La maison des livres

16 mars 2017

DIEUX 40 dieux et héros grecs - Sylvie Baussier

Dieux

  • Titre : DIEUX, 40 dieux et héros grecs
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Illustrateur : Almasty
  • Editions : Gallimard Jeunesse
  • Date de parution : 23 février 2017
  • Nombre de pages : 96
  • ISBN : 978-2-07-060385-5

L'auteur

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier)

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

 

Quatrième de couverture

Découvrez le portrait et les aventures de 40 dieux et déesses, héros et héroïnes de la mythologie grecque

(Gaïa, Cronos, Zeus, Thémis, Héra, Hestia, Prométhée, Pandore, Hadès, Déméter, Perséphone, Aphrodite, Héphaïstos, Arès, Athéna, Poséidon, Apollon, Artémis, Asclépios, Hermès, Dionysos, Persée, Sisyphe, Oedipe, Antigone, Héraclès, Orphée, Jason, Médée, Minotaure, Thésée, Ariane, Phèdre, Tantale, Hélène, Agamemnon, Iphigénie, Electre, Achille, Ulysse)

Pour chacun des dieux et héros : sa généalogie, ses alliés et ses ennemis, ses attributs et les épisodes clés de son histoire et des mythes qui lui sont associés. 

 

Mes impressions

Voilà un outil que j'aurais adoré avoir dans ma classe quand, il y a deux ans, nous avons travaillé sur la mythologie! Non seulement ce petit livre est très beau avec sa couverture rigide et le "dessin qui brille", mais il recèle des trésors!

La première page est consacrée à un texte explicatif sur la mythologie, ses origines et l'importance qu'elle a encore aujourd'hui dans nos sociétés. Ensuite arrive le sommaire, que j'aime beaucoup. Très pratique. Pour chaque personnage, un petit portrait, son nom, la page concernée.

Ensuite, chaque personnage a droit à une double page, l'une consacrée à de courts textes très agréables à lire, l'autre à une belle image légendée. L'auteure a su aller à l'essentiel, pour ne pas lasser le jeune lecteur, et tout y est quand même! Une véritable prouesse. Et puis je trouve très astucieux d'avoir morcelé les informations en plusieurs textes courts plutôt que de proposer une page entière de lecture. 

Je serais tentée de qualifier ce livre de "dictionnaire" de personnages de la mythologie. Il s'agit ici d'un "dictionnaire" très didactique, visuel, jamais ennuyeux. Ainsi pour chaque Dieu/Déesse, Héros/Héroïne, nous avons sa généalogie, sa filiation, son histoire, les anecdotes ainsi que ses attributs. 

Poséidon

Voici par exemple la double page consacrée à Poséidon.

Un ouvrage que je recommande donc aux petits comme aux grands, car il représente une source inépuisable d'informations, pour apprendre ou bien pour "rafraîchir" ses connaissances! (L'âge indiqué est "de 10 à 15 ans", mais je l'étendrais volontiers de 8 à 111 ans!)

Un grand merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour cette belle découverte!

Je tiens à préciser que ce beau livre fait partie d'une nouvelle collection, "BAM!" dans laquelle existent d'autres titres, sur des sujets culturels variés, avec toujours ce même principe d'établir 40 portraits de 40 personnages ayant marqué le "thème" dont il est question (ex. "Rock Pop", "Foot", "Paix"...) le début d'une belle collection!

 *****

 


07 mars 2017

Les petites reines - Clémentine Beauvais

Les petites reines

  • Titre : Les petites reines
  • Auteur : Clémentine Beauvais
  • Editions : Sarbacane
  • Date de parution : 1er avril 2015
  • Nombre de pages : 270
  • ISBN : 978-2848657684

L'auteur

Clémentine Beauvais1

(Clic sur l'image pour accéder au site de Clémentine Beauvais)

Clémentine Beauvais, née en 1989, est une auteure jeunesse française.

Quatrième de couverture

On les a élues "Boudins de l'année" sur Facebook.

Mais Mireille Laplanche et ses "boudinettes", Hakima et Astrid, n'ont pas l'intention de se lamenter sur leur sort!

Elles ont des mollets, des vélos, et elles comptent bien rallier Bourg-en-Bresse à Paris...

...pour s'incruster à l'Elysée!

Place aux petites reines !!!

Mes impressions

Voilà un roman jeunesse qui m'intriguait beaucoup, je suis donc allée l'emprunter à la médiathèque.

Pour commencer, j'ai franchement trouvé les héroïnes très grossières. Puis au fil de ma lecture, les gros mots m'ont moins gênée, ils faisaient certes partie du paysage, mais ils étaient supplantés par l'histoire elle-même et les belles valeurs qu'elle véhicule. Pour finir, je dirais que ce ne sont absolument pas eux que je retiendrai de cette histoire. 

Mieux vaut dire quelques gros mots (tout en sachant quand on peut se le permettre et quand il faut s'abstenir) et avoir de belles valeurs, plutôt que l'inverse, non?

Dans ce roman, Clémentine Beauvais nous parle de la "vraie vie" d'adolescentes mal dans leur peau et parfois malmenées. Ces trois filles ont donc été élues "Boudins de l'année" de leur collège-lycée de Bourg-en-Bresse. Astrid est inconsolable, mais très vite avec la capacité de Mireille à aller de l'avant (il faut dire qu'elle n'en est pas à sa première élection) et avec Hakima, le troisième "boudin", elles vont puiser leur force dans la source-même de leur "malheur". Commence alors un "road-trip", comme un voyage initiatique, dont elles sortiront grandies, mais au cours duquel elles essuieront tout de même quelques déboires. 

L'aventure de nos héroïnes se déroule en trois parties, intitulées "Bourg-en-Bresse", "La route" et "Paris", la deuxième partie étant la plus longue.

Le roman est construit sur la structure d'un conte, avec un obstacle, une quête, un éloignement du héros, des obstacles à surmonter, des aides "magiques" (ici elles ne sont pas magiques mais plutôt "spirituelles") et pour finir, le dénouement avec l'arrivée à Paris. 

L'auteure a utilisé beaucoup d'éléments de la vie quotidienne avec humour et réalisme. Tout au long du périple de Mireille et ses acolytes, elle nous offre par exemple des tweets accompagnés de pseudos parfois croustillants. 

Cet humour, vous le retrouverez aussi dans chaque article du blog de Clémentine Beauvais, un pur bonheur, et de franches rigolades, je vous conseille vivement d'aller y faire un tour. Quelle chance pour ses élèves, je pense qu'elle est capable de faire passer les notions les plus difficiles en littérature tout en les faisant mourir de rire.

Comme une réponse aux "gros mots", dans "Les petites reines", le vocabulaire peut être aussi très recherché (ex :  p. 25 "- Ne l'écoute pas Astrid : ce ne sont que mensongeries et billeversées!" p. 150 "Elle nous trouve "exemplaires", "déjantées et dégourdies" et conclut son panégyrique d'un splendide...") , les références littéraires, musicales, historiques fourmillent et l'humour est au rendez-vous presque à toutes les pages. 

p.52 "Et moi, très bien, il me reste le vélo de Maman, le petit bleu, celui qui fait pile ma taille - le vélo de Boucle d'Or, si Boucle d'Or avait été une grosse petite meuf aux cheveux raides et châtain. Allez, roule galette! On s'en va faire un tour."

p.117 "- C'est Lamartine, Hakima.

          - Ah, c'est lui, ce mec. Il a écrit quoi?

          - "Ô temps suspends ton vol..."

p.252 " - Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire, j'ai vu tous les Soleil y venir se Mireille. Aragon. Je croyais que t'aimais les poèmes? Moi, je me disais que ça allait te remonter le moral.

            - Y venir se Mireille?

            - Se mirer. Tous les soleils y venir se mirer. Se regarder dedans, quoi...Tain, mais Mireille, joue le jeu, quoi! Je te dis un poème, il faut que tu fasses un air ravi!"

p.58 "Et là-dessus, il se penche sur le côté et attrape par la taille (qu'elle a de guêpe) une jeune demoiselle parée de fort jolies toilettes, comme dit ma grand-mère, ce qui signifie non pas qu'elle se trimbale un WC portatif sur l'épaule, mais qu'elle est ceinte de vêtements parfaitement seyants."

p.202/203 "Mais en vérité, je n'ai pas l'impression qu'il va me faire ce coup-là. Ca fait des années qu'il est gentil pour rien. Ca fait des années qu'il s'évertue à me faire des cadeaux que je casse et que je jette. Pourquoi fait-il tout ça, alors que je suis un oeuf de coucou, une espèce de troll, la fille indésirée et indésirable qui lui gâche son bonheur à l'américaine, un nain de jardin dans son jardin d'Eden?"

J'ai apprécié la volonté de l'auteure de montrer que l'on peut être jeune, dire des gros mots, sans pour autant manquer de tact, d'intelligence, ni de culture! Et le tout sans lourdeur, avec tellement d'intelligence (de coeur et d'esprit).

Un conte moderne, qui fait du bien, ou comment répondre à la bêtise et à la bassesse par l'intelligence et la compassion.

Et c'est pour tout cela que j'ai beaucoup aimé "Les petites reines".

*****

Nota : le roman "Les petites reines" fait partie des quatre romans en lice pour le Prix des lycéens allemands 2017, je lui souhaite tout le succès qu'il mérite!

 

27 février 2017

Le mystère du géant de Prague- Le golem du ghetto - Sylvie Baussier

Le mystère du géant de Prague - Le golem du ghetto

  • Titre : Le mystère du géant de Prague - Le golem du ghetto 
  • Auteur : Sylvie Baussier
  • Editions : Oskar éditeur 
  • Date de parution : 15 octobre 2015
  • Nombre de pages : 104
  • ISBN : 979-1021403710

L'auteur

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier)

Quatrième de couverture

1580. Le ghetto, quartier juif de Prague, vit dans la peur et la menace : des individus malveillants font croire que certains membres de la communauté juive tuent des enfants chrétiens pour utiliser leur sang au cours de rituels. L'empereur Rodolphe II décide que tous les habitants du ghetto sont responsables de ces accusations. Il envisage alors de les expulser. Afin de protéger sa communauté contre cette violence, Rabbi Loew, le grand rabbin de Prague, crée en secret un golem…

***

Je n'existe pas encore. Pourtant je suis la glaise humide des bords de rivière, l'esprit qui flotte dans les bancs de brume. Un jour proche, un homme sculptera mon corps et m'introduira dans le monde des humains. Ce monde trépidant où certains trichent, mentent et font du mal. Moi, le géant de Prague, celui que l'on nomme le Golem, je me lèverai pour protéger les opprimés coincés dans le ghetto. Telle est ma destinée. Un jour, quelqu'un me dictera mes actes. Un jour, dans la ville de Prague... Un jour, pour défendre les opprimés du monde...

Mes impressions

Un livre extrêmement intéressant, qui permet au lecteur d'aborder, à travers une histoire librement adaptée, le thème et l'histoire de la légende juive du Golem. Vers la fin du 16ème siècle, Rabbi Loew, le grand rabbin de Prague, sentant son peuple menacé, donne naissance au golem. Lui seul pourra le seconder efficacement dans sa tâche. Le golem, ce géant de glaise qui ne prend véritablement vie que quand on écrit le nom de Dieu sur son front, va alors accomplir la mission qui lui est confiée, celle de défendre le peuple juif, de démasquer les menteurs et les méchants comploteurs.

J'ai beaucoup aimé la façon dont Sylvie Baussier a abordé ce thème, en nous racontant la relation qui s'est peu à peu installée entre le golem et son créateur, son maître. Le golem est ici "humanisé", et ce de façon très légère et subtile. Dans certains chapitres, écrits en italique, c'est la pensée du golem qui nous est livrée. Et il découvre de quelles bassesses l'homme est capable, mais il fait aussi le constat que même différents, les hommes bons se ressemblent.

p.35 "Et maintenant, il observait et s'étonnait. Il avait cru que les juifs du ghetto et les chrétiens des autres quartiers étaient ennemis. Pourtant, certains en ce moment où la justice éclatait se souriaient, se saluaient. Ensemble, ils se réjouissaient. Le golem trouva soudain que malgré leurs vêtements différents, malgré l'éloignement de leurs maisons, ils se ressemblaient. C'est sans doute tous ceux-là qu'il avait pour mission de protéger des méchants."

Le golem est une entité qu'il est difficile de définir, une légende, un "être" impalpable, difficile à représenter. Créature née de la volonté de l'homme, il doit lui obéir, mais peut aussi échapper à son contrôle et devenir dangereux. Tout ceci est très subtilement amené dans le roman de Sylvie Baussier. 

p. 47 "Qu'allait-il advenir d'eux? Le golem n'allait-il pas les livrer à l'ennemi, sans le vouloir? Il avait été créé pour faire le bien, mais savait-il jusqu'où pouvait aller la noirceur de certains humains?"

L'auteure, à travers ce récit, initie le lecteur à la légende du golem tout en lui racontant une belle histoire, pleine de péripéties et d'émotions.  A plusieurs reprises, grâce à la présence du Golem, quand l'honnêteté et la gentillesse seules ne suffisent plus, le bien triomphe, les méchants sont démasqués et le lecteur en retire un réel sentiment de bien-être. Il y a je pense plusieur degrés de lecture possibles, les plus jeunes y verront une "histoire" et retiendront le nom de golem (qu'ils connaissent par ailleurs dans tous leurs jeux électroniques! Ils en connaîtront ainsi l'origine!) et les plus vieux y verront des références plus subtiles à cette légende du golem.

Le moment où dans le ghetto on s'apprête à fêter la pâque m'a beaucoup touchée, ayant moi-même été invitée à fêter la pâque juive dans une famille de Brooklyn il y a ...17 ans, en avril 2000. Nous étions doublement étrangers (non juifs et français) et avons été accueillis à bras ouverts par cette famille, le père de famille nous faisant le récit de la sortie d'Egypte (les 10 plaies d'Egypte), chaque aliment présent sur la table symbolisant un moment important du récit. J'avais alors été très impressionnée, et j'ai aimé retrouver cette ambiance dans ce passage du livre.

J'ai par ailleurs beaucoup apprécié le dossier (Prague, les ghettos juifs, le golem, les ghettos modernes...)très complet et illustré à la fin de l'ouvrage.

Ce roman est sélectionné pour participer au Prix Azimut 2017 (prix littéraire des lycées français de la zone Asie), je profite donc de ce message pour souhaiter bonne chance au Golem, à Sylvie Baussier ainsi qu'aux éditions Oskar Editeur, que je remercie pour cette lecture!

*****

Deux liens concernant le golem et la ville de Berlin.

Très récemment (du 23 septembre 2016 au 29 janvier 2017) au Jüdisches Museum Berlin (musée juif de Berlin) a eu lieu une très belle et intéressante exposition intitulée "Golem" (l'expo est terminée, mais le lien permet encore de voir des photos et quelques vidéos)

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Au nord de Berlin se trouve le plus grand cimetière juif d'Europe (42 hectares, 115 000 tombes), le cimetière de Weissensee (Jüdischer Friedhof Weissensee). Chose étrange, ce cimetière n'a absolument pas été détruit, ni même effleuré pendant la guerre, alors que la ville entière était rasée à la fin de la guerre. Une légende dit qu'un golem l'aurait protégé à cette époque...

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Edit du 7 mars 2017

Je viens de retrouver les photos prises lors de ma visite de l'exposition sur le Golem au musée juif de Berlin à l'automne dernier, en voici quelques unes.

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24 février 2017

Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker - Marie Darrieussecq

Etre ici est une splendeur - La vie de Paula M

  • Titre : Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker
  • Auteur : Marie Darrieussecq
  • Editions : P.O.L.
  • Date de parution : 17 mars 2016
  • Nombre de pages : 160
  • ISBN : 978-2-8180-3906-9

L'auteur

Marie Darrieussecq, née le 3 janvier 1969 à Bayonne est une auteure française. Truismes, son premier roman, paru en 1996 a rencontré un grand succès et a été traduit dans une trentaine de langues.

Marie Darrieussecq

 

Quatrième de couverture

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

Mes impressions

 Marie Darrieussecq rencontre Paula Modersohn Becker au hasard d'un courrier qu'elle reçoit l'invitant à une conférence. L'illustration, en tout petit, est un tableau représentant une femme nue, allongée sur le côté, allaitant son nouveau-né.

Commence alors une quête, une enquête sur les traces de cette artiste peintre née en 1876 à Dresde, qui déménagera à Brême avec ses parents puis ira apprendre la peinture à Worpswede, où elle rencontrera son futur mari, le peintre Otto Modersohn.

Au cours de sa courte vie Paula Modersohn Becker fait plusieurs séjours à Paris, où elle aime vivre et peindre. Elle y côtoie son ami Rainer Maria Rilke, qui a épousé son autre amie Clara Westhoff, elle-même élève de Rodin. A ce moment-là, Rilke est le secrétaire de Rodin.

J'ai beaucoup aimé découvrir la vie et l'oeuvre de Paula Modersohn Becker, je me suis parfois perdue, j'ai aimé que l'auteure se livre de temps en temps, nous dévoilant certains moments de son enquête (un peu comme l'a fait David Foenkinos pour Charlotte). Ce livre se lit vite, de même que Paula a vite vécu sa vie, comme si elle savait que son temps était compté. A l'instar de Charlotte Salomon, elle a eu une courte vie et elle a laissé une grande quantité d'oeuvres. J'aurais apprécié que ce livre soit illustré, peut-être le serat-t-il dans une prochaine édition?

Paula Modersohn Becker est la première femme à avoir réalisé des autoportraits nus, puis enceinte.

PMB nue

p.122 "Est-ce parce que les modèles coûtent cher? Est-ce délibéré? Cette femme saine, sportive, jolie, ronde, nudiste, allemande, aimait son corps. Se peindre nue : ce geste-là. Nul narcissisme : du travail. Tout est à faire. D'après miroir ou photo. Tout est à trouver. Je ne sais pas si elle a conscience de ça : d'être la première. En tout cas, nue, elle a toujours l'air joyeuse."

Paula MB

p.78 "Paula a laissé tomber la perspective. Elsbeth est à plat sur la plaine. Elle est haute exactement comme la digitale. Les poules sont devant son torse. L'herbe, le bois et le ciel font trois bandes de couleur. Les pieds sont dans les racines. Le visage incliné est un infini vers l'enfance. La robe explose de blancheur. Aucune ombre. Comment a fait Paula pour donner à ces petites joues, à ces petits bras, le relief doux et rond absent du reste de la toile? Elle a mis vingt-sept ans - elle a mis toute la vie."

PMB Clara Westhoff

p.96 "Et Clara est revenue à Worpswede. Elle reste, malgré tout, la meilleure amie de Paula. Qui la peint, en robe blanche, une rose à la main, la tête un peu renversée, grave. Une pause paula-beckerienne, solennelle sans emphase, et sérieuse, et pleine, et belle."

Paula MB1  

 

Pour accompagner son livre, Marie Darrieussecq a participé à l'organisation de l'exposition "Paula Modersohn Becker l'intensité d'un regard" (prenez le temps de regarder les deux vidéos de présentation de l'expo) au Musée d'Art Moderne de Paris, du 8 avril au 21 août 2016. Paula Modersohn ENFIN exposée à Paris et reconnue par cette ville qu'elle a tant aimée.

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir cette belle exposition...certaines et certains d'entre vous l'ont elles (ils) vue? 

Si je ne suis pas allée à Paris, j'ai vu (et adoré) le film qui est sorti en décembre 2016 en Allemagne et qui s'intitule 

"Paula - mein Leben soll ein Fest sein"

 

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(Clic sur l'affiche pour voir la bande annonce)

 

 *****

Autres liens

Voici pour celles et ceux que ça intéresse la vie de Paula Modersohn-Becker en deux courtes vidéos 

Paula Modersohn-Becker. Geschichte einer Malerin (première partie)

Paula Modersohn Becker in Paris (deuxième partie)

 

Musée "la maison de Paula Modersohn-Becker" à Worpswede

Musée Otto Modersohn à Fischerhude. 

 

PMB Photo

 

Extraits

p.12 "Et si seulement l'amour veut bien éclore pour moi, avant que je m'en aille ; et si je peux peindre trois bons tableaux, alors je m'en irai contente, des fleurs dans les cheveux"

p.19 "Camille Claudel fut élève à Colarossi, et Jeanne Hébuterne, l'amante de modigliani, s'y inscrira aussi."

p.53 "Paula, ses trognes et ses nombreux chapeaux : jusqu'à elle, tout allait bien en Allemagne. Oui, en 1900, pour Heinrich, Martha, Fritz, Otto et les autres, en Allemagne tout va bien. Paula est née et morte dans une Allemagne innocente. Un pays "grand, simple et noble", comme l'écrit Rilke au couple Modersohn pour ses voeux."

p. 60 "En mai 1901, pour leur voyage de noces, Otto et Paula font un tour de l'Allemagne. Berlin. Dresde. Un saut à Prague. Une excursion dans les Sudètes, chez leur ami Carl Hauptmann. Ils trouvent Schreiberhau trop touristique (aujourd'hui Szklarska Poreba, populaire station de ski polonaise). Ils grimpent au Schneegrubenbaude dans les monts des Géants (aujourd'hui Sniezne Kotly à la frontière tchéco-polonaise). L'Elbe prend sa source ici. C'est l'Allemagne d'avant le traité de Versailles, la très grande Allemagne impériale.

p. 86 "Autour de la maison elle a planté des rosiers, des tulipes, des oeillets, des anémones. Elle arrose, désherbe, a les ongles noirs. Elle trace dans le jardin des bordures et des sentiers, sème des parterres touffus, imagine des coins retirés avec des petits bancs. Les fleurs fragiles, elle les tuteure avec des chiffons de couleur. Elle a rapporté de Meudon le goût du vert en désordre, ne veut pas d'un jardin allemand. Elle installe même des pergolas, qu'elle décrit à sa tante Marie comme extravagantes, une sous un grand sureau, une autre sous un bouquet de bouleaux, une autre qui portera des courges... Au centre du jardin, elle place un grand globe de verre, qu'on retrouve dans certains de ses tableaux, étrange et féérique."

p. 87 "L'été 1904, ils le passent à Fischerhude, à une quinzaine de kilomètres de chez eux. C'est un autre village d'artistes, plus plat que Worpswede, et devenu presque aussi touristique ; s'y trouve aujourd'hui le musée Otto-Modersohn. L'auberge où ils descendent existe toujours, devenue un hôtel chic. Avec eux sont les Vogeler, et une soeur de Paula, Milly et son mari. Parties de canot, bains dans les rivières, danses à la Isadora Duncan ; Otto joue de la flûte. Et nudisme. Petit déjeuner au naturel au bord de l'eau - sans Mme Vogeler, précise Otto dans son journal. "

p.103 "Paula quitte la rue Cassette, trop chère, et trouve un atelier au 14, avenue du Maine. Il existe toujours, dans ce quartier pourtant très rebâti qu'est Montparnasse. Rilke n'a pas pu s'occuper de lui trouver des meubles, d'ailleurs il a déjà quitté Paris, dans un de ces mouvements rapides dont il est coutumier."

p.107 "Rilke rentre fin mars d'un voyage avec Rodin dont il est toujours le secrétaire. Paula et lui assistent, avec une foule d'admirateurs, au dévoilement du Penseur devant le Panthéon. Mais le 10 mai, suite à un malentendu, Rodin renvoie Rilke comme un "domestique voleur". Chassé de Meudon, démuni et blessé, le poète se réfugie à l'habituelle adresse du 29, rue Cassette."

p.138 "Un an exactement après la mort de Paula, à la Toussaint 1908, Rilke, à Paris, trois nuits hantées, écrit le Requiem pour une amie. Il est à l'Hôtel Biron, 77, rue de Varenne, un lieu repéré par Clara et qui deviendra le musée Rodin."

 

20 février 2017

TERRORISTE...TOI! - Arthur Ténor

TERRORISTE

  • Titre : TERRORISTE...TOI!
  • Auteur : Arthur Ténor
  • Editions : Oskar éditeur
  • Date de parution : 28 octobre 2016
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 979-1-0214-0515-8

L'auteur

Arthur Ténor, de son vrai nom Christian Escaffre, né en 1959 à Moulins, dans l'Allier, est un écrivain français spécialisé dans la littérature pour la jeunesse. Il vit toujours en Bourbonnais.

Arthur Ténor

(Clic sur la photo pour accéder au blog d'Arthur Ténor)

Quatrième de couverture

Timy et Marco, 12 ans, débordent de joie! Ils partent pour un après-midi shopping sur les grands boulevards à Paris. 

Objectif : acheter bonbons et cotillons pour la fête d'anniversaire de Marco. Et en plus, dans cinq jours, ce sera Noël! Au même moment, quatre fous de Dieu se livrent à un étrange cérémonial : ils vérifient les kalachnikovs et les gilets explosifs qu'ils vont utiliser pour délivrer leur message divin à cette société de mécréants qu'ils exècrent. Dans quelques minutes, ils seront sur place. Ce sera la rencontre et l'horreur!

Mais pas seulement pour les victimes innocentes...

Mes impressions

J'étais impatiente de lire ce roman très particulier parce que l'auteur aborde ici un sujet tellement sensible et délicat...

J'ai lu le livre un peu comme j'aurais regardé un film, sans m'arrêter. Le rythme est soutenu, intense. Le récit est présenté comme un compte à rebours, qui commence "24 heures avant l'horreur". En parallèle, le lecteur assiste, impuissant, à l'arrivée des jeunes Timy et Marco accompagnés de Clara, la grande soeur de Marco, dans un grand magasin parisien, et aux préparatifs rituels d'un groupe de quatre terroristes, s'apprêtant à attaquer ce même magasin. 

Au fur et à mesure de la lecture, on approche du moment fatidique de la "rencontre", les détails "techniques" ne nous sont pas épargnés, ce qui apporte encore plus de réalisme à l'histoire. Parmi les terroristes, la tension est palpable, Alim n'est plus très sûr, il se demande si "tuer des enfants" est approuvé par Dieu. Il est tout de suite "remis sur le droit chemin" par le chef. Azied, lui, à l'approche du lieu de l'attaque, se prend à repenser au dernier Noël qu'il a fêté...le lecteur entre dans la pensée des terroristes, ce qui est très inconfortable, dérangeant (mais pour "la bonne cause" si je puis m'exprimer ainsi.)

Le signal est donné de l'assaut et là commence l'horreur. Au cours du carnage, l'un des terroristes se trouve confronté à une situation qu'il n'avait pas prévue, il est alors déstabilisé, doit-il continuer? Peut-il continuer? Un véritable suspense commence, encore plus intense qu'au début du roman, la tension est à son apogée.

Je n'en dirai pas plus pour ne pas risquer d'en dévoiler trop, mais cette histoire est terriblement émouvante.

Ce roman, au-delà de l'horreur, de la terreur, de l'incompréhension, pose un début de questionnement et aborde également le sujet de "l'après" pour les victimes...il nous permet de regarder, à travers les yeux d'un adolescent de douze ans, notre  société sérieusement ébranlée face à de tels agissements, et si bien sûr, il n'a pas la solution, l'auteur fait avant tout passer un message de non violence, de réflexion, d'ouverture, de travail en amont.

Ainsi, la postface de l'auteur, qui fait cinq pages, s'intitule "Pourquoi ai-je écrit ce roman?" En voici la conclusion :

"Pour conclure, si l'on doit déceler un message dans "Terroriste...Toi!", j'aimerais que ce soit celui-ci : la haine n'est pas une réponse à la haine. Bien au contraire, puisqu'elle est justement le mal qui génère le mal. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai été bouleversé par la puissance émotionnelle du texte que le mari d'une des victimes du Bataclan, M. Antoine Leiris, a mis en ligne sur sa page Facebook. C'est de l'humanisme pur.

Or, c'est l'humanisme qui nous sauvera de la barbarie."

Ce roman est indiqué pour les âges de 11 à 111 ans. Certains penseront que 11 ans c'est jeune, je dirais que cela dépend des enfants, et de la façon dont le livre est amené. Depuis le 7 janvier 2015, certains enfants ont été confrontés à des images violentes et pas toujours avec des explications (souvent sans, car on n'en a pas!). Cet ouvrage a le mérite d'apporter des petits bouts de débuts de réponses, en tous cas il propose un cheminement vers une réflexion constructive. 

Je remercie Oskar éditeur pour cette découverte.

*****

Lectures associées

Je suis Charliberté (Arthur Ténor, Scrinéo, janvier 2016)

 

 

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15 février 2017

Manderley for ever - Tatiana de Rosnay

Manderley for ever

  • Titre : Manderley for ever
  • Auteur : Tatiana de Rosnay
  • Editions : Albin Michel - Héloïse d'Ormesson
  • Date de parution : 25 février 2015
  • Nombre de pages : 458
  • ISBN : 978-2-226-31476-5

L'auteur

Tatiana de Rosnay, née le 28 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine, est une journaliste, écrivain et scénariste française.

Tatiana de Rosnay1

(Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Tatiana de Rosnay)

Quatrième de couverture

"J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley." C'est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l'écran par Alfred Hitchcock.

Depuis l'âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d'avoir la vie lisse d'une mère de famille, qu'elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l'oeuvre torturée reflétait les tourments. 

Retrouvant l'écriture ardente qui fit le succès d'Elle s'appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d'exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s'aventure dans ses vieux manoirs chargés d'histoire qu'elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de coeur, ses amours secrètes. 

Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n'est pas un objet à posséder mais un état d'âme.

Mes impressions

Voilà. Je viens de le refermer, et Daphné du Maurier me manque déjà. Cette biographie se lit vraiment comme un roman. Si Tatiana de Rosnay a réalisé l'exploit de nous conter avec subtilité l'histoire de cette auteure insondable, qui n'aimait pas se livrer, c'est parce qu'elle la porte en elle depuis tant d'années. Et ça se sent. Elle nous permet d'entrer dans son intimité, sans jamais de voyeurisme. Elle fait la part belle aux paysages qu'elle a aimés, aux maisons qui l'ont fait vibrer et l'ont inspirée. En exergue, 

"Les gens et les objets disparaissent, pas les lieux." Daphné du Maurier (1907-1989)

J'ai l'impression, après avoir lu ce livre, d'avoir regardé par le trou de la serrure de Menabilly, et de devoir partir à reculons, sans faire de bruit. Tatiana de Rosnay a ce talent de nous rendre Daphné du Maurier presque intime, nous apprenons à connaître au fil des pages sa famille, ses amours, ses amis...sa façon de fonctionner pour trouver l'inspiration, son besoin de solitude pour pouvoir écrire. Ainsi nous la suivons de Londres à Fowey (Cornouailles), où elle passera la majeure partie de sa vie (à Ferryside, Menabilly puis Kilmarth) en passant par la France. Ces différents lieux sont d'ailleurs les titres des cinq parties qui composent cette biographie, ils en sont le fil conducteur.

En fin d'ouvrage, nous trouvons un lexique qui nous permet de comprendre le "code du Maurier". J'ai trouvé cela assez amusant et significatif de la complicité qui l'unissait à ses soeurs (Angela "Piffy" et Jeanne "Bird") mais aussi à certaines amies, puis à ses enfants une fois adultes.Toujours en annexe, l'ascendance française de Daphné du Maurier, une carte de Fowey sur laquelle figurent les différentes demeures habitées par l'auteure, les sources de Tatiana de Rosnay et la liste des oeuvres de Daphné du Maurier.

"Manderley for ever" est un ouvrage parfait pour découvrir l'auteure et son oeuvre bien sûr, mais il ravira les inconditionnels de Daphné du Maurier qui y trouveront la genèse de chacun de ses livres. 

Un gros coup de coeur pour moi!

*****

Daphné du Maurier

En cliquant sur la photo, vous pourrez accéder au site internet "Daphné du Maurier"

Et pour celles et ceux qui le souhaitent, retrouvez ici une interview de Daphné du Maurier datant de 1977, à Kilmarth

et ici une interview de Tatiana de Rosnay au sujet de Manderley for ever.

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Petit clin d'oeil à Berlin, je penserai à Daphné du Maurier maintenant quand je passerai devant l'hôtel Adlon ou dans le Tiergarten! En ce qui concerne le "Climat d'efficacité totale, calme et presque pas de trafic dans les rues", cela n'a pas changé, si l'on compare à Paris! 

p.126 "En mars 1927, Daphné se rend à Berlin avec l'actrice Viola Tree, amie proche de ses parents. Viola a des rendez-vous professionnels à effectuer pendant son séjour, elle doit rencontrer un metteur en scène, visiter quelques théâtres. C'est sans doute une nouvelle diversion parentale, mais Daphné s'y plie sans protester : Viola est une femme exquise, et la jeune fille est curieuse de découvrir Berlin. Dans son journal, elle écrit : Climat d'efficacité totale. Calme. Peu de monde, presque pas de trafic dans les rues. Luxe inouï de l'hôtel Adlon, où Viola, aussi surexcitée qu'une gamine, fait couler l'eau chaude à flots. Dîner dans un café bourgeois. Mon Dieu, comme les Allemands aiment manger. Le lendemain, la balade dans les jardins de Tiergarten n'a rien à voir avec celles du bois de Boulogne, les passants ont des traits lourds et épais, et même si l'ex-palais du Kaiser à Potsdam est impressionnant, le palais de Sans-Souci également, où vivait Frédéric le Grand, ce n'est pas Paris. Aucune ville ne pourra remplacer Paris dans le coeur de Daphné."

p.149 "Elles aboutissent sur une grande pelouse envahie par les mauvaises herbes, bordée d'arbres, et Angela voit le visage de sa soeur s'éclairer. Qui peut-elle regarder ainsi, avec une telle ferveur, tant d'amour? Curieuse, Angela suit la direction des yeux de Daphné, et c'est le manoir qui se dresse devant elles, Menabilly, vaste bâtisse haute de deux étages, aux volets fermés, à la façade grise mangée par un épais lierre. Elles se tiennent à distance, guettent un signe de vie, mais il n'y a aucun bruit, alors elles s'aventurent vers le manoir. Un des volets est ouvert au rez-de-chaussée. Par les vitres poussiéreuses, elles aperçoivent des tableaux aux murs, des meubles recouverts de draps, un cheval à bascule à la peinture écaillée. Angela trouve l'endroit lugubre, empreint de chagrin et de solitude, mais pas Daphné. Dans son journal, le soir même, elle écrit jusque tard dans la nuit. Je suis complètement sous l'emprise de Menabilly.

Nous sommes en 1926, Daphné du Maurier ne réalisera son rêve d'habiter Menabilly qu'en 1943!

Lors d'une autre balade à Menabilly, cette fois-ci Daphné a réussi à entrer dans le manoir : 

p.163 "Tout au long de la soirée, Daphné ne parvient pas à chasser de son esprit les images de la maison. Pourquoi est-elle possédée à ce point par un passé qui n'est pas le sien, hantée par la mémoire des murs d'un manoir abandonné?"

"Tommy", Frederic Browning, le mari de Daphné du Maurier, a fait la bataille de Cambrai en novembre 1917, au bois Gaucher...

p.188 "Lorsqu'elle le regarde partir chaque matin pour la base militaire, beau et fier dans son uniforme orné des décorations prestigieuses, elle est la seule à savoir que son mari, à la tête de centaines d'hommes, sanglote au milieu de la nuit comme un petit garçon."

 

p.308 "Le roi est mort dans son sommeil. Angela, à fleur de peau, se met à pleurer, tandis que Daphné, sonnée, ne prononce plus un mot. Georges VI n'avait que cinquante-six ans, un an de plus que Tommy. Daphné pense à son mari qui accompagne depuis quelques jours la princesse Elizabeth et son époux en Afrique. Tommy va devoir escorter la nouvelle reine d'Angleterre, vingt-cinq ans, lors de son retour au pays en ce funèbre 6 février 1952. A-t-elle au moins un vêtement sombre dans ses valises pour la descente d'avion?"

 

p.366 "Le spectateur doit attendre au moins une heure avant de voir les premières attaques d'oiseaux. Toutefois, le film obtient un succès international, mais Daphné est irritée que son nom soit si rarement cité lors des interviews du réalisateur. Hitchcock a adapté trois de ses ouvrages en vingt-quatre ans, ne lui a jamais rendu hommage, et a toujours eu tendance à minimiser, voire à dénigrer son travail d'écrivain."

Un an après la mort de son mari, elle avait écrit un texte dont voici un extrait : 

p.384 "J'aimerais dire à ceux qui subissent un deuil (je parle en mon nom, de ma propre expérience) qu'il faut envisager chaque jour comme un défi, une épreuve de courage. La douleur viendra par vagues, pour une raison inconnue, et certains matins seront pires que d'autres. Acceptez cette douleur. Ne luttez pas contre elle. Ne la dissimulez pas, surtout à vous-même." 

10 février 2017

Brocante à la maison #1

Aujourd'hui, pas de chronique, mais des beaux livres, juste pour le plaisir. Et le souvenir!

En France, nous vivons dans une très vieille maison, construite en 1639.

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Cette maison, quand nous sommes arrivés, était déjà pleine de livres...(un signe?) Les livres n'ont pas l'âge de la maison! Tout de même, certains commencent à se faire vieux. J'avais très envie de vous en montrer quelques uns, je commence par mes préférés,

les albums de Bécassine

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L'enfance de Bécassine (édition de 1969)

Un album où l'on apprend tout sur la naissance de Bécassine à Clocher-les- Bécasses et son enfance auprès de l'Oncle Corentin, Joel, Marie Quillouch et déjà la famille de Grand-Air. On y découvre sa véritable identité... Un concentré de bonne humeur et d'épisodes drôles et tendres, où Bécassine montre déjà toute l'inventivité dont elle fera preuve tout au long de ses autres albums. (résumé emprunté au site des Editions Gautier-Languereau)

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Bécassine nourrice (édition de 1979)

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Bécassine aux bains de mer (édition de 1980)

 

Avez-vous lu Bécassine? Quels souvenirs en avez-vous? Le début d'une collection, peut-être...

Je vous souhaite un beau week-end et de belles lectures!

 

03 février 2017

Ma liberté tout en couleurs - Nancy Guilbert et Sylvie Baussier

Ma liberté tout en couleurs

 

  • Titre : Ma liberté tout en couleurs
  • Auteures : Sylvie Baussier et Nancy Guilbert
  • Illustrateur : Bruno Liance
  • Editions : Oskar Editeur
  • Collection : Ottokar
  • Date de parution : 12 décembre 2016
  • Nombre de pages : 64
  • ISBN : 979-1-0214-0528-8

Les auteures

Nancy Guilbert

Nancy guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Nancy Guilbert)

 

Sylvie Baussier

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

(Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier)

Quatrième de couverture

Alors qu'elle trime sous la chaleur des champs de coton, Cassie, une jeune esclave, aperçoit un mystérieux homme blanc. 

Il passe ses journées à l'observer depuis qu'il est arrivé à la plantation. Est-il dangereux? 

Et si cette rencontre apportait un espoir à Cassie? Un espoir inattendu?

Mes impressions

 Dès sa sortie, j'étais très curieuse de découvrir ce roman, tout d'abord parce que j'aime ce qu'écrit Nancy Guilbert (et c'était pour moi l'occasion de découvrir Sylvie Baussier, que j'ai certainement déjà rencontrée via les Kididocs à l'école - et à la maison aussi-  d'ailleurs!) et parce que l'illustration de la couverture est tout simplement sublime. Je trouve que ça compte aussi beaucoup, surtout dans la littérature jeunesse!

Je remercie donc Oskar Editions de m'avoir permis cette découverte.

Ma liberté tout en couleurs - illustration

Les jolies illustrations de Bruno Liance accompagnent le lecteur tout au long du roman

Dans ce court roman, nous faisons la connaissance de Cassie, une jeune esclave qui vient d'arriver dans la plantation. Le travail est pénible, elle n'y est pas habituée, elle était auparavant une "esclave de maison". En même temps que la difficulté du travail et la férocité du maître, elle découvre la bienveillance, le courage, l'entraide du côté de ses compagnons d'infortune en la figure de Mama Eugenia, qui à plusieurs reprises va lui éviter le pire...et puis il y a cet homme blanc qui fait son apparition et ne cesse de l'observer. Cassie s'en inquiète autant qu'elle s'en étonne...que lui veut-il?

Si j'ai apprécié dans ce roman les valeurs qu'il porte, j'ai aussi été agréablement surprise par la construction du récit. En effet, la "même histoire" nous est racontée deux fois, mais de deux points de vue différents. Dans la première partie, écrite par Nancy Guilbert, c'est Cassie qui nous parle. Dans la seconde partie, écrite par Sylvie Baussier, nous revivons certains événements de la première partie, mais à travers le regard du mystérieux homme blanc. Nous apprenons donc qui il est et quelles sont ses intentions, je n'en dis pas plus!

Une belle prouesse de la part des deux auteures, qui parviennent, à quatre mains, à nous livrer un message d'espoir, d'entraide, de bonté qui fait du bien. En écrivant cet ouvrage ensemble, elles joignent avec succès le geste à la parole!

Bravo à elles!

*****

Cassie

p.11 "Il a porté lui-même des colis plats bien emballés dont j'ignore l'utilité."

L'homme blanc

p.28 "Je ne laisse jamais des serviteurs transporter mes toiles. Ni des esclaves, dans ce sud des Etats-Unis où je suis simple visiteur. Pour ce genre de tâche, je ne fais confiance qu'à moi-même."

 

20 janvier 2017

Les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

Les gens dans l'enveloppe

  • Titre : Les gens dans l'enveloppe
  • Auteur : Isabelle Monnin (et chansons d'Alex Beaupain)
  • Editions : JC Lattès
  • Date de parution : 2 septembre 2015 (sept. puis nov. 2016 pour les éditions poche)
  • Nombre de pages : 370
  • ISBN : 978-2709649834

L'auteur

Isabelle Monnin est une journaliste et auteure française. 

Isabelle Monnin

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Isabelle Monnin)

Quatrième de couverture

En juin 2012, j'achète à un brocanteur sur internet un lot de 250 photographies d'une famille dont je ne sais rien. Les photos m'arrivent dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard.

Dans l'enveloppe il y a des gens, à la banalité familière, bouleversante. Je décide de les inventer puis de partir à leur recherche. Un soir, je montre l'enveloppe à Alex. Il dit : "On pourrait aussi en faire des chansons, ce serait bien." Les gens dans l'enveloppe, un roman, une enquête, des chansons.

                                                                                                   I.M.

Mes impressions

Ce livre, je l'ai emprunté à la médiathèque, car il était le "coup de coeur" de l'équipe. Mais je crois que je l'aurais de toutes façons emprunté, car le titre, la couverture, la quatrième de couverture, tout m'attirait. Seulement, il n'est pas arrivé chez moi à la bonne période (juste avant, puis pendant les fêtes) J'ai donc une première fois renouvelé mon emprunt, puis j'ai dû le rendre au retour des vacances, je ne l'avais toujours pas lu! Je déteste ça, et en plus les premières pages ne faisaient que confirmer mon goût pour cette histoire! Etant en France pour les vacances, je me suis procuré la version poche chez mon libraire, ainsi j'ai pu le rendre le coeur plus léger! Et je ne regrette pas cet achat, c'est un livre que je prendrai du plairsir à relire ou à feuilleter de temps à autre! Et puis avec le livre, il y a le CD!

Comme indiqué précédemment, tout commence par l'achat d'une série de photos sur internet. Ces photos arrivent chez Isabelle Monnin dans une grande enveloppe blanche, elle les regarde, s'en imprègne et peu à peu, l'envie lui prend d'imaginer l'histoire des gens qu'elle voit sur ces photos. Elle y sent avant tout une histoire d'abandon. Cette petite fille qui apparaît sur les photos s'appellera "Laurence". Puis autour de "Laurence" se dessinent d'autres personnages, un papa seul (Serge), une maman absente (Michelle), des grands-parents (Simone - Mamie Poulet - et Raymond), l'attente...les promenades du dimanche au barrage...une histoire touchante et bouleversante de simplicité. Le roman se déroule en trois parties, la première étant consacrée à Laurence, la seconde à Michelle (sa maman) et la dernière à Simone (sa grand-mère) trois histoires d'abandon.

p. 20 "J'aurai huit ans demain et maman n'est pas là. Il y a quarante-quatre jours qu'elle est partie. Disons plutôt qu'il y a quarante-quatre jours qu'elle n'est pas rentrée."

p.21 "Dimanche dernier c'était la fête des mères. On a préparé un calligramme avec le maître. Au début, il a proposé que j'aille dans le groupe des mamans mortes avec Laurent mais finalement il a accepté que j'en fasse un quand même."

p.27 "Je n'aurais jamais cru pouvoir devenir amie avec un objet. C'est pourtant ce qui est arrivé avec ce nouveau téléphone. Je l'appelle Nono. Depuis que j'ai découvert un jour qu'on l'avait mal raccroché, je passe mon temps à vérifier que le combiné est bien sur son socle, les deux petits tiquelets bien enfoncés. 

    Ca fait bientôt douze ans que j'attends que ma vie commence.

    Même la nuit, je vérifie que le téléphone est raccroché. Mon père dort sur le canapé, de son sommeil de trop bu, il ne va presque plus dans leur chambre. Je veille. Mes nuits ne s'endorment plus jamais, c'est comme si elle était partie avec mon dormir.

    Quand elle appellera, je ne la louperai pas.

Impossible, impossible."

p.147 "Si elle n'était pas passée [sur terre], quelle différence? La rivière coulerait pareille. Le barrage, pareil. Le lac, le même. On raconterait sa vie et ce ne serait pas sa vie mais juste celle de quelqu'un d'ici. On dirait sa vie mais on ne dirait pas Simone.

    D'elle comme des autres, il ne restera rien."

Vient ensuite à Isabelle Monnin l'idée de partir à la recherche de ces gens. La seule chose qu'elle pense savoir, c'est que ces photos ont été prises en Franche-Comté. Commence alors une enquête palpitante, relatée dans la deuxième partie du livre, que j'ai autant aimé lire que la partie romancée. Nous vivons les découvertes pas à pas avec l'auteure, nous faisons la connaissance de ces gens (car elle les retrouve!) en même temps qu'elle (j'avais le coeur qui battait autant qu'elle je crois! Je pense pouvoir imaginer l'effet que cela peut faire à un auteur d'aller à la rencontre de ses personnages dans la "vraie vie")

Commence alors notre découverte de l'histoire de ces gens, que l'on ne peut s'empêcher de mettre en balance avec le roman. L'auteure nous y invite également, reposant par-ci par-là quelques phrases du roman qui viennent se superposer à la vraie histoire. Et que dire sinon que tout cela est à la fois d'une simplicité et d'une force inouies. Isabelle Monnin avait "vu juste" sur certains points (que je ne dévoilerai pas ici), moins sur d'autres, mais toujours, cette vraie histoire des gens se superpose (qui dans les sentiments qui dans les chemins de vie) à l'histoire imaginée par l'auteure. Parce qu'elle raconte tout simplement LA VIE (p. 311 "...universelle et singulière..."), ses interrogations, sa complexité et sa simplicité, ce qu'il en reste "après"...

J'ai été très sensible à ce livre, autant à sa forme qui découle d'une démarche très originale qu'à son contenu, j'aime l'écriture d'Isabelle Monnin, j'ai à maintes reprises annoté le livre (enfin collé des petits marque-pages car je ne peux pas écrire dans un livre) j'aime la façon dont elle questionne la vie à travers cette histoire. 

Et puis, "cerise sur le gâteau", il y a le CD, qui contient des chansons choisies par "les gens", des chansons qui ont une signification pour eux, et des chansons écrites et composées par Alex Beaupain. Au départ, il n'a pas vraiment retenu mon attention, je l'ai écouté beaucoup trop tôt! Mais quand j'ai compris qui chantait certaines chansons, alors là quelle émotion! 

Un gros gros coup de coeur pour tout ce "travail"!

*****

J'ajoute ici les passages que je souhaite retenir.

p.53 "Jamais je ne lui dis que je l'aime. Dire Je t'aime, c'est se souvenir d'un temps où je ne t'aimais pas, c'est envisager celui où je ne t'aimerai plus. Dire Je t'aime serait donner une fin à l'amour. Je lui donne l'infini silence de mon amour."

p.161 "Où vont les secrets quand il n'y a plus personne à qui les cacher?"

p.184 (mais les dernières pages du roman ne sont pas numérotées, les textes sont posés comme des poèmes)

    "Elle attend l'ultime battement de son coeur. Elle n'a pas peur. Elle le sent monter, il vient de loin, identique à tous les autres et pourtant unique. Il va hésiter un peu, petit dernier au plongeoir, il se retournera avant d'atteindre le bord.

   Rester seul? Pour quoi faire?

   Il sera brave. Il se lancera d'un coup."

p.223 "Je ne sais toujours pas dire précisément ce qui m'émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l'instant unique qu'on ne revivra jamais. Elles me chantent l'effort vain de l'humain pour retenir la vie. Tracer un trait sur la paroi de la grotte, modeler une glaise, graver le tronc d'un arbre, fixer la lumière sur la pellicule. Ecrire un mot. Dire j'étais là, tu étais là.

On ne retient pas la vie, on peut juste s'en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. Du sable entre les doigts, une goutte d'eau sur une pierre chaude."

p.318 "Toute sa vie, l'abandonné se débat contre le même monstre vide, il s'entaille à ses invisibles griffes. L'abandon est un fardeau creux, il pèse des tonnes."

p.329 "...Je me demande s'ils écoutaient Ménie Grégoire à l'heure de la vaisselle - et ce qu'en pensait mamie Poulet."

p.343 "Comme les archives et les souvenirs des proches, les maisons disent un peu des gens qui les ont habitées. Ils laissent leurs traces dans les murs, à leur corps défendant."

 

Les gens dans l'enveloppe 1

 

17 janvier 2017

Hommage à Erika et Klaus Mann

Petit message pour partager avec vous une jolie exposition visitée la semaine dernière au "Schwules Museum" (musée gay) de Berlin.

&&&   "Es ist also ein Mädchen" : Hommage an Erika und Klaus Mann   &&&

Je n'ai jamais rien lu d'Erika ni de Klaus Mann (ni de leurs célèbres père et oncle Thomas et Heinrich d'ailleurs!), grosses lacunes à combler si possible rapidement...! ma PAL va encore s'allonger, au secours! J'ai néanmoins pris un grand plaisir à découvrir quelques éléments de leurs vies.

Fratrie

Sur cette photo de 1925, les enfants Mann entourent leur mère Katia. De gauche à droite Monika, Golo, Michael dans les bras de sa mère Katia, Klaus et Elisabeth sur les genoux de l'aînée des enfants, Erika.

Erika et Klaus Mann, les deux aînés, sont nés à Munich respectivement en 1905 et 1906. Ils grandissent dans une famille très ouverte à la culture, dont la maison est un lieu de rencontre pour les intellectuels et les artistes. Néanmoins, Klaus, qui devient écrivain, souffre de l'ombre de son illustre père, Thomas Mann, qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1929. On le voit dans cette caricature : 

Klaus et son père - caricature

Thomas Mann et son fils Klaus

"Pourtant, tu le sais, Papa, les génies n'ont jamais de fils géniaux. Tu n'es donc pas un génie."

Erika suit des études d'art dramatique à Berlin puis devient actrice et fait ses débuts au Deutsches Theater de Berlin.

En 1925, à 18 ans, Klaus publie sa première pièce de théâtre et un recueil de nouvelles. Anja et Esther est représentée pour la première fois à Munich le 20 octobre 1925, puis au Kammerspiele de hambourg le 22 ocotbre. A Hambourg, Erika et Klaus se produisent sur scène avec Pamela Wedekind et Gustav Gründgens. La pièce ayant pour thème l'amour lesbien est un succès surtout lié au scandale qu'elle provoque. 

La même année, Klaus Mann fait son premier grand voyage à l'étranger, qui le conduit en Angleterre, à Paris, Marseille, en Tunisie, à Palerme, Naples et Rome. Dans son premier roman, La Danse pieuse, paru en 1926, il témoigne publiquement de son homosexualité. Alors qu'elle est amoureuse de Pamela Wedekind, le 24 juillet 1926, Erika se marie avec le comédien Gustav Gründgens, qui connaît les Mann depuis 1923 et serait, à cette époque, l'amant de son frère. (source Wikipedia pour ce paragraphe)

En 1927, Erika et Klaus entreprennent un voyage à travers le monde, ils écriront à leur retour "A travers le vaste monde" (Rundherum. Das Abenteuer einer Weltreise)

A Paris, Klaus fait la connaissance en 1928 d'André Gide, dont il fait son modèle, puis de Jean Cocteau. Il adaptera son roman Les enfants terribles pour la scène en 1930.

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En 1933, Erika, Klaus, Therese Giehse et le compositeur Markus Henning fondent à Munich un cabaret satirico-littéraire, "Die Pfeffermühle", le moulin à poivre. Erika et Klaus écrivent la plupart des textes, dont une majorité sont anti-nazis.

Cette même année, ils sont contraints de quitter l'Allemagne, et vivent entre la Suisse, la France et l'Angleterre. Tous les membres de la famille sont alors déchus de la nationalité allemande, mais obtiennent la nationalité tchécoslovaque.

Le Moulin à Poivre rouvre ses portes avec succès à Zurich, puis plus tard à New York, mais là avec moins de réussite.

Die geistige Emigration - Arthur Kaufmann

"Die Geistige Emigration", par Arthur Kaufmann.

J'ai particulièrement aimé ce tableau, commencé par l'artiste en 1938 à New-York et achevé en 1964. Il représente des allemands contraints à une émigration vers l'Amérique. Sur la scène du milieu, on reconnaît entre autres Albert Einstein, Erika, Klaus et Thomas Mann...

Portraits Klaus et Thomas Mann par A

Portraits de Klaus et Thomas Mann, toujours par Arthur Kaufmann. (désolée pour la mauvaise qualité de certaines images...)

La famille Mann part donc pour les Etats-Unis en 1938 (les parents vivront à Pacific Palisades, en Californie jusqu'en 1952, date à laquelle ils reviennent s'installer en Suisse.)

Erika, Klaus et Thomas Mann - Départ pour l'Amérique 1937

Katia, Erika et Thomas Mann en 1937 (départ pour l'Amérique)

En 1938, Klaus et Erika suivent la guerre civile espagnole en tant que correspondants de guerre.

Erika et Klaus

 

En 1939 ils publient ensemble "Fuir pour vivre. La culture allemande en exil" Klaus publie à cette époque "Le volcan", son oeuvre la plus importante, dans laquelle il développe sa vision utopiste d'un humanisme socialiste où chacun trouve sa place, "même les toxicomanes, les homosexuels, les anarchistes" . 

En 1943, Klaus prend la nationalité américaine et s'engage dans l'armée américaine (comme beaucoup d'allemands émigrés). Parti pour l'Afrique du Nord le 24 décembre 1943, il arrive à Casablanca le 2 janvier 1944 et participe à la campagne d'Italie dans le service psychologique de l'armée (Psychological Warfare Branch), pour lequel il rédige des tracts destinés aux stations de radio et aux haut-parleurs des tranchées et des textes de propagande incitant les soldats allemands à se rendre. En 1945, il collabore au quotidien de l'armée américaine The Stars and Stripes. Envoyé en reportage en Autriche et en Allemagne, il visite la maison familiale de Munich, confisquée par les nazis en 1933 et à moitié détruite par les bombardements alliés, découvre le camp de concentration de Theresienstadt. (source Wikipedia pour ce dernier paragragraphe)

Erika écrira quelques ouvrages jeunesse.

Oeuvres jeunesse d'Erika Mann

La période d'après-guerre sera difficile pour Klaus Mann, il n'y trouve pas sa place, peine à se faire éditer en Allemagne, sombre à nouveau dans la drogue...on le retrouve inanimé le 21 mai 1949 dans sa chambre d'hôtel à Cannes. Il meurt dans une clinique quelques heures plus tard. Il avait 43 ans. Seul membre de la famille venu à son enterrement, Michael joue du violon au bord de la tombe de son frère aîné. Il est enterré à Cannes, au cimetière du Grand jas.

Quant à Erika, très affectée par la mort de son frère, elle viendra retrouver ses parents en 1952 en Suisse. Elle y secondera son père dans ses affaires puis prendra en charge son oeuvre après sa mort (le 12 août 1955). Elle vivra jusqu'au 27 août 1969. 

Photos de Katia et Thomas Mann

Katia et Thomas Mann, à gauche en 1945, en haut à droite le 24 juillet 1953 pour les 70 ans de Katia à Kilchberg (Suisse), en bas à droite à Pacific Palisades en 1943.

Thomas Mann Briefe

 

                                                Mains de Thomas Mann      Mains de Thomas Mann      

 

Les mains de Thomas Mann

Bien sûr, après une telle visite, j'ai de nouveaux projets de lecture!

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A travers le vaste monde (Erika et Klaus Mann, Editions Payot, coll.Petite Bibliothèque Voyageurs, 14 janvier 2009)

Fuir pour vivre. La culture allemande en exil. (Erika et Klaus Mann, Editions Autrement, 17 janvier 2008)

Quand les lumières s'éteignent (Erika Mann, Editions Le Livre de Poche, coll. Biblio Romans, 7 nov.2012)

Le tournant : histoire d'une vie (Klaus Mann, Editions Actes Sud, coll. Babel, 6 mars 2008)

Les Buddenbrook : le déclin d'une famille (Thomas Mann, Editions Le Livre de Poche, coll. Biblio Romans, 1er janv.1993)

Puis après avoir lu et visionné "Les Buddenbrook", aller visiter la maison-musée à Lübeck!

 

Posté par Lamiedeslivres à 09:17 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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