La maison des livres

19 février 2018

La symphonie du hasard - Livre 1 - Douglas Kennedy

La symphonie du hasard

  • Titre : La symphonie du hasard - Livre 1
  • Auteur : Douglas Kennedy
  • Traduction : Chloé Royer
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 09 novembre 2017
  • Nombre de pages : 384
  • ISBN : 978-2-7144-7403-2

L'auteur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Il a grandi là-bas, puis est parti en Europe (Dublin, puis Londres). En 1994, sort son premier roman, Cul-de-sac (Gallimard – Série Noire, 1998), réédité dans une nouvelle traduction sous le titre Piège nuptial (Belfond, 2008 ; Pocket, 2009). Son deuxième roman, L'homme qui voulait vivre sa vie (Belfond, 1998, 2005 et 2010 ; Pocket, 1999) connaît un succès international.

Divorcé et père de deux adolescents, Max et Amelia, Douglas Kennedy vit entre Londres, Paris, Berlin et les États-Unis.

Douglas Kennedy 1

(Clic sur la photo pour accéder au site de Douglas Kennedy)

Quatrième de couverture

 

Toutes les familles sont des sociétés secrètes.

Des royaumes d'intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l'extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées.

Comme chaque semaine, Alice Burns, éditrice new-yorkaise, s'apprête à rendre visite à son jeune frère Adam. Jadis jeune loup de Wall Street en pleine ascension, ce dernier croupit désormais en prison.

Mais cette rencontre hebdomadaire va prendre un tour inattendu. Décidé à soulager sa conscience, Adam révèle un secret qui pourrait bien venir rompre les derniers liens qui unissent encore leur famille.

Et Alice de replonger dans l'histoire des siens, celle d'un clan à l'image de l'Amérique : volontaire, ambitieux, assoiffé de réussite, souvent attaqué, blessé parfois, en butte à ses propres démons, mais inlassablement en quête de rachat...

Premier volume d'une fresque à l'ampleur inédite, La symphonie du hasard marque le grand retour de Douglas Kennedy. Dans le bouillonnement social, culturel et politique des sixties-seventies, de New-York à Dublin en passant par l'Amérique latine, un roman-fleuve, porté par un souffle puissant.

Mes impressions

Contrairement à ce que l'on pourrait croire au début du roman, ce n'est pas à New-York que l'on suit Alice Burns, ce n'est pas non plus sa vie d'éditrice que l'on découvre, mais sa jeunesse, de ses années de collège à ses années d'université. Lors de cette visite à son frère en prison, la révélation de ce secret nous entraîne avec Alice dans un flash-back qui occupera la totalité du roman.

J'ai aimé découvrir cette Amérique des années 1960-1970, suivre cette famille somme toute un peu spéciale, aux relations très particulières. J'ai aimé être transportée au sein du campus universitaire de Bowdoin dans le Maine, même si par moments les nombreuses références culturelles m'ont un peu perdue (quelques notes en bas de page de temps à autre m'auraient facilité la tâche). Pendant qu'Alice étudie à Bowdoin, vit son premier amour avec Bob, un "footballeur intellectuel", son père "gère" sa mine de cuivre au Chili, dans le désert d'Atacama, en plein coup d'état. 

C'est donc l'évolution de la vie d'Alice que l'on est invités à découvrir, la construction de sa personnalité, de son esprit et de ses valeurs au sein de la société qui la voit grandir, une société dans laquelle le racisme tient encore une grande place et les minorités sont ouvertement montrées du doigt. Alice est une jeune fille qui accorde une grande importance à l'honnêteté intellectuelle, à la vérité, à la loyauté. Plusieurs fois confrontée au mensonge, à l'injustice, elle ne le supporte pas. Et ces valeurs, qu'elle défend bec et ongle, souvent bafouées, la poussent à prendre de la distance et à mettre un océan entre elle et sa famille. A la fin du roman, elle décide de partir étudier à Dublin.

Douglas Kennedy se met avec une facilité déconcertante dans la peau de ce personnage féminin. Peut-être parce qu'on y retrouve beaucoup d'éléments autobiographiques? (cf "Toutes ces grandes questions sans réponse" (Bowdoin, Dublin, attachement à New-York, une mère juive, un père catholique d'origine irlandaise, des parents qui ne s'entendent pas...))

Cette première partie est la mise en place de l'histoire, elle est parsemée de multiples indices (coups de fil anonymes reçus régulièrement à la maison avant le départ du père au Chili, drames non élucidés au lycée, puis à l'université, Adam qui se retrouve en prison pour une raison qui nous reste inconnue pendant toute cette première partie...)

Le décor est posé, et ce que l'on peut parfois prendre pour quelques "longueurs" dans cette première partie est en fait une mise en bouche, une imprégnation, qui sert les Livres 2 et 3, c'est en tous cas ma conviction!

J'ai hâte de le savoir, hâte de voir ce qu'il va arriver aux membres de cette famille, à Alice plus particulièrement, et je suis ravie de savoir que la suite arrive très bientôt! (Livre 2 le 15 mars 2018 et Livre 3 le 03 mai 2018)

Un grand merci aux Editions Belfond, qui m'ont permis de découvrir le début de cette saga familiale.

*****

Et j'ajoute que, cerise sur le gâteau, dans ce roman, Douglas Kennedy fait référence à un groupe folk-rock anglais, les Fairport Convention, que j'ai eu le plaisir de rencontrer (Dave pegg et Chris Leslie) il y a vingt ans. Nous étions invités au mariage d'une amie commune à Quiberon, et le lendemain, ils avaient enchanté notre journée, notamment Chris Leslie avec son violon.

p. 118 "C'est là-bas que cette université est née. Massachusetts Hall. Hawthorne et Longfellow ont tous les deux suivi des cours là-dedans, à l'époque où le Maine était une zone reculée au milieu de nulle part. Tu savais que Henry James, qui était ami avec Hawthorne, lui reprochait d'avoir choisi Bowdoin plutôt que Harvard?"

p.149 "Les professeurs exceptionnels, je l'ai appris ce jour-là, peuvent modifier notre vision du monde. On se moque souvent des profs - "Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent " -, mais le fait est que, en présence d'un enseignant vraiment remarquable, quelque chose se fait jour en nous. "

p.164 "Evan nous a fait écouter un groupe de folk-rock anglais, Fairport Convention - je n'en avais jamais entendu parler, mais ça m'a tout de suite plu -, et la discussion s'est orientée sur un meeting anti-Nixon et anti-guerre qui devait avoir lieu trois jours plus tard et auquel tout le monde se rendait."

p.233 "Ce que j'apprends dans mes cours, c'est comment réfléchir, interpréter le monde et comprendre que, dans la plupart des situations, il n'existe ni bien ni mal. Moralement, il n'y a que des zones grises."

p.234 "- En gros, tu es en train de défendre la lâcheté?

            - Bien sûr que non. Il fallait combattre les nazis, et, si j'avais vécu en France à ce moment-là, j'espère que j'aurais rejoint la Résistance. Mais mon prof d'histoire m'a dit quelque chose de profond l'autre jour : "On peut condamner les oppresseurs, mais personne ne devrait juger les oppressés. Bien peu d'entre nous sont capables d'héroïsme."

p.291 "C'était la première fois que nous quittions le territoire des Etats-Unis, et nous sommes immédiatement tombés amoureux de Québec, ses rues pavées, son architecture du XVIIe siècle, et de cette impression d'avoir atteint l'Europe quelques heures à peine après avoir passé la frontière - impression renforcée par le fait que tout le monde parlait français et ne daignait nous répondre en anglais qu'à contrecoeur."

p.305 "Je le comprendrais bien plus tard, en constatant moi-même à quelle vitesse le temps qui nous est alloué nous file entre les doigts, et combien peu de chose, dans ce désordre qu'on appelle la vie, subsiste après notre disparition."

p.315 "Nous sommes tous composés d'élans contradictoires ; suivre l'un, c'est forcément renoncer aux autres."

 

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12 février 2018

Une américaine à Monaco - Sophie Adriansen

Une américaine à Monaco - Sophie Adriansen

  • Titre : Une américaine à Monaco
  • Auteur : Sophie Adriansen
  • Editions : Charleston
  • Date de parution : 8 septembre 2017
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2-36812-165-8

L'auteur

Née à Orléans en 1982, Sophie Adriansen est l'auteure d'une vingtaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse. Formée au scénario à la Femis, elle se consacre désormais entièrement à l'écriture après une première vie dans laquelle les chiffres primaient sur les lettres.

Auteur à succès en littérature jeunesse, elle questionne notamment les libertés des femmes en littérature générale.

 

Sophie Adriansen 

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Sophie Adriansen)

Quatrième de couverture

Fille de millionnaire, comédienne obstinée, reine du cinéma, éternelle amoureuse, mélancolique chronique, mère accomplie et princesse au grand coeur, Grace Kelly est une icône et son destin une légende, celle d'une reine de Hollywood devenue souveraine après avoir trouvé son prince charmant.

Elle a passé tant de temps dans la lumière qu'on croit connaître d'elle le moindre secret. Mais les images ne disent pas tout...

Des plateaux hollywoodiens au protocole monégasque, Sophie Adriansen vous invite à découvrir l'envers de tous les décors d'une vie passée devant les onjectifs et mise en scène sur pellicule.

Un portrait brossé d'une plume remarquable, qui ressuscite la femme et fait fondre la glace.

Mes impressions

Je suis une "fan absolue" de Grace Kelly, et je crois l'avoir toujours été! Toute petite, je collectionnais les photos, les articles de magazines, et les visites du palais de Monaco ainsi que de la cathédrale. J'ai lu déjà pas mal d'ouvrages sur la princesse Grace, et celui-ci a bien sûr immédiatement attiré mon attention, merci aux éditions Charleston de m'avoir offert l'opportunité de cette lecture!

J'ai trouvé cette biographie vraiment différente de toutes les autres, car elle dresse de la princesse Grace un portrait sans concession. Contre toute attente, j'ai appris beaucoup de choses (naïve que j'étais!)

Sophie Adriansen nous invite à suivre et à comprendre le destin hors du commun de cette enfant de Philadelphie, à qui très tôt on inculque de solides valeurs, qui feront sa force, mais aussi sa faiblesse parfois.

p. 21 "Ses activités étaient nombreuses et variées mais John Kelly ne négligeait pas pour autant sa famille. Il s'évertuait à transmettre à ses enfants ce qui était sa devise : ne rien prendre sans donner en retour. Et il leur apprenait aussi que tout se gagnait, par le travail, la persévérance et la sincérité. Aucune ambition n'était trop grande."

Ainsi, quand Grace fait part de son ambition de devenir actrice à ses parents, elle a toute leur confiance et est encouragée dans cette voie.

p. 24 " Mes parents, malgré le sérieux avec lequel ils envisageaient la vie en général, et celle de leurs enfants en particulier, étaient des gens très larges d'esprit. Il n'existait pas pour eux de mauvais métier. Comme j'étais leur fille, ils savaient que, quel que fût le métier que je choisirais, je le ferais bien. Cela leur suffisait. Chez les Kelly, on se faisait toujours confiance."

Arrivent ensuite les années d'ascension vers la gloire, parsemées d'embûches et de défis, que la jeune-fille relèvera brillamment.

p. 43 "Sur les plateaux des feuilletons, Grace avait été remarquée et respectée pour son talent autant que pour sa beauté. Toujours dans la maîtrise, elle se rendait aux studios vêtue d'un manteau de vison. N'était-ce pas là ce que faisaient les actrices renommées? Il est parfois nécessaire de ressembler à la personne que l'on veut devenir pour devenir la personne à qui l'on veut ressembler."

Le parcours cinématographique de Grace Kelly est très détaillé et très instructif dans cette biographie, même si j'ai parfois trouvé certains passages un peu longs. Puis son chemin croise celui du "maître du suspense" Alfred Hitchcock. Certains de leurs films seront prémonitoires de la vie à venir de la Princesse.

Tout le monde connaît la suite de l'histoire, la rencontre avec le prince Rainier (qui a bien failli ne pas avoir lieu!) à l'occasion du festival de Cannes, la "dernière" traversée de l'Atlantique à bord du "Constitution", le mariage du siècle...

p. 104 " La façade claire de la cathédrale était nimbée de lumière. En milieu de matinée, Grace Kelly était arrivée au bras de son père et, précédant les cortèges d'enfants en costumes blancs et de demoiselles d'honneur enrobées, chapeautées et gantées de vanille, elle avait lentement gravi les marches de l'édifice romano-byzantin. Sa robe ivoire en point de rose, la fameuse dentelle de Bruxelles, brodée de soie et de perles et soutenue par trois jupons, avait été dessinée par Helen Rose, la costumière de la Metro Goldwyn Mayer qui avait également réalisé le tailleur en dentelle porté par Grace la veille, lors du mariage civil au palais princier."

 Suite à ce mariage, Grace devra apprivoiser ses sujets, se faire accepter, apprendre leur langue, les coutumes de son nouveau pays (aux antipodes du sien), renoncer à beaucoup de choses.

p. 174 "Son éducation princière avait commencé par l'étude du français. Si elle lançait quelques phrases dans la langue de Molière afin d'impressionner les reporters venus couvrir son mariage dans Haute Société, si elle saisissait quelques bribes de conversation, elle n'était pas capable d'échanger avec ses sujets dans leur langue comme se devait de le faire une souveraine."

 

Puis vient le temps de la maternité...

p. 172 "A trois, l'on est un couple avec enfant ; à quatre, l'on devient une famille. Ainsi, avec la naissance d'Albert avait véritablement commencé la vie de famille des Grimaldi. Grace et Rainier se montraient tous deux très présents. La princesse, quoi qu'ayant à sa disposition une batterie de nurses, était une mère presque comme les autres, qui lisait -en français- Alice au pays des merveilles et Les Contes d'Andersen à ses enfants attentifs. "On peut ouvrir les enfants au monde de bien des manières. Leur donner l'amour des livres me semble la meilleure." Avant d'accoucher dans la bibliothèque du palais, elle-même n'y avait-elle pas trouvé si souvent refuge?"

Ce livre regorge de bien d'autres détails et anecdotes, dont certains sont beaucoup moins "glamour", d'autres un peu plus "croustillants"... et cela n'a fait que renforcer l'admiration que j'avais pour cette femme, qui malgré l'adversité (et contrairement à ce que l'on pourrait croire elle a dû faire face à beaucoup de situations peu confortables) a toujours su donner une image parfaite, sereine. Et surtout, elle est toujours restée à l'écoute des autres, fidèle à cette devise, "Ne rien prendre sans donner en retour" ainsi la Princesse Grace sera l'une des rares personnes à soutenir concrètement Joséphine Baker lorsque celle-ci aura tout perdu. C'est à Monaco que cette dernière trouvera refuge avec sa "Tribu arc-en-ciel", où elle sera accueillie par Grace avec la bienveillance qui la caractérise. 

Cette biographie rend la Princesse encore plus touchante et humaine, sans pour autant la destituer de son aura. Elle était sans aucun doute quelqu'un de droit, d'honnête, mais qui ne renonce pas. 

Une icône.

*****

Grace Kelly

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17 janvier 2018

Le bonheur n'a pas de rides - Anne-Gaëlle Huon

Le bonheur n'a pas de rides

  •  Titre : Le bonheur n'a pas de rides
  • Auteur : Anne-Gaëlle Huon
  • Editions : City
  • Date de parution : 20 juin 2017
  • Nombre de pages : 277
  • ISBN : 978-2-8246-1000-9

L'auteur

Anne-Gaëlle Huon a travaillé pour une grande chaîne de télévision avant de se tourner vers l'écriture. Elle aime rendre les gens heureux et rit parfois un peu trop fort. Elle vit désormais à New-York * où elle écrit des romans et sculpte des citrouilles.

Elle a déjà publié un premier roman, Buzz (City, 2016)

* Depuis janvier 2018, Anne-Gaëlle est de retour en France. 

Anne-Gaëlle Huon

Clic sur la photo pour accéder au site d'Anne-Gaëlle Huon

Quatrième de couverture

Il n'est jamais trop tard pour tout recommencer.

Le plan de Paulette, 85 ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rêves dans le sud de la France. Manque de chance, elle échoue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.

La nouvelle pensionnaire n'a qu'une obsession : partir, le plus vite possible! Mais c'est sans compter sur sa fascination pour les autres occupants et leurs secrets. Que contiennent ces mystérieuses lettres trouvées dans la chambre de Monsieur Georges? Et qui est l'auteur de cet étrange carnet découvert dans la bibliothèque?

Le jour où son grand âge se rappelle à elle, Paulette réalise qu'elle peut compter sur cette bande d'excentriques et que les années ne comptent pas pour découvrir l'amitié. Car au final, ces rencontres vont changer sa vie et, enfin, lui donner un sens.

Mes impressions

Anne-Gaëlle Huon, je l'ai d'abord connue grâce à son compte Instagram. Et si ce n'est pas encore fait, je vous conseille de vous y abonner. Chaque nouvelle publication est accompagnée d'un texte, c'est toujours un régal! Son écriture est à la fois légère et enjouée, drôle et toujours captivante. De plus, elle nous gratifie de temps en temps d'une balade en direct des jolies rues de Manhattan, où elle a la chance de vivre. (Les balades auront maintenant lieu à Paris ;-)

C'est donc pour toutes ces raisons, aussi pour sa jolie couverture, mais avant tout pour l'écriture qui à chaque fois sait me saisir, que je souhaitais découvrir son roman "Le bonheur n'a pas de rides". Les éditions City me l'ont permis, je les en remercie!

Je viens de le refermer, je suis RAVIE de cette découverte. Les personnages resteront longtemps avec moi je pense.

L'histoire est parsemée de moments d'entraide, de convivialité, d'humour, de tristesse parfois, le tout toujours bien dosé, sans mièvrerie, l'écriture est fluide et naturelle, un vrai bonheur. Et tous ces ingrédients servent une aventure entraînante, vraisemblable. On aimerait tellement faire un séjour dans cette auberge et y papoter avec les personnages. Parce qu'ils savent faire preuve de bienveillance, de tendresse, ils sont à l'écoute les uns des autres. Même si parfois ils disent le contraire.

J'ai trouvé dans ce roman un peu de Barbara Constantine (que j'adore) pour le côté intergénérationnel, un peu de Tatie Danielle dans le personnage de Paulette (qui, il faut le dire, n'est pas toujours tendre!) mais aussi un peu d'Amélie Poulain. 

D'ailleurs, en épigraphe, on peut lire : 

"J'aime bien l'idée qu'après la mort, c'est pas pire qu'avant la naissance."

                                                                                                                       Jean-Pierre Jeunet

Mais avant tout, j'ai découvert le style d'Anne-Gaëlle Huon, et je compte bien ne plus la lâcher! Mon petit doigt m'a dit que quelque chose de savoureux était en préparation...affaire à suivre!

Si vous voulez passer un bon moment, lisez ce livre! Moi, je suis bien triste d'avoir quitté ces personnages.

*****

p.92 "Une vague de nostalgie le submergea. On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en claquant la porte. C'est ce qu'on dit, n'est-ce pas? Glissant sa main dans sa gabardine, il en tira sa pipe qu'il fourragea lentement. C'est le moment que choisit Nour pour le rejoindre, une tisane au creux des mains. Elle s'assit en silence."

p.236 "Aimez-vous comme personne d'autre ne vous aimera jamais! Et prenez soin de vous-même comme d'une mère. C'est en s'aimant soi-même qu'on peut un jour aimer les autres. Qu'avez-vous à perdre à essayer?"

p.254 "Monsieur Georges se leva, remit son chapeau et s'approcha du lit. Puis, très doucement, lui souffla à l'oreille quelques mots tendres.

Sitôt la porte refermée, Paulette se laissa aller à son émotion, sidérée qu'il ait pu lire en elle comme dans un livre ouvert. Les larmes coulaient sur ses joues ridées. Les mots de monsieur Georges avaient mis au jour en elle une brèche insoupçonnée. Hébétée, elle se voyait d'un nouvel oeil, comme étrangère à elle-même, et en même temps pleine de bienveillance envers cette vieille dame qu'elle était devenue. Elle resta ainsi immobile à méditer. Il fallait bien une vie pour apprendre à s'aimer."

p.311 "Paulette savoura cette étreinte comme elle savourait à présent chaque bouchée de bonheur que lui octroyait la vie. La promesse d'un voyage est déjà un voyage, songea-t-elle avec émotion. Puis, elle s'écarta de Georges et sortit à son tour une enveloppe de sa table de nuit."

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11 janvier 2018

Retour de brocante #3 - Et bonne année!

Bonjour!

Ce premier message de l'année ne sera pas une chronique, mais un "retour de brocante", et je profite de cette occasion pour souhaiter à toutes et à tous une très belle année 2018. Qu'elle vous apporte beaucoup de joies, de jolies rencontres, virtuelles et réelles, ainsi que de belles lectures.

L'année passée, j'ai trop peu visité les nombreux marchés aux puces de Berlin. J'y ai cependant fait quelques trouvailles. Je vous montre?

Téléphone ancien et Nesthäkchen

Au Flohmarkt de la Ostbahnhof (marché aux puces de la gare de l'Est), j'ai enfin trouvé le téléphone ancien dont je rêvais.

A côté du téléphone, une petite collection de livres anciens, édités en Allemagne à partir des années 1920, le premier s'intitulant "Nesthäkchen und ihre Puppen".

Cette histoire, en 10 Tomes, raconte la vie d'une petite berlinoise, Annemarie Braun, petite dernière de sa fratrie, d'où son surnom "Nesthäkchen" (traduit en français par Benjamine). Le lecteur la suit ainsi de son enfance à sa vieillesse, de 1913 à 1925 environ.

Une jolie histoire qui a propulsé son auteure, la berlinoise Else Ury, au rang de l'auteure jeunesse la plus connue de la République de Weimar.

"Nesthäkchen" a d'ailleurs fait l'objet d'une série télévisée très suivie au début des années 1980 en Allemagne.

Nesthäkchen - Série TV

Malheureusement, ni la célébrité ni le talent de Else Ury n'ont empêché sa déportation à Auschwitz où elle a été assassinée en janvier 1943 à l'âge de 65 ans.

Else Ury

Else Ury (1er novembre 1877 à Berlin - 13 janvier 1943 à Auschwitz)

Je reviendrai bientôt plus longuement sur l'histoire de cette auteure, avec quelques photos de ses lieux de vie à Berlin.

Else-Ury-Bogen panneau

J'ai également eu le plaisir de trouver cette année une machine à écrire : 

2018-01-11 11

C'est une machine allemande, ce qui la rend à mes yeux encore plus originale avec ses "touches en plus"!

Machine Olympia

Juste à côté, un livre des éditions Insel Bücherei (je les adore!) avec un beau marque-page, mais les Insel Bücher feront l'objet d'un prochain message. Ce sont des livres dont les couvertures, très graphiques, sont magnifiques. L'idéal, c'est bien sûr d'en avoir beaucoup pour un bel effet (comme sur la photo suivante, prise au marché aux puces) 

Insel Bücher

Le début d'une nouvelle collection?

Voilà pour mes principales trouvailles de cette année.

&&&

J'espère que 2018 me permettra encore de jolies découvertes, que je partagerai ici!

 

31 octobre 2017

La (toute) dernière fois - Laure Manel

La toute dernière fois - Laure Manel

  • Titre : La (toute) dernière fois
  • Auteur : Laure Manel
  • Editions : autoédition
  • Date de parution : 1er novembre 2017

L'auteur

Laure Manel est née en 1978. Après des études de lettres, elle s'engage dans une voie professionnelle, mais le goût de l'écriture se rappelle à elle une douzaine d'années plus tard.

Les thèmes qui lui sont chers : l'amitié, l'amour, la psychologie et les ressentis, les rapports humains, la famille, les sentiments, la maladie, la mort, le deuil, les choix de vie...

Laure Manel

(Clic sur la photo pour accéder au site de Laure Manel)

 

Quatrième de couverture

 

On pense souvent à nos premières fois… Premier jour d’école, premier vélo sans roulettes, premier baiser, première cigarette… Mais c’est si loin, tout ça !

Nos dernières fois ne sont-elles pas plus présentes, plus fortes, plus propices à la réflexion ?

Souvenez-vous… de la dernière fois que vous avez vu votre meilleur ami, de la dernière fois que vous êtes allé à la mer, de la dernière fois que vous avez fait une gaffe… Imaginez-vous, au crépuscule de votre vie, vous rappeler vos toutes dernières fois.

Ce recueil de textes vous plonge dans 60 vies.

60 personnages, 60 anonymes, qui pourraient être chacun d’entre vous.

60 anecdotes, comme des bribes de vies… des souvenirs récents ou plus lointains, légers, doux-amers ou plus graves.

60 émotions, ou presque… qui vous divertiront, vous interrogeront, vous étreindront…

Tout au long de ces textes, vous vous identifierez, vous sourirez, vous serez peut-être aussi un peu remués… et vous penserez à toutes vos dernières fois, vécues et à venir. Alors vous aurez sans doute aussi une envie : vivre à 100 %.

 

Mes impressions

J'ai retrouvé ici avec beaucoup de plaisir la plume de Laure Manel. Je suis toujours impressionnée de constater à quel point cette auteure me surprend à chaque fois. Elle fait preuve d'une inventivité assez incroyable dans son écriture, avec des idées qui rivalisent d'ingéniosité. Ici, elle a imaginé soixante "situations", récits, qui tous commencent de la même façon, par "La (toute) dernière fois...

Au départ (avant lecture de la quatrième de couverture) j'ai pensé que j'allais lire les "dernières fois" d'un seul personnage, et découvrir ce personnage au fur et à mesure. Mais pas du tout! A chaque nouveau texte il est question d'une nouvelle personne. En fait, il s'agit de "nous tous" dans ces histoires. Tout le monde y passe, les petits, les grands, les hommes, les femmes, les vieux et les jeunes, les célibataires, les couples. Un joli puzzle de la vie, de ses aventures, mésaventures, drames et de tous les sentiments qui vont avec.

Laure Manel nous offre ainsi une étude sur l'être humain à travers toute sa gamme de sentiments. Le tout sur fond de sujets de société, d'actualité. Certains textes m'ont fait sourire, d'autres réfléchir, d'autres enfin m'ont émue, voire beaucoup émue.

Quelques textes m'ont parlé plus que d'autres, forcément, par rapport à mon propre vécu, et c'est cela que je trouve magique dans ce genre d'ouvrage : chaque lecteur y trouve ses repères. J'ai eu, cerise sur le gâteau, la merveilleuse surprise d'y découvrir une référence à une chanson qui me touche énormément, mais je n'en dis pas plus!

Comme chacun des ouvrages de Laure Manel, cette lecture ne laisse pas indifférent. Je me suis retrouvée dans pas mal des textes, et je pense que ce sera le cas de beaucoup d'entre nous. Bien joué! 

Je ne peux que vous conseiller vivement de vous pencher sur ces histoires de la Vie!

Sortie demain!

*****

"La (toute) dernière fois qu'elle a changé d'avis"

Donc, prise dans cette course effrénée, elle n'avait rien vu. Rien éprouvé d'autre que la frénésie, l'impatience, l'envie que tout soit au top. Son cerveau était concentré sur les tâches à accomplir, consciencieux, volontaire. Son coeur s'était fait tout petit. Comme si on l'avait oublié là, sur la ligne de départ de la course. Mais il a fait un saut de géant, a rattrapé tous les concurrents et s'est rappelé à elle quelques mètres avant la ligne d'arrivée. Quelques jours avant le mariage.

 

"La (toute) dernière fois qu'il est allé à l'école"

C'était le dernier jour. Un jour de début juillet, qui sonnait l'heure des vacances d'été. 

Pour lui, c'était plus. 

Déjà, le matin, en arrivant, il avait la boule au coeur et dans la gorge. Dernier jour... Le matin, il avait franchi la porte de sa classe avec une certaine émotion. Il avait écrit la date au tableau, fait glisser la craie sans qu'elle ne crisse désagréablement, s'était dit " Je me souviendrai toujours de ce jeudi 6 juillet". 

Je pourrais citer tant d'autres extraits, mais le mieux est de lire les histoires en entier, et de les savourer en les découvrant soi-même!

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24 octobre 2017

Je t'écris de Berlin - Klaus Kordon

Je t'écris de Berlin

  • Titre : Je t'écris de Berlin
  • Auteur : Klaus Kordon
  • Editions : Gallimard jeunesse (coll. Folio junior)
  • Date de parution : 1999 (première édition française, 1994)
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN : 2-07-052703-4

L'auteur

Klaus Kordon, né en 1943 au nord de Berlin-Est, est un auteur jeunesse allemand. Quand sa mère meurt en 1956, il part vivre en foyer (son père était mort à la guerre). Après la construction du mur, il tente de fuir vers l'ouest en 1972. Il échoue et restera un an dans les prisons de la Stasi. En 1973, sa libération est négociée par l'Allemagne de l'Ouest, où il vivra désormais avec sa femme et leurs deux enfants, dont ils avaient été séparés. Klaus Kordon vit aujourd'hui de nouveau à Berlin. 

Klaus Kordon 

Clic sur la photo pour accéder au site de l'auteur.

Quatrième de couverture

Lika, une petite fille de Berlin-Ouest, a trouvé une bouteille que Matze, un garçon de Berlin-Est, a jetée dans la Spree et elle décide de répondre au message qu'il a glissé à l'intérieur. Leurs parents s'inquiètent de cette correspondance. Jusqu'au jour où Matze invite Lika à passer une journée à l'Est... L'histoire d'une amitié étonnante, à l'ombre des complications politiques des adultes, à laquelle la réalité, rejoignant aujourd'hui la fiction, apporte un heureux dénouement.

Mes impressions

Ce livre a été écrit par Klaus Kordon en 1988, soit un an avant la chute du mur de Berlin, ce qui lui donne bien sûr un éclairage particulier. L'auteur était à ce moment-là "passé à l'ouest" et pouvait donc se permettre, à travers ses écrits ( en littérature jeunesse), de dire ce qu'il se passait "de l'autre côté". 

C'est donc avec émotion que j'ai lu ce récit de la rencontre entre des enfants de Berlin-Est et des enfants de Berlin-Ouest. Dans l'histoire (et au moment de l'écriture de celle-ci) personne ne sait que très bientôt le mur n'existera plus.

Au-delà d'être une aventure touchante, ce roman est un objet très instructif, et une très belle occasion de découvrir à travers des yeux d'enfants quels étaient les rapports entre les deux Allemagnes, entre les deux Berlin. Le jeune lecteur est ainsi amené à découvrir en même temps que les protagonistes de l'histoire les rouages de ces sociétés tellement proches physiquement et pourtant tellement éloignées. 

Lika et Matze ne comprennent pas au départ pourquoi il leur est si difficile de se rencontrer. Ils ont l'impression de ne pas habiter la même ville.

p.38 "- A cause de la frontière, répondit grand-papa. Ta bouteille doit d'abord commencer par aller à Berlin-Ouest. Mais elle ne passera pas. Il y a des grilles dans l'eau."

 

Cette affirmation, prononcée par un vieux monsieur, et qui s'avèrera inexacte, montre à quel point les gens ne savaient finalement pas grand-chose. Il aurait pourtant pu avoir raison...

 

IMG_7920

Le mur de Berlin (east Side Gallery)

p.62 "- Est-ce que tu te rends compte au moins des ennuis que cela peut nous causer? cria-t-elle (la maman de Matze)

           Matze secoua la tête. Pourquoi une lettre écrite par une fille de Berlin-Ouest à un garçon de Berlin-Est leur causerait-elle des ennuis?"

*

p.65 "Matze avait déjà entendu dire quelque chose dans ce sens. Le père d'Ilsa avait deux frères à l'Ouest, l'un à Göttingen et l'autre dans un village quelconque, près de Stuttgart. A cause de ces deux frères, et bien qu'il fût considéré comme un spécialiste de première qualité dans son domaine, il n'était jamais envoyé en mission professionnelle dans le secteur Ouest, ce qui mettait obstacle à sa carrière, bien entendu. Il avait même déjà parlé de demander tout simplement un visa de sortie et d'aller s'installer de l'autre côté. Ilsa disait qu'elle en serait ravie. On pouvait acheter là-bas des vêtements beaucoup chic qu'ici et, au moins, il n'était pas interdit d'aller à Paris et aux Bahamas."

*

p.130 " Puis il réfléchit un instant et déclara qu'il ne se rappelait que du Berlin de l'après-guerre. 

          - A l'époque, il y avait déjà deux Berlin. ou plus exactement, quatre secteurs, le secteur américain, le secteur français, le secteur anglais et le secteur russe. Les trois secteurs occidentaux n'ont pas tardé à se souder, et nous, nous formons l'autre moitié."

*

p.141 "Je ne sais pas qui est responsable du mur, répliqua maman en haussant les épaules. Je sais seulement que ce sont les gens de là-bas qui en souffrent le plus. Et que nous, nous faisons le jeu du gouvernement de l'Est si nous nous replions sur nous-mêmes. Que voyons-nous lorsque nous partons en voyage pour l'Allemagne de l'Ouest? Pour nous, le grand trou noir commence derrière Dreilinden*, et nous nous réveillons à Helmstedt** seulement. Alors que la R.D.A. est aussi peuplée de gens bien vivants, comme toi et moi!"

*Dreilinden : poste-frontière entre Berlin-Ouest et la R.D.A.

**Helmstedt : poste-frontière entre la R.D.A. et l'Allemagne de l'Ouest. La ville de Berlin se trouvait à l'intérieur de la R.D.A.

RDA-RFA

 p.144 "- Comment voudrais-tu qu'ils parlent? Ils sont aussi Berlinois que nous. 

             - Je n'arrive vraiment pas à imaginer Berlin-Est. Je me suis toujours dit que derrière le mur, c'était la fin du monde."

*

p.180 "Ensuite, il y eut un moment de silence général jusqu'à ce que Picpouc reprenne à voix basse : 

            - Quelle ville formidable on ferait si les deux moitiés étaient réunies! Sans comparaison avec les autres, hein?" 

Et puis bien sûr ce livre est aussi l'occasion de découvrir la ville de Berlin, d'Ouest en Est, d'Est en Ouest.

p.85 "Mais le plus drôle était de retrouver des rues ou des places qui existaient encore et n'avaient pas changé de nom : la rue Frédéric (Friedrichstrasse) ou l'allée de Prenzlau (Prenzlauer Allee), par exemple [...] mais surtout la place Alexandre (Alexanderplatz) que Matze et Picpouc aimaient tant parce qu'il y avait toujours beaucoup d'animation à cet endroit-là."

*

p.166 "Ensuite ils avaient eu droit tous les quatre à une surprise de taille : l'énorme tour de la Télévision. Ils étaient passés tout près. Vue du bas, elle paraissait presque toucher le ciel."

Fernsehturm

La tour de la Télévision (Fernsehturm)

A la fin du roman se trouve un texte, "de l'auteur à ses lecteurs", dans lequel Klaus Kordon explique les raisons qui l'ont amené à écrire cette histoire. J'aime beaucoup cette dernière phrase.

p.205 " D'ailleurs, les livres ne sont-ils pas eux aussi, d'une certaine manière, comme des bouteilles à la mer? Les auteurs jettent leurs messages dans l'océan des ouvrages qui paraissent chaque année et ne savent pas qui les découvre. Parfois, il leur arrive quand même de recevoir des réponses et ils apprennent ainsi que leur "bouteille messagère" a bien été trouvée."

 

*****

 

Die Flaschenpost

Couverture du livre "Die Flaschenpost" en allemand.

 

 

06 octobre 2017

Une famille française dans l'Histoire - Philippe Dana et Ginette Kolinka

Ginette Kolinka - Une famille française dans l'histoire

  • Titre : Une famille française dans l'histoire
  • Auteur : Ginette Kolinka et Philippe Dana
  • Editions : KERO
  • Date de parution : 21 septembre 2016
  • Nombre de pages : 224
  • ISBN : 978-2-36658-146-1

Les auteurs

Ginette Kolinka, née le 4 février 1925 à Paris, est la sixième fille de Léon et Berthe Cherkasky. Après elle, naîtra un septième enfant, son petit frère Gilbert. Gilbert a 12 ans quand il est déporté avec sa soeur Ginette, 19 ans, leur neveu Jojo et leur père Léon en mars 1944, suite à une dénonciation. Auparavant, afin de se mettre à l'abri, la famille aura passé la ligne de démarcation, non sans encombre, pour s'installer en Avignon. Mais cela n'aura pas suffi. Après un séjour aux Baumettes à Marseille, ils sont internés à Drancy puis déportés vers Auschwitz par le convoi 71. Ginette, matricule 78599, sera la seule de la famille à revenir, en mai 1945. Elle gardera alors le silence pendant de nombreuses années sur ce qu'elle a vécu. Là-bas, elle était avec Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens, elles sont ensuite toujours restées en contact. Depuis une vingtaine d'années, Ginette Kolinka témoigne auprès des jeunes générations dans les collèges et lycées. Elle les accompagne régulièrement à Auschwitz.

Ginette Kolinka

(en cliquant sur la photo, retrouvez Ginette Kolinka sur Babelio)

Ginette Cherkasky, qui a épousé Albert Kolinka en 1951, est la maman de Richard Kolinka, le batteur du groupe Téléphone. Il est important de le préciser, car c'est parce qu'il connaissait Richard et qu'il voulait au départ écrire sur lui, que Philippe Dana a finalement décidé de raconter avec Ginette son histoire à elle.  

 

Philippe Dana

(en cliquant sur la photo, retrouvez Philippe Dana sur Babelio)

Philippe Dana, né le 5 septembre 1959, est un journaliste français, producteur et animateur à la télévision, et à la radio. Il a publié en 2013 Les invités de la fête avec Léon Mercadet sur l'épopée Canal+.

Quatrième de couverture

Dans l'entrée se tiennent des civils qui parlent français, des messieurs avec des chapeaux, vêtus d'un manteau de cuir : la Gestapo est chez nous. Ils sont trois autour de mon père, de mon petit frère Gilbert et de mon neveu Jojo qui étaient sur le point de partir à l'école. Je me souviens leur avoir demandé : "Qu'est-ce qui se passe?" Ils répondent : "Vous êtes juifs ! "

Ginette Kolinka a 19 ans quand elle est déportée avec son père, son frère et son neveu à Auschwitz II-Birkenau. Ginette, devenue matricule 78599, y restera plus d'un an. C'est la seule de sa famille qui reviendra de l'enfer des camps.
À son retour, elle se mure dans le silence. Même à son fils Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone, elle ne dira pas ce qu'elle a enduré. Mais un voyage en famille à Auschwitz va l'aider à raconter l'horreur. Aujourd hui, à 91 ans, elle témoigne.

 

Mes impressions

Après avoir lu Une vie de Simone Veil, puis Et tu n'es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens, il me tenait à coeur de lire le témoignage de leur amie d'infortune, Ginette Kolinka. Je remercie les Editions Kéro de m'en avoir donné l'opportunité.

Ce témoignage, comme les précédents, est bouleversant. Le ton est simple, sans mièvrerie. Philippe Dana remet les événements dans leur contexte historique mais aussi quotidien et familial. Ce qui m'a frappée ici, c'est la naïveté, la gentillesse (au sens positif des termes) et la (trop) grande discrétion de Ginette Kolinka. "Je n'aime pas déranger" a-t-elle l'habitude de dire. Le contraste entre cette douce personnalité et ce qu'elle va subir n'en est que plus saisissant.

Ginette est née le 4 février 1925 au 22 rue Vieille-du-Temple, au coeur du Marais. Elle a cinq soeurs aînées, Léa, Suzanne, Sophie, Lucienne et Jacqueline, et un petit frère, Gilbert. Le papa est artisan, il fabrique des imperméables. La famille déménage ensuite à Aubervilliers, puis dans un appartement avec bail commercial, c'est ici que vit encore Ginette aujourd'hui.

Elle va alors à l'école près de la maison, c'est le temps de l'insouciance, puis des premiers rendez-vous, des vacances au Portel.

p. 39 "Chaque année, il y a les vacances. [...] Et les vacances, c'est Le Portel! Le Portel, c'est une expédition, attendue chaque année avec impatience. [...] Le train qui fait la joie de la petite Ginette au début de l'été sera par la suite, et à plusieurs reprises, le véhicule de ses angoisses, de ses espoirs puis de la tragédie."

Au fil du récit, l'on passe ainsi de la vie de famille tranquille, de l'insouciance, à l'interrogation, à l'inquiétude, puis à la peur, enfin à la terreur. Léon, le papa de Ginette, semblait être très conscient du danger grandissant de rester à Paris. Dans un premier temps, dès 1939, il a envoyé ses enfants dans un village près de Tulle, puis tout le monde a fini par rentrer à Paris. 

En juillet 1942, la famille décide de passer la ligne de démarcation pour aller en zone libre. Ils se séparent pour former plusieurs groupes, mais Ginette, Sophie et Lucienne se font arrêter à Angoulême. Après une nouvelle tentative, la famille est de nouveau réunie à Avignon. Jusqu'à l'arrestation de Léon sur dénonciation en mars 1944. Ce matin-là, les hommes de la Gestapo emporteront aussi Gilbert, Jojo le fils de Léa, et Ginette qui arrive par hasard à ce moment-là et proteste. 

Prison d'Avignon, les Baumettes (où Ginette partage la cellule de Marceline Loridan) puis Drancy, avant la déportation à Auschwitz. C'est le parcours de Ginette. 

p.107 "Lors de l'arrivée de Ginette et sa famille, le camp est placé sous l'autorité d'Aloïs Brunner qui a diminué les tâches de la gendarmerie française en accordant plus de responsabilités aux prisonniers juifs dans l'administration du camp. Une habile et perverse manoeuvre. 

Après la guerre, ce même Brunner parviendra à échapper à tous les procès de criminels de guerre nazis. Il trouvera refuge en Syrie où il deviendra conseiller des services secrets d'Hafez el-Assad, le père de l'actuel président syrien Bachar el-Assad. 

Aloïs Brunner apportera toutes ses connaissances et son expertise au dirigeant syrien lors de la mise en place des techniques de torture des prisonniers du régime. Un rôle dans lequel il a toujours excellé..."

***

p.110/111 "A l'aube du jeudi 13 avril 1944, c'est par dizaines que les bus viennent chercher les prisonniers pour les conduire à la gare de Bobigny. Le convoi numéro 71, celui de Ginette et de sa famille, détient un triste record : ce fut l'un des plus importants convois de déportés pour Birkenau depuis la France ; mille cinq cents personnes vont être entassées à bord de ce train pour la mort. Parmi elles, trente-quatre des quarante-quatre enfants raflés à Izieu sur ordre de Klaus Barbie. [...] Dans ce convoi se trouvent aussi la future ministre et première présidente du Parlement européen, Simone Veil, et Marceline Loridan, l'amie de Ginette."

***

p.119 "Pendant toute sa vie, Ginette gardera le souvenir de ce moment où, en adolescente attentive à son père et à son petit frère, elle pense donner le meilleur conseil. "Je dis alors à mon petit frère et à mon père qui semblent épuisés par ce long voyage : "Papa, Gilbert, montez dans le camion." [...] Tout est allé tellement vite que je n'ai même pas eu le temps de dire à tout à l'heure à mon frère et à mon père. Je ne leur ai même pas fait un petit bisou. Ça n'était pas très grave, je savais qu'on allait se retrouver rapidement dans le camp."

 Dans le livre, il est ensuite question du retour, seule, de la vie qui malgré tout continue, de la rencontre avec Albert puis du fils unique Richard Kolinka dont tout le monde connaît le parcours, puis enfin de la nécessaire transmission de cette histoire.

p. 205 "En novembre 2013, Ginette s'est rendue avec son fils Richard, sa compagne Hélène et ses petits-fils Roman et Mathis sur son lieu de déportation. C'était la première fois que sa famille faisait le voyage jusqu'à Auschwitz-Birkenau."

Ce livre, qui n'est pas ma première lecture au sujet de l'holocauste, m'a apporté, comme chaque témoignage que je découvre, un éclairage supplémentaire, et ce sont tous ces témoignages qui mis bout à bout, font et feront que l'on n'oublie pas. Pour cela, bravo à Philippe Dana d'avoir permis cette trace, et bravo à Ginette Kolinka d'accompagner les jeunes générations aussi bien qu'elle le fait sur le chemin tortueux de ce sombre passé. Pour que cela ne recommence pas. 

*****

Lectures associées : 

Une vie Simone Veil, 31 octobre 2007 Stock, puis juin 2015 Le Livre de Poche 

Et tu n'es pas revenu Marceline Loridan-Ivens, février 2015, Grasset

 

27 septembre 2017

Ne dis rien à papa - François-Xavier Dillard

Ne dis rien à papa

  • Titre : Ne dis rien à papa
  • Auteur : François-Xavier Dillard
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 15 juin 2017
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-714476234

L'auteur

Né à Paris en 1971, François-Xavier Dillard a fait des études de droit et de gestion avant de se lancer dans l'écriture. Ne dis rien à papa est son quatrième roman, le deuxième à paraître chez Belfond.

François-Xavier Dillard

Retrouvez cette photo sur le site L'île aux livres, le salon du livre de l'Ile de Ré.

Quatrième de couverture

L'instinct maternel est l'arme la plus puissante au monde. Surtout quand on la retourne contre ses propres enfants. 

Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visions imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante. 

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l'un, une propension à la mélancolie et, chez l'autre un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu'elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d'images qu'elle voudrait tant oublier... À n'importe quel prix... 

Et lorsqu'un nouveau voisin s'installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d'une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister. 

Mes impressions

 Ne dis rien à papa est un thriller très bien ficelé, qui m'a tenue en haleine du début à la fin. Je n'entrerai pas dans les détails afin de ne pas trop en dire, mais dès le début on comprend qu'il y a forcément un lien entre cette terrible histoire qui s'est déroulée dans le bush australien et cette famille française que l'on découvre en parallèle. Vient s'ajouter une troisième histoire, une histoire de viol collectif, peut-être (probablement!) liée aux autres...il faut ensuite défaire les noeuds, et en cela l'auteur nous accompagne, nous perd parfois (peu d'indices spatio-temporels), nous entraîne sur de fausses pistes pour mieux nous re-capter.

Une particularité qui apporte de la tension à ce roman est que les scènes de violence sont - quand cela est possible -  relatées par les victimes elles-mêmes.

p.11 " Le bruit de la terre... Chaque pelletée recouvre peu à peu ma tombe et fait un bruit d'avalanche. Un fracas qui s'assourdit au fur et à mesure que la couche de terre s'épaissit au-dessus de mon corps meurtri. La balle a traversé mon crâne. Ça a fait comme un choc électrique, comme la fois où j'avais, je ne sais pas comment, réussi à mettre ma tête dans le grillage électrifié qui entourait le pré du voisin. Une myriade d'étoiles qui dansaient autour de mes yeux et puis cette sorte d'onde puissante qui me traversait tout le corps et qui raidissait mes muscles et plus rien..."

 

Du coup, j'ai bien apprécié tout de même le côté caricatural des personnages tels que le commissaire Rémi Dubois (collectionneur de montres de luxe) ou le médecin légiste (classique des séries policières) qui allège un peu (je dis bien un peu!) l'ambiance et apporte un équilibre.

p.38 "- Eh bien, voilà, la plupart de ses os ont été cassés, ses doigts, les clavicules, l'humérus, le fémur, le péroné... Messieurs, vous avez devant vous un homme brisé au sens propre du terme !"

          Les épaules du professeur Flachat sont alors secouées par de petits spasmes provoqués par le fou rire intérieur que sa blague vient de déclencher."

Ce thriller est avant tout psychologique, mais il comporte pas mal d'action, de rebondissements, j'ai été quelquefois surprise, j'ai parfois deviné, mais pas souvent, et c'est ce qui m'a plu! J'ai passé un très bon moment, même si à mon goût certaines scènes étaient trop violentes, trop sanguinolentes. Je verrais très bien une adaptation cinématographique de cette histoire.

Ne dis rien à papa est le premier roman de François-Xavier Dillard que j'ai l'occasion de lire, je remercie les éditions Belfond de m'en avoir donné l'opportunité et j'ai maintenant bien envie de lire d'autres titres du même auteur comme Fais-le pour maman, ou Austerlitz 10.5 .

*****

 

22 septembre 2017

Brocante à la maison #2

Après une assez longue pause, me revoilà avec un vieux "livre" trouvé à la maison.

Aujourd'hui, un almanach Hachette de 1920 ou la

Petite encyclopédie populaire De la Vie pratique

Almanach Hachette 1920

 

J'aime beaucoup sa couverture, et j'ai été très surprise en l'ouvrant, de la diversité des informations que l'on pouvait y trouver!

Modes nouvelles pour métiers nouveaux

 

 

*

Alcool de menthe Ricqlès

 

*

Pour se défendre soi-même

 

*

Tableaux de chasse

 

Notez le proverbe au bas de chaque page.

J'ai découvert à l'intérieur un marque-page original, qui montre que probablement cet almanach est resté dans la région!

Eaux de vie charentaises

 

27 juillet 2017

Songe à la douceur - Clémentine Beauvais

2017-06-23 16

  • Titre : Songe à la douceur
  • Auteur : Clémentine Beauvais
  • Editions : Sarbacane 
  • Date de parution : 24 août 2016
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-84865-908-4

L'auteur

Clémentine Beauvais, née en 1989, est une auteure jeunesse française.

Clémentine Beauvais1

(Clic sur la photo pour accéder au site de Clémentine Beauvais)

Présentation de l'éditeur

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ?

Songe à la douceur, c'est l'histoire de ces deux histoires d'amour absolu et déphasé - l'un adolescent, l'autre jeune adulte - et de ce que dix ans, à ce moment-là d'une vie, peuvent changer. Une double histoire d'amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski - et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

 

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Mes impressions

 Ce roman en vers, s'il peut surprendre et impressionner avant d'être ouvert, se lit pourtant avec bonheur.

J'ai autant apprécié l'histoire pleine de rebondissements, que l'écriture, vivante, malicieuse (dans le bon sens du terme, rien de péjoratif ici!)

Clémentine Beauvais joue avec ses personnages, avec les techniques de narration, avec la mise en page également et le résultat est vraiment époustouflant. 

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Quelle prouesse! Etre capable d'associer une histoire "classique", inspirée de Pouchkine et de Tchaïkosvki (rien que ça!) à une écriture en vers, avec un contenu extrêmement contemporain. 

Avec humour et poésie à tous les étages!

p.9/10 "Eugène lui cria : 

                     "Qu'est-ce que tu deviens? 

                     Je ne savais pas que tu étais enceinte!"

        Elle ne l'était pas. 

Cependant, il lui était difficile de contredire Eugène, car

elle arborait sur son duffle-coat un énorme badge où une

tête de nourrisson hilare déclarait, en lettres capitales dans 

une grande bulle blanche,

                                     BEBE A BORD!

et en plus petit dessous, "Merci de me céder votre place".

           Il était donc logique qu'Eugène

(que cette conclusion ravageait, et qui d'ailleurs était

surpris de s'en trouver si affligé)

en déduise cette chose-là.

 

                       Il y avait une explication, qui ne pouvait

être donnée dans l'immédiat : 

                       à cause de la rareté des sièges inoccupés

                       dans le métro parisien entre huit

                       et neuf heures du matin, 

                       Tatiana avait acheté quelques mois auparavant

                       ce précieux sésame,

                       immédiat libérateur de strapontin. [...]"

 

p.195             " Vers mi-mai, enfin réveillée, la ville fit

     quelques étirements,

     se remit à postillonner des petits oiseaux dans le ciel,

     s'accrocha des bourgeons aux oreilles,

                                   et Eugène s'aventure dans les rues."

J'ai apprécié aussi la justesse des descriptions du sentiment amoureux. Clémentine Beauvais sait jouer avec les mots pour notre plus grand plaisir!

Le tout agrémenté d'une chouette "bande-son"!

Bande-son Songe à la douceur

 

*****

Mon enfant, ma soeur,

   Songe à la douceur 

D'aller là-bas vivre ensemble         

             Charles Baudelaire, "L'invitation au voyage"        (épigraphe)