La maison des livres

12 novembre 2019

Les enfants terribles de Bonaventure - Cécile Hennerolles

Les enfants terribles de Bonaventure

  • Titre : Les enfants terribles de Bonaventure
  • Autrice : Cécile Hennerolles
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 21 août 2019
  • Age : 9-12 ans
  • Nombre de pages : 238
  • ISBN : 978-2-210-96635-2

L'autrice

Cécile Hennerolles a été enseignante et chercheuse en sciences de l'information et de la communication. Elle vit actuellement à Amiens où elle est documentaliste. Elle est autrice de trois romans ainsi que de plusieurs nouvelles. Ses ouvrages sont à retrouver aussi bien en littérature jeunesse qu'en littérature générale. 

 

Cécile Hennerolles

(Clic sur la photo pour accéder au site de Cécile Hennerolles)

 

Quatrième de couverture

Sur la petite île de Bonaventure, le héros de ce roman vit avec sa bande de copains une enfance libre et sauvage. Au programme, chaque jour : courses folles, bricolages ingénieux et exploration de criques secrètes.

Jusqu'au jour où l'annonce de la construction d'un pont vient menacer ce paradis. Bientôt, un projet de station balnéaire se profile, et les enfants sont même menacés d'être envoyés en pension pour refaire leur éducation, jugée trop fantaisiste. Pas question pour les Bonaventuriens de laisser faire : adultes et enfants organisent la résistance. Une résistance à la façon Bonaventure : foldingue et solidaire, désobéissante et incroyablement énergique !

Avertissement : 

Après avoir lu cette histoire, vous aurez envie de mettre les mains dans la boue, de courir sous la pluie et de voler comme un oiseau.

Mes impressions

Ce roman se lit comme une gourmandise. On a envie d'aller vite pour savoir la suite et parce que ça fait plaisir, mais on a aussi envie d'en garder un peu pour plus tard. Je me suis littéralement régalée à la lecture de cette histoire. Une histoire racontée à la manière de celles du Père Castor, que le grand-père raconte à ses petits enfants, installés confortablement autour de lui, prêts à boire ses paroles. Ici, ce que le grand-père raconte, c'est l'histoire de son enfance avec ses copains sur l'île de Bonaventure. Et l'aventure, dans les années 1950, sur leur île, il y en a eu ! 

L'île de Bonaventure, imaginaire, située au large des côtes de la Charente-Maritime, n'est pas sans rappeler l'île de Ré, qui a subi un sort un peu semblable avec la construction du pont dans les années 1980. 

Les enfants de Bonaventure sont des enfants qui vivent en totale liberté sur leur île, qu'ils connaissent jusque dans ses moindres recoins. Ils passent leurs journées à l'explorer encore et encore, à bricoler, à glisser dans la boue quand il pleut et à faire des cabanes. A aider leurs parents aussi. Chacun des habitants a reçu un surnom, souvent en lien avec son histoire. Autant dire que quand un non-insulaire débarque sur l'île, il n'est pas toujours le bienvenu, encore moins s'il commence -et c'est souvent le cas- à faire des réflexions douteuses sur la propreté des enfants ou sur le fait qu'ils ne soient pas à l'école.

Parlons-en de l'école. Sur l'île il n'y en a pas. Enfin si. On en a construit une après la disparition du fils Galandier. Ce dernier a quitté l'île à la mort de son père et n'est jamais revenu. On pense que sur le continent, on l'a retenu et mis dans un internat. Alors pour éviter que cela puisse un jour arriver à leurs enfants, les Bonaventuriens décident d'aménager une école sur leur île. Seulement voilà, les enfants ne sont pas toujours assidus.

Un beau jour arrive une lettre du continent, indiquant purement et simplement qu'un Député a décidé qu'un pont serait construit pour faire de Bonaventure une presqu'île. C'est alors qu'on assiste à une organisation hors normes de tous les Bonaventuriens, petits et grands, pour empêcher à tout prix la construction de ce pont. En vain. Pourant la solidarité n'est pas un vain mot sur cette île. Elle rassemblera de nouveau toute la population quand il sera question de contrer un projet de construction d'une station balnéaire en plein dans le marais de Crapaud et Grenouille. Non mais ! Entre temps, un inspecteur est arrivé par le fameux pont, afin d'inspecter l'école. Il enverra très vite une institutrice, mademoiselle Van der Slikke, qui saura faire preuve d'une douceur et d'une compréhension incroyables envers ses nouveaux petits élèves.  Cette mademoiselle Van der Slikke, elle a tout compris. Elle a une imagination débordante dès qu'il s'agit de faire réfléchir et progresser ses élèves. Elle a surtout compris qu'ils savaient déjà beaucoup de choses.

Une belle aventure, dans laquelle les maîtres-mots sont la joie, la légèreté, l'entraide et la solidarité. L'amour aussi. Et la nature. Tout ça raconté avec un humour incroyable, ça fait un bien fou. J'ai vraiment beaucoup aimé faire un bout de chemin avec les gamins de Bonaventure. Et puis l'histoire est ponctuée de jolies illustrations, comme par exemple le vélo hollandais de Mademoiselle Van der Slikke :

 

Les enfants terribles, illustration

 

 

Je verrais très bien cette histoire adaptée au cinéma et je vais de ce pas la proposer à mes élèves. Merci aux éditions Magnard Jeunesse de m'avoir soumis cette belle lecture. 

Je vous conseille d'aller visiter le site de Cécile Hennerolles, un sympathique Bonus sur Les enfants terribles de Bonaventure vous y attend !

*****

Gros coup de coeur 

p.15 "Vous êtes sans doute encore trop jeunes, mais un jour vous aurez le coeur qui se recroquevillera dans votre poitrine en repensant à l'endroit qui vous a vus grandir. On appelle ça la nostalgie. C'est un très beau sentiment, la nostalgie. Ca veut dire qu'on a gardé de jolis souvenirs dans nos besaces tout usées. On n'est nostalgique que des bons moments, vous savez, alors je vous souhaite plein de nostalgie quand vous avancerez dans votre vie. 

Je vous conseille de collectionner les bonheurs minuscules qui se glissent au fond des poches, les habitudes un peu fripées qu'on emporte dans ses valises, les fous rires mémorables qu'on ramasse sur le bord des chemins, et les petites histoires qui se chuchotent le soir au coin du feu... 

Faites ça, c'est important. Fabriquez-vous des petits bouquets de nostalgie que vous pourrez vous offrir à vous-mêmes quand vous serez devenus grands. "

***

p.94 "Ah, Charles Bronson... Vous connaissez Charles Bronson ? Quand il plissait les yeux à cause du soleil, ça lui donnait un air mystérieux incroyable. Alors moi, j'essayais de faire pareil et de plisser les yeux pour impressionner les autres avec mon air mystérieux et énigmatique, façon Far-West.

Le problème, c'est que je ne devais sans doute pas avoir le talent de Charles Bronson, car mes parents ont fini par s'inquiéter de me voir sans cesse plisser les yeux. Ils se sont imaginés que je n'y voyais rien et qu'il faudrait peut-être me faire porter des lunettes. Alors, j'ai arrêté le plissage des yeux. "

 


24 octobre 2019

Lilou, ma vie comme sur des roulettes - Yaël Hassan

Lilou, ma vie comme sur des roulettes

  • Titre : Lilou, ma vie comme sur des roulettes
  • Autrice : Yaël Hassan
  • Illustrateur : Terkel Risbjerg
  • Editions : Auzou
  • Collection : Pas de géant
  • Date de parution : 12 septembre 2019
  • Age : dès 9 ans
  • Nombre de pages : 87
  • ISBN : 978-2-7338-7212-3

L'autrice

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une autrice jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Elle est depuis le mois de janvier 2019 chevalier de la légion d'Honneur des Arts et Lettres. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa bibliographie directement sur son site.

Yaël Hassan

( Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan)

 

Quatrième de couverture

 

Lilou, 4ème de couv

Mes impressions

C'est le grand jour, Lilou entre en sixième ! Dans la cour du collège, elle retrouve quelques amis de CM2, certains qu'elle apprécie, comme son ami Oscar, d'autres moins... Arrive le moment fatidique de la répartition des élèves dans les classes. Quand le principal appelle son nom, elle reconnaît la voix de cette peste de Chloé juste derrière qui fait le voeu de n'être pas "encore dans la même classe qu'elle"... 

Lilou est handicapée, elle se déplace en fauteuil roulant. Ce handicap n'est évoqué pour la première fois dans le texte qu'à la page 10.  Si on lit les dix premières pages sans savoir que Lilou est en fauteuil roulant, on ne peut pas le deviner. Ce qui montre ainsi que ce n'est pas LE signe qui caractérise le plus l'héroïne de l'histoire.

Viennent ensuite les inscriptions dans les différents ateliers proposés tout au long de l'année au collège. Lilou et Oscar souhaitent s'inscrire au club théâtre. Ils y retrouvent Chloé et Emma, qui ne sont jamais tendres avec Lilou. Et dès les premières séances, cela se confirme. Heureusement, le professeur est là pour remettre tout le monde à sa place.

Tout au long de l'histoire, Lilou doit composer avec la bêtise et l'ignorance de certaines personnes et elle s'en sort avec brio, grâce à l'aide de certains camarades et professeurs qui lui portent un regard bienveillant, la considèrent comme une élève à part entière et lui permettent de s'épanouir ainsi. 

J'ai beaucoup aimé la façon qu'a Yaël Hassan d'amener cette question du handicap chez les ados, en imaginant des situations "d'entraide inversée". A un moment, Oscar supplie presque Lilou de pouvoir la pousser dans son fauteuil car il a besoin d'un appui. 

p.13 - Tu permets ? me demande Oscar en s'emparant des poignées de mon fauteuil.

          Je lui lance un regard furieux. 

          Il me connaît par coeur, Oscar. Il sait que je ne permets à personne d'autre que moi-même de conduire mon carrosse.

        - Allez, sois sympa, Lilou. J'ai les jambes en coton. J'ai besoin de prendre appui, tu comprends? 

        - C'est cela, oui ! Mais si ça peut t'aider, je veux bien, concédé-je.

Au fur et à mesure de l'histoire, on découvre une Lilou pétillante, pleine d'humour et de force, parfois plus que certains valides. Elle a même souvent assez d'énergie pour rassurer ses parents, son papa particulièrement, qui se montre parfois - et à juste titre - inquiet pour elle. 

Une petite intrigue va se nouer au club de théâtre et Lilou va être capable, grâce à une idée de son papa, de trouver une solution tout à fait honorable au problème. 

Une belle histoire de rentrée, qui donne à voir aux jeunes une approche et une image différente du handicap. Des personnages très crédibles, des pestes de sixième aux vrais gentils en passant par le bon copain comme on en rêve tous. 

J'ai beaucoup aimé les valeurs d'entraide, de loyauté, d'honnêteté et de fidélité partagées dans ce roman et j'attends la suite avec impatience ! Je suis ravie de voir arriver une littérature ayant pour héros/héroïnes des jeunes et des enfants en situation de handicap. Un grand pas vers une meilleure intégration, notamment dans les écoles ! Merci à Yaël Hassan et aux éditions Auzou !

*****

p.32 "Vous voyez, les enfants ! dit-elle en s'adressant à tout le groupe. C'est ça, la magie du théâtre, qui vous permet de lever toutes les barrières, de lâcher prise, de vous détacher de votre quotidien. c'est l'essence même de la comédie d'exiger des acteurs qu'ils oublient leur propre personnalité afin de laisser s'exprimer pleinement le rôle qu'ils incarnent."

***

p.36 "Pauvres parents, qui se font tant de mauvais sang. Parfois j'ai envie de les prendre dans mes bras, de les consoler, de leur dire qu'ils cessent de s'inquiéter pour moi, de mon présent, de mon avenir, de mon bien-être. Comment faire pour qu'ils admettent enfin que je vais bien, que je suis heureuse, qu'ils sont les parents les plus chouettes de la terre et que pour rien au monde je n'échangerais ma place ?

Alors, j'affiche un grand sourire en lui répondant :

   - Ca roule, tu veux dire !"

 

10 octobre 2019

Interview de Nancy Guilbert et Yaël Hassan - Les mots d'Hélio

Les mots d'Hélio 1

Interview de Nancy Guilbert et Yaël Hassan 

par Blandine du blog Vivrelivre,

Pauline du blog Entre les pages

et Cécile du blog La maison des livres.

 

La chronique de Blandine  *** La chronique de Pauline *** La chronique de Cécile

 

Nancy, Yaël, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions !

Merci à vous trois pour cette interview sur notre roman.

 

Pouvez-vous présenter Les mots d'Hélio à nos lecteurs ?

Hélio, un ado fan de sciences et surtout de plantes, est atteint d’une aphasie de Broca suite à un accident en montagne. Il ne connaît pas son père biologique et vit avec sa mère, astrophysicienne. Lorsque cette dernière le voit chuter, elle perd la mémoire et devient amnésique. Ils sont donc placés en Centre de rééducation tous les deux et au bout de quelques mois, Hélio apprend qu’il ira vivre dans une famille d’accueil, désignée par sa mère au cas où elle ne pourrait plus s’occuper de lui.

Dans cette famille, il y a les parents et deux enfants, Mila, une ado rebelle, et Ruben, un enfant, ainsi qu’une gouvernante, Bianca, dont on comprend rapidement qu’elle porte un lourd secret. Chacun d’entre eux accueille Hélio à sa façon, les liens se tissent peu à peu, et des secrets enfouis se révèlent.

 

Questions à Nancy et Yaël :

Quand (comment, où) vous êtes-vous rencontrées ?

Nancy : j’avais lu quelques romans de Yaël grâce à ma fille, et j’ai abordé Yaël au salon d’Eaubonne en 2014 en lui disant que j’aimerais beaucoup écrire avec elle. À l’époque, Yaël m’avait répondu très gentiment qu’elle était inondée de projets, mais que, pourquoi pas, un jour…

Yaël : C’est quelques années plus tard, lors d’un autre salon à Lambersart, que Nancy m’a réitéré sa demande. Mais cette fois, elle ne s’est pas contentée d’une réponse évasive de ma part. 

 

Comment est né ce projet d'écriture entre vous deux ?

Nancy : Effectivement, lorsqu’on s’est revues au salon de Lambersart en 2018, j’ai reparlé à Yaël de mon désir d’écriture à quatre mains et celle-ci lui m’a répondu : « envoie-moi ton idée ! »

Yaël : Nancy a raconté cette histoire d’ado enfermé dans sa « bulle », incapable de dialoguer, mais avec une grande réflexion intérieure sur le monde qui l’entoure, et qui atterrit dans une famille inconnue. Des préjugés que l’on porte sur les gens, sur le handicap… 

L’idée m’a d’emblée plu et c’était parti.

 

Aviez-vous déjà écrit ensemble ?

Non.

 

Pourquoi ce titre ?

Car le lecteur peut aussi entendre « maux ».

Au départ, le titre était « Bulle ». Les éditrices ont jugé qu’il n’était pas assez explicite et l’ont renommé ainsi. En effet, « mot »  peut être entendu des deux façons.

 

Comment s’est fait le choix de la couverture ? Ses couleurs pimpantes et ses traits joyeux n’augurent rien de l’histoire à venir.

Nous ne l’avons pas choisie, nous l’avons découverte ensemble lors d’une réunion avec les représentants. Nous n’avions pas tout à fait imaginé ce genre de couverture, pas assez explicite à notre goût, surtout pour un ado, car la couverture est déterminante dans son choix de lecture.  Elle plaît quand même à certains lecteurs, et heureusement !

 

Comment se sont faits le choix et la répartition des personnages ?

Ainsi que leur prénom, leur nombre, leur histoire ?

Nancy : J’avais Hélio dans la tête, Yaël s’est immédiatement emparée de Bianca, la gouvernante au lourd secret, et de Mila, l’ado rebelle mais dégourdie, qui mène l’enquête. Puis Nancy a très vite eu envie de prendre le personnage de Ruben, innocent et attachant. 

Les autres personnages : Miangaly, (l’orthophoniste), Anissa (la copine d’Hélio), Stéphane (le père) et Sophie (l’ambulancière), apparaissent plus épisodiquement. 

Ils sont surtout là pour que les lecteurs se rendent compte à quel point on est loin, parfois, de comprendre ce que ressent l’autre.

 

Pourquoi ce prénom, Hélio ?

Le mystère des prénoms… Il était là, il s’appelait Hélio !

 

Comment avez-vous organisé l'écriture de ce roman ?

Nous avons défini les grandes trames, le fil rouge, le secret final, et les choses sont venues petit à petit. Yaël a fait la surprise du passé de Bianca, et Nancy celle de ce que vit Ruben à l’école.

 

Est-ce que ce qui est arrivé à Hélio est inspiré d'un fait réel / est arrivé à quelqu'un que vous connaissez ?

Oui, un camarade de classe de la fille de Nancy s’est retrouvé en centre de rééducation en mars 2018, incapable de communiquer, après une infection au cerveau.

 

Qui a eu l'idée de la passion d'Hélio pour les fleurs ? Pourquoi ?

C’est Nancy, qui avait déjà traité de ce parallèle entre les gens et les fleurs dans son album L’arboretum, et qui avait envie de partager cette idée au public ado.

 

 

Questions à Nancy Guilbert

 Pouvez-vous nous expliquer comment est venue l’idée d’associer les plantes et le héros de cette histoire ?

Je l’avais déjà abordé dans L’arboretum, et je trouvais qu’il y avait encore des choses à dire, à creuser, sous une autre forme plus approfondie. Marie Berville (l’éditrice) a bien voulu qu’il y ait des petits croquis.

 

Comment avez-vous fait pour vous « mettre dans la peau » d’Hélio ? Avez-vous interviewé des professionnels de santé à ce sujet ? Êtes-vous allée à la rencontre de personnes handicapées ?

Ma fille et moi avons beaucoup échangé pendant la rééducation de son camarade de classe ; elle me racontait les étapes, le long processus pour réapprendre à parler, à tenir un crayon, un téléphone… Par empathie, je suppose aussi que l’on arrive à s’imaginer, au quotidien, la frustration permanente du décalage entre les pensées et les mots qui sortent si mal.

Lors du Prix Gulli, l’un des membres du Jury nous a confié que sa fille avait le même genre de handicap qu’Hélio, et qu’elle avait d’abord lu le livre avec lui, puis l’avait relu, seule… Et qu’elle l’avait beaucoup aimé. C’est très important pour moi, de ne pas déformer les ressentis des personnes concernées par un accident, un handicap, ou un drame.

 

Vous avez au début de chaque passage concernant Hélio, choisi une citation. Cette citation était-elle un guide dans l’écriture ? Aviez-vous dès le départ déjà toutes les citations en tête ?

Cela me permettait surtout de resserrer le chapitre sur un fait important, qui était résumé par la citation, sinon j’ai tendance à partir dans mille directions à la fois quand j’écris. Au départ, je ne voulais que des citations sur les plantes et les jardins, mais j’y ai renoncé, c’était trop difficile. Elles sont venues petit à petit, et elles annonçaient, comme un résumé, l’essentiel du chapitre.

 

Les thèmes abordés vous sont chers et vous les avez déjà traités dans vos précédents romans, mais pour un lectorat un peu plus âgé. Pourquoi avoir écrit pour les « un peu plus jeunes » ? Y a-t-il des adaptations spécifiques à faire ?

Il paraît que l’on réécrit toujours la même chose, sous différentes formes !

Oui ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur, qui font partie de moi, et que je développe parfois sans m’en rendre compte.

Pour des enfants plus jeunes, on veille à respecter le degré de maturité de nos lecteurs, on adapte un peu le vocabulaire, mais on ne s’empêche pas de parler de choses auxquelles les enfants de 9-12 ans sont confrontés, eux aussi, parce que la vie est loin d’être rose.

 

 

Questions à Yaël Hassan

 

Aviez-vous déjà écrit une histoire à 4 mains ? Si oui, pouvez-vous nous en parler ? Si non, qu’est-ce qui vous a plu dans ce processus ?

Oui, c’est devenu une pratique très régulière pour moi. Ma première co-autrice a été Rachel Hausfater avec laquelle j’ai écrit De Sacha à Macha,  mon 1er roman à deux claviers en 1998. Pendant plusieurs années, je n’écrivais qu’avec elle en tant que co-autrice. Puis d’autres auteurs m’ont sollicitée, pour mon plus grand plaisir. Il y a eu Mathieu Radenac avec lequel j’écris régulièrement, puis Pascal Brissy et Nancy.  

L’écriture est une activité qui se fait généralement dans la solitude la plus totale. On est seul face à son cahier, son écran, avec des doutes, des moments de découragement… Écrire a deux est donc extrêmement ludique, c’est une récréation, un moment de partage, d’échange, de stimulation… 

 

Pour le personnage de Mila, vous avez dû adapter votre langage au langage des jeunes aujourd’hui. Pour avoir des ados à la maison, je trouve que c’est particulièrement réussi. Où puisez-vous votre inspiration ?

J’ai une très longue pratique de l’écriture pour ados. J’ai publié mon premier roman en 1997. Cela fait donc plus de vingt ans que je vais à la rencontre de mes jeunes lecteurs, que je les observe et les écoute. Ces rencontres me sont non seulement précieuses mais indispensables, car d’une année sur l’autre les modes, les codes, les langages, les centres d’intérêt changent, évoluent. On ne peut pas écrire pour les ados en restant enfermée dans son bureau, sinon on serait très vite sur la touche ! 

 

Le personnage de Bianca a souffert de la dictature militaire en Argentine dans les années 1970. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de mettre en lumière ces évènements d’abord, et ensuite auprès d’un jeune public ?

J’ai besoin d’écrire « utile ». Chaque fois que je commence un roman, la première question que je me pose est : « En quoi ce texte va-t-il être utile à tes lecteurs ?» Je choisis donc toujours d’aborder des thématiques que mon jeune public découvrira ou aura envie d’approfondir. Là, après que le prénom de Bianca m’est spontanément venu, je lui ai cherché une histoire… Je n’avais jamais abordé ce sujet. Et voilà… 

 

Ce roman a déjà été sélectionné pour plusieurs Prix, cela doit vous faire très chaud au cœur (et à nous aussi !).

Merci ! Effectivement, c’est précieux.

Un prix pour un auteur de littérature jeunesse est comme une bonne note pour les élèves. Il vient récompenser un bon travail, un travail reconnu. Et c’est en cela qu’ils sont si précieux.

 

Des rencontres autour de ce roman sont-elles déjà prévues ?

Au salon de Gien où il est sélectionné, (mais nous sommes malheureusement invitées ailleurs), à La Saussaye, et, peut-être à Villejuif, s’il passe la présélection. Et bien sûr, nous en parlons déjà dans les classes et pour les salons à venir.

 

Nancy et Yaël, avez-vous des projets en cours dont vous aimeriez nous parler ? Des sorties ?

Nous avons tenté un nouveau roman à deux voix que nous avons finalement abandonné, mais nous sommes reparties, cette semaine, sur une nouvelle idée qui nous plait énormément, pour les 9-12 ans. Aventures, action, émotions, dans un autre décor que la France, mais chut, nous n’en dirons pas plus !

 

Les sorties de Nancy pour cet automne 2019

        L’oiseau lyre, album, aux éditions Courtes et Longues (ill Valérie Michel)

        Venise, bises cerises, roman préado, aux éditions Oskar

        Marie-Aglaé, reine de la récré, album, aux Editions Les p’tits bérets (ill Séverine Duchesne)

        Zébuline, T1 Vive l’amitié, album-BD, aux éditions Des ronds dans l’O (ill Armelle Modéré)

 

Actualité de Yaël

        Mytho, co-écrit avec pascal Brissy, Auzou

        Lilou, ma vie comme sur des roulettes, T1, Auzou

        Ange, le gardien, Ed du Mercredi, sortie novembre

 

Nous souhaitons à votre roman, comme à vos autres livres, de connaître le succès qu’ils méritent et avons hâte de vous lire à nouveau !

Un immense merci à vous trois.

 

Merci pour vos réponses !

 

23 septembre 2019

Petit jardin de poésie - Robert Louis Stevenson - Ilya Green

Petit jardin de poésie 1

  • Titre : Petit jardin de poésie
  • Auteur : Robert Louis Stevenson
  • Illustratrice : Ilya Green
  • Editions : Grasset Jeunesse
  • Date de parution : 30 août 2017
  • Age : 6-9 ans
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-246-86053-2

L'auteur

Robert Louis Stevenson (1850-1894), écrivain et grand voyageur, est notamment l'auteur de L'Ile au trésor et de L'Etrange cas du Dr. Jekyll et de M. Hyde. Ses premières années furent marquées par une santé fragile. Ses jeux avec ses cousins restent des moments forts de liberté et de création. Nourri aux livres par sa nurse, R.L. Stevenson fut très tôt attiré par l'écriture.  

Robert Louis Stevenson

  

L'illustratrice

Ilya Green, née en Provence, livre à travers ses ouvrages une vision de l'enfance poétique, libre, à la fois douce et acidulée. Elle a illustré de nombreux textes, publiés notamment chez Didier Jeunesse.

Ilya Green

(Clic sur la photo pour accéder au site d'Ilya Green)

 

Quatrième de couverture

Ces textes peu connus de l'auteur de L'Ile au trésor chantent un univers onirique et quotidien, où l'enfant vibre à l'unisson de ses rêves, de la nature et du monde qui l'entoure. Magnifique ode à l'enfance, à l'imagination et au voyage, ce Petit jardin de poésie de R.L. Stevenson est ici merveilleusement mis en images par les illustrations douces, acidulées et poétiques d'Ilya Green.

"La Collection" propose des albums graphiques, sensibles et généreux, lieux de rencontre entre un auteur faisant partie de notre patrimoine et le travail - sous la forme d'un jeu - d'un illustrateur contemporain. L'occasion d'offrir aux jeunes lecteurs une jolie porte d'entrée vers la littérature, de leur montrer qu'elle est bien vivante, et qu'elle peut les toucher, les faire rire, rêver, et les inspirer. 

Mes impressions

Cet album est un concentré de douceur, tant par les textes très simples et éloquents de Robert Louis Stevenson que par les merveilleuses illustrations d'Ilya Green. Tout cela combiné fait de Petit Jardin de Poésie un album magique, comme un refuge pour les enfants qui y trouveront des poèmes remplis de tendresse, sur la nature, les jeux, le moment où l'on s'endort, les choses simples, tout ce qui constitue l'univers enfantin. Je suis complètement sous le charme de cette collection, que je trouve très originale dans sa simplicité. Cet album en est un bel exemple. Merci aux éditions Grasset Jeunesse pour cette pépite.

*****

 

04 septembre 2019

Le club des CE1, Lina dit non à la pollution ! - Nancy Guilbert

 

Le club des CE1

  • Titre : Le club des CE1, Lina dit non à la pollution !
  • Autrice : Nancy Guilbert
  • Illustratrice : Susanna Gurrea
  • Editions : Hachette Enfants
  • Date de parution : 12 juin 2019
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-01-707488-5

L'autrice

Nancy Guilbert est une autrice jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.  

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Nancy Guilbert)

L'illustratrice

Susana Gurrea est une illustratrice jeunesse espagnole. Formée à l'illustration pour publications d'enfance et jeunesse à Barcelone, elle travaille pour différents éditeurs français (Hachette, Milan, Nathan, Auzou...)  

Susana Gurrea

(Photo empruntée sur le site de Susana Gurrea. Clic sur la photo pour accéder à son site)

Quatrième de couverture

Le Club des CE1 part en classe verte au bord de la mer. Au programme : ramassage des déchets sur la plage ! Lina prend cette mission très à coeur. Mais ses amis préfèrent s'amuser. Va-t-elle réussir à les convaincre de s'intéresser à la planète? 

Mes impressions

Je découvre avec ce numéro la collection "Le Club des CE1" déjà riche de plusieurs titres. Celui-ci est le cinquième, et je remercie Nancy Guilbert ainsi que les éditions Hachette de m'avoir permis cette lecture.

Cette semaine de rentrée scolaire me semble être le moment idéal pour vous présenter Lina, Sofiane, Emma, Nathan et Zoé même si la classe de mer ne figure généralement pas au programme de rentrée. Des inspirations pour l'année ? 

J'ai beaucoup aimé ce petit récit, adapté à des lecteurs de CE1 et traitant d'un sujet d'actualité, à savoir la pollution, ses conséquences et les réactions des hommes face à ce problème.

En arrivant au bord de la mer, les enfants découvrent avec plaisir toutes les activités auxquelles ils vont pouvoir participer. Mais voilà. Le premier jour, les animateurs Inès et Simon leur proposent une activité bien différente. Il s'agit de nettoyer la plage des Pins. Si Lina est ravie de pouvoir y participer, ce n'est pas le cas de tous ses camarades. 

Au cours de la semaine, d'autres activités autour des déchets et de l'environnement sont proposées et peu à peu les enfants se rallient à l'idée de "sauver la planète". 

Ce titre "Lina dit non à la pollution" est très intéressant car il permet d'aborder avec les enfants différents aspects de ce thème. Pour commencer, les enfants réagissent à l'image de la société. Certains sont tout de suite très concernés, d'autres ont besoin de plus de temps, et de "faits concrets" pour réagir à leur tour. 

La lecture de cet album est une excellente façon de sensibiliser les plus jeunes générations à la protection de l'environnement. La pollution et son impact sur la faune du bord de mer, le tri des ordures, l'importance de ne rien jeter dans la nature, tous ces sujets y sont abordés.

Le format du livre, aussi bien la taille que le nombre de pages, est bien sûr adapté à l'âge du lecteur. Les phrases sont élaborées mais pas trop longues, l'histoire est intéressante, avec des conflits et des interactions, exactement comme dans le quotidien des petits lecteurs. L'album traite d'un sujet d'actualité et mène à la sensibilisation des plus jeunes à une cause importante. 

A la fin, quelques jeux permettent de revoir le vocabulaire vu ou appris au cours de la lecture. Pour commencer, quelques questions permettent de s'assurer de la bonne compréhension de l'histoire, ensuite place à de petits jeux originaux, très attractifs et sympathiques, sous forme de messages codés ou de tris de syllabes. Tout à la fin, les solutions.

Des petits romans qui sauront motiver le tout jeune lecteur en lui proposant des histoires actuelles, qui collent à sa réalité et traitent de sujets du quotidien. Je ne saurai que conseiller cette lecture motivante et stimulante, illustrée de manière très vivante par Susana Gurrea (notamment dans les expressions des personnages).

Bonne rentrée à toutes et à tous !

***

Au hasard de mes balades sur Instagram, je suis tombée sur le compte d'un petit anglais de 11 ans, dont le principal loisir est de nettoyer les plages de sa région des Cornouailles. Avec ses trouvailles, il compose de magnifiques oeuvres d'art. Il a une imagination débordante. Le nom de son compte est @minibeachcleaner. Je le partage ici car je trouve qu'il illustre à merveille cet album "Lina dit non à la pollution !" du Club des CE1.

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p.8 "Inès et Simon distribuent des sacs en toile et des gants, puis ils promettent : "Après cette activité, nous irons jouer !"

        Lina et Sofiane se mettent tout de suite au travail. Ils ramassent des bouteilles en plastique, des sachets de bonbons vides et des canettes. 

        C'est vrai que la plage est sale !

        Nathan, lui, observe un crabe sur son rocher, tandis que Zoé et Emma jouent un peu plus loin. 

        "Ils ne nous aident pas, ceux-là !" se plaint Lina." 


11 août 2019

Les mots d'Hélio - Nancy Guilbert et Yaël Hassan

 

Les mots d'Hélio

  • Titre : Les mots d'Hélio
  • Autrices : Nancy Guilbert et Yaël Hassan
  • Âge : 9-12 ans
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 12 juin 2019
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-210-96630-7

Cette lecture est une lecture commune, avec Blandine du blog Vivrelivre et Pauline du Blog Entre les pages.

Les autrices

Nancy Guilbert

Nancy Guilbert est une autrice jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs. Les mots d'Hélio est son troisième roman jeunesse à quatre mains, après Ma liberté tout en couleurs avec Sylvie Baussier aux éditions Oskar et Deux secondes en moins avec Marie Collot aux éditions Magnard Jeunesse.

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Nancy Guilbert)

Yaël Hassan

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une autrice jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Elle est depuis le mois de janvier 2019 chevalier de la légion d'Honneur des Arts et Lettres. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa bibliographie directement sur son site.

Yaël Hassan

(Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan)

 

 Quatrième de couverture

Né de père inconnu, Hélio est atteint d'aphasie après un traumatisme à la tête : ses pensées sont intactes, mais les mots se sont envolés. Sa mère, en état de choc, se retrouve incapable de s'occuper de son fils. 

Hélio est donc placé dans une famille d'accueil où parents et enfants le considèrent avec plus ou moins de bienveillance. Pour Bianca, l'employée de maison, l'arrivée du garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Que cache-t-elle depuis des années ?

Dans ce roman à plusieurs voix, chacun tisse des relations petit à petit, et lorsque la vérité libère les secrets enfouis du passé, c'est une nouvelle famille qui voit le jour !

Même au coeur des plus gros orages,

l'espoir et la lumière sont là, tout près !

Mes impressions

Dans ce roman choral, écrit à quatre mains, Nancy Guilbert et Yaël Hassan nous entraînent dans les vies de personnages tourmentés qui peu à peu, ensemble et mutuellement, vont "se réparer". Et comme toujours avec ces deux autrices que j'apprécie particulièrement, il se passe quelque chose d'incroyable, le lecteur grandit avec les personnages. En lisant ce livre, on gagne en sagesse, en empathie, en écoute de l'autre. C'est le sentiment que j'ai eu en le refermant. 

Hélio, un adolescent sportif et sa maman Pauline voient leur vie basculer quand Hélio, lors d'une dispute avec elle pendant une randonnée, fait une chute de 15 mètres en montagne et s'écrase sur des rochers. Il échappe miraculeusement à la mort mais se retrouve en situation d'aphasie et incapable de marcher dans l'immédiat. Sa maman, tellement choquée, a perdu connaissance sur-le-champ et la mémoire aussi. Elle est désormais incapable de s'occuper de lui. 

Hélio passe quelques mois dans un centre de rééducation. Voyant qu'il ne progresse plus, Sandra, la psychologue lui annonce qu'il va aller vivre dans une famille d'accueil qu'il ne connaît pas, même si cette famille a été désignée par sa mère. Il s'agit de la famille Dainville. Hélio est furieux, n'a aucune envie de débarquer comme ça chez de parfaits inconnus, surtout dans son état.

La première rencontre est teintée de maladresses, de part et d'autre. Dans la famille Dainville, famille aisée résidant dans les beaux quartiers, il y a le père, Stéphane, la mère, Marion, et les deux enfants. Mila et Ruben. Mila est adolescente, elle a à peu près le même âge qu'Hélio et ne comprend pas du tout ce qu'il prend à ses parents de vouloir accueillir ce garçon en fauteuil qui de surcroît est incapable de s'exprimer. Le petit Ruben, lui, est très curieux et pas encore inhibé par l'adolescence et tous ses codes. Et puis il y a aussi Bianca, l'employée de maison, un peu la deuxième maman des enfants. Stéphane et Marion sont très maladroits, Mila hostile, Ruben curieux et Bianca troublée par la présence soudaine d'Hélio, dont elle va rapidement prendre soin avec aisance et naturel, qu'elle va protéger en quelque sorte. Hélio est quant à lui très hostile à tout  contact dans ce nouvel environnement. 

Puis peu à peu, la situation va évoluer, se débloquer, notamment grâce à la curiosité et au besoin de communiquer du petit Ruben. Tout au long du récit, c'est chacun des personnages qui prend le lecteur par la main et lui conte un bout de l'histoire.

Les chapitres racontés par Hélio sont bien sûr très importants car c'est le seul moyen d'accéder à ses pensées. Ce qui est vrai également pour les autres personnages, mais bien sûr plus flagrant pour Hélio puisqu'il ne parle pas.

Hélio est un passionné. De hand, de sciences et de botanique depuis qu'il est tout petit. Cette passion pour la botanique l'a conduit à comparer les humains et les plantes. Ainsi, dans ses carnets, ils consigne des dessins, dans lesquels il associe chaque personne avec la plante qui selon lui, lui ressemble le plus. Tout au long du roman, le lecteur peut admirer les dessins d'Hélio (illustrations d'Eva Rollin) quand il décrit une de ses connaissances. Quelle excellente idée ! J'ai adoré ce procédé ! Et appris de nouveaux noms de plantes.

p. 17 "Ce soir-là, j'avais découpé le visage de la maîtresse sur la photo de classe et l'avais collé avec délectation à côté de la Drosera aux longs poils urticants. Heureusement, l'année d'après, j'étais arrivé dans la classe de madame Desrets qui m'avait in extremis réconcilié avec l'école. Cette maîtresse, aux yeux d'un bleu outre mer si profond que je m'imaginais nageant à l'intérieur, avait compris ma passion pour les plantes et s'en était emparée aussitôt. Alors que je traînais une réputation d'élève insupportable depuis le CP, elle m'avait chargé de préparer toutes les leçons de sciences et de faire des exposés. En échange, je devais rester silencieux et travailler dans le calme. (...) L'adorable visage de madame Desrets s'était donc retrouvé dans mon dessin de la fleur du Lapacho, parce que c'est un arbre qui tue les maux et que cette maîtresse m'avait aidé à supprimer les miens le temps d'une année scolaire."

Grâce à l'attitude de Ruben, on assiste  à une progressive métamorphose des personnages qui vont vers un apaisement et une ouverture qui ne peuvent que toucher le lecteur. Le tout amené avec beaucoup de subtilité, des personnages tous différents, des personnalités bien trempées (comme par exemple Mila et Anissa, l'amie d'Hélio)

Le lecteur va peu à peu être spectateur de la métamorphose des personnages, d'une ouverture les uns aux autres. Bien sûr, cela ne se fait pas sans effort, ni du jour au lendemain. C'est avec beaucoup de subtilité que les auteures amènent cet apaisement, en passant par quelques aventures, une véritable enquête menée par Mila et quelques échauffourées à l'école.

L'histoire est parsemée de références à des sujets de société importants tels que la vie de parent isolé, le harcèlement, le handicap, le rôle des soignants... Elle fait également référence à un sujet historique difficile et probablement méconnu du jeune lectorat, raison de plus pour en parler, la dictature militaire en Argentine dans les années 1970 et les drames qui en ont découlé. De plus, ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que chaque chapitre concernant Hélio est précédé d'une citation. Elles m'ont toutes parlé.

Il est ici question de persévérance, de résilience, d'empathie, d'écoute de l'autre, de bienveillance, d'entraide, il est question de grandir ensemble. C'est un message extraordinaire qui nous est délivré. Hélio/Bulle, comme le surnommait sa mère, parce qu'il était refermé sur lui-même, devient tout simplement Hélio. Et cet Hélio, tout comme le soleil, il réchauffe les coeurs de la famille Dainville. Et celui du lecteur.  

Un pari réussi, des sujets actuels et délicats et un beau message à la clef, un énorme coup de coeur pour moi. Merci aux éditions Magnard pour l'envoi de ce roman.

*****

Gros coup de coeur

 

p.15 Hélio/Bulle "La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés cachées, que le hasard fait découvrir." François de La Rochefoucauld.

                            "J'ai une théorie, moi. Je pense que l'univers est composé pour moitié de gens pourris qui passent leur temps à casser les pieds à l'autre moitié du monde, qui ne demande qu'à vivre tranquillement. Les plantes, c'est presque la même chose, sauf qu'elles sont meilleures que les humains. Ma mère me dit que c'est un peu vieux jeu, comme vision des choses, mais j'assume."

***

p. 127 Hélio/Bulle "Quand on rencontre quelqu'un, c'est signe qu'on devait croiser son chemin, c'est signe que l'on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres. Dans chacune d'elles est contenue la promesse d'une découverte." Aharon Appelfeld, Adam et Thomas.

02 août 2019

Romy une longue nuit de silence - Sarah Briand

2019-07-14 17

  • Titre : Romy une longue nuit de silence
  • Auteur : Sarah Briand
  • Editions : Fayard
  • Date de parution : 22 mai 2019
  • Nombre de pages : 252
  • ISBN : 978-2-213-70449-4

L'auteure

Sarah Briand est journaliste à France2 et a réalisé plusieurs documentaires pour l'émission "Un Jour Un Destin". Elle est l'auteure de Simone, éternelle rebelle (Fayard, 2015), un portrait inédit de Simone Veil largement salué par la presse.

Sarah Briand

 

Quatrième de couverture

Le 29 mai 1982, Romy Schneider s’est éteinte à l’âge de 43 ans. Que s’est-il passé la nuit de sa mort au 11, rue Barbet-de-Jouy, dans le VIIearrondissement de Paris ?

Icône du cinéma français à la photogénie incroyable, que sait-on vraiment de Romy, de ses bonheurs, mais aussi de ses chagrins et de ses blessures, notamment depuis la mort de son fils quelques mois plus tôt ?

Sarah Briand a marché dans ses pas, du chalet de son enfance à Berchtesgaden en Allemagne, près du nid d’aigle d’Adolf Hitler, jusqu’à l’appartement parisien où elle a passé ses dernières heures, pour nous livrer une série d’instantanés de ces moments intimes.

Un portrait nourri de témoignages inédits d’amis, de réalisateurs, ses partenaires de cinéma et parfois de vie, comme celui qui fut son époux, Daniel Biasini, le père de sa fille Sarah, ou encore Alain Delon, qui rend pour la première fois, à la femme qu’il a aimée, un hommage exceptionnel.
Mes impressions
Quel plaisir de retrouver Romy. J'ai lu cette biographie comme on regarderait une bonne émission de télévision (et pour cause, Sarah Briand travaille à la rédaction de certains numéros de l'émission Un Jour Un Destin !) J'y ai retrouvé le style de l'auteure que j'aime bien ( cf Simone, éternelle rebelle), et comme les images de Romy, nous les avons tous plus ou moins en tête, il était facile, à chaque étape, de se la représenter. 
Mais quelle tristesse aussi. Le livre commence le 29 mai 1982, au 11 rue Barbey-de-Jouy à Paris, dernière adresse de Romy, elle vient d'y mourir. Consternation de tous ses proches dans un premier temps, puis de la France entière. Commence alors un voyage que j'ai trouvé passionnant, dans l'espace et dans le temps, à la recherche de Romy. De Berchtesgaden à Cologne, en passant par Berlin, Ramatuelle et Paris, nous la retrouvons à différentes étapes de sa vie, à travers diverses anecdotes, souvent tristes, parfois très drôles (notamment lors du tournage de son dernier film, La passante du Sans Souci, à Berlin avec Gérard Klein.)
Tout a commencé par une petite enfance heureuse dans les montagnes, avec un petit frère aimant, puis la séparation des parents, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, tous deux très occupés. Son père ira jusqu'à lui dire "Je suis fait pour avoir des femmes et non pas des enfants." (p. 30). Quelques années d'internat, puis revoilà sa mère, qui en 1953 vient la chercher pour lui proposer de jouer le rôle de sa fille dans le film Lilas blancs, à Cologne. Commence alors une nouvelle vie, celle d'actrice, très contrôlée par sa mère et son beau-père.
Nous la retrouvons également à travers les personnes qui ont compté pour elle, et pour qui elle a compté. 
Quel destin tragique, pour une femme tellement simple. A l'instar de Sarah Briand, j'ai également marché dans les pas de Romy, à Berlin seulement, avec beaucoup d'émotion. La villa qu'elle a habitée quelques années avec son premier mari Harry Meyer et leur fils David se situe à quelques minutes de notre appartement. J'ai photographié le livre devant cette maison du quartier cossu et très tranquille de Grunewald. Je suis allée également sur ses pas au bord des lacs où elle avait l'habitude de promener son fils (né dans une clinique de Charlottenburg), puis à l'hôtel Savoy et enfin au Europa Center. C'est dans ce centre commercial très moderne de Berlin ouest des années 1960 que le beau-père de Romy (le mari de sa mère) avait ouvert un restaurant. Le soir de la fête d'inauguration de l'établissement, Romy a rencontré Harry Meyer et a décidé de rester à Berlin. 
Le "mystère Romy" n'est pas résolu, il ne le sera jamais. Mais peut-on vraiment parler de mystère autour de la mort de Romy? Son coeur de maman n'a peut-être tout simplement pas résisté au vide et au chagrin immense provoqués par la mort prématurée de son fils David. Ce "secret" si souvent évoqué autour de sa disparition prématurée, elle l'a emporté avec elle, comme pour faire un pied de nez à tous les paparazzis qui l'ont tant tourmentée tout au long de sa vie. 
J'ai été très émue par les deux chapitres se déroulant en octobre 1981 à Berlin. Sur le tournage de son dernier film, Romy doit puiser loin dans ses forces pour tourner face à un adolescent de l'âge de son fils, disparu quelques mois avant. Tout le plateau est bouleversé, au bord des larmes. Je garderai un souvenir ému de cette lecture au cours de laquelle j'ai eu le sentiment d'approcher d'un peu plus près une icône. Le récit que fait Sarah Briand de son entrevue avec Alain Delon tout à la fin est également un passage très touchant. 
Ce livre est l'histoire d'une vie extraordinaire et simple à la fois, racontée sobrement, avec les voix de ceux qui ont le plus compté.

2019-07-14 17

La rue qu'habitait Romy à Berlin

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Sa maison

Hasensprung, Königssee

Hasensprung, Königssee et Dianasee, lieux de promenade de Romy 

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Maisons cossues de Grunewald (photos prises cet hiver)

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2019-07-10 Hotel Savoy Berlin jpg

Hotel Savoy, à Charlottenburg

2019-07-18 Romy

Romy, au musée du film de Berlin, Potsdamer Platz

2019-07-03 Etoile de Romy

Son étoile, toujours sur la Potsdamer Platz

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p.31 "Pendant des mois, Romy l'attendra. Fixant l'horizon chaque fin de semaine de sa fenêtre ou sur le perron de l'internat, son rêve de retrouver sa mère s'est réalisé à peine quatre fois en quatre ans. Magda n'apparaissait que pour disparaître aussitôt." 
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p.35 "Et en coulisses, Magda décide de tout. Pour ce film et les suivants. Du montant des contrats de sa fille, qu'elle négocie à prix d'or, comme de la couleur des tenues qu'elle doit porter devant les caméras pour telle ou telle interview. Mais aussi du choix de tous ses partenaires et de ceux qu'elle a le droit ou non d'embrasser. Tout est inscrit noir sur blanc. Jusqu'à exiger d'avoir elle-même un rôle au générique des films dans lesquels sa fille joue."
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p.65 (Décembre 1963, 22 avenue de Messine, Paris) "Rompant son contrat avec la Columbia, Romy revient des Etats-Unis et se précipite dans leur hôtel particulier du XVIème arrondissement. Elle trouve un bouquet de roses rouges et une lettre signée d'Alain. Ce n'est pas un mot d'amour comme il lui en laissait parfois. Mais la rupture de leur histoire d'amour. 
Un gouffre s'ouvre sous ses pieds. Alain a rejoint Nathalie, la comédienne aperçue sur la photo parue dans la presse. Les doutes que Romy avait sont donc fondés."
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p.67 (12 avenue Montaigne, Paris) "Au sommet de sa peine, c'est auprès de Marlène Dietrich que Romy vient chercher du réconfort. L'appartement, au quatrième étage du 12, avenue Montaigne, est déjà noyé dans les volutes de fumée lorsqu'elle entre. Elle se dirige directement vers l'un des fauteuils du salon. Tous les miroirs ont été depuis longtemps retirés de cet appartement, la star allemande ne souhaitant pas y croiser son reflet."
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p.68 "Romy et Marlène sont face à face. C'est le casting idéal d'un film jamais tourné. Il n'est cependant pas question de cinéma, mais du réel et des chagrins qu'il impose. A chaque blessure, c'est vers Marlène que Romy se tourne, mère de substitution ne faisant pourtant en apparence preuve d'aucune tendresse. 
Elle lui rappelle Magda : la distance qu'imposent le statut de comédienne, une droiture très allemande et aucune démonstration de sentiments. Les deux comédiennes aiment parler dans leur langue et se rappeler ce pays qu'elles ont quitté à contrecoeur. Marlène pour y fuir le nazisme, Romy pour échapper à Sissi et au carcan familial."
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p.80 (1er avril 1965, Berlin) "Dans l'Europa-Center de Berlin-Ouest, Romy ne voit que lui, cet homme qui, au premier abord, n'a rien de séduisant, mais qui la charme par son charisme. Elle a le coup de foudre pour un homme qui est l'exact opposé d'Alain Delon. Un être introverti et solitaire. Harry Meyen est néanmoins connu du Tout-Berlin. C'est un intellectuel qui compte. Et le monde dans lequel il évolue attire Romy. C'est le charisme de l'homme de théâtre qui ce soir la séduit."
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p.86 (Eté 1968, Berlin) "A travers la fenêtre, Romy observe l'alignement des maisons de Grunewald, ce quartier cossu et résidentiel de berlin où elle réside avec Harry."
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p.118 "Daniel Biasini n'avait pas été impressionné par cette première rencontre avec Romy Schneider. Mais il avait accepté de l'aider. Il s'était mis en quête d'une école bilingue pour David, s'occupait de lui quand sa mère était absente. Daniel leur avait ensuite trouvé un nouvel appartement à Saint-Germain-des-Prés, puis rue Berlioz où elle restera plusieurs années."
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p.126 "Elle est déjà montée ici, quand Adolf Hitler y résidait. C'était à l'occasion d'une invitation d'Eva Braun. Oui, elle a rencontré le Führer. Oui, elle a rencontré plusieurs des hauts dignitaires nazis et leurs épouses, notamment Martin Bormann, proche conseiller de Hitler, l'un des hommes les plus puissants du Troisième Reich.
Romy a mille questions. Que signifiait vivre à Berchtesgaden pendant la Seconde Guerre mondiale, dans ce fief indissociable du nazisme? Pourquoi Magda est-elle venue s'installer ici? Pourquoi a-t-elle pu continuer à travailler en pleine guerre au moment où de nombreux artistes ont été interdits d'exercer leur activité? Pourquoi n'a-t-elle pas fait le choix de partir, comme Marlène Dietrich? Jusqu'où est-elle allée pour protéger sa carrière?"
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p.131 (18 décembre 1975, hôtel Gehrhus, Berlin) "C'est un Daniel Biasini heureux mais épuisé qui rejoint Romy à Berlin-Ouest, entouré de ses parents. Il a enterré sa vie de garçon quelques heures plus tôt lors d'une fête chez Castel à Paris, et pris l'avion à cinq heures du matin, en passant par Bonn, pour rejoindre celle qu'il s'apprête à épouser et qui l'attend impatiemment à son hôtel. Il a très peu dormi mais qu'importe, la journée ne fait que commencer !"
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p.144 (21 juillet 1977, Ramatuelle) "Romy et Daniel font chaque jour des allers-retours entre Saint-Tropez et Nice pour se rendre à son chevet. (Sarah est née prématurément) Ils s'arrêtent parfois dormir à la Colombe d'Or où ils retrouvent Yves Montand qui joue à la pétanque."
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p.199 (octobre 1981, Berlin) "Le réalisateur est troublé. Derrière les caméras, ils sont nombreux, techniciens, maquilleur, coiffeur, assistants, figurants à essayer de masquer l'émotion qui les submerge. Des larmes coulent, des regards se détournent. Ils sont désemparés face au chagrin inconsolable de Romy Schneider."

 

 

24 juillet 2019

L'apprenti sorcier - Gerda Muller

L'apprenti sorcier

  • Titre : L'apprenti sorcier
  • Auteure / illustratrice : Gerda Muller
  • Age : à partir de 3 ans
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 22 mai 2019
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-211-23722-2

L'auteure

Née le 21 février 1926 à Naarden aux Pays-Bas, Gerda Muller est une talentueuse illustratrice, qui a fait rêver des générations d'enfants, et ça continue ! Après avoir illustré des albums aux éditions du Père Castor (Les bons amis, Les trois petits cochons, Marlaguette, Boucle d'or et les trois ours...), elle contribue depuis de nombreuses années à de multiples publications à L'Ecole des Loisirs. (Les Turlutins, La fête des fruits, Boucles d'or et les trois ours, Où vont-ils quand il pleut ? Ca pousse comment ?)

Gerda Muller

(Photo empruntée au site de l'Ecole des Loisirs)

Quatrième de couverture

Florian est paresseux et il veut tout, tout de suite. Il se verrait bien devenir sorcier à la place du sorcier, lui qui n'est que son apprenti. Un jour que son maître a le dos tourné, voilà le débutant qui se met à jouer avec les formules magiques...

Heureusement, le sorcier est un sorcier-guérisseur, capable d'arrêter les dégâts, et même de guérir Florian de ses gros défauts.

Mes impressions

Florian, un jeune garçon orphelin n'ayant pas de famille, est recueilli par Sigiswald, un sorcier très bienveillant, un sorcier-guérisseur, qui lui propose de devenir son apprenti. 

Le jeune garçon s'empresse d'accepter cette alléchante proposition et commence très vite à apprendre. Afin de tester sa confiance, Sigiswald, quand il voit que son apprenti progresse vite, décide de lui apprendre trois mots magiques. Ces mots permettent de mettre les objets en mouvement et de leur donner des ordres. Mais il lui fait promettre de ne jamais les prononcer en son absence. Florian le promet solennellement.   

Le sorcier devant partir quelques jours, il laisse à Florian une "liste de choses à faire"... Le jeune garçon, très tenté, utilise les formules magiques et demande aux balais d'aller chercher de l'eau afin de remplir l'évier... Oui mais... Il ne sait pas les arrêter ! La suite de l'histoire est catastrophique. Quand le sorcier rentre et constate l'ampleur des dégâts, il donne une bonne leçon à son apprenti. 

La morale de cette histoire, c'est qu'il faut toujours réfléchir à la conséquence de ses actes avant de les accomplir, qu'il vaut mieux éviter de mentir, et qu'il faut assumer ses bêtises. Ces notions sont amenées avec bienveillance, ce qui est propre à Gerda Muller, très attachée à ne pas effrayer les enfants, comme elle l'explique elle-même dans l'excellent petit livret "Tout sur votre auteur préféré" publié également par l'Ecole des Loisirs (que vous pouvez obtenir sur simple demande ou télécharger directement sur leur site !)

Un très bel album, qui permet de partager de fortes valeurs avec les enfants dès leur plus jeune âge, servi par des illustrations magnifiques, le talent de Gerda Muller n'étant plus à démontrer. Je n'exclus pas d'en proposer la lecture à mes élèves de CM1, pour amorcer de belles discussions en EMC.

Introduction l'apprenti sorcier

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Illustration l'apprenti sorcier

Je profite de cet article pour évoquer la superbe collection de petits livrets régulièrement proposés par L'Ecole des Loisirs, pour nous présenter leurs auteurs : Tout sur votre auteur préféré. Celui sur Gerda Muller m'a enchantée. Il s'agit d'une conversation entre l'illustratrice et Sophie Chérer, au cours de laquelle on apprend beaucoup sur ses convictions, son travail, sa vie, son atelier... un vrai bonheur que de le feuilleter et de retrouver au fil des pages les couvertures de ses albums, ses fameuses illustrations, mais aussi des photos personnelles. Une réussite ! Merci mille fois aux éditions L'Ecole des Loisirs pour ces belles publications, qui nous permettent d'approcher plus encore les secrets de fabrication de ces livres qui nous enchantent. 

*****

Coup de coeur pour cet album

 

"Il arrive qu'on me reproche un manque d'agressivité dans mes images...

  Vous trouvez qu'il n'y en a pas assez tout autour? 

  Un tout petit qui ne sait pas encore lire a des besoins propres qui nécessitent beaucoup de soin. Il a besoin d'un monde protecteur, douillet, souriant, dans une nature réconfortante. Il a besoin de structures, besoin de savoir d'où vient et où va chaque personnage. A nous de le suggérer par la présence d'un élément, même très petit (par exemple, la petite maison dans Les bons amis) "

                               Gerda Muller, Tout sur mon auteur préféré, p.40

 

15 juillet 2019

Pour l'amour de Lauren - Karine Lebert

Pour l'amour de Lauren

  • Titre : Pour l'amour de Lauren
  • Auteur : Karine Lebert
  • Editions : Presses de la Cité
  • Date de parution : 17 janvier 2019
  • Nombre de pages : 416
  • ISBN : 978-2-258-16195-5

L'auteur

Née en Normandie, dans l'Orne, Karine Lebert a été biographe pendant quinze ans, puis journaliste à Paris Normandie. Elle a publié aux Presses de la Cité Ce que Fanny veut ..., Les Saisons du mensonge, Les demoiselles de Beaune et Les Amants de l'été 44, dont Pour l'amour de Lauren est une suite indépendante.

Karine Lebert

( Clic sur la photo pour accéder au site de Karine Lebert )

Quatrième de couverture

Au nom de la vérité, Gemma, New-Yorkaise, a fait voler en éclats son quotidien trépidant de femme d'affaires. Sous le charme de la Normandie, elle part depuis Honfleur sur les traces de son aïeule, Philippine, cinquante ans après, grâce à ceux qui l'ont connue.

Par amour, celle-ci a tout quitté, sa famille, sa Normandie. Pour Ethan, un beau GI rencontré à l'été 1944, Philippine a rejoint sa belle-famille en Louisiane. Passé le choc de la découverte du Nouveau Monde, le bonheur s'offrira-t-il à la jeune exilée, mariée enceinte, loin des traditions de son pays natal ?

Gemma veut savoir : quelle était la vie de Philippine, là-bas, à la Nouvelle-Orléans ? Pourquoi est-elle rentrée en France ? Seule ?...

Entre deux continents, deux époques, portraits croisés de deux femmes entières qui vivent à l'unisson. Pour l'amour d'une petite fille, Lauren...

Mes impressions

Dans cette seconde partie, après Les Amants de l'été 44, Karine Lebert nous dévoile la suite des aventures de Gemma en France, son enquête aux Etats-Unis, mais aussi l'histoire de Philippine et Ethan. Nous suivons ces deux personnages phares que sont Gemma et Philippine, petite-fille et grand-mère qui ne se sont jamais connues mais qui sont ici réunies, entre deux époques, entre deux continents.  La première partie, qui s'intitule Louisiane, raconte alternativement et en parallèle l'arrivée de Philippine aux Etats-Unis, son installation dans sa nouvelle famille en Louisiane, et l'enquête de sa petite-fille Gemma, sur ses traces, cinquante ans après. Dans la seconde partie, Normandie, c'est du périlleux retour de Philippine qu'il est question. Etait-elle avec sa fille Lauren sur le bateau qui l'a ramenée en France ? Que s'est-il passé après ? Gemma a encore des secrets à découvrir.

Encore une fois, comme à chaque lecture d'un roman de Karine Lebert, la magie a opéré. Cette auteure a un don pour amener de façon très habile la psychologie des personnages tout en accordant beaucoup d'importance à l'ambiance, à l'Histoire, le tout parsemé de jolies références culturelles. On y trouve aussi des allusions à la décoration, ce qui n'est pas pour me déplaire. 

J'ai beaucoup appris en lisant cette aventure entre deux continents, entre deux cultures. J'ai adoré me retrouver dans différentes régions de l'Amérique d'après guerre, mais aussi dans la Normandie de mes grands-parents (qui ont vécu le débarquement aux premières loges, puisqu'ils habitaient les Marais du Cotentin, près de Sainte-Mère-Eglise). 

Une très belle histoire, une petite-fille américaine, qui part à la rencontre de sa grand-mère française et découvre au fur et à mesure de son enquête les nombreux écueils auxquels elle a été confrontée, les drames qu'elle a dû affronter. Il est aussi question ici des secrets de famille et des conséquences qu'ils peuvent avoir des générations plus tard. 

Je ne peux que vous conseiler de lire ces deux opus sur les war brides, pour prendre du plaisir tout en apprenant !

Je profite de ce message pour remercier Karine pour sa délicate dédicace, ainsi que les éditions Presse de la Cité pour m'avoir donné l'opportunité de cette merveilleuse lecture.

*****

Coup de coeur 

p.46 " - Regarde, voici le complexe commercial Macy's. On y trouve de tout : les plus vastes librairie et pharmacie de la ville, des banques, des agences de voyages... Les rayons de Macy's sont les plus grands au monde."

***

p.107 (Gemma, La Nouvelle-Orléans, septembre 2000)

"Ses propres références à l'histoire de la Louisiane se révélaient tout aussi éparpillées, surtout cinéphiles : d'Autant en emporte le vent à Forrest Gump, en passant par Un tramway nommé Désir. Elle apprit qu'un Normand en avait pris possession au nom de la France en 1682. Il s'agissait de l'explorateur Cavelier de La Salle, né à Rouen, qui avait fait fortune dans le commerce de fourrures au Canada. "

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p.170 (Philippine, La Nouvele-Orléans, décembre 1945 - octobre 1946) 

"J'ai la chance de pouvoir parler français avec ma belle-famille. Ma belle-mère m'a offert un roman qui connaît ici un immense succès : Gone with the Wind. Je suis bien incapable de le lire même si j'ai fait des progrès en anglais."

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p.227 "- Veules-les-Roses est un charmant village.

            - Très. Savez-vous que coule ici le plus petit fleuve de France? Il ressemble plus à une rivière, parfois même à un ruisseau, mais il se jette bien dans la Manche. Veules est aussi un lieu où l'on cultive le cresson depuis le quatorzième siècle."

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p.311 (Philippine, en mer, novembre 1949)

"Je parle et comprends à présent assez bien l'anglais pour pouvoir lire Gone with the Wind. Ce roman est une révélation. Je saisis mieux quelles ont été la vie et la terrible désillusion des gens de cet Etat, les épreuves qu'ils ont traversées durant la guerre et après la défaite. Je m'attache au personnage de Scarlett O'Hara et me juge bien fade en comparaison."

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p.401 "Elle avait bien sûr conservé le parquet ancien à fines lames, cachant sous des tapis berbères les endroits par trop abîmés. En revanche, elle avait hésité face au papier peint fané à motifs de roses grimpantes. En dépit des commentaires acerbes des artisans qui préconisaient de l'arracher sans pitié pour le remplacer par une peinture blanche "qui allait avec tout", elle avait finalement choisi de le garder. Il racontait une histoire, certes un peu surannée, mais c'était celle de ces lieux. Le blanc serait réservé aux poutres."

 

 

 

 

10 juin 2019

ORADOUR SUR GLANE Un village si tranquille - Vanina Brière

Oradour sur Glane un village si tranquille

  • Titre : Oradour sur Glane - Un village si tranquille
  • Auteur : Vanina Brière
  • Age : 9-12 ans
  • Editions : Oskar éditeur (collection Histoire et Société)
  • Date de parution : 25 octobre 2018
  • Nombre de pages : 111 
  • ISBN : 979-1-0214-0628-5

Edit du 10 juin 2019. Il y a 75 ans aujourd'hui avait lieu le massacre d'Oradour-sur-Glane. 

L'auteur

Née au Mans en 1976, après un doctorat en histoire contemporaine et une thèse ayant comme sujet Les Français déportés au camp de concentration de Buchenwald", Vanina Brière écrit des romans jeunesse sur la seconde guerre mondiale. Elle est aussi chargée de recherche à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation à Caen. 

Vanina Brière

Quatrième de couverture

En ce samedi 10 juin 1944, le paisible village limousin d'Oradour-sur-Glane entre tristement dans l'Histoire. Près de deux cents soldats allemands encerclent le bourg et rassemblent la population sur le Champ de Foire. Commence alors le plus grand massacre de civils que la France ait connu durant la Seconde Guerre mondiale : les hommes sont abattus puis brûlés. Les femmes et les enfants sont réunis dans l'église et subissent le même sort. A travers l'histoire de Robert, survivant du massacre, et Albert, témoin de cette tragique journée, on comprend comment ce village martyr est devenu le symbole national des atrocités nazies.

Mes impressions

Oradour-sur-Glane est un village que je connais bien, je passe devant régulièrement depuis toute petite. J'ai le souvenir enfant, d'en avoir un peu peur, je n'osais pas regarder, cette vision de destruction m'effrayait. A l'époque, le mémorial n'existait pas et la route menant à Limoges passait vraiment aux portes du "village martyr". Et puis avec le recul, quand j'y réfléchis, je réalise qu'à ce moment-là (début des années 1980), cela ne faisait pas "si longtemps"... !

Le 4 août 1944, dans la commune du Vigeant, petit village très proche de chez nous, des civils ont également été massacrés, suite à un accrochage avec des groupes de résistants : 

"De violents combats ont lieu entre les FFI et la Wehrmacht l’été 1944. Le 4 août 1944, les maquis Adolphe et Joël, composés de jeunes inexpérimentés, membres des FFI, accrochent, à proximité du Vigeant une colonne de la Wehrmacht qui remonte vers la Normandie pour contrecarrer les Alliés qui viennent d’y débarquer, le 6 juin. Cette colonne est encadrée par la Milice. Le combat est inégal, entre des maquisards sous-équipés et une armée expérimentée et bien armée. 18 résistants, âgés de 18 à 26 ans, trouvent la mort, deux autres sont tués lors d’une embuscade près de Persac. Les troupes allemandes investissent Le Vigeant et s’y livrent à des représailles. Des maisons sont pillées et incendiées. 22 civils sont exécutés. Le plus vieux a 73 ans et le plus jeune 17 mois. Onze otages sont contraints d’attendre la mort toute l’après-midi, à genoux, en plein soleil, le long du mur d’une mare desséchée. Ils sont fusillés vers 17 h. De nos jours, ce mur qui sert de soubassement au mémorial des Fusillés, porte encore les traces et impacts des balles." (Source Wikipedia)

Lorsque j'étais collégienne, avec quelques camarades et à l'initiative de notre professeur d'histoire (que je ne remercierai jamais assez pour cette expérience incroyable), nous avons retracé cette journée, allant interviewer les différents survivants, cherchant dans les archives... ce qui a abouti à la rédaction d'un livre sur le massacre du Vigeant. 

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J'ai bien sûr lu beaucoup de livres sur Oradour, découvert au fur et à mesure l'atrocité de ce qu'il s'y est passé ... mais quand j'ai eu connaissance de ce nouveau livre adressé plutôt à la jeunesse, j'avais envie de voir comment le sujet était appréhendé. Je partage donc aujourd'hui cette découverte et je remercie les éditions Oskar de m'en avoir offert la possibilité.

Préfacé par monsieur Albert Valade, lui-même auteur de plusieurs ouvrages sur Oradour, ce livre comporte quinze chapitres. Au début figure un plan du village, indiquant les différents lieux du massacre.

Le premier chapitre nous présente le village d'Oradour, charmant petit bourg du Limousin, le dimanche 4 juin, avec ses enfants, rassemblés sur le Champ de Foire, les parents les surveillant du coin de l'oeil, se détendant aux terrasses des cafés. Les jeunes se sont eux réunis en cachette dans une grange pour s'amuser un peu, certains discutent du prochain match de foot, qui se disputera dimanche prochain dans un village voisin. Rien d'inquiétant en ce mois de juin 1944, la guerre semble "loin", en tous cas ici on ne se sent pas menacé. 

p.5 "Les Allemands n'y ont pas été vus depuis la nuit du 11 novembre 1942. Une pétarade sourde avait réveillé les villageois ainsi que des éclats de voix aux intonations étranges. En représailles du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre, les nazis avaient envahi la zone sud de la France restée libre. Plusieurs camions bruyants, sombres et gris traversèrent, pour l'occasion, Oradour-sur-Glane."

Au chapitre deux, le mercredi 7 juin 1944, nous faisons la connaissance de Robert, un jeune du village, âgé de 19 ans. Après son certificat d'études, faute de pouvoir faire son apprentissage chez le pâtissier du village (qui a été mobilisé) Robert travaille dans un garage de Limoges, où il se rend chaque jour en tramway. Il rentre chaque soir chez ses parents Jean et Marie. Il a trois soeurs : Odette, l'aînée, est mariée et vit avec son mari à quelques kilomètres. Georgette, 22 ans et Denise, 9 ans vivent avec leurs parents, comme Robert. 

Et puis arrive cette journée du 10 juin 1944, racontée dans les 7 chapitres suivants. L'incompréhensible. Les soldats allemands pénètrent dans le village après l'avoir soigneusement encerclé, rassemblent la population sur le Champ de Foire, disent qu'ils vont procéder à des contrôles. Les gens ne sont pas inquiets outre mesure. Puis on sépare les hommes des femmes et des enfants. Encore une fois, pas trop d'inquiétude, les hommes pensent que les soldats veulent les mettre à l'abri. Et puis c'est le massacre que l'on connaît... Robert est l'un des cinq survivants. Sa maman et ses deux plus jeunes soeurs sont tuées. Ce jour-là, son père, parti aider un ami dans un village voisin, échappera au carnage.

Les chapitres 10 à 15 racontent les jours suivants, puis les années suivantes, avec le procès de Bordeaux en 1953 à l'issue duquel les accusés seront tous finalement amnistiés, puis le procès qui se déroule à Berlin-Est en 1983.

Ce livre, qui s'adresse à un jeune public, traite le sujet avec "délicatesse" (autant que faire se peut quand on parle d'un tel événement). Le ton reste factuel et permet d'évoquer le drame en ne versant jamais dans le voyeurisme ou le pathos, même si certaines scènes sont bien sûr très dures.

Le graphisme de la couverture, de Raphaël Hadid, est très réussi. Dans un premier temps ont pourrait croire à un monstre aux cheveux de feu, alors qu'il s'agit de l'église en flammes... une image très parlante. 

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Photo Oradour à Nuremberg

J'ai pris cette photo d'une photo de l'église brûlée d'Oradour-Sur-Glane au tribunal de Nuremberg, où s'est tenu le procès des 24 principaux criminels nazis du 21 novembre 1945 au 1er octobre 1946.

Légende photo

Tribunal de Nuremberg

Tribunal de Nuremberg

Des photos d'Oradour sont également visibles à Berlin, notamment au musée "Topographie des Terrors", musée relatant les crimes du 3ème Reich, situé sur les lieux de l'ancien siège de la Gestapo.

Pour celles et ceux qui souhaitent aller "plus loin", voici quelques reportages et témoignages que j'ai visionnés après avoir lu le livre et que je trouve intéressants.

 

Témoignage de Mr Robert Hebras

Témoignage de Mr Werner C., ancien Waffen-SS inculpé pour le massacre d'Oradour-sur-Glane

Réaction de Robert Hebras à ce témoignage

Reportage sur le massacre et recherches dans les archives

Et pour finir, je garde un souvenir ému de la visite à Oradour de Monsieur Joachim Gauck, le 4 septembre 2013. Il est le premier président allemand à se rendre à Oradour. J'étais alors tout près, avais déjà vécu cinq ans en Allemagne et les images de cette visite tellement symbolique m'avaient beaucoup touchée. En arrivant à Berlin il y a quatre ans (il était encore président), j'y pensais à chaque fois que je passais devant le Château de Bellevue, sa résidence. 

Joachim Gauck à Oradour

François Hollande, Robert Hebras et Joachim Gauck dans l'église.

 

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p.73 "Depuis huit jours que le massacre a été découvert, Robert est dans un état second. Il répond à peine quand on lui parle. Il est totalement absent. A tout instant, il est pris de crises de larmes et refuse toujours de rentrer dans la maison. Il a tout perdu, il n'a plus aucun vêtement à part ceux qu'il porte depuis le jour du massacre, tout a brûlé dans l'incendie. Son père, Jean, finit par le conduire à Oradour le samedi suivant. Le Secours national et la Croix-Rouge se sont installés à proximité du village."

p.81 "Les Waffen-SS demandent au chef de la Milice locale de choisir une localité à anéantir. Celui-ci désigne Oradour-sur-Glane. Le bourg a un profil idéal : facile à cerner, facile d'accès et facile à détruire. En plus, ce n'est pas un repère de maquisards, donc pas de résistants à affronter. Les ordres sont clairs : raser le village et tuer tous ses habitants."

p.83 "Six cent quarante-deux hommes, femmes et enfants ont été exécutés à Oradour-sur-Glane ce 10 juin 1944. Les survivants du massacre sont au nombre de six."

p.89 "Son regard se tourne vers le banc des accusés mais il n'en reconnaît aucun. Le 10 juin 1944, il a vu des soldats en tenue de camouflage. Là, il a face à lui des hommes en costume-cravate."

p.92 "A Berlin, une délégation les attend et les aide pour les formalités. Elle les conduit à l'hôtel. Le lendemain matin, on vient les chercher pour les emmener au tribunal. Aussitôt, ils vont dans la salle d'attente, où ils rencontrent leur interprète officiel. Robert est le premier témoin appelé à la barre. Quand il voit Barth, l'accusé, il a devant lui un vieillard et peine à imaginer que cet homme ait pu être l'auteur du massacre d'Oradour. Le tribunal confirme que Heinz Barth était sous-lieutenant dans la 3e compagnie du 1er régiment de la division "Das Reich" le 10 juin 1944." 

Edit du 20 mai 2019, quelques photos d'Oradour prises le mois dernier lors de notre retour en France.

 

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