires. Sous le charme de la Normandie, elle part depuis Honfleur sur les traces de son aïeule, Philippine, cinquante ans après, grâce à ceux qui l'ont connue.

Par amour, celle-ci a tout quitté, sa famille, sa Normandie. Pour Ethan, un beau GI rencontré à l'été 1944, Philippine a rejoint sa belle-famille en Louisiane. Passé le choc de la découverte du Nouveau Monde, le bonheur s'offrira-t-il à la jeune exilée, mariée enceinte, loin des traditions de son pays natal ?

Gemma veut savoir : quelle était la vie de Philippine, là-bas, à la Nouvelle-Orléans ? Pourquoi est-elle rentrée en France ? Seule ?...

Entre deux continents, deux époques, portraits croisés de deux femmes entières qui vivent à l'unisson. Pour l'amour d'une petite fille, Lauren...

Mes impressions

Dans cette seconde partie, après Les Amants de l'été 44, Karine Lebert nous dévoile la suite des aventures de Gemma en France, son enquête aux Etats-Unis, mais aussi l'histoire de Philippine et Ethan. Nous suivons ces deux personnages phares que sont Gemma et Philippine, petite-fille et grand-mère qui ne se sont jamais connues mais qui sont ici réunies, entre deux époques, entre deux continents.  La première partie, qui s'intitule Louisiane, raconte alternativement et en parallèle l'arrivée de Philippine aux Etats-Unis, son installation dans sa nouvelle famille en Louisiane, et l'enquête de sa petite-fille Gemma, sur ses traces, cinquante ans après. Dans la seconde partie, Normandie, c'est du périlleux retour de Philippine qu'il est question. Etait-elle avec sa fille Lauren sur le bateau qui l'a ramenée en France ? Que s'est-il passé après ? Gemma a encore des secrets à découvrir.

Encore une fois, comme à chaque lecture d'un roman de Karine Lebert, la magie a opéré. Cette auteure a un don pour amener de façon très habile la psychologie des personnages tout en accordant beaucoup d'importance à l'ambiance, à l'Histoire, le tout parsemé de jolies références culturelles. On y trouve aussi des allusions à la décoration, ce qui n'est pas pour me déplaire. 

J'ai beaucoup appris en lisant cette aventure entre deux continents, entre deux cultures. J'ai adoré me retrouver dans différentes régions de l'Amérique d'après guerre, mais aussi dans la Normandie de mes grands-parents (qui ont vécu le débarquement aux premières loges, puisqu'ils habitaient les Marais du Cotentin, près de Sainte-Mère-Eglise). 

Une très belle histoire, une petite-fille américaine, qui part à la rencontre de sa grand-mère française et découvre au fur et à mesure de son enquête les nombreux écueils auxquels elle a été confrontée, les drames qu'elle a dû affronter. Il est aussi question ici des secrets de famille et des conséquences qu'ils peuvent avoir des générations plus tard. 

Je ne peux que vous conseiler de lire ces deux opus sur les war brides, pour prendre du plaisir tout en apprenant !

Je profite de ce message pour remercier Karine pour sa délicate dédicace, ainsi que les éditions Presse de la Cité pour m'avoir donné l'opportunité de cette merveilleuse lecture.

*****

Coup de coeur 

p.46 " - Regarde, voici le complexe commercial Macy's. On y trouve de tout : les plus vastes librairie et pharmacie de la ville, des banques, des agences de voyages... Les rayons de Macy's sont les plus grands au monde."

***

p.107 (Gemma, La Nouvelle-Orléans, septembre 2000)

"Ses propres références à l'histoire de la Louisiane se révélaient tout aussi éparpillées, surtout cinéphiles : d'Autant en emporte le vent à Forrest Gump, en passant par Un tramway nommé Désir. Elle apprit qu'un Normand en avait pris possession au nom de la France en 1682. Il s'agissait de l'explorateur Cavelier de La Salle, né à Rouen, qui avait fait fortune dans le commerce de fourrures au Canada. "

***

p.170 (Philippine, La Nouvele-Orléans, décembre 1945 - octobre 1946) 

"J'ai la chance de pouvoir parler français avec ma belle-famille. Ma belle-mère m'a offert un roman qui connaît ici un immense succès : Gone with the Wind. Je suis bien incapable de le lire même si j'ai fait des progrès en anglais."

***

p.227 "- Veules-les-Roses est un charmant village.

            - Très. Savez-vous que coule ici le plus petit fleuve de France? Il ressemble plus à une rivière, parfois même à un ruisseau, mais il se jette bien dans la Manche. Veules est aussi un lieu où l'on cultive le cresson depuis le quatorzième siècle."

***

p.311 (Philippine, en mer, novembre 1949)

"Je parle et comprends à présent assez bien l'anglais pour pouvoir lire Gone with the Wind. Ce roman est une révélation. Je saisis mieux quelles ont été la vie et la terrible désillusion des gens de cet Etat, les épreuves qu'ils ont traversées durant la guerre et après la défaite. Je m'attache au personnage de Scarlett O'Hara et me juge bien fade en comparaison."

***

p.401 "Elle avait bien sûr conservé le parquet ancien à fines lames, cachant sous des tapis berbères les endroits par trop abîmés. En revanche, elle avait hésité face au papier peint fané à motifs de roses grimpantes. En dépit des commentaires acerbes des artisans qui préconisaient de l'arracher sans pitié pour le remplacer par une peinture blanche "qui allait avec tout", elle avait finalement choisi de le garder. Il racontait une histoire, certes un peu surannée, mais c'était celle de ces lieux. Le blanc serait réservé aux poutres."

 

 

 

 


10 juin 2019

ORADOUR SUR GLANE Un village si tranquille - Vanina Brière

Oradour sur Glane un village si tranquille

  • Titre : Oradour sur Glane - Un village si tranquille
  • Auteur : Vanina Brière
  • Age : 9-12 ans
  • Editions : Oskar éditeur (collection Histoire et Société)
  • Date de parution : 25 octobre 2018
  • Nombre de pages : 111 
  • ISBN : 979-1-0214-0628-5

Edit du 10 juin 2019. Il y a 75 ans aujourd'hui avait lieu le massacre d'Oradour-sur-Glane. 

L'auteur

Née au Mans en 1976, après un doctorat en histoire contemporaine et une thèse ayant comme sujet Les Français déportés au camp de concentration de Buchenwald", Vanina Brière écrit des romans jeunesse sur la seconde guerre mondiale. Elle est aussi chargée de recherche à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation à Caen. 

Vanina Brière

Quatrième de couverture

En ce samedi 10 juin 1944, le paisible village limousin d'Oradour-sur-Glane entre tristement dans l'Histoire. Près de deux cents soldats allemands encerclent le bourg et rassemblent la population sur le Champ de Foire. Commence alors le plus grand massacre de civils que la France ait connu durant la Seconde Guerre mondiale : les hommes sont abattus puis brûlés. Les femmes et les enfants sont réunis dans l'église et subissent le même sort. A travers l'histoire de Robert, survivant du massacre, et Albert, témoin de cette tragique journée, on comprend comment ce village martyr est devenu le symbole national des atrocités nazies.

Mes impressions

Oradour-sur-Glane est un village que je connais bien, je passe devant régulièrement depuis toute petite. J'ai le souvenir enfant, d'en avoir un peu peur, je n'osais pas regarder, cette vision de destruction m'effrayait. A l'époque, le mémorial n'existait pas et la route menant à Limoges passait vraiment aux portes du "village martyr". Et puis avec le recul, quand j'y réfléchis, je réalise qu'à ce moment-là (début des années 1980), cela ne faisait pas "si longtemps"... !

Le 4 août 1944, dans la commune du Vigeant, petit village très proche de chez nous, des civils ont également été massacrés, suite à un accrochage avec des groupes de résistants : 

"De violents combats ont lieu entre les FFI et la Wehrmacht l’été 1944. Le 4 août 1944, les maquis Adolphe et Joël, composés de jeunes inexpérimentés, membres des FFI, accrochent, à proximité du Vigeant une colonne de la Wehrmacht qui remonte vers la Normandie pour contrecarrer les Alliés qui viennent d’y débarquer, le 6 juin. Cette colonne est encadrée par la Milice. Le combat est inégal, entre des maquisards sous-équipés et une armée expérimentée et bien armée. 18 résistants, âgés de 18 à 26 ans, trouvent la mort, deux autres sont tués lors d’une embuscade près de Persac. Les troupes allemandes investissent Le Vigeant et s’y livrent à des représailles. Des maisons sont pillées et incendiées. 22 civils sont exécutés. Le plus vieux a 73 ans et le plus jeune 17 mois. Onze otages sont contraints d’attendre la mort toute l’après-midi, à genoux, en plein soleil, le long du mur d’une mare desséchée. Ils sont fusillés vers 17 h. De nos jours, ce mur qui sert de soubassement au mémorial des Fusillés, porte encore les traces et impacts des balles." (Source Wikipedia)

Lorsque j'étais collégienne, avec quelques camarades et à l'initiative de notre professeur d'histoire (que je ne remercierai jamais assez pour cette expérience incroyable), nous avons retracé cette journée, allant interviewer les différents survivants, cherchant dans les archives... ce qui a abouti à la rédaction d'un livre sur le massacre du Vigeant. 

***

J'ai bien sûr lu beaucoup de livres sur Oradour, découvert au fur et à mesure l'atrocité de ce qu'il s'y est passé ... mais quand j'ai eu connaissance de ce nouveau livre adressé plutôt à la jeunesse, j'avais envie de voir comment le sujet était appréhendé. Je partage donc aujourd'hui cette découverte et je remercie les éditions Oskar de m'en avoir offert la possibilité.

Préfacé par monsieur Albert Valade, lui-même auteur de plusieurs ouvrages sur Oradour, ce livre comporte quinze chapitres. Au début figure un plan du village, indiquant les différents lieux du massacre.

Le premier chapitre nous présente le village d'Oradour, charmant petit bourg du Limousin, le dimanche 4 juin, avec ses enfants, rassemblés sur le Champ de Foire, les parents les surveillant du coin de l'oeil, se détendant aux terrasses des cafés. Les jeunes se sont eux réunis en cachette dans une grange pour s'amuser un peu, certains discutent du prochain match de foot, qui se disputera dimanche prochain dans un village voisin. Rien d'inquiétant en ce mois de juin 1944, la guerre semble "loin", en tous cas ici on ne se sent pas menacé. 

p.5 "Les Allemands n'y ont pas été vus depuis la nuit du 11 novembre 1942. Une pétarade sourde avait réveillé les villageois ainsi que des éclats de voix aux intonations étranges. En représailles du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre, les nazis avaient envahi la zone sud de la France restée libre. Plusieurs camions bruyants, sombres et gris traversèrent, pour l'occasion, Oradour-sur-Glane."

Au chapitre deux, le mercredi 7 juin 1944, nous faisons la connaissance de Robert, un jeune du village, âgé de 19 ans. Après son certificat d'études, faute de pouvoir faire son apprentissage chez le pâtissier du village (qui a été mobilisé) Robert travaille dans un garage de Limoges, où il se rend chaque jour en tramway. Il rentre chaque soir chez ses parents Jean et Marie. Il a trois soeurs : Odette, l'aînée, est mariée et vit avec son mari à quelques kilomètres. Georgette, 22 ans et Denise, 9 ans vivent avec leurs parents, comme Robert. 

Et puis arrive cette journée du 10 juin 1944, racontée dans les 7 chapitres suivants. L'incompréhensible. Les soldats allemands pénètrent dans le village après l'avoir soigneusement encerclé, rassemblent la population sur le Champ de Foire, disent qu'ils vont procéder à des contrôles. Les gens ne sont pas inquiets outre mesure. Puis on sépare les hommes des femmes et des enfants. Encore une fois, pas trop d'inquiétude, les hommes pensent que les soldats veulent les mettre à l'abri. Et puis c'est le massacre que l'on connaît... Robert est l'un des cinq survivants. Sa maman et ses deux plus jeunes soeurs sont tuées. Ce jour-là, son père, parti aider un ami dans un village voisin, échappera au carnage.

Les chapitres 10 à 15 racontent les jours suivants, puis les années suivantes, avec le procès de Bordeaux en 1953 à l'issue duquel les accusés seront tous finalement amnistiés, puis le procès qui se déroule à Berlin-Est en 1983.

Ce livre, qui s'adresse à un jeune public, traite le sujet avec "délicatesse" (autant que faire se peut quand on parle d'un tel événement). Le ton reste factuel et permet d'évoquer le drame en ne versant jamais dans le voyeurisme ou le pathos, même si certaines scènes sont bien sûr très dures.

Le graphisme de la couverture, de Raphaël Hadid, est très réussi. Dans un premier temps ont pourrait croire à un monstre aux cheveux de feu, alors qu'il s'agit de l'église en flammes... une image très parlante. 

*****

 

Photo Oradour à Nuremberg

J'ai pris cette photo d'une photo de l'église brûlée d'Oradour-Sur-Glane au tribunal de Nuremberg, où s'est tenu le procès des 24 principaux criminels nazis du 21 novembre 1945 au 1er octobre 1946.

Légende photo

Tribunal de Nuremberg

Tribunal de Nuremberg

Des photos d'Oradour sont également visibles à Berlin, notamment au musée "Topographie des Terrors", musée relatant les crimes du 3ème Reich, situé sur les lieux de l'ancien siège de la Gestapo.

Pour celles et ceux qui souhaitent aller "plus loin", voici quelques reportages et témoignages que j'ai visionnés après avoir lu le livre et que je trouve intéressants.

 

Témoignage de Mr Robert Hebras

Témoignage de Mr Werner C., ancien Waffen-SS inculpé pour le massacre d'Oradour-sur-Glane

Réaction de Robert Hebras à ce témoignage

Reportage sur le massacre et recherches dans les archives

Et pour finir, je garde un souvenir ému de la visite à Oradour de Monsieur Joachim Gauck, le 4 septembre 2013. Il est le premier président allemand à se rendre à Oradour. J'étais alors tout près, avais déjà vécu cinq ans en Allemagne et les images de cette visite tellement symbolique m'avaient beaucoup touchée. En arrivant à Berlin il y a quatre ans (il était encore président), j'y pensais à chaque fois que je passais devant le Château de Bellevue, sa résidence. 

Joachim Gauck à Oradour

François Hollande, Robert Hebras et Joachim Gauck dans l'église.

 

***

p.73 "Depuis huit jours que le massacre a été découvert, Robert est dans un état second. Il répond à peine quand on lui parle. Il est totalement absent. A tout instant, il est pris de crises de larmes et refuse toujours de rentrer dans la maison. Il a tout perdu, il n'a plus aucun vêtement à part ceux qu'il porte depuis le jour du massacre, tout a brûlé dans l'incendie. Son père, Jean, finit par le conduire à Oradour le samedi suivant. Le Secours national et la Croix-Rouge se sont installés à proximité du village."

p.81 "Les Waffen-SS demandent au chef de la Milice locale de choisir une localité à anéantir. Celui-ci désigne Oradour-sur-Glane. Le bourg a un profil idéal : facile à cerner, facile d'accès et facile à détruire. En plus, ce n'est pas un repère de maquisards, donc pas de résistants à affronter. Les ordres sont clairs : raser le village et tuer tous ses habitants."

p.83 "Six cent quarante-deux hommes, femmes et enfants ont été exécutés à Oradour-sur-Glane ce 10 juin 1944. Les survivants du massacre sont au nombre de six."

p.89 "Son regard se tourne vers le banc des accusés mais il n'en reconnaît aucun. Le 10 juin 1944, il a vu des soldats en tenue de camouflage. Là, il a face à lui des hommes en costume-cravate."

p.92 "A Berlin, une délégation les attend et les aide pour les formalités. Elle les conduit à l'hôtel. Le lendemain matin, on vient les chercher pour les emmener au tribunal. Aussitôt, ils vont dans la salle d'attente, où ils rencontrent leur interprète officiel. Robert est le premier témoin appelé à la barre. Quand il voit Barth, l'accusé, il a devant lui un vieillard et peine à imaginer que cet homme ait pu être l'auteur du massacre d'Oradour. Le tribunal confirme que Heinz Barth était sous-lieutenant dans la 3e compagnie du 1er régiment de la division "Das Reich" le 10 juin 1944." 

Edit du 20 mai 2019, quelques photos d'Oradour prises le mois dernier lors de notre retour en France.

 

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05 juin 2019

Comment j'ai raté ma vie - Bertrand Santini et Bertrand Gatignol

Comment j'ai raté ma vie

  • Titre : Comment j'ai raté ma vie
  • Auteur : Bertrand Santini
  • Illustrateur : Bertrand Gatignol
  • Editions : Grasset jeunesse (première parution aux éditions Autrement en 2009)
  • Date de parution : 17 avril 2019
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 978-2-246816447

L'auteur

En quelques années, Bertrand Santini s’est imposé comme un auteur Jeunesse incontournable. Chez Grasset jeunesse, il a publié, Le Yark (lauréat de nombreux prix, traduit dans une dizaine de langues et été adapté au théâtre sur des scènes nationales), Jonas, le requin mécanique,  Hugo de la Nuit, Prix NRP de la revue des professeurs de collège, et Miss Pook et les enfants de la lune. Bertrand Santini est également auteur et illustrateur de la série à succès Le Journal de Gurty aux éditions Sarbacane. (biographie empruntée aux éditions Grasset jeunesse)

Bertrand Santini

(photo empruntée au site bedetheque.com)

L'illustrateur

Bertrand Gatignol, né le 25 août 1977, est un dessinateur de bande dessinée français. Il est également le créateur de personnages de séries TV et il illustre des albums jeunesse.

Bertrand Gatignol

Quatrième de couverture

Quatrième de couverture

Mes impressions

Un très joli, très efficace, tout petit album qui fait réfléchir.

Le contraste est permanent entre le texte et les images, il interpelle donc forcément.

Jusqu'à la moitié du livre, le narrateur raconte son enfance à l'aide de très courtes phrases. A chaque double page, une phrase, une illustration. Ainsi commence l'histoire : 

"Quand j'étais petit, j'habitais un immense château"

Voici l'illustration qui accompagne cette première phrase : 

 

J'habitais un immense château

Ainsi pendant toute la première partie de l'histoire, qui raconte l'enfance du narrateur, les illustrations semblent dire le contraire du texte (ce qui est décrit comme beau ne l'est pas sur les images). Puis, quand on bascule vers l'âge adulte, c'est l'inverse qui se produit . Les phrases deviennent de plus en plus courtes, pour n'être à la fin qu'un adjectif, assorti d'une illustration qui semble dire encore une fois tout le contraire. Ou bien la vérité ? 

Et je suis devenu stupide

"et je suis devenu stupide"

 

J'aime beaucoup ce petit album qui avec une grande simplicité pose des questions philosophiques, existentielles. On s'interroge alors sur les différences de perception entre l'enfant et l'adulte, mais aussi entre adultes, ou entre enfants, sur ce qui est vraiment important dans la vie, sur les valeurs, sur la définition du bonheur, qu'est-ce qui nous rend heureux ? Comment peut-on dire que quelque chose est bien ou n'est pas bien ? Qu'est-ce que "réussir sa vie" ? Un véritable cours de philo en somme !

Un album simple, rapide, qui peut engendrer des heures de discussions ! Des illustrations en noir et blanc, ou presque. Un doudou rouge est souvent témoin de l'histoire. A avoir absolument dans une classe !

Merci aux éditions Grasset et plus particulièrement à Valéria Vanguelov de m'avoir permis cette belle découverte !

***** 

27 mai 2019

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre

  • Titre : Au revoir là-haut
  • Auteur : Pierre Lemaitre
  • Editions : Albin Michel
  • Date de parution : 21 août 2013
  • Nombre de pages : 576
  • ISBN : 978-2-226-24967-8

L'auteur

Pierre Lemaitre, né le 19 avril 1951 à Paris, est un auteur et scénariste français. Psychologue de formation, il a consacré une grande partie de sa carrière à la formation pour adultes. Il se consacre ensuite à l'écriture, principalement de romans policiers ( Robe de marié, Alex, Sacrifices ) pour lesquels il reçoit de très nombreux prix littéraires. En 2013 il reçoit le prix Goncourt pour Au revoir là-haut. En 2018 il publie la suite, Couleurs de l'incendie. Ses romans sont traduits en plus de trente langues. En 2018, il reçoit pour Au revoir là-haut le César de la meilleure adaptation avec Albert Dupontel. 

Pierre Lemaitre

( photo empruntée aux éditions Albin Michel )

Quatrième de couverture

"Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après."

Sur les ruines du plus grand carnage du XXème siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...

Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu. 

Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants. 

Mes impressions

Quelques années après tout le monde, je découvre ce chef d'oeuvre, récompensé par le Prix Goncourt en 2013, juste avant les quatre années de commémorations des 100 ans de cette terrible guerre. Cette lecture est une lecture commune avec Blandine du blog Vivrelivre. Voici un lien vers sa chronique.

A travers deux survivants, l'auteur nous offre un tableau incroyable de justesse, de la société française après la guerre. Quelle attitude adopter vis à vis des héros? Qui sont les héros? Les morts, ou les vivants? Avec un oeil vif et un style sans pareil, Pierre Lemaître nous entraîne dans les méandres de cette période instable, où chacun doit retrouver sa place.  

L'auteur nous prend par la main et nous raconte l'histoire. Le lecteur n'est jamais laissé de côté. Tout commence sur le champ de bataille, avec cette première phrase : 

"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps." 

Nous sont alors dressés les portraits des soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt, compagnons d'infortune sur le front, à la solde du Lieutenant d'Aulnay-Pradelle. Le tout d'une façon tellement agréable à lire ! Des tournures pleines d'humour pour nous raconter assez froidement qu'Albert Maillard va mourir enterré vivant. Nous assistons alors à cette disparition, comme si nous étions dans le trou avec lui. Puis "miracle", le soldat Péricourt, tombé juste à côté, a compris qu'un des leurs était enfoui ici. Il sait qu'il y a urgence, alors malgré sa blessure à la jambe, qui le fait horriblement souffrir, il va creuser, creuser, sortir Albert puis lui redonner son souffle en s'affalant sur lui. Les deux hommes sont soudés à vie. Pour le meilleur peut-on penser. C'est alors qu'arrive sur Edouard un éclat d'obus qui va le défigurer. Ces deux-là sont soudés à vie pour le meilleur et pour le pire. 

La suite de l'histoire est tout aussi truculente. Nous assistons à la convalescence des deux compères puis à leur retour à la vie civile, rendu compliqué par le physique d'Edouard Péricourt, devenu entre temps Eugène Larivière. Car Edouard ne veut pas revoir sa famille. Et c'est pourtant cette famille que l'on apprend à connaître dans la suite du roman. Tout d'abord Madeleine Péricourt, très peinée par le "décès" de son frère, puis le père, le patriarche, Marcel Péricourt, riche banquier. 

Edouard est doué pour le dessin. Et c'est lui qui a l'idée d'imaginer des monuments aux morts et de les vendre, sur catalogue,  à un maximum de communes françaises s'apprêtant à commémorer le premier anniversaire de la fin de cette guerre en rendant hommage à leurs morts.

La suite est à la fois drôle et dramatique, j'ai oscillé tout au long de cette lecture entre le sourire et la peine. 

Dans l'épilogue, le narrateur nous donne des nouvelles de chacun, des années après. 

Je découvre Pierre Lemaitre avec Au revoir là-haut, et j'en suis ravie, cela signifie que j'ai encore beaucoup de romans de cet auteur à découvrir ! Pour commencer, je vais lire avec beaucoup de curiosité et de plaisir la suite de cette histoire, qui s'intitule Couleurs de l'incendie. 

J'ai eu la grande chance de rencontrer Pierre Lemaitre ici à Berlin, à l'occasion de la sortie en Allemagne de Die Farben des Feuers (Couleurs de l'incendie) aux éditions Klett-Cotta. La soirée était animée par le traducteur allemand de Pierre Lemaitre, Monsieur Tobias Scheffel. Un excellent moment, au cours duquel tout le public a pu constater le grand talent de conteur de l'auteur. C'est d'ailleurs lui qui lit son propre roman dans la version audio, et tant mieux ! Je pense que la maison d'édition ne pouvait faire un meilleur choix. 

 

2019-04-10 19

 

A voir également, le film Au revoir là-hautréalisé par Albert Dupontel en 2017, avec un scénario d'Albert Dupontel et Pierre Lemaître.

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Gros coup de coeur

 

p. 118 "Le gendarme avait la quarantaine satisfaite (ventre rond, presque gras, à se demander comment il était parvenu à se nourrir ainsi pendant quatre ans) et suspicieuse. Le genre d'homme qui a le sens du devoir. C'est un truc saisonnier, le sens du devoir. Par exemple, depuis l'armistice, c'était une denrée plus fréquente qu'avant."

***

p. 156 "Ce regroupement des sépultures n'excluait pas de restituer un jour à celles qui le souhaitaient le corps de leurs soldats, mais le gouvernement espérait qu'une fois constituées, ces immenses nécropoles où les héros reposeraient "auprès de leurs camarades morts au combat" calmeraient les ardeurs familiales. Et éviteraient de gréver à nouveau les finances de l'Etat par des transports individuels, sans compter les questions sanitaires, un vrai casse-tête qui coûterait les yeux de la tête alors que les caisses resteraient vides tant que l'Allemagne n'aurait pas payé ses dettes."

***

p. 161 "Elle n'était pas bête, la tête près du bonnet, comme feu sa mère, femme de caractère, pas le genre à s'emporter, à céder à la tentation. Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot. Elle avait une manière aussi efficace que discrète de les éconduire."

***

p. 306 "La seule chose qui aurait légèrement ébranlé le refus obstiné d'Albert, c'était l'argent. La fortunr que promettait Edouard. C'est vrai qu'il allait s'en dépenser des sous. Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants."

 

 

17 mai 2019

J'ai fui l'Allemagne nazie - Yaël Hassan

J'ai fui l'Allemagne nazie

  • Titre : J'ai fui l'Allemagne nazie
  • Auteur : Yaël Hassan
  • Editions : Gallimard jeunesse
  • Age : 10-14 ans
  • Date de parution : 2007 pour cette édition, réédité dans la collection Folio Junior Mon Histoire le 20 août 2015 
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2-07-061195-9

L'auteur

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une auteure jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa biblographie directement sur son site.

Yaël Hassan

( Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan )

Quatrième de couverture


Partage le journal d'Ilse, et vis avec elle la bouleversante histoire d'une jeune fille juive en exil.

" Berlin, avril 1939. Ce que j'ai à t'annoncer est si incroyable, si romanesque aussi ! Si tout va bien, nous partirons bientôt pour La Havane, capitale de Cuba ! Hitler est devenu fou. Il a donné sa bénédiction à la décision de Goebbels de laisser les Juifs quitter librement l'Allemagne en échange de tous leurs biens ! Un premier bateau emportant avec lui un millier de Juifs partira prochainement. Je ne peux y croire ! La partie est loin d'être gagnée, je le sais. Mais au moins nous avons repris espoir."

Mes impressions

Ce roman jeunesse nous raconte, à travers les mots que la jeune berlinoise Ilse écrit dans son journal intime, l'épopée du paquebot S.S. Saint Louis, qui appareilla du port d'Hambourg le 13 mai 1939 avec à son bord 963 Juifs allemands.

La jeune Ilse, 13 ans, commence la rédaction de son journal le 15 novembre 1938, soit une semaine après les événements de la nuit de cristal, nuit au cours de laquelle les commerces appartenant aux juifs, les synagogues et habitations ont été saccagés à Berlin et partout en Allemagne. Ilse, qui espérait confier ses joies et son insouciance à ce journal tout neuf, déplore de n'avoir à y consigner que ses angoisses grandissantes. Dès le lendemain, elle est renvoyée de l'école avec une autre amie juive. Et les privations ne font que commencer.

p.11 "Qu'allons-nous devenir ? Beaucoup de Juifs quittent l'Allemagne. Moi, je suis née à Berlin, je suis et reste allemande même si les nazis ont cru bon de nous délester de notre nationalité. Je suis allemande, qu'ils le veuillent ou non ! La preuve, je parle allemand, je rêve en allemand, je pense en allemand, je vis en allemand, et maintenant je pleure tellement en allemand ! Comment peut-on dépouiller quelqu'un de son être profond par une simple loi ? Que suis-je désormais, sinon ? Sans identité, sans nationalité, comment allons-nous vivre ?"

De plus en plus de familles juives quittent l'Allemagne pour les Etats-Unis ou le Canada. Les parents d'Ilse évoquent cette possibilité mais ne peuvent s'y résoudre dans un premier temps. Ils se soucient pour les grands-parents, qui ne pourraient les suivre. La tante paternelle d'Ilse, elle, est déjà en Angleterre avec son mari et ses enfants. 

Peu à peu la situation se dégrade, les grands-parents d'Ilse vont convaincre leur fils et sa famille de fuir tant qu'il en est encore temps. Ils vont eux choisir leur propre façon de fuir, en se suicidant, ce que font à ce moment-là de nombreux Juifs. En témoignent encore aujourd'hui les inscriptions sur les Stolpersteine, pavés de la mémoire, visibles dans les rues de Berlin : "Flucht in den Tod" est une façon d'écrire que la personne a "fui par la mort", s'est suicidée.

Ce que j'ai aimé dans ce roman, c'est que tout en racontant la mésaventure du S.S. Saint Louis, il donne une vision plus élargie de la situation des Juifs en Allemagne à cette époque. Beaucoup de sujets y sont évoqués, comme par exemple ces personnes qui décidèrent de se suicider, ou bien les autodafés du 10 mai 1933, mais aussi les jeunesses hitlériennes auxquelles tout jeune allemand se devait d'appartenir, quelle que soit son opinion (qu'il ne valait d'ailleurs mieux pas donner). Ainsi le voisin d'Ilse, Gerhard, lui confiera :

p.32 "- Oui, j'ai honte de ce qui est en train de se passer dans notre pays ! m'a-t-il affirmé l'autre soir.

          - Dans ton pays, ai-je rectifié. Ce n'est plus mon pays. 

          - Je suis désolé pour toi, Ilse, vraiment.

          - Pourquoi portes-tu cet uniforme, alors ?

         - Pour avoir la paix ! m'a-t-il avoué en rougissant. C'était le seul mayen pour qu'ils cessent de me harceler, tu comprends ? Mais je te jure que je n'en ai rien à faire de leur doctrine. Moi, j'aime les bouquins, la musique, la poésie... Le reste, je m'en fiche. Sache que tous les Allemands ne sont pas des nazis."

La famille vit au rythme des nombreuses interdictions qui sont infligées aux Juifs. Un jour d'avril 1939, ils entendent parler d'un bateau qui partira de Hambourg pour La Havane, le samedi 13 mai. In extremis, le père d'Ilse obtient trois billets. 

Vient alors le temps des adieux, à cette ville, aux voisins et amis. L'au-revoir à Gerhard est l'occasion de citer une belle référence littéraire (c'est aussi ce que j'ai aimé dans ce livre) :

p.42 "C'était la première fois que nous nous voyions de si près. Il faisait si grand, soudain !

         - Tiens, c'est pour toi ! m'a-t-il dit.

         - Qu'est-ce que c'est ?

         - Mon cahier de poésies. J'aime recopier mes poèmes favoris...

         - Mais pourquoi me le donnes-tu ?

         - En souvenir de moi, de l'Allemagne... Tu y trouveras de nombreux textes de Heine. Heinrich Heine... Tu connais ?

         - Quel Allemand ne connaît pas Heine ? Il était juif, tu sais ?

         - Je sais. Mais il s'était converti...

         - Par obligation ! Sinon, il se serait heurté à toutes les limitations imposées aux Juifs dans les universités allemandes...

         - Ce qui n'a pas empêché qu'on brûle ses livres... Puis il a cité Heine : 

         - "Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes."

En mai 1939, c'est le grand départ pour Hambourg, dans un mélange de soulagement et d'euphorie. Le S.S. Saint Louis quitte le port, fait une escale à Cherbourg pour prendre quelques passagers supplémentaires, puis commence sa traversée de l'Atlantique. A l'arrivée à La Havane, c'est le désenchantement. La gouvernement cubain ne veut pas de ces Juifs. Pas plus que les Etats-Unis ou le Canada. 

p.94 "Hitler et Goebbels se seront certainement frotté les mains en constatant que le monde entier refusait de nous venir en aide."

Le paquebot devra rebrousser chemin, revenir vers l'Europe. Je ne raconte pas la fin, je vous laisse la découvrir dans l'excellent roman de Yaël Hassan. Une histoire qui n'est pas sans rappeler quelques récents épisodes. 

Ce roman, comme tous les romans racontant l'Holocauste, me semble indispensable dans une bibliothèque jeunesse aujourd'hui. Parce que peu à peu les témoins directs disparaissent, pour que leurs témoignages ne tombent pas dans l'oubli, et pour que l'histoire ne se reproduise pas. Je vais d'ailleurs établir une liste d'ouvrages jeunesse sur ce sujet dans un nouvel onglet sur le blog. 

A la fin du livre se trouve un chapitre "Pour aller plus loin", qui explique "La vie en Allemagne nazie". Suivent "Quelques dates", allant de 1925, année de la publication de Mein Kampf par Adolf Hitler, à octobre 1945, date de l'ouverture du procès de Nuremberg, en passant par le 20 janvier 1942, date de la conférence de Wannsee. Enfin, l'auteure donne des pistes de lectures sur ce sujet, ainsi que des titres de films à voir, avec en tête La liste de Schindler. Le capitaine du S.S. Saint Louis, Gustav Schröder, reçut la médaille de Juste parmi les nations à titre posthume en 1993, tout comme Oskar Schindler.

Une nouvelle édition de ce livre a été publiée en 2015, mais j'aime beaucoup la couverture de la plus ancienne (la mienne). 

*****

 

Bibliothèque engloutie Berlin

 

La bibliothèque engloutie, mémorial situé au milieu de la Bebel Platz à Berlin, lieu où se sont déroulés les autodafés du 10 mai 1933. Des étagères vides symbolisent tous les livres brülés. A côté, la phrase de Heinrich Heine (ci-dessous) "Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes."

 

Mémorial Bebelplatz

 

"Au centre de cette place, le 10 mai 1933, des étudiants national-socialistes ont brûlé les oeuvres de centaines d'écrivains libres, de publicistes, de philosophes et de scientifiques."

Mémorial de l'holocauste Berlin

Mémorial de l'Holocauste à Berlin, près de la porte de Brandebourg.

Flucht in den Tod

Stolperstein indiquant par "Flucht in den Tod" que cette personne a "préféré" mourir plutôt que d'être déportée. 

 


02 mai 2019

Jeanne Hébuterne un souffle éphémère - Nadine Van der Straeten

Jeanne Hébuterne - Un souffle éphémère 

  • Titre : Jeanne Hébuterne un souffle éphémère
  • Auteure - illustratrice : Nadine Van der Straeten
  • Editions : Tartamudo
  • Date de parution : 14 septembre 2017
  • Nombre de pages : 136
  • ISBN : 978-2910867560 

L'auteure

Nadine Van der Straeten est dessinatrice et illustratrice depuis plus de vingt ans. Elle est auteure de  bandes dessinées. Elle écrit également des ouvrages pour la jeunesse et illustre des pochettes de disques. 

Nadine Van der Straeten

( Photo empruntée aux éditions Rageot )

Présentation de l'éditeur

Beaucoup connaissent l'artiste singulier que fut Amedeo Modigliani, dont l'oeuvre est désormais universelle. Quelques uns ont entendu parler de Jeanne Hébuterne, sa dernière compagne ... JEANNE HEBUTERNE, celle qui a silencieusement glissé ses 19 ans dans le fond de la scène, en arrière plan, comme pour s'excuser d'être là. Voici son histoire ...

Mes impressions

La toute première exposition d'Amedeo Modigliani que j'ai eu la chance de voir, c'était il y a dix ans, le 13 mai 2009, à Bonn où je vivais alors. L'exposition, au Museumsmeile, s'intitulait "Modigliani ein Mythos der Moderne".

 

Modigliani, ein Mythos der Moderne

 

Jeanne Hébuterne, sitzend

C'est ce jour-là que j'ai découvert l'existence de Jeanne Hébuterne - de nombreux tableaux la représentaient - et que j'ai commencé à m'intéresser à son histoire. Quel destin tragique. J'ai alors lu le livre Modigliani une biographie, écrit par leur fille, Jeanne Modigliani. Et puis le temps a passé, mais mon intérêt pour cette artiste ne s'est pas tari, même si je n'ai pas (encore) eu l'occasion de lire le roman d'Olivia Elkaim Je suis Jeanne Hébuterne, dont il a beaucoup été question lors de sa sortie. 

Au hasard de mes recherches, j'ai eu connaissance de l'existence de cette bande dessinée de Nadine Van der Straeten, Jeanne Hébuterne un souffle éphémère. Je remercie les éditions Tartamudo et plus particulièrement José Jover, de m'avoir permis de découvrir cette pépite. 

Tout d'abord, les dessins y sont d'une finesse incroyable. L'auteure a su allier efficacité et sensibilité. L'histoire, forcément, elle ne l'a pas inventée. Mais elle lui donne une orientation peut-être différente de ce à quoi nous sommes habitués. Elle a su redonner à Jeanne Hébuterne la place qui était la sienne (une très jeune femme déterminée mais éperdument amoureuse, une artiste en devenir) et à Modigliani une certaine élégance. Dès le départ, le ton est donné. L'image de la couverture, la seule en couleurs, nous montre Jeanne Hébuterne de face, dans la lumière, en train de poser pour Modigliani, qui lui est de dos, dans l'ombre. Elle écrit à la fin de l'ouvrage : "Bien que les anecdotes et les citations rapportées ici soient pour la plupart authentiques, ce roman graphique ne se veut autre qu'une portion de vie, avec ses flous, ses points forts, ses troubles et ses interrogations..." 

 

Jeanne déguisée

Nous retrouvons en lisant cette BD l'histoire que nous connaissons, mais cette fois-ci c'est Jeanne Hébuterne qui nous la raconte.

 

Jeanne Hébuterne extrait 1

 

Elle nous prend par la main et nous entraîne dans sa folle aventure avec Modi. Tout d'abord la rencontre, à la Coupole. Puis l'attirance, les mensonges aux parents, la passion, et le temps des disputes, de l'incompréhension. En 7 chapitres, nous les suivons de Montparnasse à Nice, où va naître leur fille Jeanne, puis retour à Paris où l'histoire se finit mal.

Les amis sont tous là, Fujita, Maurice Utrillo, Léopold Zborowski le marchand de Modigliani, Chaïm Soutine, Paul Guillaume, marchand et collectionneur d'art... ces mêmes visages que l'on retrouve dans les portraits peints par Modigliani et par Jeanne Hébuterne, très reconnaissables tout au long de la BD. La poésie y a aussi une grande place, Baudelaire notamment.

Le dessin, le scénario, les différents découpages rendent la lecture captivante. Cette biographie est pour moi un énorme coup de coeur. Nadine Van der Straeten, en prenant le parti de dessiner en noir et blanc cette histoire d'artistes peintres "haute en couleurs", apporte un contraste intéressant, et va ainsi à l'essentiel. Un très bel hommage à "Jeannette", qui n'avait que 21 ans quand elle a choisi de suivre définitivement Modigliani.

*****

Enorme coup de coeur 

Jeanne Hébuterne extrait

 

12 avril 2019

Magasin Général - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

Magasin général - Loisel et Tripp

  • Titre : Magasin Général
  • Auteurs (scénario, dialogues et dessins) : Régis Loisel et Jean-Louis Tripp
  • Couleurs : François Lapierre
  • Adaptation des dialogues en québécois : Jimmy Beaulieu
  • Editions : Casterman
  • Dates de parution : 1. Marie, mars 2006. 2. Serge, octobre 2006. 3. Les hommes, novembre 2007. 4. Confessions, novembre 2008. 5. Montréal, novembre 2009. 6. Ernest Latulippe, novembre 2010. 7. Charleston, novembre 2011. 8. Les femmes, novembre 2012. 9. Notre Dame des Lacs, octobre 2014.
  • Nombre de pages : env. 80 pages par album, 128 pour le dernier. 

Les auteurs

Régis Loisel

Régis Loisel est né le 4 décembre 1951 à Saint-Maixent, dans le département des Deux-Sèvres. Enfant, il aime déjà beaucoup dessiner des personnages de Disney. En 1972 il s'installe à Paris et commence à voir ses premières planches publiées dans des magazines tels que Les Pieds Nickelés, Pilote, Mormoil, Pif Gadget ... En 1980 il quitte Paris pour s'installer à Perros-Guirec en Bretagne. Avec Serge Le Tendre, il publie chez Dargaud La Quête de l'Oiseau du Temps, série prépubliée dans Charlie Mensuel entre 1982 et 1987. Vers la fin des années 1990 il se lance dans l'écriture de scénarios pour d'autres auteurs. Ces dernières années, Loisel a eu la chance de réaliser son rêve d'enfance en travaillant sur deux dessins animés de Disney, Mulan et Atlantis. Après plusieurs années passées en Bretagne, puis à Loches (près de Tours), Régis Loisel vit désormais à Montréal. ( Source : le site de l'artiste, que je vous invite fortement à aller consulter pour plus de détails sur sa biographie. )

Régis Loisel 

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Régis Loisel )

Jean-Louis Tripp

Jean-Louis Tripp, né le 4 février 1958 à Montauban, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, mais aussi un sculpteur et peintre français. Il publie ses premières planches dans Métal hurlant  en 1977. Son premier album, Le boeuf n'était pas mode paraît en 1978. En 1989 il interrompt sa production de bande dessinée pour se consacrer à la sculpture et à la peinture. Il revient ensuite au dessin par le biais de livres pour enfants (Le Trône, Freddo Mercurio ). En 2006, il cosigne Magasin Général avec Régis Loisel aux éditions Casterman. ( Source : site des éditions Casterman)

Jean-Louis Tripp

Présentation de l'éditeur

Loisel et Tripp ont concocté ensemble, avec une gourmandise très communicative, une chronique énergétique et très humaine, peuplée de personnages intenses et savoureux. Leur attachement partagé pour le Québec – Loisel y réside, Tripp y a enseigné - a servi de moteur à cette histoire truculente, qui ne ressemble à rien de ce que l’un ou l’autre a publié auparavant. Fondée sur la complémentarité de leurs savoir-faire, leur collaboration porte autant sur le texte que sur le dessin, et se nourrit du meilleur de leurs talents respectifs. 

- Ben voyons, Marie, tout le monde profite de toi, et puis on dirait que tu le vois pas... - Faut bien rendre service, Jacinthe... Je l'ai toujours fait. - Oui, mais avant, c'était Félix qui s'occupait du magasin ! - Je sais bien, ma petite Jacinthe... Je sais, mais j'ai toujours été comme ça...

Une comédie truculente dans la campagne québécoise des années 20. Réalisant ensemble le scénario aussi bien que le dessin, Loisel et Tripp ont conjugué leurs talents pour donner naissance à un auteur virtuel.

Mes impressions

Je viens de découvrir les six premiers tomes de cette série Magasin Général, et quel bonheur ! Cette lecture a été un pur moment de détente, à la découverte de tous les personnages vivant dans ce petit village de Notre Dame des Lacs. On y retrouve l'accent québécois ainsi que les expressions que j'affectionne tant. Le québécois a été ici adapté afin de permettre la compréhension du plus grand nombre. Les dessins, qui sont le résultat du travail des deux auteurs, donnent l'impression d'être vivants. J'ai presque le sentiment en refermant le sixième album que j'ai regardé un dessin animé. 

Dans ce petit village du Québec, le magasin général est tenu par Félix et Marie. Au début du Tome 1 Félix vient de mourir (mais il jouera un rôle important tout au long de l'histoire, où il intervient en "voix off", ce qui parfois apporte un peu de comique ou bien de la tendresse, de la mélancolie, selon les moments.) Marie, tout juste veuve, se fait un honneur de continuer à gérer son magasin de mains de maître. Ce magasin est le lieu de rencontre, de survie de toute la population du village et des hameaux alentours.

 

Paroisse de Notre-Dame-Des-Lacs

Nous y retrouvons la famille Roberge , la famille Gadbout, Louise Laflamme et Jacinthe Tremblay, mais aussi Noël Paulin, qui vit au Moulin à scie, les frères Latulippe, la famille Omelette... sans oublier les trois belles-soeurs, veuves, qui vivent ensemble, véritables grenouilles de bénitier et donneuses de leçons, le nouveau curé qui vient de prendre ses fonctions et apprend à connaître ses paroissiens en même temps que le lecteur, Gaétan, un peu simplet, que Marie va prendre sous son aile. Parmi les personnages, on retrouve aussi Isaac, une gueule cassée, qui est allé se battre en Europe et en est revenu défiguré et aveugle. Un beau jour arrive à moto un inconnu. Qui n'a presque pas l'accent québécois. Serge. Il s'installe chez Marie, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça fait jaser au village !

Magasin Général est une série bien emmenée, servie par des dessins de qualité et très agréables, où se mèlent savamment humour et sentiments. L'histoire, qui se passe au Québec dans les années 1920, pourrait très bien être celle d'un village français à la même époque. Nous y retrouverions le même genre de personnages, mais probablement moins truculents. Le Québec apporte une note savoureuse à cette oeuvre, et cet accent qui vient vous chatouiller agréablement les oreilles lui donne une autre dimension. La nature luxuriante du Québec est un personnage à part entière dans cette BD. Ses grandes forêts et ses rivières façonnent un décor de rêve qui peut parfois s'avérer hostile, c'est ce qui en fait tout le charme.  

Une très belle collaboration, et je suis ravie, il m'en reste trois à lire !

C'est chez Moé

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Coup de coeur

 

 

 

 

05 avril 2019

L'enfant de Schindler - Leon Leyson

L'enfant de Schindler - Leon Leyson

 

  • Titre : L'enfant de Schindler (titre original, A Child on Schindler's List)
  • Auteur : Leon Leyson
  • Traductrice : Juliette Lê
  • Editions : Pocket jeunesse
  • Date de parution : 4 février 2016
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN : 978-2-266-26506-5

L'auteur

Leon Leyson, né Leib Lejzon, le 15 septembre 1929 à Narewka en Pologne, était le plus jeune inscrit sur la liste établie par Oskar Schindler visant à sauver "ses Juifs" des camps polonais pendant la seconde guerre mondiale. Persuadé que son histoire n'intéresserait personne, il est resté silencieux jusqu'à la sortie du film de Steven Spielberg, La liste de Schindler. Il est décédé le lendemain de la remise de son manuscrit à son éditeur, en janvier 2013.

 

Leon Leyson

Quatrième de couverture

"C'est une chance pour nous d'avoir ce livre. Je serai éternellement reconnaissant à Leon Leyson qui a livré son témoignage aux générations futures. Grâce à lui le monde ne sera plus le même. (...)"

Steven Spielberg, 

réalisateur de La Liste de Schindler.

Alors que tout semble perdu pour Leon Leyson, déporté à l'âge de douze ans dans un camp de concentration, un homme - un nazi - lui redonne espoir. En l'employant comme un ouvrier dans son usine, Oskar Schindler fait du petit Leon le plus jeune inscrit sur sa liste. Une liste qui sera synonyme de vie pour lui mais aussi pour des centaines d'autres juifs pris dans les filets nazis. 

Mes impressions

Leib Lejzon, né à Narewka, petit village du nord-est de la Pologne, est un petit garçon enjoué, malicieux. Il vit dans ce village les neuf premières années de sa vie, entouré de sa famille, ses parents Channah et Moshé, ses quatre frères et soeur, Hershel, Tsalig, Pesza et David, leurs grands-parents, paternels et maternels, ainsi que toute la famille élargie. Quand il a neuf ans, la famille de Leib déménage et part s'installer dans la jolie ville de Cracovie. Leib le vit comme une chance, la vie moderne et un bel avenir s'offrent à eux. Le papa, Moshé, a trouvé du travail dans l'usine d'Oskar Schindler, un nazi qui préfère pour des questions de coût de main d'oeuvre dans un premier temps, employer des ouvriers juifs. Mais ou bout d'un an la guerre éclate, les Juifs de Cracovie sont contraints de déménager et sont tous regroupés dans un ghetto. Schindler veut garder ses ouvriers, il leur est possible de sortir du ghetto dans la journée pour aller travailler. 

Leon Leison, c'est cet homme âgé, qui bien des années après, devenu américain, commence à raconter son histoire et s'étonne toujours qu'elle puisse intéresser les autres. Après avoir traversé les horreurs de l'Holocauste et y avoir survécu, grâce à Oskar Schindler qui peu à peu laissera s'exprimer son penchant humaniste et décidera de sauver ses ouvriers juifs, mais aussi grâce à sa vivacité d'esprit, peut-être aussi à la chance, un peu... Leon Leison, qui a perdu deux de ses frères et toute sa famille élargie, est arrivé aux Etats-Unis en mai 1949, avec ses parents, après trois années passées dans des camps de réfugiés à attendre de pouvoir rejoindre une tante, installée là-bas avant la guerre.

Ce livre, c'est le témoignage poignant de Leib/Leon, le récit de ces années de guerre, de persécution, de terreur. La vie dans le ghetto, les rafles, le manque de nourriture, les arrestations intempestives, le camp de concentration, la peur de mourir, de perdre les siens, et puis l'espoir, quand Oskar Schindler décide, cette fois pour les sauver, de ne pas se séparer de "ses Juifs", coûte que coûte. Il en sauvera 1200. 

Une histoire forcément poignante, un homme attachant (je vous invite à regarder les vidéos dans lesquelles il s'exprime sur internet) et un témoignage indispensable à connaître et à faire connaître, encore et toujours.

A la fin du livre se trouvent des photos, une carte, ainsi que la postface avec les témoignages de Lis, la femme de Leon Leyson, ainsi que Stacy et Daniel, ses enfants. Leon et Lis Leyson ont eu 6 petits-enfants. 

Oskar Schindler a été proclamé Juste parmi les nations en 1967. Il est décédé en 1974 en Allemagne après avoir vécu un temps en Amérique du Sud, il est enterré à Jérusalem.

*****

 

2019-03-08 15

Entrée du camp de concentration de Buchenwald que nous avons pu voir lors d'un récent séjour à Weimar. Leon Leyson n'était pas dans ce camp, mais dans les camps de Plaszow en Pologne et de Gross-Rosen en Tchécoslovaquie.

A lire également, La liste de Schindler de Thomas Keneally (1982)

p.37 "La situation ne tarda pas à s'aggraver : en Allemagne et en Autriche, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, des synagogues furent brûlées ainsi que des rouleaux de la Torah, et des propriétés de Juifs détruites. Des hommes furent passés à tabac et près d'une centaine assassinés. Il me semblait incroyable que, devant de telles horreurs, les gens ne réagissent pas."

***

p.48 "Pour la première fois depuis des mois, je trouvais papa un peu plus optimiste. Il affirmait que la guerre ne durerait pas et que, puisqu'il avait un travail, nous ne risquions rien. "L'année prochaine, peut-être même d'ici la fin de l'année, ce sera terminé, disait-il. Comme à la fin de la Grande Guerre, les Allemands rentreront chez eux." 

***

p.63 "En mai 1940, les nazis décidèrent de "nettoyer" Cracovie - la capitale des territoires sous contrôle allemand -, de sa population juive. Seuls 15000 Juifs seraient autorisés à rester dans la ville. Au cours de l'été, des dizaines de milliers de Juifs terrorisés durent rejoindre les villes et les villages qu'ils avaient récemment fuis."

***

p.66 "Dédut mars 1941, nous avons empilé nos possessions dans un chariot emprunté pour l'occasion, avant de dire au revoir à notre appartement, le dernier lieu nous rattachant encore à la promesse d'une belle vie dans la grande ville.

En traversant la ville deux ans et demi plus tôt, nous avions été euphoriques à l'idée qu'une belle aventure débutait ; cette fois, seule la peur nous habitait. A l'approche de la porte du ghetto, je fus saisi de panique. En levant les yeux vers le sommet des grands murs, je vis que, avec un sens inné du sadisme, les nazis y avaient placé des pierres arrondies qui ressemblaient à celles marquant les tombes. Le message implicite était que nous emménagions dans ce qui allait devenir notre propre cimetière."

***

p.104 "De l'autre côté des barbelés qui entouraient le camp, j'apercevais les enfants des officiers allemands qui défilaient, affublés de leurs uniformes des Jeunesses hitlériennes, en chantant des hymnes à la gloire du Führer, Adolf Hitler. Ils étaient si joyeux et pleins de vie, alors que moi, à quelques mètres d'eux, j'étais épuisé, déprimé, et je luttais pour survivre jusqu'au lendemain. Seule l'épaisseur du fil barbelé séparait mon enfer de leur liberté. Mais nous aurions tout aussi bien pu nous trouver sur des planètes différentes. Je n'arrivais pas à comprendre l'injustice de ma situation."

20 mars 2019

COSETTE - Victor Hugo - Olivier Desvaux

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  • Titre : Cosette
  • Auteur : Victor Hugo
  • Illustrateur : Olivier Desvaux
  • Editions : Belin Jeunesse
  • Date de parution : 24 octobre 2018
  • Nombre de pages : 56
  • ISBN : 978-2-410-01466-2

L'auteur

Victor Hugo est né le 28 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains français. Il était romancier (Notre Dame de Paris, Les Misérables), poète (Les Feuilles d'automne, Les Contemplations), dramaturge (Hernani, Ruy Blas) et dessinateur. Il était également très engagé en politique et a dû s'exiler (à Guernesey) pendant les 20 années qu'a duré le second empire. Lors de ses funérailles nationales, sa dépouille a été transférée au Panthéon le 1er juin 1885.  

Victor Hugo par Nadar

L'illustrateur

Olivier Desvaux est né le 12 mai 1982 à Rouen. Après une année en arts appliqués à l’école Estienne à Paris, Olivier entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Il sort diplômé en 2006. En 2018 il est nommé Peintre Officiel de la Marine. La peinture à l'huile est sa technique de prédilection.

Olivier Desvaux

(Clic sur l'image pour accéder au blog d'Olivier Desvaux)

Quatrième de couverture

 Cosette est une petite orpheline de 8 ans, qui a été recueillie par un couple terrible, les Thénardier. Dans leur auberge, ils la font travailler sans répit. Le soir de Noël, ils l'envoient chercher de l'eau dans la forêt. Cosette tremble de peur jusqu'à ce qu'elle rencontre un homme qui va changer sa vie. Il s'appelle Jean Valjean...

Pour découvrir, dès 8 ans, cet épisode poignant des Misérables, et se plonger dans l'univers de Victor Hugo à travers les somptueux tableaux d'Olivier Desvaux.

Mes impressions

Ce magnifique album offre un double plaisir à son lecteur : celui de se replonger avec délice dans le texte de Victor Hugo (ou de le découvrir !) et celui, non moins agréable, de se laisser embarquer dans l'univers imaginé par Olivier Desvaux. Et quel univers ! Les illustrations de cet album sont époustouflantes.

 

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Les tableaux réalisés par l'artiste-illustrateur sont d'une douceur incroyable. Presque exclusivement en pleine page, les images sublimes viennent accompagner le texte de Victor Hugo de façon magistrale, dans l'ombre de l'antre des Thénardier, comme dans la lumière de la légèreté retrouvée. 

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J'ai un énorme coup de coeur pour cet album qui permet d'allier deux arts, celui de la littérature et celui de la peinture, ce qui aurait sans aucun doute beaucoup plu à Victor Hugo. Cet album ne laissera pas les enfants indifférents et donnera aux plus grands l'envie de se (re)plonger dans l'oeuvre de Victor Hugo. Un vrai bonheur. Bravo pour cette belle idée et merci aux éditions Belin Jeunesse !

*****

Gros coup de coeur

17 mars 2019

BERLIN FINALE - Heinz Rein

Berlin Finale 1

  • Titre : Berlin Finale
  • Auteur : Heinz Rein
  • Traducteur : Brice Germain
  • Editions : Belfond (collection vintage)
  • Date de parution : 20 septembre 2018
  • Nombre de pages : 880
  • ISBN : 978-2-7144-7143-7

L'auteur

Heinz Rein est né à Berlin en 1906. Employé de banque et journaliste sportif dans les années 1920, il voit ses écrits boycottés par le régime nazi dès 1933 pour avoir soutenu les causes socialistes. Et les sanctions ne s'arrêtent pas là : il est rapidement appréhendé par la Gestapo et condamné au travail forcé. 

Après la chute de Hitler, Heinz Rein devient consultant littéraire pour l'administration allemande dans la zone d'occupation soviétique puis auteur free-lance en Allemagne de l'Est. C'est alors qu'il s'attèle à la rédaction de Berlin Finale, son plus grand succès : un roman-somme écrit dans l'urgence, qui deviendra après sa parution en Allemagne dès 1947 l'un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale, s'imposant comme un témoignage historique inestimable. 

A l'aube des années 1950, Heinz Rein rompt avec le Parti socialiste unifié au pouvoir et se réfugie en Allemagne de l'Ouest à Baden-Baden, où il meurt en 1991, peu après la chute du mur de Berlin.

Heinz Rein

Quatrième de couverture

" Nous tenons entre nos mains un témoignage historique absolument unique. " 


Fritz J. Raddatz, essayiste et journaliste 

 

Publié en 1947 en Allemagne, vendu à plus de 100 000 exemplaires, Berlin finale est l'un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale. Une œuvre passionnante, haletante, audacieuse, qui a su, alors que l'Europe se relevait à peine de la guerre, décrire dans toute sa complexité le rapport des Berlinois au nazisme. 
Jusqu'alors inédit en France, un roman-reportage brillant qui nous raconte, à travers les destins d'une poignée de résistants, les derniers jours de Berlin avant sa chute. Un texte majeur, un Vintage événement. 



" Berlin finale est une incroyable redécouverte, à la hauteur du roman de Hans Fallada Seul dans Berlin... Très peu de livres restituent d'une manière aussi cauchemardesque et intense l'enfer qu'a été la fin de la Seconde Guerre mondiale. " 


Frankfurter Allgemeine Zeitung

Mes impressions

Berlin Finale est un roman incroyable, qui raconte la vie dans Berlin, au coeur de la ville, dans ses entrailles, juste avant et pendant la bataille de Berlin, du 14 avril 1945 au 2 mai 1945.

Dans ce récit, Heinz Rein dresse les portraits d'un déserteur, Joachim Lassehn, d'un fervent opposant de la première heure au régime hitlérien, Friedrich Wiegand, et d'un médecin venant en aide à un groupe de résistants, le Dr Walter Böttcher. Tous se retrouvent régulièrement dans le café d'Oskar Klose, am Schlesischen Bahnhof, afin d'organiser leurs actions.

A l'approche des alliés - les Américains vont bientôt franchir l'Elbe à Madgebourg et les Russes l'Oder à Francfort - la vie dans Berlin en ruines, les alertes aux bombardements, l'organisation de la vie dans les abris se transforment en une véritable chasse à l'homme, les résistants traquant les nazis et inversement. 

Ce livre, publié seulement deux ans après la fin de la guerre, est à la fois un roman d'action, une analyse sociologique des Berlinois et des Allemands  dans un moment extrêmement critique de leur histoire, mais aussi un véritable document historique, ne serait-ce que dans les descriptions très détaillées qui sont faites de l'état de la ville en 1945. 

p.66 " Le Dr Böttcher lui répond avec gravité :

          Votre génération, monsieur Lassehn, est dans une situation déplorable. Nous, c'est-à-dire en particulier Wiegand et moi, et aussi notre ami commun Klose, avons très souvent discuté de ce sujet et nous sommes arrivés à la conclusion qu'aucune génération n'avait encore été aussi malheureuse que la vôtre. L'ampleur de son malheur ne se révélera dans toute son horreur qu'après la débâcle, ce qui n'est plus qu'une question de mois. Avec la destruction de ses fondations, le sol se dérobera sous ses pieds et elle chutera dans le vide, elle se retrouvera sans rien et le coeur déçu, elle reconnaîtra la tromperie et la manipulation dont elle a été victime, mais elle reniera aussi les autres idéaux et les nouvelles croyances qui s'offriront à elle, désormais elle ne toisera qu'avec mépris et une profonde méfiance tous ceux qui revendiqueront le pouvoir ou parleront d'idéologie (...)"

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p.72 " La défaite militaire n'effacera pas aisément ce point de vue, ses effets sur les hommes dureront plus longtemps, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte peu à peu que ce ne sont pas des erreurs stratégiques qui ont provoqué la chute de leur Führer, que la guerre n'était pas une faute, mais que tout le soi-disant mouvement était déjà un crime."

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p.82 " Dans la Kurfürstenstrasse, il y a une maison qui se différencie des autres. Ce n'est pas un banal immeuble de quatre étages mais un bâtiment prestigieux, il n'a pas d'entrée ordinaire mais un portail (...) Lorsque l'incroyable arriva, lorsqu'un homme des bas-fonds de Vienne se fit nommer chancelier du Reich allemand par le Generalfeldmarschall sénile de la Grande Guerre mondiale, certaines choses changèrent dans cette maison de la Kurfürstenstrasse. Aux gracieuses chaussures de dame ou aux souliers vernis distingués succédèrent les solides bottes hautes et les godillots militaires grossiers (...)

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p.85 " Le national-socialisme s'était réservé le privilège de produire des synonymes de peur mortelle, la Prinz-Albrecht-Strasse, la Burgstrasse, la Kurfürstenstrasse, la Grosse Hamburger Strasse, toutes les convocations qui émanaient de ces adresses répandaient la crainte et l'effroi, la plupart du temps, en effet, être accusé équivalait à être condamné à un emprisonnement en camp de concentration, et être témoin à être complice."

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p.189 " Et maintenant Lassehn traverse avec eux la Kleiststrasse. Pas une maison n'est intacte, il n'y a que des ruines calcinées de part et d'autre et les rues transversales sont bloquées par des décombres. Ils empruntent d'abord la promenade puis, là où le métro monte vers la station aérienne de Nollendorfplatz, le remblai. Cela fait longtemps que les Berlionois se sont habitués à marcher sur les remblais, non seulement les trorroirs sont souvent rendus impraticables par les décombres et les gravats, mais c'est surtout moins dangereux, il n'est pas rare en effet que des murs encore debout s'écroulent brusquement sur les passants. "

 

Même si j'ai trouvé par moments la lecture de ce roman fastidieuse (880 pages), et malgré quelques "invraisemblances" comme par exemple lorsque s'engagent de grandes discussions politiques dans un abri alors que chacun devrait craindre pour sa survie, j'ai trouvé très intéressantes les réflexions qui y sont menées sur la société, sur les relations humaines dans une ville-fantôme où chaque rencontre pouvait être la dernière. Il est peu courant de "revivre" la bataille de Berlin de l'intérieur comme dans ce roman, qui a d'ailleurs à juste titre été comparé à Seul dans Berlin de Hans Fallada, même si ce dernier décrit la vie et l'action d'un couple de résistants dans Berlin pendant la guerre et non au moment de la bataille de Berlin.  

Plus on avance dans la lecture plus l'étau se resserre, les poches de résistance doivent se méfier des SS ainsi que des civils enrôlés dans le Volksturm, à la botte des nazis, prêts à tuer père et mère pour cette cause qui peu à peu leur échappe. Ils sont de plus en plus hargneux à mesure qu'ils réalisent qu'ils ont été trompés par leur Führer. Ce Führer qui, depuis son bunker leur ment encore et toujours, leur intime l'ordre ultime de se battre jusqu'à la dernière minute, leur ment encore en leur disant pour les faire tenir, que Berlin résistera parce que des troupes ont été appelées en renfort depuis l'extérieur et que leur arrivée est imminente, alors qu'il n'en est rien. Dans le roman, de temps à autre, des coupures de journaux d'époque sont insérées, jusqu'à la fin, comme par exemple la dernière parution du journal "Der Angriff", du 24 avril 1945, p.682

Le Führer dirige la défense de la capitale du Reich

La défense de la capitale du Reich est dirigée par le Führer, qui a décidé, au milieu des habitants de Berlin, de mener à bien la mission de sauver la capitale du Reich. Le Führer est tenu informé heure par heure de la situation sur toutes les lignes de combat à Berlin et dans les environs. Il donne lui-même des ordres sur tous les points sensibles.(...)

C'est une peur panique qui s'installe avec l'entrée des Russes dans Berlin, exposant les habitants à des situations d'extrême violence. Les nazis procédaient à des pendaisons sommaires, à des exécutions sur-le-champ pour quiconque baisserait les bras et refuserait de défendre sa ville, son quartier, sa rue... Ces scènes terribles nous laissent imaginer l'atmosphère qui devait régner à Berlin, dans les dernières heures de la bataille. Les civils n'auront à aucun moment été épargnés. Et dans le même temps, l'auteur met le peuple allemand face à ses propres contradictions, remet en cause son obéissance aveugle et irréfléchie. 

p.194 " Les voilà arrivés au Potsdamer Brücke, là aussi tout n'est que décombres, maisons en ruines et taupinières, mais c'est déjà une destruction ordonnée et rangée, pour ainsi dire, les gravats ne s'étalent pas sur les trottoirs, ils ont été rassemblés à l'intérieur des ruines ; dans les trous des façades calcinées, les briques taillées sont empilées avec soin, des affiches et des panneaux signalent les nouvelles adresses des usines et des sociétés détruites, des inscriptions à la craie à moitié effritées annoncent : "Tout le monde est en vie" ou : "Nous sommes encore vivants", il y a un annuaire de Berlin de 1945, annoté : "Otto Schultz, chez Pfeiffer, au 74, Hauptstr. " (celui-là souhaitait rester dans le quartier), ou : "Famille Baensch, 26, Summterstr., à Basdorf" (ils ont préféré quitter Berlin), on trouve aussi des messages fraîchement écrits à la peinture à l'huile blanche : "Nos murs peuvent se briser, nos coeurs, jamais", ou : "Führer, nous te suivons", ou encore : "Nous ne capitulerons jamais ! "

Voilà par exemple ce que l'auteur fait dire au personnage de Klose : 

p.216 " Ferme-la un peu Joachim, tu es peut-être un bon musicien mais à part ça tu es un gars sacrément stupide. Ne m'en veux pas, mon garçon, si je te sors ça sans prendre de gants, mais je dis les choses comme elles me viennent. Je veux dire que tu souffres du mal héréditaire des Allemands : ce sont de bons musiciens et d'excellents comptables, des ingénieurs chevronnés et des balayeurs appliqués, de fins connaisseurs des cultures de toutes les époques, et ils savent tout sur les choses les plus compliquées possibles, ils sont de manière générale extraordinairement habiles et appliqués, avides de savoir et doués, mais... Oui, c'est là qu'il y a un grand "mais",  mon garçon... Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, le musicien, pas au-delà de son piano, le balayeur, pas au-delà de son balai, le comptable...

En effet, nous, les Allemands, ne sommes pas une partie de ce monde, le monde est construit autour de nous, en complément de nous, comme un accessoir imparfait. Les autres ne sont que des dilettantes et des amateurs, ça a été martelé si longtemps et sur tous les tons dans la cervelle des Allemands qu'ils le croient sans réserve et se transmettent cette conviction de génération en génération. "

Ce livre, très bien documenté, ayant été écrit juste après la guerre, je l'ai lu, 80 ans après sa parution en Allemagne, comme un témoignage, comme un document historique, plus que comme un roman, même si par moments il comporte aussi de belles scènes de suspense. Il était intéressant d'être à Berlin pour le lire, surtout lors des passages qui décrivent la ville. Les réseaux de S-Bahn (RER) et U-Bahn (métro), qui étaient déjà là, n'ont pas changé, les rues ont souvent les mêmes noms, il était alors facile de s'imaginer à quels endroits se trouvaient les protagonistes. Désormais quand je penserai à la bataille de Berlin, je n'y penserai plus de la même façon, c'est certain. L'analyse que l'auteur fait de la société allemande, du nazisme, est assez impressionnante quand on sait que le livre a dû être écrit dans l'année qui a suivi la fin de la guerre. Merci aux éditions Belfond pour cette lecture très instructive, et pour cette belle collection "Belfond Vintage" qui édite des romans jusqu'ici inédits en français, ou bien oubliés, introuvables. Et une mention spéciale au traducteur, qui par son travail de qualité, permet une lecture très fluide de cet ouvrage imposant. 

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2019-02-27 13

La bataille de Berlin a laissé des traces encore bien visibles aujourd'hui comme sur ce bunker situé non loin de la Friedrichstrasse.