La maison des livres

19 avril 2018

La symphonie du hasard - Livre 2 - Douglas Kennedy

La symphonie du hasard livre 2

  • Titre : La symphonie du hasard - Livre 2
  • Auteur : Douglas Kennedy
  • Traduction : Chloé Royer
  • Editions : Belfond
  • Date de parution : 15 mars 2018
  • Nombre de pages : 336
  • ISBN : 978-2-7144-4638-1

L'auteur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Il a grandi là-bas, puis est parti en Europe (Dublin, puis Londres). En 1994, sort son premier roman, Cul-de-sac (Gallimard – Série Noire, 1998), réédité dans une nouvelle traduction sous le titre Piège nuptial (Belfond, 2008 ; Pocket, 2009). Son deuxième roman, L'homme qui voulait vivre sa vie (Belfond, 1998, 2005 et 2010 ; Pocket, 1999) connaît un succès international.

Divorcé et père de deux enfants, Max et Amelia, Douglas Kennedy vit entre Londres, Paris, Berlin et les États-Unis.

Douglas Kennedy 2

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Douglas Kennedy ) 

Quatrième de couverture

Fresque à l'ampleur inédite, La Symphonie du hasard couvre vingt ans d'histoire américaine. Dans le bouillonnement social, culturel et politique des sixties-seventies, de New York à Dublin en passant par l'Amérique latine, un roman-fleuve, porté par un souffle puissant.

Pas évident d'échapper à sa famille, a fortiori quand cette dernière est en conflit permanent, avec une fâcheuse tendance à se mettre dans des situations compliquées. Alice Burns, elle, a choisi une solution radicale : mettre un océan entre elle et les siens et poursuivre ses études en Irlande.

D'abord déstabilisée par l'accueil quelque peu revêche des Dublinois, elle se surprend à prendre goût à une existence simple, plus sereine. Et sa rencontre avec Ciaran pourrait même lui laisser entrevoir la possibilité d'une autre vie.

Mais alors que résonnent les premiers échos des exactions de l'IRA, voici que resurgit une vieille connaissance, et avec elle un passé qu'Alice aurait préféré oublier à jamais...

Mes impressions

 Dans ce deuxième opus, j'ai retrouvé le suspense, les descriptions, l'atmosphère qui normalement me parlent chez Douglas Kennedy.  Alice Burns est à Dublin, où elle arrive pour étudier à Trinity College. Nous sommes immédiatement plongés dans l'ambiance étudiante irlandaise, les pubs, la Guinness, les amis et ... les intrigues. Le tout sur fond de "Troubles" du conflit nord-irlandais.

Le séjour d'Alice à Dublin ne se déroule pas sans encombre, et comme tout étudiant fraîchement débarqué, elle doit faire des connaissances, trouver un logement, apprivoiser son nouvel environnement. Tout cela est très bien décrit et l'on sent que l'auteur connaît parfaitement les lieux. 

Il est difficile d'évoquer l'intrigue sans dévoiler trop de détails. Comme indiqué en quatrième de couverture, une vieille connaissance d'Alice va resurgir et lui compliquer l'existence. Mais de qui s'agit-il? Suspense... J'ai trouvé ce "Livre 2" haletant, Alice évolue loin de sa famille, dont on apprend tout de même beaucoup de choses, notamment sur les activités de ses frères et de son père au Chili. Elle se rapproche de son frère Peter. Après pas mal de rebondissements, elle (re)trouve l'Amour, un étudiant irlandais prénommé Ciaran, séjourne avec lui chez ses parents à Belfast, ils rentrent à Dublin, programment leurs vacances à venir, tout va bien jusqu'au moment où ... la fin est explosive !

Il me tarde d'être le 3 mai pour découvrir la suite !

*****

Décidément, encore une allusion musicale qui me parle dans ce deuxième opus, cette fois c'est le Sunset, club de jazz à Paris. Ma voisine berlinoise, Susanna Bartilla, chanteuse de jazz, s'y produit régulièrement ! (Ainsi qu'ici à Berlin, où nous ne manquons pas d'aller l'applaudir dès que nous en avons l'occasion !)

p.56 " Tout ce qui m'arrivait était-il simplement le fruit des circonstances, ou avais-je, par le biais de mes choix et de mes actions, un certain degré d'incidence sur le cours des choses ? "

p.89 " L'Italie est ma plus grande passion. Si la réincarnation existe, j'aimerais passer ma prochaine vie dans le corps d'un aristocrate florentin. Parce qu'en plus de tous les plaisirs de la bonne chère qu'offre ce pays, ce qu'a dit ton professeur est entièrement vrai : le catholicisme là-bas est quelque chose de sensuel, de beau. Rien à voir avec cette idéologie de la culpabilité que l'Eglise se sent obligée d'imposer en Irlande, où l'existence est frocément une vallée de larmes. En Italie, on peut prendre la communion le dimanche matin et partir profiter de la dolce vita sans se sentir coupable. "

p.98 " Regarde autour de toi. Je suis légèrement obsédé par le style. Tu sais ce qui me plaît le plus dans le fait de pouvoir créer de la beauté chez soi ? On peut claquer la porte au nez du chaosqui règne dehors. "

p.124 " Il y a tout juste trente ans, ton père se terrait au fond d'un trou d'obus. Je sais que, pour quelqu'un d'aussi jeune que toi, trente ans, c'est une éternité. Mais quand tu attaques bientôt ta septième décennie... Le plus dur, dans la vie, c'est la vitesse à laquelle elle passe. C'est pour ça que la foi peut être d'une grande aide. "

p. 208 " Crois-moi, quand j'avais ton âge, je trouvais les années longues : entre la rentrée et le début de l'été suivant, c'était comme une éternité. Maintenant, je cligne des yeux en septembre, et voilà qu'on est en juin. "

p. 234 " Il m'a emmenée dans une petite gargote marocaine, où j'ai goûté ma première pastilla et mon premier couscous, puis dans un club de jazz appelé le Sunset où nous nous sommes installés au bar, en écoutant un Noir américain et deux musiciens français swinguer au son de ce que Peter appelait du be-bop. "

p.302-303 " Le domicile des parents de Ciaran était sans nul doute la maison la plus bibliophile que j'aie jamais visitée. Partout où je regardais, ce n'étaient que parquets sablés, murs peints d'un joli blanc cassé, confortable mobilier victorien, et des livres par centaines. Il y avait des étagères dans toutes les pièces - même dans les toilettes du rez de chaussée, où elles s'élevaient jusqu'à la citerne. L'entrée en était remplie du sol au plafond, trois murs sur quatre dans le salon comportaient des bibliothèques, et même la cuisine ne faisait pas exception. "

p. 305 " Lorsque John a digressé pour me poser des questions sur les clubs de jazz de New York, j'ai découvert qu'il était un fervent amateur de ce qu'il appelait lui-même la plus grande contribution des Etats-Unis au langage universel qu'est la musique, et qu'Anne et lui avaient, l'année précédant la naissance de Ciaran, passé l'été 1954 à Manhattan ; il avait ainsi pu écouter Charlie Parker à Birdland et Bill Evans et Dexter Gordon au Vanguard. "

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10 avril 2018

Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver - Séverine Vidal et Marc Majewski

 

Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver

  • Titre : Frileux l'ours qui n'aimait pas l'hiver
  • Auteure : Séverine Vidal
  • Illustrateur : Marc Majewski
  • Editions : Sarbacane
  • Age : 3 ans et plus
  • Date de parution : 7 février 2018
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2377310586

L'auteure

Séverine Vidal, née le 22 décembre 1969, est une auteure jeunesse française. Après avoir été professeur des écoles, elle se consacre à l'écriture à temps plein depuis la rentrée 2011. Elle écrit des romans pour adolescents, des albums, des BD ou des séries. Ses livres sont traduits à l'étranger, et récompensés par de nombreux prix.

Séverine Vidal 

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Séverine Vidal)

L'illustrateur

Marc Majewski, né le 15 avril 1993, est un auteur-illustrateur français. Tout petit, il s'est découvert une passion pour le dessin et la peinture à travers les oeuvres de Gustave Doré, Quentin Blake, Lisbeth Zwerger, et les films d'Hayao Miyazaki. C'était décidé, il serait illustrateur. Pendant sa formation à l'école Pivaut à Nantes, il a l'occasion de rencontrer de grands illustrateurs comme Benjamin Lacombe et Frédéric Pillot, rencontres qui le confortent dans son envie de devenir illustrateur de livres pour enfants. Il vit et travaille à Berlin. ( source : site de Marc Majewski )

Marc Majewski

(Clic sur la photo pour accéder au site de Marc Majewski)

 Présentation de l'éditeur

Frileux déteste l'hiver, le froid qui pique et le vent glacé. Normal, c'est un ours. Alors l'hiver, il dort, attendant des jours meilleurs pour ses activités favorites, comme bronzer au soleil en mangeant des glaces ou sentir le sable chaud sous ses pattes. 

Son copain Ness, le minuscule oiseau rouge, fait de son mieux pour le garder éveillé : l'hiver, c'est long sans son meilleur copain ! Il l'entraîne tout ronflant dans une partie de pêche endiablée, une formidable chasse en forêt, une grande fête sous la lune... Mais rien n'y fait. Frileux ronfle encore. Un matin, l'infatigable Ness se réveille avec une nouvelle idée au bout du bec...

Amitié hors normes, entre un gros ours frileux et un petit oiseau qui n'a pas froid aux yeux !

 

Mes impressions

Il est encore temps de vous présenter ce titre, c'est seulement le début du printemps, c'est Frileux qui va être content ! 

Cette histoire d'amitié indéfectible entre un grand et un petit, un ours blanc et un oiseau rouge, est magnifiquement servie par les illustrations colorées de Marc Majewski.

 

Frileux, l'ours qui n'aimait pas l'hiver 1

 

Au fil des pages, Ness, le petit oiseau, redouble d'imagination pour maintenir éveillé son ami Frileux. Rien ne fonctionne. Ni la partie de pêche (mon illustration préférée, je la trouve sublime !), ni la fête au clair de lune... mais un ami, ça ne se décourage pas comme ça ! Il va la trouver, la solution, le petit Ness !

Une ode à l'amitié, à l'amitié même si on est différents, des images somptueuses, les animaux, l'hibernation, vraiment cet album fera parler et rêver les petits mais aussi les plus grands!

Un grand merci aux éditions Sarbacane pour m'avoir permis cette belle découverte.

*****

05 avril 2018

L'ordre du jour - Eric Vuillard

L'ordre du jour

  • Titre : L'ordre du jour
  • Auteur : Eric Vuillard
  • Editions : Actes Sud, collection "Un endroit où aller"
  • Date de parution : 29 avril 2017
  • Nombre de pages : 160
  • ISBN : 978-2-330-07897-3

Prix Goncourt 2017

L'auteur

Eric Vuillard est un écrivain, cinéaste et scénariste français né en 1968 à Lyon. Il a obtenu entre autres le prix Franz-Hessel  2012 pour "Congo" et "La Bataille d'Occident". 

Eric Vuillard

 

Quatrième de couverture

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. E.V.

Mes impressions

Dans ce "récit" - je ne sais pas trop comment qualifier ce livre, qui n'est pas un roman, ni vraiment un récit, plutôt un essai en fait - on assiste aux prémices de la seconde guerre mondiale, à ce qu'il s'est tramé "juste avant", dans les coulisses. L'on se retrouve tour à tour à la réunion des 24 grands industriels allemands au Reichstag pour une levée de fonds en faveur du parti nazi (qui sera bientôt au pouvoir), 

p.23 "Mais pour faire campagne, il fallait de l'argent ; or le parti nazi n'avait plus un sou vaillant et la campagne électorale approchait. A cet instant, Hjalmar Schacht se leva, sourit à l'assemblée, et lança : "Et maintenant messieurs, à la caisse !"

p.23 "Cette réunion du 20 février 1933, dans laquelle on pourrait voir un moment unique de l'histoire patronale, une compromission inouie avec les nazis, n'est rien d'autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens qu'un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds."

à la visite "naïve" d'Halifax en Allemagne sur invitation de Goering, 

p. 27 "...Halifax, lord président du Conseil, se rendit en Allemagne, à titre personnel, à l'invitation d'Hermann Goering, ministre de l'Air, commandant en chef de la Luftwaffe, ministre du Reich à la forêt et à la chasse, président du défunt Reichstag - le créateur de la Gestapo. Voilà qui fait beaucoup, et pourtant Halifax ne tique pas..."

p.31 "...Lord Halifax cherche à nous faire rire. Mais je ne trouve pas ça drôle. L'aristocrate anglais, le diplomate qui se tient fièrement debout derrière sa petite rangée d'ancêtres, sourds comme des trombones, cons comme des buses, bornés comme des fields, voilà qui me laisse froid."

à l'entrevue de Kurt Schuschnigg, chancelier autrichien, avec Hitler à Berchtesgaden le 12 février 1938

p.76-77 "A l'époque où il était prisonnier des Italiens, jeune-homme, pendant la Première Guerre, Schuschnigg aurait dû lire les articles de  Gramsci plutôt que des romans d'amour ; alors il serait peut-être tombé sur ces lignes : "Quand tu discutes avec un adversaire, essaie de te glisser dans sa peau." Mais il ne s'est jamais glissé dans la peau de personne, tout au plus a-t-il enfilé le costume de Dollfuss, après lui avoir pendant quelques années léché les bottes. Se mettre à la place de quelqu'un ? Il ne voit même pas où cela mène ! Il ne s'est pas glissé dans la peau des ouvriers tabassés, ni des syndicalistes arrêtés, ni des démocrates torturés ; alors, maintenant, il ne manquerait plus qu'il parvienne à se mettre dans la peau des monstres ! [...] Il a dit non à la liberté de la presse, avec courage. Il a dit non au maintien d'un parlement élu. Il a dit non au droit de grève, non aux réunions, non à l'existence d'autres partis que le sien. Pourtant, c'est bien le même homme qu'embauchera après la guerre la noble université de Saint Louis, dans le Missouri, comme professeur de sciences politiques."

 Vient ensuite l'invasion insidieuse de l'Autriche par l'Allemagne, qui peut assez aisément avoir lieu après que les opposants ont été éliminés et que Seyss-Inquart, nazi notoire, a été nommé ministre de l'Intérieur puis chancelier d'Autriche (sur ordre d'Hitler). Mais tout de même, au moment d'envahir l'Autriche, le Führer aimerait le faire "dans les formes", en ayant pour ainsi dire l'autorisation de le faire. 

p.79 "On dirait que la puissance ne leur suffit pas, et qu'ils prennent un plaisir supplémentaire à forcer leurs ennemis d'accomplir, une dernière fois, en leur faveur, les rituels du pouvoir qu'ils sont en train d'abattre." 

 Entre temps, nous partons à Londres, assister au "déjeuner d'adieu" à l'ambassadeur d'Allemagne, Ribbentrop, organisé par Neville Chamberlain à Downing Street, en présence entre autres de Winston Churchill. Ce moment figure dans les mémoires de Churchill.  Un déjeuner que Ribbentrop semble faire exprès de prolonger, alors que les dirigeants britanniques viennent de recevoir une note importante au cours de ce repas (l'annonce de l'invasion imminente de l'Autriche par l'Allemagne) et peinent à cacher leur impatience.

Ce chapitre décrivant le déjeuner d'adieu à Downing Street est assez impressionnant à lire, le contraste est saisissant entre la langueur, le "plaisir" du moment (une description très détaillée du menu est donnée, les conversations futiles engagées par Ribbentrop sont allègrement retranscrites) et la gravité et l'urgence de ce qu'il se joue à l'instant-même dans une autre partie de l'Europe. A l'éclairage de l'Histoire, avec le recul que nous avons maintenant, cet effet de contraste est encore plus fort. 

Aussitôt après l'entrée d'Hitler à Vienne, juste avant l'Anschluss, les exactions commencent, la pression est tellement forte, qu'il y a "plus de mille sept cents suicides en une seule semaine." 

p. 136 "Alma, Karl, Leopold ou Helene ont peut-être aperçu, depuis leur fenêtre, ces Juifs que l'on traîne par les rues. Il leur a suffi d'entrevoir ceux auxquels on a rasé le crâne pour comprendre."

p. 139 "Alma Biro, Karl Schlesinger, Leopold Bien, et Helene Kuhner n'ont pas vécu si longtemps. Avant de se jeter par la fenêtre, le 12 mars 1938, Leopold avait dû affronter plusieurs fois la vérité, puis la honte."

p.141 "On ne peut même pas dire qu'ils aient choisi de mourir dignement. Non. Ce n'est pas un désespoir intime qui les a ravagés. Leur douleur est une chose collective. Et leur suicide est le crime d'un autre."

 

D'un coup les "anonymes" ont un nom, j'ai été très sensible à cela. 

Les deux derniers chapitres s'intitulent "Les morts" et "Mais qui sont tous ces gens". Il est question dans les dernières pages de nouveau des grands groupes de l'industrie allemande, notamment de Krupp, dont l'auteur fait le procès. 

Ce que je retiendrai de cette lecture, c'est l'engrenage sournois qui a fait le nid du drame de la deuxième guerre mondiale, et surtout du drame de l'holocauste. Beaucoup d'anecdotes sont relatées, qui au regard de l'Histoire, et mises bout à bout, ne sont finalement pas des anecdotes. C'est tout cela et l'ambition d'un fou, qui a conduit à l'indicible. 

J'ai été gênée malgré tout par l'ironie trop souvent présente dans le discours de l'auteur, cela m'a dérangée. Comme si trop d'ironie tuait l'objet-même de la critique (en tous cas à mes yeux). Il est plutôt "facile" de relire l'Histoire et de juger quand on sait à l'avance tout ce qu'il va se passer. Peut-être suis-je assez naïve pour croire que quelques uns des protagonistes, s'ils avaient "su" ce qui se tramait, auraient agi différemment. Mais maintenant, on sait. Alors il est utile d'écrire et de lire de tels ouvrages, d'observer le mécanisme "de l'intérieur", pour que tous nous soyions vigilants et que jamais cela ne se reproduise.

*****

 

 

28 mars 2018

La vie de Napoléon racontée par le chien Fortuné et le cheval Vizir - Pierre Branda & Didier Lévy

La vie de Napoléon 1

  • Titre : La vie de Napoléon racontée par le chien Fortuné et le cheval Vizir
  • Auteurs : Pierre Branda et Didier Lévy
  • Illustratrice : Camille Chevrillon
  • Editions : Perrin et Gründ
  • Age : à partir de 7 ans
  • Date de parution : 8 mars 2018
  • Nombre de pages : 72
  • ISBN : 978-2-324-02060-5

Les auteurs

Pierre Branda

Né le 8 décembre 1966 à Nice, Pierre Branda est un historien français, directeur du patrimoine de la Fondation Napoléon. Il est l'auteur de nombreux travaux sur l'empereur. 

Pierre Branda 

 

Didier Lévy

Né en 1964, Didier Lévy est un conteur de talent. Ancien journaliste, notamment chez Okapi, il est auteur de nombreux livres publiés chez Nathan, L'Ecole des Loisirs, grasset ou Sarbacane.

Didier Lévy

 

Camille Chevrillon, illustratrice

Camille Chevrillon vit et travaille à Paris. Elle a fait ses armes à l'atelier de Sèvres, puis à l'école Olivier de Serres, avant de s'orienter vers l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris dont elle ressort diplômée avec les félicitations en 2011. Elle a notamment illustré La Fabrique des mots, d'Erik Orsenna. 

Camille Chevrillon

 

Présentation de l'éditeur

La vie de Napoléon comme on ne vous l'a jamais racontée !

Napoléon ; ce grand homme a tout pour passionner les enfants. Homme de volonté, il inspire courage et combativité – 44 victoires sur 51 batailles – ; aventurier, sa campagne d'Egypte invite à l'évasion et la curiosité ; réformateur – ce qui suscitera peut-être quelques mécontentements chez nos jeunes lecteurs – il est à l'origine de notre système scolaire. Cette figure insatiable donne l'exemple même que rien n'est impossible. 

Loin des idées reçues, il s'agit d'entrer dans l'Histoire, d'être au plus proche de l'homme, de façon ludique. Le récit est pris en charge par Vizir et Fortuné qui sont respectivement le cheval de Napoléon et le chien de Joséphine. Les deux animaux, aux premières loges de l'Histoire, se rencontrent par hasard dans une auberge de campagne et entament une conversation autour de... Napoléon. 
Immédiatement, ils échangent leur points de vues, souvent différents pour ne pas dire opposés et reviennent sur les épisodes fondamentaux de la vie de Napoleone Buonaparte. Sa naissance en Corse en 1769. Les campagnes d'Italie, de Russie, d'Egypte ; le sacre ; ses réformes comme la création du code pénal ou l'invention des numéros pairs et impairs dans les rues, et bien sûr l'exil. 

A mesure que la vie de ce grand homme se dessine, une amitié se crée entre Vizir et Fortuné. Leur histoire et celle de Napoléon s'entremêlent tant, qu'on peut finir par se demander qui de Napoléon, de Vizir ou de Fortuné est le héros de ce livre. Sans doute un peu les trois. 

 

Mes impressions

Cet album fait partie de la nouvelle collection éditée par les éditions Perrin et Gründ Jeunesse associées. Le principe est, comme pour le titre "Sissi aussi libre que le vent", d'allier un historien, un auteur jeunesse et un illustrateur le temps d'un album, pour "créer un ouvrage de qualité, sérieux, beau et réjouissant." Et je dis encore une fois : mission accomplie ! Merci aux éditions Perrin pour m'avoir permis de découvrir cet album. 

Napoléon

Les illustrations font rêver, le principe du chien de Joséphine et du cheval de Napoléon qui se rencontrent est une excellente idée, cela permet à la fois d'entrer dans l'intimité de l'empereur, de le "critiquer" un peu - le chien de Joséphine ne voit pas toujours d'un bon oeil les frasques de Napoléon - et donc cela autorise une certaine prise de distance souvent nécessaire en histoire, mais avant tout, cela permet de rester dans un univers enfantin où il est possible qu'un chien et un cheval se parlent et voyagent ensemble sur un tapis volant. 

p.30 " - On dira ce qu'on voudra de Napoléon, remarque-t-il, mais pendant cette période du Consulat, il a sacrément modernisé la France. Avec les préfets et la Banque de France qu'il crée, le pays retrouve une certaine stabilité. Grâce au Code civil, dont Napoléon est aussi à l'origine, la France se dote de lois modernes. Les lycées, la Légion d'honneur, c'est lui aussi...

           - Oui, oui, un vrai surhomme, ton Napoléon ! grince Fortuné.

           - Je sais bien que tu ne l'aimes pas trop, mon Napoléon, mais reconnais qu'il a fait des choses. 

           - Mouais ! admet Fortuné."

Les mots en rouge sont expliqués dans le lexique en fin d'ouvrage.

Le voyage de Fortuné et de Vizir est à la fois un voyage dans le temps et dans l'espace. Ainsi ils retournent à l'époque de l'enfance de Napoléon en Corse, puis ils suivent sa vie, en passant par les lieux mythiques ayant marqué son histoire. Tour à tour, Vizir et Fortuné se remémorent les grandes étapes de la vie de l'empereur, du coup d'état à l'exil, en passant par le couronnement, les batailles, victoires et défaites. Le tapis volant nous conduit jusqu'à la Bérézina, puis nous transporte entre autres vers l'île d'Elbe, nous fait revivre les Cent-Jours, puis l'exil à Ste Hélène. 

Tout y est expliqué avec des mots simples, les mots un peu plus compliqués sont repris en fin d'ouvrage dans un lexique. Enfin une chronologie reprend les dates importantes. 

Cet ouvrage est une vraie réussite, je trouve que de nos jours, les enfants (qui y ont accès) ont de la chance d'avoir à leur disposition de si beaux livres pour apprendre en prenant du plaisir. Un "fan" de Napoléon prendra autant de plaisir à lire cet album qu'un novice qui souhaite découvrir ce personnage historique. 

Napoléon 1

 

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Gros coup de coeur encore une fois !

 

 

23 mars 2018

Seul dans Berlin - Hans Fallada

Seul dans Berlin

 

  • Titre : Seul dans Berlin
  • Auteur : Hans Fallada
  • Traduction : Laurence Courtois
  • Editions : Denoël, puis Folio
  • Date de parution : pour la version intégrale non censurée,  9 janvier 2014 chez Denoël puis 21 mai 2015 chez Folio
  • Nombre de pages : 768
  • ISBN : 978-2-07-046333-6

L'auteur

Rudolf Ditzen, alias Hans Fallada, né le 21 juillet 1893 à Greifswald et mort le 5 février 1947 à Berlin était un écrivain allemand.

Le pseudonyme Hans Fallada fait référence à deux personnages de contes des frères Grimm : le héros de Hans im Glück (Jean-La-Chance) et le cheval nommé Falada de Die Gänsemagd (La gardeuse d'oies).

Ses romans racontent la vie des gens simples.

Hans Fallada

En cliquant sur la photo, vous pourrez visionner une excellente émission diffusée sur Arte en 2017, qui relate la vie de l'écrivain.

Quatrième de couverture

Mai 1940, Berlin fête la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Frau Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quangel, désespérés d'avoir perdu leur fils au front, qui inondent la ville de tracts contre Hitler et déjouent la Gestapo avant de connaître une terrifiante descente aux enfers. Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Mes impressions

Ce livre, écrit par Hans Fallada au lendemain de la guerre, est le premier (et un des rares) à décrire la résistance des allemands (ici des berlinois) au régime nazi pendant la seconde guerre mondiale.

La version présentée ici est la version intégrale, éditée en janvier 2014 chez Denoël (Edition Folio sur la photo). En effet, lors de sa première édition, juste après la fin de la guerre, certaines parties du roman (comme par exemple celles faisant apparaître Anna Quangel comme une sympathisante de la Frauenschaft) avaient été censurées. 

L'histoire se déroule dans Berlin, de 1940 à 1942 et raconte l'implication d'un couple, Otto et Anna Quangel, dans la résistance contre Hitler et son régime. Rien ne laissait présager un tel revirement chez ces gens simples habitant au 55 de la Jablonski Strasse à Prenzlauer Berg, qui quelques années avant avaient été membre des jeunesses hitlériennes pour lui, et de la Frauenschaft (ligue des femmes national-socialiste) pour elle. C'est le décès au combat de  leur fils unique qui va les faire changer d'avis. Anna trouve alors un bon moyen de se défaire de ses obligations à la Frauenschaft, et pour exorciser leur douleur, ils se mettent à combattre secrètement, à leur manière, le Reich. Et leur manière, c'est d'écrire, puis de déposer dans des cages d'escaliers d'immeubles berlinois, des cartes aux messages anti-nazis, critiquant le Führer et ses exactions, appelant le peuple à se rebeller. Ils écriront en tout 285 cartes, dont 268 seront récupérées par la Gestapo. Alors qu'ils espéraient faire réfléchir les gens, ils n'ont obtenu de leur part que des réactions de peur panique et de "dénonciations". la presque totalité des cartes s'est retrouvée dans les bureaux du siège de la gestapo, dans la Prinz-Albrecht-Strasse. Aujourd'hui cette rue s'appelle la Niederkirchnerstrasse, et l'ancien siège de la Gestapo est un lieu de mémoire pour toutes les victimes du nazisme. Face au bâtiment les cellules sont encore visibles. Un lieu doublement marqué par l'histoire puisque moins de 20 ans après la fin de la guerre, le mur de Berlin était érigé juste devant. Voici quelques photos.

 

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Cellules, situées à la cave,  dans lesquelles les opposants au régime étaient emprisonnés et torturés.

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Les restes du mur, passant juste devant l'ancien QG de la gestapo.

 

Le texte de la première carte : 

"Mère! Le Führer a assassiné mon fils...Mère! Le Führer va aussi assassiner tes fils, il n'arrêtera pas, même quand il aura porté le deuil dans chaque maison de cette terre"..." p.212

 Hans Fallada, pour écrire ce roman, s'est inspiré d'une histoire vraie, celle d'Otto et Elise Hampel, qui habitaient Moabit, Amsterdamerstr.10. C'est suite au décès du jeune frère d'Elise à la guerre qu'ils décident d'écrire leur première carte. Ils seront finalement dénoncés, condamnés et exécutés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee. Pour écrire leur histoire, Hans Fallada s'est appuyé sur les procès verbaux des interrogatoires de la Gestapo subis par le couple. 

 

Elise et Otto Hampel

Elise et Otto Hampel, après leur arrestation.

Carte

L'une des nombreuses cartes écrites par le couple.

 

Après la découverte des premières cartes commence une véritable chasse à l'homme dans Berlin, dans une ambiance de terreur, de danger imminent permanent. Cette histoire nous donne un reflet de l'état d'esprit à Berlin à cette période. Les uns étaient lâches, les autres perfides, tous étaient méfiants, et la cruauté n'était jamais loin... On réalise alors à quel point il était compliqué et dangereux de résister à cette époque, à Berlin de surcroît. Tout le monde épiait potentiellement tout le monde. 

p. 690 "Car l'inspecteur Laub travaillait selon le principe de cette époque : tout le monde a quelque chose sur la conscience. Il suffit de chercher assez longtemps, et on trouve toujours quelque chose."

Le tour de force de Fallada est de nous montrer ces relations dans le quotidien d'une micro-société qu'est l'immeuble des Quangel. Y cohabitent les persécuteurs, les persécutés, les gens "normaux", les Résistants...

Primo Levi a dit de "Seul dans Berlin" qu'il est "l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie". 

Ce roman, inspiré d'une histoire vraie et de faits réels, montre et analyse brillamment les rouages de cette machine infernale. Il dit l'état psychologique de peur panique dans lequel ce système pervers avait plongé les Berlinois. Et le courage incroyable de certains d'entre eux.

Avoir la possibilité de lire ce livre à Berlin donne une autre dimension à la lecture, la rend encore plus forte je crois. Merci aux éditions Denoël pour l'envoi de ce roman (et merci Gaëlle pour le prêt du tien !)

*****

Après avoir lu ce roman, j'ai visionné le film, Seul dans Berlin, de Vincent Perez sorti en 2016, avec Emma Thompson (Anna Quangel), Brendan Gleeson (Otto Quangel) et Daniel Brühl (Escherich). J'ai été un peu déçue par l'absence de certains personnages et de certaines scènes. Il est toutefois compliqué de faire figurer dans un film d'une heure et quarante minutes le contenu d'un roman de plus de 700 pages et d'une telle densité. Malgré tout, l'ambiance du roman y est très bien restituée et la distribution des personnages principaux est judicieuse. Exceptionnellement, il est peut-être dans ce cas-là plus intéressant de voir le film avant de lire le livre?

Seul dans Berlin - film

(Clic sur l'image pour accéder à la bande annonce du film)

Je suis ensuite partie sur les traces d'Elise et Otto Hampel dans Berlin, voici quelques photos. ( Je n'ai volontairement pas mis de photo de la salle d'exécution de Plötzensee, trop dur...)

 

Elise et Otto Hampel 4

Elise et Otto Hampel vivaient au numéro 10 de la Amsterdamer Strasse

Elise et Otto Hampel 1

Dans cet immeuble

Elise et Otto Hampel

Elise et Otto Hampel 2

Plötzensee 1

Entrée du mémorial de Plötzensee, où Elise et Otto Hampel (Anna et Otto Quangel dans le roman) ont été exécutés en 1943

***

 

 

p.36 " Non, il ne peut pas retourner chez Otti sans argent. Soudain, il pense à la vieille Rosenthal, elle habite toute seule maintenant, sans défense, au quatrième étage du 55, rue Jablonski. Qu'il n'ait pas pensé plus tôt à la vioque, à la Juive, c'est pourtant une affaire bien plus juteuse que ce vieux vautour de Quangel! "

p.58 " Non, cette guerre n'aurait pas dû arriver; si le Führer était vraiment un grand homme, il aurait dû l'empêcher. Pour ce petit bout de Dantzig et l'étroit corridor - et à cause de ça, des millions de gens qui risquaient tous les jours leur vie - un vrai grand homme n'aurait pas laissé faire ça!

           Mais il faut dire que les gens racontaient qu'il était un enfant naturel. Alors il n'avait sûrement pas eu de mère pour s'occuper vraiment de lui. Et donc il ne pouvait pas savoir comment se sentaient les mères avec cette angoisse immense qui ne voulait pas finir. Après avoir reçu une lettre du front, on se sentait mieux pendant un ou deux jours, et puis on calculait quand elle avait été envoyée, et puis l'angoisse revenait. "

p.89 " Quand on y pense, reprend alors Barkhausen, on a quand même la belle vie. Toutes ces belles choses ici " , il hoche la tête, " et on peut prendre tout ce qu'on veut, et on fait carrément une bonne action en plus de ça, en reprenant à une Juive tout ce qu'elle nous a volé, on le sait bien... "

p.197 " Mais la conversation téléphonique qu'avait eue son mari s'infiltra dans le réseau de Berlin, elle se propagea, elle mena ici, puis là, on prit des renseignements, on posa des questions, on chuchota sous le sceau du secret le plus strict. Parfois, la conversation semblait dévier tout à fait de son objectif initial, mais grâce à l'excellence et l'infaillibilité du service automatique interurbain, elle retrouvait toujours son chemin, jusqu'à ce qu'enfin, grossie jusqu'à l'avalanche, elle trouve la petite antenne de la Frauenschaft dont dépendait Anna Quangel. A ce moment-là, deux dames y tenaient la permanence (de façon bénévole), l'une sèche avec des cheveux blancs, décorée de la Mutterkreuz, la croix des mères, l'autre rondelette et encore jeune, mais avec une coupe d'homme et les insignes du parti sur le renflement de la poitrine. " (scène particulièrement bien restituée dans le film de Vincent Perez)

 Otto Quangel, au sujet des gens qui se "cachent" derrière leurs croyances religieuses : 

p. 471 " - Laisse donc, Otto! Les gens pieux comme eux ont la vie plus facile par les temps qui courent. Ils ont au moins quelqu'un vers qui se tourner avec tous leurs soucis. Et ils croient que tous ces meurtres ont un sens. 

              - Merci! fit Quangel, soudain fâché. Un sens! Mais tout ça n'a aucun sens, aucun! Et parce qu'ils croient au ciel, ils ne veulent rien changer sur la terre. Que ramper par terre, et se défiler! Au ciel, tout ira mieux! Dieu sait pourquoi tout cela arrive. Nous l'apprendrons au Jugement dernier! Ah non, merci. " Quangel avait parlé précipitamment, très fâché. "

 

 

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20 mars 2018

Charlotte Salomon. Vie ? ou Théâtre ? Une sélection de 450 gouaches - Evelyn Benesch et Judith C.E. Belinfante

Charlotte Salomon 

  • Titre : Charlotte Salomon. Vie ? ou Théâtre ? Une sélection de 450 gouaches
  • Auteur : Evelyn Benesch
  • Editions : Taschen
  • Date de parution : 26 octobre 2017
  • Nombre de pages : 600
  • ISBN : 978-3836539319

Les auteures

Evelyn Benesch

est directrice-adjointe du Bank Austria Kunstforum à Vienne.
Durant sa longue activité de commissaire d’exposition, elle s’est intéressée aux divers artistes de l’époque moderne – de Paul Cézanne à Henri de Toulouse-Lautrec, des futuristes aux peintres de Brücke –, à Pierre Bonnard ou à Balthus.

Evelyn Benesch

  

Judith C.E. Belinfante

a étudié l’histoire contemporaine à l’université d’Amsterdam.
Entre 1969 et 1998, elle participa à la collecte des pièces et à la construction du Musée historique juif d’Amsterdam, et en devint la directrice en 1976. Députée de 1998 à 2002, elle fut conservatrice en chef des collections spéciales de la bibliothèque universitaire de l’université d’Amsterdam entre 2003 et 2008.
Elle est présidente de la fondation Charlotte Salomon.

Judith C

 

Présentation de l'éditeur

Peindre pour survivre
L’acte de bravoure artistique de Charlotte Salomon sous le Troisième Reich
Charlotte Salomon. Vie ? ou Théâtre ?

Voici le chef-d’oeuvre cathartique de Charlotte Salomon. Confiée à un ami avant sa déportation vers Auschwitz, sa série de gouaches Vie? ou Théâtre? a perduré comme un exploit artistique hors catégorie et sans comparaison.
Réunissant les 450 pièces les plus significatives, dont des séquences découpées comme un film et des conseils musicaux, cette autobiographie en forme de fiction est un monument d’expression intime née d’un drame familial.


«Prends-en soin. C’est toute ma vie.»
— Charlotte Salomon
Quand l’artiste allemande Charlotte Salomon (1917–1943) confia sa série de gouaches Vie? ou Théâtre? à un ami, elle le supplia: «Prends-en soin. C’est toute ma vie.»
Quelques mois plus tard, un camion de la Gestapo emportait Charlotte, enceinte de 5 mois. Elle fut déportée à Drancy, puis à Auschwitz, où elle fut gazée dès son arrivée, à l’âge de 26 ans.
Bien des pages sont hantées par le traumatisme, mais aussi par une certaine insoumission.
Née dans un contexte familial marqué par la dépression, l’oeuvre que Charlotte Salomon a laissée derrière elle représente, au sens propre du terme, sa pièce de résistance, «quelque chose de sauvagement excentrique» selon ses propres termes.
Ce cycle de près de 1.300 gouaches autobiographiques combine créativité forcenée et narration personnelle avant-gardiste dans un document bouleversant d’expression intime.
Divisées en 3 parties, les gouaches dessinent un autoportrait vivant retraçant toutes les facettes de son existence: de la complexité de sa vie familiale, marquée par le suicide de presque toutes les représentantes féminines, son enfance à Berlin, sa relation intime avec son professeur de chant Alfred Wolfsohn et la montée du nazisme jusqu’à son exil en France en 1939.
Tout au long de son histoire, l’artiste joue avec les pseudonymes facétieux et les éléments fantastiques avec une franchise émotionnelle, un sens remarquable de l’observation et une mémoire visuelle exceptionnelle.
Ses séquences, présentées comme des fragments de film, sont parsemées de mots mais aussi de suggestions musicales contemporaines qui font de Vie? ou Théâtre? le script d'une comédie musicale, des années avant que le genre soit à la mode.
Échappant à toute catégorisation ou comparaison, ces gouaches constituent un triomphe de la vérité personnelle et de l’expression individuelle. Publié ici à travers une sélection des 450 gouaches les plus significatives, Vie? ou Théâtre? est le chef-d’oeuvre sans égal d’une artiste immense et ambitieuse, assombri par sa mort prématurée, mais lumineux par sa précision, son lyrisme et son courage.

Mes impressions

Après avoir lu Charlotte, de David Foenkinos, j'avais eu la curiosité d'aller voir ses peintures sur internet, et j'ai tout de suite été séduite et impressionnée par son oeuvre. En effet, avoir produit tant de tableaux en si peu de temps relève de l'exploit. De l'intuition, peut-être ? C'est ce qui à mes yeux rend son oeuvre très émouvante. 

Ce très bel ouvrage, paru à l'automne chez Taschen, est une biographie de Charlotte Salomon, à l'éclairage de son oeuvre, elle-même un "résumé" de sa courte vie. A travers une sélection de 450 de ses gouaches les plus significatives, il nous est offert de découvrir son univers tourmenté.

Ce livre est composé de deux parties : dans la première, les deux auteures s'expriment et analysent la vie et  l'oeuvre de Charlotte Salomon (à l'éclairage de photos et en faisant des références précises à certaines gouaches) Dans la seconde partie, ce sont les textes et les 450 peintures de Charlotte que l'on découvre.

Charlotte Salomon avait elle-même organisé son oeuvre en trois parties : Vorspiel (prologue), Hauptteil (partie principale) et Nachwort (postface). Le tout précédé d'un petit programme (Programmheft) présentant les personnages et la pièce. Elle l'avait appelée : "Leben ? oder Theater ?  ein Singespiel". (Vie ? ou Théâtre ? une pièce musicale). Ses peintures sont en effet accompagnées de textes, d'indications et parfois de propositions de musiques. 

Charlotte est née en 1917 à Berlin. Quand elle a 9 ans, sa mère se suicide. Sa tante (la soeur de sa mère, qui s'appelait aussi Charlotte) s'était également suicidée quelques années auparavant. A l'enfant, son père dit que sa maman est morte emportée par une maladie. Ce n'est que des années plus tard, en 1940, lorsqu'à son tour sa grand-mère maternelle se suicide alors qu'ils sont en exil dans le sud de la France, que son grand-père révèlera à la jeune-fille les véritables circonstances de la mort de sa mère. Le contexte familial n'est donc pas simple, ni léger. Même si au cours de ses jeunes années, Charlotte a bénéficié d'un environnement très porteur culturellement et socialement. 

Il faut y ajouter le contexte historique. Charlotte, jeune-fille juive, grandit à Berlin, en même temps que la montée du nazisme. Très vite, son père, chirurgien, ne peut plus exercer à l'hôpital de la Charité mais doit se contenter d'exercer dans un hôpital juif. De même, sa seconde épouse, Paula Salomon-Lindberg, qui est chanteuse, n'a le droit de se produire que devant un public juif. Charlotte ne peut plus fréquenter son lycée et doit le quitter malgré sa conduite irréprochable, en septembre 1933. Une année avant le bac, qu'elle ne passera jamais. Elle s'inscrit ensuite à l'académie des arts, où sa présence devient vite un problème. Elle y gagne un prix, qu'elle ne peut recevoir parce que juive. pendant ces années, elle tombe éperdument amoureuse d'Alfred Wolfsohn, le professeur de chant de Paula. Il est souvent représenté sur ses gouaches.

Lors de la "Nuit de Cristal", le 9 novembre 1938, Albert Salomon, le père de Charlotte, est arrêté et emprisonné dans le camp de concentration de Sachsenhausen. Grâce aux relations de Paula, il arrive à en sortir. Il a compris qu'il était grand temps de fuir. Il est trop faible pour voyager, mais décide de mettre sa fille à l'abri en l'envoyant auprès de ses grands-parents maternels qui eux sont déjà dans le sud de la France, à Villefranche-sur-Mer. Au printemps suivant, Albert et Paula partiront pour Amsterdam. Alfred Wolfsohn, lui, partira en Angleterre.

Lorsqu'elle arrive sur la Côte d'Azur, Charlotte est soulagée, la pression se fait moins forte. Elle et ses grands-parents logent chez Ottilie Moore, une riche américaine, qui va l'inciter à peindre. Elle lui achète même des tableaux et des cartes de voeux. De 1940 à 1942, Charlotte sera très productive. Puis peu à peu la pression remonte, la France déclare la guerre à l'Allemagne, les nazis envahissent la France, s'approchent de nouveau dangereusement...

Charlotte est tourmentée, elle se sent acculée, n'ayant le choix selon elle, qu'entre le suicide ou l'accomplissement de quelque chose de grandiose. Elle choisira la deuxième solution, en créant en un temps record cette oeuvre incroyable. Elle se marie le 17 juin 1943, et c'est avec son mari qu'elle sera arrêtée le 23 septembre de la même année, puis déportée à Auschwitz le 7 octobre, alors qu'elle est enceinte de 5 mois. Elle y sera assassinée dès sont arrivée, probablement le 10 octobre 1943. 

Dans le sud de la France, Charlotte s'était également liée d'amitié avec le docteur Georges Moridis. C'est à lui qu'elle confiera son travail avant d'être arrêtée, en lui disant "prenez-en soin, c'est toute ma vie". C'est ce qu'il fera, et c'est pour cela qu'après la guerre, quand ils se rendront dans le sud de la France, Albert et Paula Salomon trouveront les peintures de Charlotte. Ils emporteront aussi avec eux cet auto-portrait de leur fille qui se trouvait chez Ottilie Moore :

 

Autoportrait de Charlotte Salomon

 

L'oeuvre de Charlotte Salomon, c'est tout ça à la fois. Dans sa "comédie musicale", elle a donné un rôle à chacun de ses proches en leur donnant des pseudonymes. Ainsi Paula Lindberg devient "Paulinka Bimbam". Son oeuvre raconte sa vie, de la rencontre puis le mariage de ses parents,  jusqu'à son exil dans le sud de la France. 

 

Suicide de sa tante Charlotte

Texte accompagnant cette peinture : Suicide d'une jeune de 18 ans. Charlotte s'est donné la mort  au Schlachtensee. 

Hier soir, une jeune-fille s'est noyée dans le Schlachtensee. La dépouille retrouvée a été identifiée aujourd'hui par le père à la morgue. Nous présentons nos condoléances les plus sincères aux parents et espérons qu'ils trouveront du réconfort auprès de leur fille aînée. 

 

Charlotte Salomon

Texte accompagnant cette peinture : Franziska (la maman de Charlotte) dit : 

Au ciel, c'est beaucoup plus beau que ça ne l'est sur cette Terre - et quand ta maman sera devenue un ange, alors elle redescendra et elle t'apportera, petit lapin, elle t'apportera une lettre, dans laquelle elle dit comment c'est, comment c'est là-haut au ciel."

 

Cette oeuvre est aussi un reflet de l'art et de la culture à Berlin de la fin des années 1920 au début des années 1930, en même temps, qu'elle raconte la vie de l'artiste. 

Après la découverte de son travail, il a fallu le décrypter et en comprendre le sens grâce notamment à certaines pages qui étaient numérotées.

La première exposition des peintures de Charlotte Salomon a eu lieu en 1961, au musée Fodor à Amsterdam. Le but était alors de la faire découvrir en tant qu'artiste au grand public et non en tant que victime de l'holocauste. 

Vint ensuite la première édition d'un livre de 80 images, en allemand et en anglais, en 1963, intitulé "journal"  (Charlotte Salomon, "Ein Tagebuch in Bildern" 1917-1943)

Pour ma part, je suis comblée avec ce nouvel ouvrage présentant la vie de Charlotte Salomon à travers une sélection de 450 de ses gouaches, c'est exactement le livre qu'il me fallait pour satisfaire mon envie de mieux la connaître après l'avoir découverte il y a deux ans. Alors je dis un grand merci aux éditions Taschen !

La version que je vous présente ici est la version allemande, mais ce livre existe aussi en français ! 

*****

Gros coup de coeur

 

 

 

14 mars 2018

Deux secondes en moins - Marie Colot et Nancy Guilbert

Deux secondes en moins

  • Titre : Deux secondes en moins
  • Auteures : Marie Colot et Nancy Guilbert
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 13 février 2018
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-210-96524-9

Les auteures

Nancy Guilbert

Nancy Guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.

Nancy Guilbert

( Clic sur la photo pour accéder au blog de Nancy Guilbert )

Marie Colot

Née en 1981, Marie Colot est une auteure jeunesse belge. Enseignante de formation, elle publie son premier roman en 2012, "En toutes lettres". Depuis, elle n'a cessé d'écrire pour les adolescents.  

Marie Colot

( Clic sur la photo pour accéder au site de Marie Colot )

 Quatrième de couverture

- Vas-y, joue quelque chose. Ce que tu veux, ce que tu aimes, ce qui t'emporte !

Depuis qu'un accident de voiture l'a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l'accident, est immense, comme sa solitude.

Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d'emménager. 

Pour l'un et l'autre, tout s'est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer...

Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique.

Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré. 

Un roman bouleversant, où un perroquet, le "thé des Sages", l'amitié et les mots apportent une douceur salutaire.

Mes impressions

Je viens de refermer ce roman et je ne sais pas encore trop comment en parler.

Pour commencer, je dirais qu'il est très beau, à l'extérieur comme à l'intérieur. La couverture, dotée d'un vernis sélectif, représente des touches de piano "désordonnées" sur un fond rouge. Et c'est très bien vu, car au moment où le lecteur rencontre les deux protagonistes de l'histoire, c'est le chaos dans leurs vies, dans leurs têtes. 

Igor a été défiguré quelques mois auparavant dans un accident de voiture provoqué par son père, et Rhéa ne peut comprendre et encore moins accepter le récent suicide de son petit ami. Tous les deux sont dévastés et seuls dans leurs douleurs. Ils sont deux abîmés de la vie à un âge où tout devrait n'être qu'insouciance et légèreté, en tous cas pas aussi grave.  

Ces thèmes de l'accident et du suicide chez les jeunes étaient très délicats à aborder, le sujet pas facile à traiter sans glisser dans le pathos. Les auteures, Nancy Guilbert et Marie Colot, ont géré cela de main de maître. 

Alors qu'il paraît impossible à Igor de retrouver une vie "normale", alors qu'il semble à Rhéa impensable d'être à nouveau heureuse, Fred, un professeur de piano va jouer le rôle de catalyseur et les aider, en les faisant se rencontrer et en leur redonnant goût au piano, instrument qu'ils pratiquaient tous les deux à un haut niveau avant leurs "accidents".

Ainsi, en même temps qu'ils s'appliquent à jouer à quatre mains une Fantaisie de Schubert, on assiste à leur nouvelle naissance. Ils restent marqués par ce qu'ils ont vécu, cela fait désormais partie de leurs vies, mais peu à peu, un nouveau chemin se dessine et leur paraît possible. 

Ce qui est merveilleux dans ce roman, c'est que ce processus vers la lumière se fait en douceur. Peu à peu, Rhéa et Igor progressent vers leur nouvelle vie, retrouvent les sensations oubliées, refont surface ensemble. Le tout est ponctué d'humour et de douceur, avec les interventions parfois cocasses d'Obama, le perroquet d'Igor, et le 'thé des Sages" que Fred a toujours avec lui.

Un magnifique message d'espoir, dans la vie et dans les capacités d'empathie des êtres humains les uns envers les autres.

J'ai ressenti en lisant ce livre un sentiment de plénitude et d'apaisement, malgré la gravité du sujet abordé. Une oeuvre à quatre mains écrite comme on jouerait un morceau, dans laquelle transpirent la complicité et le respect. Et puis de jolies allusions à l'écriture, à la poésie et à ses bienfaits, auxquelles j'ai été sensible.

Un livre important, lumineux, que je garderai précieusement, comme un baume universel, qui pourrait apaiser autant les adultes que les adolescents. 

Bravo et merci à Nancy Guilbert et à Marie Colot pour ce beau cadeau qu'elles ont fait à leurs lecteurs, merci Nancy, pour votre touchante dédicace. J'écoute encore et encore la Fantaisie en la mineur, D 940, opus 103 de Franz Schubert.

*****

Gros coup de coeur

Epigraphe : "Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été." Albert Camus

 

p.72 - Rhéa - "On est samedi et je me lève vers 11 h, la tête en vrac et le moral bien au-dessous du niveau de la mer Morte. Je me traîne vers la cuisine. Si quelqu'un pouvait entendre la musique de mon coeur, ce serait celle de l'Adagio de Barber. Triste à en mourir. "  

p.103 - Rhéa - "Hier, il a apporté la partition de la Fantaisie en la mineur de Schubert. On a écouté une interprétation sur son iPod et là, je ne sais pas pourquoi, j'ai encore fondu en larmes. Le début du morceau m'a complètement secouée, j'avais l'impression que la musique me racontait quelque chose au creux de l'oreille."

p.134 - Rhéa - " Fred m'a dit que cette fantaisie avait été écrite pour la comtesse Caroline Esterhazy, une élève de Schubert dont il aurait été amoureux; Un amour secret qui l'a rongé. Pauvre Schubert. D'ailleurs, il est mort à trente et un ans. C'est encore plus triste. Comme quoi, d'un chagrin peuvent sortir des merveilles."

p.180 - Igor - "Au moment où elle nous présentait sa seconda, j'ai perçu l'émotion de Fred. Cette fille doit être remplie de larmes pour jouer avec une telle intensité. Plus je l'écoutais, plus j'entendais qu'elle souffrait. Sa peine devenait visible. C'est triste à dire, mais ça m'a rassuré qu'elle n'aille pas bien."

p.281 - Rhéa - " Hier, la prof de français nous a donné une phrase à commenter pour le dernier DM de l'année. C'était une citation d'Helen [Keller] que je n'avais jamais lue. " Lorsqu'une porte du bonheur se ferme, une autre s'ouvre. Mais parfois, on observe si longtemps celle qui est fermée qu'on ne voit pas celle qui vient de s'ouvrir à nous." 

08 mars 2018

Sissi aussi libre que le vent - Sylvie Baussier & Jean des Cars

Sissi

  • Titre : Sissi aussi libre que le vent
  • Auteurs : Sylvie Baussier et Jean des Cars
  • Illustrateur : Odilon Thorel
  • Editions : Perrin et Gründ
  • Age : à partir de 7 ans
  • Date de parution : 8 mars 2018
  • Nombre de pages : 72
  • ISBN : 978-2-324-02059-9

Les auteurs

Sylvie Baussier

Sylvie Baussier est une auteure jeunesse française, elle a écrit de nombreux documentaires (Kididocs, Questions-Réponses...) mais aussi des romans jeunesse et des albums. Elle vit en Normandie.

Baussier sylvie

( Clic sur la photo pour accéder au site de Sylvie Baussier )

Jean des Cars

Jean Marie de Pérusse des Cars, dit Jean des Cars, né le 24 avril 1943 à Paris, est un journaliste, écrivain et historien français. Il est l'historien des grandes dynasties d'Europe, le spécialiste de la vie de Sissi. Sa biographie 
de l'impératrice-reine (Perrin) est toujours la référence.

Jean des Cars

 

Odilon Thorel, illustrateur

Né dans une famille d'artistes, Odilon Thorel est diplômé 
de l'École d'architecture de Normandie en 2013. Il a travaillé 
dans diverses agences tout en développant l'illustration 
sous le pseudonyme de Pedrov.

Sissi illustration

Présentation de l'éditeur

Sissi, l'histoire d'une impératrice rebelle. 


La vie d'Elisabeth Aurélie Eugénie de Wittelsbach, autrement appelée Sissi, est digne de celle d'une héroïne de roman. Elle est l'image même de la jeune femme éprise de nature et de liberté, incarnée aujourd'hui encore dans l'esprit de chacun par la resplendissante Romi Schneider. Mais Sissi est aussi un modèle de force et de non conformisme.

Mariée, contre toute attente, par amour à l'Empereur François-Joseph, elle sera impératrice d'Autriche et à ce titre souveraine d'un Empire de plus de 50 millions de sujets, composés d'une quinzaine de peuples (Polonais, Hongrois, Croates, etc.) dans une période conflictuelle.

Elle se heurtera à la rigidité du protocole de la cour impériale ainsi qu'à l'animosité de sa belle-mère, l'archiduchesse Sophie, qui ira jusqu'à la priver de ses enfants. Mais dans l'adversité, Sissi relève la tête, s'affirme et acquiert une influence politique grâce à son immense popularité, du jamais vu pour une souveraine !

Eprise de voyages, elle parcourt le monde pendant près de vingt-cinq ans et aura même sa propre voiture (train). Elle voyage tant et si vite que les Grecs la surnommèrent affectueusement " l'impératrice locomotive ".

Une vie et une destinée atypique ! Et qui de mieux qu'un vent espiègle comme personnage de fiction pour narrer et commenter la vie hors norme de cette femme, impératrice et reine, qui a toujours aspiré à une chose : la liberté.

Mes impressions

Etant passionnée d'histoire et de littérature jeunesse, cette nouvelle collection, et cet album en particulier, ne pouvaient que me faire de l'oeil. Aussi j'ai été ravie et comblée quand j'ai reçu la proposition de le découvrir en "avant première" ! Pour cette belle surprise, je remercie Sylvie Baussier ainsi que les éditions Perrin.

Cet album est une petite merveille, tout d'abord parce qu'il est beau, les illustrations à l'aquarelle d'Odilon Thorel sont très réussies et adaptées à l'histoire, à la fois douces et affirmées ( comme Sissi ? ) Et puis cette association d'une auteure jeunesse et d'un historien est très efficace ! Ainsi la douceur et l'imagination de l'une s'accorde tout naturellement avec la rigueur de l'autre, pour donner un résultat absolument génial. Le lecteur apprend tout en se divertissant. Ici le narrateur est le vent, qui suit Sissi tout au long de sa vie, il est parfois celui "qui souffle le chaud et le froid", mais aussi "vent de traverse" ou "vent coulis", ou bien parfois "vent frisson", "vent éternel"...En lisant ce livre, on a vraiment l'impression de lire une histoire, tout en apprenant l'Histoire, et c'est ce qui est magique. 

Le tout est très didactique, d'une part à travers les illustrations, mais aussi grâce à une chronologie et un lexique très bien faits. Une très belle façon d'apprendre l'histoire en famille.

En rédigeant cet article, je me demande "où" le classer, dans les albums, les beaux livres, en histoire, dans les biographies ? Je crois qu'il représente tout cela à la fois. Si vous voulez aller plus loin, voici un lien vers un article paru dans Le Figaro.

Je vous parle très bientôt de Napoléon, et j'attends l'arrivée des suivants ( Jules César, le moyen Age, les Vikings ) avec impatience !

 Sissi aussi libre que le vent est en librairie dès aujourd'hui !

*****

Gros coup de coeur 

 

 

04 mars 2018

La pilote du ciel - Nancy Guilbert

 

La pilote du ciel 

  • Titre : La pilote du ciel
  • Auteure : Nancy Guilbert
  • Illustratrice : Maud Roegiers
  • Editions : Alice Jeunesse
  • Age : 6-8 ans
  • Date de parution : 23 mars 2017
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-87426-322-4

L'auteur

Nancy Guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au blog de Nancy Guilbert)

 

Présentation de l'éditeur

Depuis toujours, Ysée ne parle pas.

Pas le moindre gazouillis, pas de petits mots chuchotés, ni de secrets glissés au creux de l'oreille.

Les mots restent cachés tout au fond de sa gorge.

Pourtant Ysée aime les mots. Elle en invente plein!

Mais comment faire pour les partager avec les autres?

Mes impressions

Encore un magnifique album de Nancy Guilbert, tout en douceur et admirablement illustré par Maud Roegiers. Ce livre, au-delà du message d'espoir qu'il délivre, est un petit bijou! 

Dans cette histoire il est question de la jeune Ysée, qui ne parle pas. Cette situation la rend très triste, elle a pourtant des tas de mots et de pensées à partager. Elle invente même des mots-valises ( comme par exemple "un lapinceau", ou "un tapilote" ) et puis un jour, elle a une idée...

La pilote du ciel 2

 

Au fil des pages, le petit lecteur peut la voir prendre plaisir à communiquer enfin avec les autres, à sa manière. C'est alors qu'une de ses pensées va atterrir tout près d'Albin, petit garçon qui "aimerait tant devenir un marin", mais qui, sur son joli bateau, "n'a jamais réussi à dépasser le gros rocher du bout de la jetée."

 

La pilote du ciel 3

Et ce petit mot d'Ysée va donner tellement de courage à Albin.

Ainsi, tous les deux, sans se connaître, et sans vraiment le savoir, vont s'entraider.

Une très belle histoire, qui amène à réfléchir sur la différence, le handicap, le manque de confiance en soi, mais aussi le dépassement de soi grâce aux autres, à l'amitié.

Ce livre est avant tout, comme je l'ai déjà écrit, un très beau message d'espoir, qui permet d'aborder avec les enfants un sujet délicat tout en douceur.

Merci aux éditions Alice Jeunesse de m'avoir permis de le découvrir.

La pilote du ciel 1

*****

 

 

26 février 2018

La Fontaine - En vers et contre tout! - Sylvie Dodeller

La Fontaine En vers et contre tout!

 

  • Titre : La Fontaine - Envers et contre tout
  • Auteur : Sylvie Dodeller
  • Editions : L'école des loisirs
  • Collection : Médium Poche
  • Date de parution : 23 août 2017 
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2-211-23510-5

L'auteur

Sylvie Dodeller

 Journaliste et écrivain, Sylvie Dodeller passe beaucoup de temps à arpenter les vielles rues de Paris, qui n'ont plus de secret pour elle. 

Quatrième de couverture

Jean de La Fontaine, ce nom vous dit quelque chose?

Bien sûr, vous pouvez réciter quelques-uns de ses vers, voire des fables entières : La Cigale et la Fourmi, Le Corbeau et le Renard...

Mais l'homme? Ou plutôt "le bonhomme", comme l'appelaient ses amis?

Il n'a publié ses fables qu'à quarante-sept ans et s'est d'abord rendu célèbre grâce à ses contes pour adultes. Il aimait le vin, les femmes, le jeu et par-dessus tout la poésie. C'était un mauvais père, un piètre mari, mais un ami fidèle surtout avec les réprouvés et les bannis. Il ne fréquentait ni la cour ni Versailles, et Louis XIV ne le portait pas dans son coeur. Jean de La Fontaine, l'un des plus grands poètes français, reste pour beaucoup d'entre nous un illustre inconnu!

Mes impressions

Sylvie Dodeller nous livre ici une biographie de Jean de La Fontaine très instructive. On y apprend beaucoup sur l'homme, mais aussi sur ses contemporains et les rites et coutumes qui pouvaient régir leurs relations souvent tumultueuses. 

La Fontaine, né à Château-Thierry en 1621 de Charles de La Fontaine, maître des Eaux et Forêts et de Françoise Pidoux, n'aimait pas l'école, il s'y ennuyait.

Il avait une très forte personnalité, et dès l'enfance, il n'a jamais accepté les contraintes, ne craignant pas les punitions qui pouvaient résulter de ce manque d'intérêt. Devant tout de même se soumettre aux études, après l'internat, il choisira le séminaire plutôt que le droit, pensant à tort y trouver plus de tranquillité et moins d'obligations.

Après en avoir été poussé vers la sortie, il retrouvera régulièrement ses camarades, dont Maucroix, rencontré à l'internat, au Cabaret La Table ronde (ils se feront d'ailleurs appeler les "Chevaliers de la Table ronde") 

La Fontaine se marie peu de temps après, à 26 ans, en 1647, avec Marie Héricart qui en a quatorze. Ils auront un fils, dont il ne s'occupera que très peu, et qu'il ne verra pas grandir. Il finit par acheter l'office de Maître des Eaux et Forêts, comme son père l'y incitait depuis des années. Un métier qui sera une source d'inspiration bien des années après, pour les descriptions très justes qu'il fera aussi bien de la faune que de la flore dans ses célèbres Fables.

Il se liera plus tard d'amitié avec Nicolas Fouquet, qui suite à la somptueuse fête donnée pour l'inauguration de son château de Vaux le Vicomte tombera en disgrâce et sera anéanti par le roi Louis XIV. La Fontaine, qui n'a pas trahi cette amtié et a toujours soutenu Fouquet, ne sera jamais apprécié par le souverain. 

Désargenté, ayant vendu tous ses biens, La Fontaine devra en permanence compter sur les autres pour trouver un toit, il deviendra même "gentilhomme servant" chez la duchesse d'Orléans au Palais du luxembourg et ne se mettra à écrire sérieusement que quand vraiment il sera acculé et aura tout perdu.

Avec les premiers succès de ses Fables, s'il n'obtient pas la reconnaissance du roi, à défaut de faire partie la cour, il fréquente les salons de Madame de La Fayette et de Madame de la Sablière, sous le toit de laquelle il vit d'ailleurs. 

Envers et contre tous (et surtout le roi), il sera élu à l'Académie française et prendra le fauteuil n°24, celui de Colbert (une revanche prise sur le rival de son ami Fouquet?) 

Rédiger une biographie de La Fontaine pour un jeune public était un vrai défi, brillamment relevé Sylvie Dodeller. En effet, elle parvient à raconter la vie du fabuliste comme une histoire. Dans un texte très contemporain, elle s'adresse parfois au lecteur (à la manière de La Fontaine?) tout en resituant chaque période dans son contexte. 

Un vrai plaisir de lecture où les plus grands aussi peuvent apprendre! Je suis ravie d'avoir découvert ce livre grâce à l'Ecole des Loisirs, que je remercie. Je vais maintenant relire les Fables de La Fontaine!

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De la même auteure, chez le même éditeur, vous pouvez également découvrir : 

Léonard de Vinci - Artiste ? Vous rigolez. ( Médium Poche, 2009 )

Molière - Que diable allait-il faire dans cette galère ? ( Médium Poche, 2005 )

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p.10 "Pensez-vous que la menace de ces châtiments corporels inquiète Jean de La Fontaine? Pas le moins du monde. Elle glisse sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard et ne l'empêche ni d'être en retard ni de décrocher si le cours l'ennuie. Cette indifférence à toute forme d'autorité lui vaut l'admiration secrète de ses camarades." 

p. 25-26 "Eh quoi? Leurs pères veulent faire d'eux des avocats, des secrétaires particuliers, des Maîtres des Eaux et Forêts, des gestionnaires de patrimoine, alors qu'ils brûlent de vivre hors des normes et des conventions sociales. Esprits libres, caractères indépendants, ils préfèrent à la réussite et à la carrière les plaisirs vertigineux de l'esprit. C'est décidé, l'écriture sera la grande affaire de leur vie."

p.34 "Et quand il s'agira d'évoquer la chasse et le gibier, Jean saura employer les mots précis du Maïtre des Eaux et Forêts. Il évitera ainsi les "chiens de chasse" trop communs pour leur préférer les espèces plus typées que sont les chiens bassets, les riffauts, les mirauts, les rustauds."

p.43 "Fouquet s'est mis en tête de faire construire un château unique, exceptionnel, sur ses terres de Vaux-le-Vicomte, et de confier ce projet grandiose aux artistes les plus "tendance" du moment. La dream team se compose de Le Brun, peintre et décorateur, Le Vau, architecte, Le Nôtre jardinier-paysagiste, La Quintinie, maître des potagers, Puget et Anguier, auteurs des sculptures qui ponctueront les allées, sans oublier Jean de La Fontaine, poète officiel chargé de faire toute la publicité à ce projet, sans tambour ni trompette, mais en vers destinés à circuler dans tout le royaume..."

p.59-60 "Jean de La Fontaine a sans doute testé ses premières fables devant cette docte et joyeuse assemblée.

          On imagine l'air surpris de ses confrères...

          "Des fables? On les rabâche depuis des siècles! Elles ne sont bonnes qu'à enseigner la morale et le latin aux collégiens."

          Puis leur air de contentement alors que le poète déroule les premiers vers de La Cigale et la Fourmi...

          On s'y croirait, on voit la scène. Les apologues d'Esope sont éclipsés à jamais. Il a fait d'une chenille un papillon! D'une miniature une fresque!"

          Sans parler de leurs oreilles qui frémissent de plaisir...

           "Un vers en appelle un autre, l'ensemble coule, chante, sonne. Le rythme, les pauses, les accents, tout est harmonie!"

          Une nouvelle fois, le bonhomme les a soufflés. Ils l'encouragent vivement à poursuivre son projet et à publier. Comme si La Fontaine n'y avait pas pensé!"

p.61 "Du jour au lendemain, Paris bruisse de fables. On se les lit à haute voix entre amis ; on les déclame, gobelet à la main, dans les cabarets ; on les médite chez soi, emmitouflé près de la cheminée ; on les offre à ses enfants, à ses proches ; on en recopie des passages entiers dans les lettres que l'on envoie aux amis éloignés."

p.70 "Visiblement, Jean de La Fontaine traverse une mauvaise passe. On le croise souvent, la perruque de traviole, les bas dépareillés, sortant d'un tripot où il vient de perdre à la bassette, un jeu de cartes furieusement à la mode, le peu d'argent qui lui reste. Heureusement, il n'a pas le temps de tomber plus bas, un ange gardien vient à sa rescousse. Mme de La Sablière lui propose de le dépanner et de le loger, chez elle, dans son bel hôtel particulier de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Le dépannage durera vingt ans..."