La maison des livres

11 août 2019

Les mots d'Hélio - Nancy Guilbert et Yaël Hassan

 

Les mots d'Hélio

  • Titre : Les mots d'Hélio
  • Autrices : Nancy Guilbert et Yaël Hassan
  • Âge : 9-12 ans
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 12 juin 2019
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 978-2-210-96630-7

Cette lecture est une lecture commune, avec Blandine du blog Vivrelivre et Pauline du Blog Entre les pages.

Les autrices

Nancy Guilbert

Nancy Guilbert est une autrice jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs. Les mots d'Hélio est son troisième roman jeunesse à quatre mains, après Ma liberté tout en couleurs avec Sylvie Baussier aux éditions Oskar et Deux secondes en moins avec Marie Collot aux éditions Magnard Jeunesse.

Nancy Guilbert

(Clic sur la photo pour accéder au site de Nancy Guilbert)

Yaël Hassan

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une autrice jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Elle est depuis le mois de janvier 2019 chevalier de la légion d'Honneur des Arts et Lettres. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa bibliographie directement sur son site.

Yaël Hassan

(Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan)

 

 Quatrième de couverture

Né de père inconnu, Hélio est atteint d'aphasie après un traumatisme à la tête : ses pensées sont intactes, mais les mots se sont envolés. Sa mère, en état de choc, se retrouve incapable de s'occuper de son fils. 

Hélio est donc placé dans une famille d'accueil où parents et enfants le considèrent avec plus ou moins de bienveillance. Pour Bianca, l'employée de maison, l'arrivée du garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Que cache-t-elle depuis des années ?

Dans ce roman à plusieurs voix, chacun tisse des relations petit à petit, et lorsque la vérité libère les secrets enfouis du passé, c'est une nouvelle famille qui voit le jour !

Même au coeur des plus gros orages,

l'espoir et la lumière sont là, tout près !

Mes impressions

Dans ce roman choral, écrit à quatre mains, Nancy Guilbert et Yaël Hassan nous entraînent dans les vies de personnages tourmentés qui peu à peu, ensemble et mutuellement, vont "se réparer". Et comme toujours avec ces deux autrices que j'apprécie particulièrement, il se passe quelque chose d'incroyable, le lecteur grandit avec les personnages. En lisant ce livre, on gagne en sagesse, en empathie, en écoute de l'autre. C'est le sentiment que j'ai eu en le refermant. 

Hélio, un adolescent sportif et sa maman Pauline voient leur vie basculer quand Hélio, lors d'une dispute avec elle pendant une randonnée, fait une chute de 15 mètres en montagne et s'écrase sur des rochers. Il échappe miraculeusement à la mort mais se retrouve en situation d'aphasie et incapable de marcher dans l'immédiat. Sa maman, tellement choquée, a perdu connaissance sur-le-champ et la mémoire aussi. Elle est désormais incapable de s'occuper de lui. 

Hélio passe quelques mois dans un centre de rééducation. Voyant qu'il ne progresse plus, Sandra, la psychologue lui annonce qu'il va aller vivre dans une famille d'accueil qu'il ne connaît pas, même si cette famille a été désignée par sa mère. Il s'agit de la famille Dainville. Hélio est furieux, n'a aucune envie de débarquer comme ça chez de parfaits inconnus, surtout dans son état.

La première rencontre est teintée de maladresses, de part et d'autre. Dans la famille Dainville, famille aisée résidant dans les beaux quartiers, il y a le père, Stéphane, la mère, Marion, et les deux enfants. Mila et Ruben. Mila est adolescente, elle a à peu près le même âge qu'Hélio et ne comprend pas du tout ce qu'il prend à ses parents de vouloir accueillir ce garçon en fauteuil qui de surcroît est incapable de s'exprimer. Le petit Ruben, lui, est très curieux et pas encore inhibé par l'adolescence et tous ses codes. Et puis il y a aussi Bianca, l'employée de maison, un peu la deuxième maman des enfants. Stéphane et Marion sont très maladroits, Mila hostile, Ruben curieux et Bianca troublée par la présence soudaine d'Hélio, dont elle va rapidement prendre soin avec aisance et naturel, qu'elle va protéger en quelque sorte. Hélio est quant à lui très hostile à tout  contact dans ce nouvel environnement. 

Puis peu à peu, la situation va évoluer, se débloquer, notamment grâce à la curiosité et au besoin de communiquer du petit Ruben. Tout au long du récit, c'est chacun des personnages qui prend le lecteur par la main et lui conte un bout de l'histoire.

Les chapitres racontés par Hélio sont bien sûr très importants car c'est le seul moyen d'accéder à ses pensées. Ce qui est vrai également pour les autres personnages, mais bien sûr plus flagrant pour Hélio puisqu'il ne parle pas.

Hélio est un passionné. De hand, de sciences et de botanique depuis qu'il est tout petit. Cette passion pour la botanique l'a conduit à comparer les humains et les plantes. Ainsi, dans ses carnets, ils consigne des dessins, dans lesquels il associe chaque personne avec la plante qui selon lui, lui ressemble le plus. Tout au long du roman, le lecteur peut admirer les dessins d'Hélio (illustrations d'Eva Rollin) quand il décrit une de ses connaissances. Quelle excellente idée ! J'ai adoré ce procédé ! Et appris de nouveaux noms de plantes.

p. 17 "Ce soir-là, j'avais découpé le visage de la maîtresse sur la photo de classe et l'avais collé avec délectation à côté de la Drosera aux longs poils urticants. Heureusement, l'année d'après, j'étais arrivé dans la classe de madame Desrets qui m'avait in extremis réconcilié avec l'école. Cette maîtresse, aux yeux d'un bleu outre mer si profond que je m'imaginais nageant à l'intérieur, avait compris ma passion pour les plantes et s'en était emparée aussitôt. Alors que je traînais une réputation d'élève insupportable depuis le CP, elle m'avait chargé de préparer toutes les leçons de sciences et de faire des exposés. En échange, je devais rester silencieux et travailler dans le calme. (...) L'adorable visage de madame Desrets s'était donc retrouvé dans mon dessin de la fleur du Lapacho, parce que c'est un arbre qui tue les maux et que cette maîtresse m'avait aidé à supprimer les miens le temps d'une année scolaire."

Grâce à l'attitude de Ruben, on assiste  à une progressive métamorphose des personnages qui vont vers un apaisement et une ouverture qui ne peuvent que toucher le lecteur. Le tout amené avec beaucoup de subtilité, des personnages tous différents, des personnalités bien trempées (comme par exemple Mila et Anissa, l'amie d'Hélio)

Le lecteur va peu à peu être spectateur de la métamorphose des personnages, d'une ouverture les uns aux autres. Bien sûr, cela ne se fait pas sans effort, ni du jour au lendemain. C'est avec beaucoup de subtilité que les auteures amènent cet apaisement, en passant par quelques aventures, une véritable enquête menée par Mila et quelques échauffourées à l'école.

L'histoire est parsemée de références à des sujets de société importants tels que la vie de parent isolé, le harcèlement, le handicap, le rôle des soignants... Elle fait également référence à un sujet historique difficile et probablement méconnu du jeune lectorat, raison de plus pour en parler, la dictature militaire en Argentine dans les années 1970 et les drames qui en ont découlé. De plus, ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que chaque chapitre concernant Hélio est précédé d'une citation. Elles m'ont toutes parlé.

Il est ici question de persévérance, de résilience, d'empathie, d'écoute de l'autre, de bienveillance, d'entraide, il est question de grandir ensemble. C'est un message extraordinaire qui nous est délivré. Hélio/Bulle, comme le surnommait sa mère, parce qu'il était refermé sur lui-même, devient tout simplement Hélio. Et cet Hélio, tout comme le soleil, il réchauffe les coeurs de la famille Dainville. Et celui du lecteur.  

Un pari réussi, des sujets actuels et délicats et un beau message à la clef, un énorme coup de coeur pour moi. Merci aux éditions Magnard pour l'envoi de ce roman.

*****

Gros coup de coeur

 

p.15 Hélio/Bulle "La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés cachées, que le hasard fait découvrir." François de La Rochefoucauld.

                            "J'ai une théorie, moi. Je pense que l'univers est composé pour moitié de gens pourris qui passent leur temps à casser les pieds à l'autre moitié du monde, qui ne demande qu'à vivre tranquillement. Les plantes, c'est presque la même chose, sauf qu'elles sont meilleures que les humains. Ma mère me dit que c'est un peu vieux jeu, comme vision des choses, mais j'assume."

***

p. 127 Hélio/Bulle "Quand on rencontre quelqu'un, c'est signe qu'on devait croiser son chemin, c'est signe que l'on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres. Dans chacune d'elles est contenue la promesse d'une découverte." Aharon Appelfeld, Adam et Thomas.


02 août 2019

Romy une longue nuit de silence - Sarah Briand

2019-07-14 17

  • Titre : Romy une longue nuit de silence
  • Auteur : Sarah Briand
  • Editions : Fayard
  • Date de parution : 22 mai 2019
  • Nombre de pages : 252
  • ISBN : 978-2-213-70449-4

L'auteure

Sarah Briand est journaliste à France2 et a réalisé plusieurs documentaires pour l'émission "Un Jour Un Destin". Elle est l'auteure de Simone, éternelle rebelle (Fayard, 2015), un portrait inédit de Simone Veil largement salué par la presse.

Sarah Briand

 

Quatrième de couverture

Le 29 mai 1982, Romy Schneider s’est éteinte à l’âge de 43 ans. Que s’est-il passé la nuit de sa mort au 11, rue Barbet-de-Jouy, dans le VIIearrondissement de Paris ?

Icône du cinéma français à la photogénie incroyable, que sait-on vraiment de Romy, de ses bonheurs, mais aussi de ses chagrins et de ses blessures, notamment depuis la mort de son fils quelques mois plus tôt ?

Sarah Briand a marché dans ses pas, du chalet de son enfance à Berchtesgaden en Allemagne, près du nid d’aigle d’Adolf Hitler, jusqu’à l’appartement parisien où elle a passé ses dernières heures, pour nous livrer une série d’instantanés de ces moments intimes.

Un portrait nourri de témoignages inédits d’amis, de réalisateurs, ses partenaires de cinéma et parfois de vie, comme celui qui fut son époux, Daniel Biasini, le père de sa fille Sarah, ou encore Alain Delon, qui rend pour la première fois, à la femme qu’il a aimée, un hommage exceptionnel.
Mes impressions
Quel plaisir de retrouver Romy. J'ai lu cette biographie comme on regarderait une bonne émission de télévision (et pour cause, Sarah Briand travaille à la rédaction de certains numéros de l'émission Un Jour Un Destin !) J'y ai retrouvé le style de l'auteure que j'aime bien ( cf Simone, éternelle rebelle), et comme les images de Romy, nous les avons tous plus ou moins en tête, il était facile, à chaque étape, de se la représenter. 
Mais quelle tristesse aussi. Le livre commence le 29 mai 1982, au 11 rue Barbey-de-Jouy à Paris, dernière adresse de Romy, elle vient d'y mourir. Consternation de tous ses proches dans un premier temps, puis de la France entière. Commence alors un voyage que j'ai trouvé passionnant, dans l'espace et dans le temps, à la recherche de Romy. De Berchtesgaden à Cologne, en passant par Berlin, Ramatuelle et Paris, nous la retrouvons à différentes étapes de sa vie, à travers diverses anecdotes, souvent tristes, parfois très drôles (notamment lors du tournage de son dernier film, La passante du Sans Souci, à Berlin avec Gérard Klein.)
Tout a commencé par une petite enfance heureuse dans les montagnes, avec un petit frère aimant, puis la séparation des parents, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, tous deux très occupés. Son père ira jusqu'à lui dire "Je suis fait pour avoir des femmes et non pas des enfants." (p. 30). Quelques années d'internat, puis revoilà sa mère, qui en 1953 vient la chercher pour lui proposer de jouer le rôle de sa fille dans le film Lilas blancs, à Cologne. Commence alors une nouvelle vie, celle d'actrice, très contrôlée par sa mère et son beau-père.
Nous la retrouvons également à travers les personnes qui ont compté pour elle, et pour qui elle a compté. 
Quel destin tragique, pour une femme tellement simple. A l'instar de Sarah Briand, j'ai également marché dans les pas de Romy, à Berlin seulement, avec beaucoup d'émotion. La villa qu'elle a habitée quelques années avec son premier mari Harry Meyer et leur fils David se situe à quelques minutes de notre appartement. J'ai photographié le livre devant cette maison du quartier cossu et très tranquille de Grunewald. Je suis allée également sur ses pas au bord des lacs où elle avait l'habitude de promener son fils (né dans une clinique de Charlottenburg), puis à l'hôtel Savoy et enfin au Europa Center. C'est dans ce centre commercial très moderne de Berlin ouest des années 1960 que le beau-père de Romy (le mari de sa mère) avait ouvert un restaurant. Le soir de la fête d'inauguration de l'établissement, Romy a rencontré Harry Meyer et a décidé de rester à Berlin. 
Le "mystère Romy" n'est pas résolu, il ne le sera jamais. Mais peut-on vraiment parler de mystère autour de la mort de Romy? Son coeur de maman n'a peut-être tout simplement pas résisté au vide et au chagrin immense provoqués par la mort prématurée de son fils David. Ce "secret" si souvent évoqué autour de sa disparition prématurée, elle l'a emporté avec elle, comme pour faire un pied de nez à tous les paparazzis qui l'ont tant tourmentée tout au long de sa vie. 
J'ai été très émue par les deux chapitres se déroulant en octobre 1981 à Berlin. Sur le tournage de son dernier film, Romy doit puiser loin dans ses forces pour tourner face à un adolescent de l'âge de son fils, disparu quelques mois avant. Tout le plateau est bouleversé, au bord des larmes. Je garderai un souvenir ému de cette lecture au cours de laquelle j'ai eu le sentiment d'approcher d'un peu plus près une icône. Le récit que fait Sarah Briand de son entrevue avec Alain Delon tout à la fin est également un passage très touchant. 
Ce livre est l'histoire d'une vie extraordinaire et simple à la fois, racontée sobrement, avec les voix de ceux qui ont le plus compté.

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La rue qu'habitait Romy à Berlin

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Sa maison

Hasensprung, Königssee

Hasensprung, Königssee et Dianasee, lieux de promenade de Romy 

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Maisons cossues de Grunewald (photos prises cet hiver)

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2019-02-26 15

2019-07-10 Hotel Savoy Berlin jpg

Hotel Savoy, à Charlottenburg

2019-07-18 Romy

Romy, au musée du film de Berlin, Potsdamer Platz

2019-07-03 Etoile de Romy

Son étoile, toujours sur la Potsdamer Platz

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p.31 "Pendant des mois, Romy l'attendra. Fixant l'horizon chaque fin de semaine de sa fenêtre ou sur le perron de l'internat, son rêve de retrouver sa mère s'est réalisé à peine quatre fois en quatre ans. Magda n'apparaissait que pour disparaître aussitôt." 
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p.35 "Et en coulisses, Magda décide de tout. Pour ce film et les suivants. Du montant des contrats de sa fille, qu'elle négocie à prix d'or, comme de la couleur des tenues qu'elle doit porter devant les caméras pour telle ou telle interview. Mais aussi du choix de tous ses partenaires et de ceux qu'elle a le droit ou non d'embrasser. Tout est inscrit noir sur blanc. Jusqu'à exiger d'avoir elle-même un rôle au générique des films dans lesquels sa fille joue."
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p.65 (Décembre 1963, 22 avenue de Messine, Paris) "Rompant son contrat avec la Columbia, Romy revient des Etats-Unis et se précipite dans leur hôtel particulier du XVIème arrondissement. Elle trouve un bouquet de roses rouges et une lettre signée d'Alain. Ce n'est pas un mot d'amour comme il lui en laissait parfois. Mais la rupture de leur histoire d'amour. 
Un gouffre s'ouvre sous ses pieds. Alain a rejoint Nathalie, la comédienne aperçue sur la photo parue dans la presse. Les doutes que Romy avait sont donc fondés."
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p.67 (12 avenue Montaigne, Paris) "Au sommet de sa peine, c'est auprès de Marlène Dietrich que Romy vient chercher du réconfort. L'appartement, au quatrième étage du 12, avenue Montaigne, est déjà noyé dans les volutes de fumée lorsqu'elle entre. Elle se dirige directement vers l'un des fauteuils du salon. Tous les miroirs ont été depuis longtemps retirés de cet appartement, la star allemande ne souhaitant pas y croiser son reflet."
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p.68 "Romy et Marlène sont face à face. C'est le casting idéal d'un film jamais tourné. Il n'est cependant pas question de cinéma, mais du réel et des chagrins qu'il impose. A chaque blessure, c'est vers Marlène que Romy se tourne, mère de substitution ne faisant pourtant en apparence preuve d'aucune tendresse. 
Elle lui rappelle Magda : la distance qu'imposent le statut de comédienne, une droiture très allemande et aucune démonstration de sentiments. Les deux comédiennes aiment parler dans leur langue et se rappeler ce pays qu'elles ont quitté à contrecoeur. Marlène pour y fuir le nazisme, Romy pour échapper à Sissi et au carcan familial."
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p.80 (1er avril 1965, Berlin) "Dans l'Europa-Center de Berlin-Ouest, Romy ne voit que lui, cet homme qui, au premier abord, n'a rien de séduisant, mais qui la charme par son charisme. Elle a le coup de foudre pour un homme qui est l'exact opposé d'Alain Delon. Un être introverti et solitaire. Harry Meyen est néanmoins connu du Tout-Berlin. C'est un intellectuel qui compte. Et le monde dans lequel il évolue attire Romy. C'est le charisme de l'homme de théâtre qui ce soir la séduit."
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p.86 (Eté 1968, Berlin) "A travers la fenêtre, Romy observe l'alignement des maisons de Grunewald, ce quartier cossu et résidentiel de berlin où elle réside avec Harry."
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p.118 "Daniel Biasini n'avait pas été impressionné par cette première rencontre avec Romy Schneider. Mais il avait accepté de l'aider. Il s'était mis en quête d'une école bilingue pour David, s'occupait de lui quand sa mère était absente. Daniel leur avait ensuite trouvé un nouvel appartement à Saint-Germain-des-Prés, puis rue Berlioz où elle restera plusieurs années."
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p.126 "Elle est déjà montée ici, quand Adolf Hitler y résidait. C'était à l'occasion d'une invitation d'Eva Braun. Oui, elle a rencontré le Führer. Oui, elle a rencontré plusieurs des hauts dignitaires nazis et leurs épouses, notamment Martin Bormann, proche conseiller de Hitler, l'un des hommes les plus puissants du Troisième Reich.
Romy a mille questions. Que signifiait vivre à Berchtesgaden pendant la Seconde Guerre mondiale, dans ce fief indissociable du nazisme? Pourquoi Magda est-elle venue s'installer ici? Pourquoi a-t-elle pu continuer à travailler en pleine guerre au moment où de nombreux artistes ont été interdits d'exercer leur activité? Pourquoi n'a-t-elle pas fait le choix de partir, comme Marlène Dietrich? Jusqu'où est-elle allée pour protéger sa carrière?"
***
p.131 (18 décembre 1975, hôtel Gehrhus, Berlin) "C'est un Daniel Biasini heureux mais épuisé qui rejoint Romy à Berlin-Ouest, entouré de ses parents. Il a enterré sa vie de garçon quelques heures plus tôt lors d'une fête chez Castel à Paris, et pris l'avion à cinq heures du matin, en passant par Bonn, pour rejoindre celle qu'il s'apprête à épouser et qui l'attend impatiemment à son hôtel. Il a très peu dormi mais qu'importe, la journée ne fait que commencer !"
***
p.144 (21 juillet 1977, Ramatuelle) "Romy et Daniel font chaque jour des allers-retours entre Saint-Tropez et Nice pour se rendre à son chevet. (Sarah est née prématurément) Ils s'arrêtent parfois dormir à la Colombe d'Or où ils retrouvent Yves Montand qui joue à la pétanque."
***
p.199 (octobre 1981, Berlin) "Le réalisateur est troublé. Derrière les caméras, ils sont nombreux, techniciens, maquilleur, coiffeur, assistants, figurants à essayer de masquer l'émotion qui les submerge. Des larmes coulent, des regards se détournent. Ils sont désemparés face au chagrin inconsolable de Romy Schneider."

 

 

24 juillet 2019

L'apprenti sorcier - Gerda Muller

L'apprenti sorcier

  • Titre : L'apprenti sorcier
  • Auteure / illustratrice : Gerda Muller
  • Age : à partir de 3 ans
  • Editions : L'Ecole des Loisirs
  • Date de parution : 22 mai 2019
  • Nombre de pages : 32
  • ISBN : 978-2-211-23722-2

L'auteure

Née le 21 février 1926 à Naarden aux Pays-Bas, Gerda Muller est une talentueuse illustratrice, qui a fait rêver des générations d'enfants, et ça continue ! Après avoir illustré des albums aux éditions du Père Castor (Les bons amis, Les trois petits cochons, Marlaguette, Boucle d'or et les trois ours...), elle contribue depuis de nombreuses années à de multiples publications à L'Ecole des Loisirs. (Les Turlutins, La fête des fruits, Boucles d'or et les trois ours, Où vont-ils quand il pleut ? Ca pousse comment ?)

Gerda Muller

(Photo empruntée au site de l'Ecole des Loisirs)

Quatrième de couverture

Florian est paresseux et il veut tout, tout de suite. Il se verrait bien devenir sorcier à la place du sorcier, lui qui n'est que son apprenti. Un jour que son maître a le dos tourné, voilà le débutant qui se met à jouer avec les formules magiques...

Heureusement, le sorcier est un sorcier-guérisseur, capable d'arrêter les dégâts, et même de guérir Florian de ses gros défauts.

Mes impressions

Florian, un jeune garçon orphelin n'ayant pas de famille, est recueilli par Sigiswald, un sorcier très bienveillant, un sorcier-guérisseur, qui lui propose de devenir son apprenti. 

Le jeune garçon s'empresse d'accepter cette alléchante proposition et commence très vite à apprendre. Afin de tester sa confiance, Sigiswald, quand il voit que son apprenti progresse vite, décide de lui apprendre trois mots magiques. Ces mots permettent de mettre les objets en mouvement et de leur donner des ordres. Mais il lui fait promettre de ne jamais les prononcer en son absence. Florian le promet solennellement.   

Le sorcier devant partir quelques jours, il laisse à Florian une "liste de choses à faire"... Le jeune garçon, très tenté, utilise les formules magiques et demande aux balais d'aller chercher de l'eau afin de remplir l'évier... Oui mais... Il ne sait pas les arrêter ! La suite de l'histoire est catastrophique. Quand le sorcier rentre et constate l'ampleur des dégâts, il donne une bonne leçon à son apprenti. 

La morale de cette histoire, c'est qu'il faut toujours réfléchir à la conséquence de ses actes avant de les accomplir, qu'il vaut mieux éviter de mentir, et qu'il faut assumer ses bêtises. Ces notions sont amenées avec bienveillance, ce qui est propre à Gerda Muller, très attachée à ne pas effrayer les enfants, comme elle l'explique elle-même dans l'excellent petit livret "Tout sur votre auteur préféré" publié également par l'Ecole des Loisirs (que vous pouvez obtenir sur simple demande ou télécharger directement sur leur site !)

Un très bel album, qui permet de partager de fortes valeurs avec les enfants dès leur plus jeune âge, servi par des illustrations magnifiques, le talent de Gerda Muller n'étant plus à démontrer. Je n'exclus pas d'en proposer la lecture à mes élèves de CM1, pour amorcer de belles discussions en EMC.

Introduction l'apprenti sorcier

*

Illustration l'apprenti sorcier

Je profite de cet article pour évoquer la superbe collection de petits livrets régulièrement proposés par L'Ecole des Loisirs, pour nous présenter leurs auteurs : Tout sur votre auteur préféré. Celui sur Gerda Muller m'a enchantée. Il s'agit d'une conversation entre l'illustratrice et Sophie Chérer, au cours de laquelle on apprend beaucoup sur ses convictions, son travail, sa vie, son atelier... un vrai bonheur que de le feuilleter et de retrouver au fil des pages les couvertures de ses albums, ses fameuses illustrations, mais aussi des photos personnelles. Une réussite ! Merci mille fois aux éditions L'Ecole des Loisirs pour ces belles publications, qui nous permettent d'approcher plus encore les secrets de fabrication de ces livres qui nous enchantent. 

*****

Coup de coeur pour cet album

 

"Il arrive qu'on me reproche un manque d'agressivité dans mes images...

  Vous trouvez qu'il n'y en a pas assez tout autour? 

  Un tout petit qui ne sait pas encore lire a des besoins propres qui nécessitent beaucoup de soin. Il a besoin d'un monde protecteur, douillet, souriant, dans une nature réconfortante. Il a besoin de structures, besoin de savoir d'où vient et où va chaque personnage. A nous de le suggérer par la présence d'un élément, même très petit (par exemple, la petite maison dans Les bons amis) "

                               Gerda Muller, Tout sur mon auteur préféré, p.40

 

15 juillet 2019

Pour l'amour de Lauren - Karine Lebert

Pour l'amour de Lauren

  • Titre : Pour l'amour de Lauren
  • Auteur : Karine Lebert
  • Editions : Presses de la Cité
  • Date de parution : 17 janvier 2019
  • Nombre de pages : 416
  • ISBN : 978-2-258-16195-5

L'auteur

Née en Normandie, dans l'Orne, Karine Lebert a été biographe pendant quinze ans, puis journaliste à Paris Normandie. Elle a publié aux Presses de la Cité Ce que Fanny veut ..., Les Saisons du mensonge, Les demoiselles de Beaune et Les Amants de l'été 44, dont Pour l'amour de Lauren est une suite indépendante.

Karine Lebert

( Clic sur la photo pour accéder au site de Karine Lebert )

Quatrième de couverture

Au nom de la vérité, Gemma, New-Yorkaise, a fait voler en éclats son quotidien trépidant de femme d'affaires. Sous le charme de la Normandie, elle part depuis Honfleur sur les traces de son aïeule, Philippine, cinquante ans après, grâce à ceux qui l'ont connue.

Par amour, celle-ci a tout quitté, sa famille, sa Normandie. Pour Ethan, un beau GI rencontré à l'été 1944, Philippine a rejoint sa belle-famille en Louisiane. Passé le choc de la découverte du Nouveau Monde, le bonheur s'offrira-t-il à la jeune exilée, mariée enceinte, loin des traditions de son pays natal ?

Gemma veut savoir : quelle était la vie de Philippine, là-bas, à la Nouvelle-Orléans ? Pourquoi est-elle rentrée en France ? Seule ?...

Entre deux continents, deux époques, portraits croisés de deux femmes entières qui vivent à l'unisson. Pour l'amour d'une petite fille, Lauren...

Mes impressions

Dans cette seconde partie, après Les Amants de l'été 44, Karine Lebert nous dévoile la suite des aventures de Gemma en France, son enquête aux Etats-Unis, mais aussi l'histoire de Philippine et Ethan. Nous suivons ces deux personnages phares que sont Gemma et Philippine, petite-fille et grand-mère qui ne se sont jamais connues mais qui sont ici réunies, entre deux époques, entre deux continents.  La première partie, qui s'intitule Louisiane, raconte alternativement et en parallèle l'arrivée de Philippine aux Etats-Unis, son installation dans sa nouvelle famille en Louisiane, et l'enquête de sa petite-fille Gemma, sur ses traces, cinquante ans après. Dans la seconde partie, Normandie, c'est du périlleux retour de Philippine qu'il est question. Etait-elle avec sa fille Lauren sur le bateau qui l'a ramenée en France ? Que s'est-il passé après ? Gemma a encore des secrets à découvrir.

Encore une fois, comme à chaque lecture d'un roman de Karine Lebert, la magie a opéré. Cette auteure a un don pour amener de façon très habile la psychologie des personnages tout en accordant beaucoup d'importance à l'ambiance, à l'Histoire, le tout parsemé de jolies références culturelles. On y trouve aussi des allusions à la décoration, ce qui n'est pas pour me déplaire. 

J'ai beaucoup appris en lisant cette aventure entre deux continents, entre deux cultures. J'ai adoré me retrouver dans différentes régions de l'Amérique d'après guerre, mais aussi dans la Normandie de mes grands-parents (qui ont vécu le débarquement aux premières loges, puisqu'ils habitaient les Marais du Cotentin, près de Sainte-Mère-Eglise). 

Une très belle histoire, une petite-fille américaine, qui part à la rencontre de sa grand-mère française et découvre au fur et à mesure de son enquête les nombreux écueils auxquels elle a été confrontée, les drames qu'elle a dû affronter. Il est aussi question ici des secrets de famille et des conséquences qu'ils peuvent avoir des générations plus tard. 

Je ne peux que vous conseiler de lire ces deux opus sur les war brides, pour prendre du plaisir tout en apprenant !

Je profite de ce message pour remercier Karine pour sa délicate dédicace, ainsi que les éditions Presse de la Cité pour m'avoir donné l'opportunité de cette merveilleuse lecture.

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Coup de coeur 

p.46 " - Regarde, voici le complexe commercial Macy's. On y trouve de tout : les plus vastes librairie et pharmacie de la ville, des banques, des agences de voyages... Les rayons de Macy's sont les plus grands au monde."

***

p.107 (Gemma, La Nouvelle-Orléans, septembre 2000)

"Ses propres références à l'histoire de la Louisiane se révélaient tout aussi éparpillées, surtout cinéphiles : d'Autant en emporte le vent à Forrest Gump, en passant par Un tramway nommé Désir. Elle apprit qu'un Normand en avait pris possession au nom de la France en 1682. Il s'agissait de l'explorateur Cavelier de La Salle, né à Rouen, qui avait fait fortune dans le commerce de fourrures au Canada. "

***

p.170 (Philippine, La Nouvele-Orléans, décembre 1945 - octobre 1946) 

"J'ai la chance de pouvoir parler français avec ma belle-famille. Ma belle-mère m'a offert un roman qui connaît ici un immense succès : Gone with the Wind. Je suis bien incapable de le lire même si j'ai fait des progrès en anglais."

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p.227 "- Veules-les-Roses est un charmant village.

            - Très. Savez-vous que coule ici le plus petit fleuve de France? Il ressemble plus à une rivière, parfois même à un ruisseau, mais il se jette bien dans la Manche. Veules est aussi un lieu où l'on cultive le cresson depuis le quatorzième siècle."

***

p.311 (Philippine, en mer, novembre 1949)

"Je parle et comprends à présent assez bien l'anglais pour pouvoir lire Gone with the Wind. Ce roman est une révélation. Je saisis mieux quelles ont été la vie et la terrible désillusion des gens de cet Etat, les épreuves qu'ils ont traversées durant la guerre et après la défaite. Je m'attache au personnage de Scarlett O'Hara et me juge bien fade en comparaison."

***

p.401 "Elle avait bien sûr conservé le parquet ancien à fines lames, cachant sous des tapis berbères les endroits par trop abîmés. En revanche, elle avait hésité face au papier peint fané à motifs de roses grimpantes. En dépit des commentaires acerbes des artisans qui préconisaient de l'arracher sans pitié pour le remplacer par une peinture blanche "qui allait avec tout", elle avait finalement choisi de le garder. Il racontait une histoire, certes un peu surannée, mais c'était celle de ces lieux. Le blanc serait réservé aux poutres."

 

 

 

 

10 juin 2019

ORADOUR SUR GLANE Un village si tranquille - Vanina Brière

Oradour sur Glane un village si tranquille

  • Titre : Oradour sur Glane - Un village si tranquille
  • Auteur : Vanina Brière
  • Age : 9-12 ans
  • Editions : Oskar éditeur (collection Histoire et Société)
  • Date de parution : 25 octobre 2018
  • Nombre de pages : 111 
  • ISBN : 979-1-0214-0628-5

Edit du 10 juin 2019. Il y a 75 ans aujourd'hui avait lieu le massacre d'Oradour-sur-Glane. 

L'auteur

Née au Mans en 1976, après un doctorat en histoire contemporaine et une thèse ayant comme sujet Les Français déportés au camp de concentration de Buchenwald", Vanina Brière écrit des romans jeunesse sur la seconde guerre mondiale. Elle est aussi chargée de recherche à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation à Caen. 

Vanina Brière

Quatrième de couverture

En ce samedi 10 juin 1944, le paisible village limousin d'Oradour-sur-Glane entre tristement dans l'Histoire. Près de deux cents soldats allemands encerclent le bourg et rassemblent la population sur le Champ de Foire. Commence alors le plus grand massacre de civils que la France ait connu durant la Seconde Guerre mondiale : les hommes sont abattus puis brûlés. Les femmes et les enfants sont réunis dans l'église et subissent le même sort. A travers l'histoire de Robert, survivant du massacre, et Albert, témoin de cette tragique journée, on comprend comment ce village martyr est devenu le symbole national des atrocités nazies.

Mes impressions

Oradour-sur-Glane est un village que je connais bien, je passe devant régulièrement depuis toute petite. J'ai le souvenir enfant, d'en avoir un peu peur, je n'osais pas regarder, cette vision de destruction m'effrayait. A l'époque, le mémorial n'existait pas et la route menant à Limoges passait vraiment aux portes du "village martyr". Et puis avec le recul, quand j'y réfléchis, je réalise qu'à ce moment-là (début des années 1980), cela ne faisait pas "si longtemps"... !

Le 4 août 1944, dans la commune du Vigeant, petit village très proche de chez nous, des civils ont également été massacrés, suite à un accrochage avec des groupes de résistants : 

"De violents combats ont lieu entre les FFI et la Wehrmacht l’été 1944. Le 4 août 1944, les maquis Adolphe et Joël, composés de jeunes inexpérimentés, membres des FFI, accrochent, à proximité du Vigeant une colonne de la Wehrmacht qui remonte vers la Normandie pour contrecarrer les Alliés qui viennent d’y débarquer, le 6 juin. Cette colonne est encadrée par la Milice. Le combat est inégal, entre des maquisards sous-équipés et une armée expérimentée et bien armée. 18 résistants, âgés de 18 à 26 ans, trouvent la mort, deux autres sont tués lors d’une embuscade près de Persac. Les troupes allemandes investissent Le Vigeant et s’y livrent à des représailles. Des maisons sont pillées et incendiées. 22 civils sont exécutés. Le plus vieux a 73 ans et le plus jeune 17 mois. Onze otages sont contraints d’attendre la mort toute l’après-midi, à genoux, en plein soleil, le long du mur d’une mare desséchée. Ils sont fusillés vers 17 h. De nos jours, ce mur qui sert de soubassement au mémorial des Fusillés, porte encore les traces et impacts des balles." (Source Wikipedia)

Lorsque j'étais collégienne, avec quelques camarades et à l'initiative de notre professeur d'histoire (que je ne remercierai jamais assez pour cette expérience incroyable), nous avons retracé cette journée, allant interviewer les différents survivants, cherchant dans les archives... ce qui a abouti à la rédaction d'un livre sur le massacre du Vigeant. 

***

J'ai bien sûr lu beaucoup de livres sur Oradour, découvert au fur et à mesure l'atrocité de ce qu'il s'y est passé ... mais quand j'ai eu connaissance de ce nouveau livre adressé plutôt à la jeunesse, j'avais envie de voir comment le sujet était appréhendé. Je partage donc aujourd'hui cette découverte et je remercie les éditions Oskar de m'en avoir offert la possibilité.

Préfacé par monsieur Albert Valade, lui-même auteur de plusieurs ouvrages sur Oradour, ce livre comporte quinze chapitres. Au début figure un plan du village, indiquant les différents lieux du massacre.

Le premier chapitre nous présente le village d'Oradour, charmant petit bourg du Limousin, le dimanche 4 juin, avec ses enfants, rassemblés sur le Champ de Foire, les parents les surveillant du coin de l'oeil, se détendant aux terrasses des cafés. Les jeunes se sont eux réunis en cachette dans une grange pour s'amuser un peu, certains discutent du prochain match de foot, qui se disputera dimanche prochain dans un village voisin. Rien d'inquiétant en ce mois de juin 1944, la guerre semble "loin", en tous cas ici on ne se sent pas menacé. 

p.5 "Les Allemands n'y ont pas été vus depuis la nuit du 11 novembre 1942. Une pétarade sourde avait réveillé les villageois ainsi que des éclats de voix aux intonations étranges. En représailles du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre, les nazis avaient envahi la zone sud de la France restée libre. Plusieurs camions bruyants, sombres et gris traversèrent, pour l'occasion, Oradour-sur-Glane."

Au chapitre deux, le mercredi 7 juin 1944, nous faisons la connaissance de Robert, un jeune du village, âgé de 19 ans. Après son certificat d'études, faute de pouvoir faire son apprentissage chez le pâtissier du village (qui a été mobilisé) Robert travaille dans un garage de Limoges, où il se rend chaque jour en tramway. Il rentre chaque soir chez ses parents Jean et Marie. Il a trois soeurs : Odette, l'aînée, est mariée et vit avec son mari à quelques kilomètres. Georgette, 22 ans et Denise, 9 ans vivent avec leurs parents, comme Robert. 

Et puis arrive cette journée du 10 juin 1944, racontée dans les 7 chapitres suivants. L'incompréhensible. Les soldats allemands pénètrent dans le village après l'avoir soigneusement encerclé, rassemblent la population sur le Champ de Foire, disent qu'ils vont procéder à des contrôles. Les gens ne sont pas inquiets outre mesure. Puis on sépare les hommes des femmes et des enfants. Encore une fois, pas trop d'inquiétude, les hommes pensent que les soldats veulent les mettre à l'abri. Et puis c'est le massacre que l'on connaît... Robert est l'un des cinq survivants. Sa maman et ses deux plus jeunes soeurs sont tuées. Ce jour-là, son père, parti aider un ami dans un village voisin, échappera au carnage.

Les chapitres 10 à 15 racontent les jours suivants, puis les années suivantes, avec le procès de Bordeaux en 1953 à l'issue duquel les accusés seront tous finalement amnistiés, puis le procès qui se déroule à Berlin-Est en 1983.

Ce livre, qui s'adresse à un jeune public, traite le sujet avec "délicatesse" (autant que faire se peut quand on parle d'un tel événement). Le ton reste factuel et permet d'évoquer le drame en ne versant jamais dans le voyeurisme ou le pathos, même si certaines scènes sont bien sûr très dures.

Le graphisme de la couverture, de Raphaël Hadid, est très réussi. Dans un premier temps ont pourrait croire à un monstre aux cheveux de feu, alors qu'il s'agit de l'église en flammes... une image très parlante. 

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Photo Oradour à Nuremberg

J'ai pris cette photo d'une photo de l'église brûlée d'Oradour-Sur-Glane au tribunal de Nuremberg, où s'est tenu le procès des 24 principaux criminels nazis du 21 novembre 1945 au 1er octobre 1946.

Légende photo

Tribunal de Nuremberg

Tribunal de Nuremberg

Des photos d'Oradour sont également visibles à Berlin, notamment au musée "Topographie des Terrors", musée relatant les crimes du 3ème Reich, situé sur les lieux de l'ancien siège de la Gestapo.

Pour celles et ceux qui souhaitent aller "plus loin", voici quelques reportages et témoignages que j'ai visionnés après avoir lu le livre et que je trouve intéressants.

 

Témoignage de Mr Robert Hebras

Témoignage de Mr Werner C., ancien Waffen-SS inculpé pour le massacre d'Oradour-sur-Glane

Réaction de Robert Hebras à ce témoignage

Reportage sur le massacre et recherches dans les archives

Et pour finir, je garde un souvenir ému de la visite à Oradour de Monsieur Joachim Gauck, le 4 septembre 2013. Il est le premier président allemand à se rendre à Oradour. J'étais alors tout près, avais déjà vécu cinq ans en Allemagne et les images de cette visite tellement symbolique m'avaient beaucoup touchée. En arrivant à Berlin il y a quatre ans (il était encore président), j'y pensais à chaque fois que je passais devant le Château de Bellevue, sa résidence. 

Joachim Gauck à Oradour

François Hollande, Robert Hebras et Joachim Gauck dans l'église.

 

***

p.73 "Depuis huit jours que le massacre a été découvert, Robert est dans un état second. Il répond à peine quand on lui parle. Il est totalement absent. A tout instant, il est pris de crises de larmes et refuse toujours de rentrer dans la maison. Il a tout perdu, il n'a plus aucun vêtement à part ceux qu'il porte depuis le jour du massacre, tout a brûlé dans l'incendie. Son père, Jean, finit par le conduire à Oradour le samedi suivant. Le Secours national et la Croix-Rouge se sont installés à proximité du village."

p.81 "Les Waffen-SS demandent au chef de la Milice locale de choisir une localité à anéantir. Celui-ci désigne Oradour-sur-Glane. Le bourg a un profil idéal : facile à cerner, facile d'accès et facile à détruire. En plus, ce n'est pas un repère de maquisards, donc pas de résistants à affronter. Les ordres sont clairs : raser le village et tuer tous ses habitants."

p.83 "Six cent quarante-deux hommes, femmes et enfants ont été exécutés à Oradour-sur-Glane ce 10 juin 1944. Les survivants du massacre sont au nombre de six."

p.89 "Son regard se tourne vers le banc des accusés mais il n'en reconnaît aucun. Le 10 juin 1944, il a vu des soldats en tenue de camouflage. Là, il a face à lui des hommes en costume-cravate."

p.92 "A Berlin, une délégation les attend et les aide pour les formalités. Elle les conduit à l'hôtel. Le lendemain matin, on vient les chercher pour les emmener au tribunal. Aussitôt, ils vont dans la salle d'attente, où ils rencontrent leur interprète officiel. Robert est le premier témoin appelé à la barre. Quand il voit Barth, l'accusé, il a devant lui un vieillard et peine à imaginer que cet homme ait pu être l'auteur du massacre d'Oradour. Le tribunal confirme que Heinz Barth était sous-lieutenant dans la 3e compagnie du 1er régiment de la division "Das Reich" le 10 juin 1944." 

Edit du 20 mai 2019, quelques photos d'Oradour prises le mois dernier lors de notre retour en France.

 

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05 juin 2019

Comment j'ai raté ma vie - Bertrand Santini et Bertrand Gatignol

Comment j'ai raté ma vie

  • Titre : Comment j'ai raté ma vie
  • Auteur : Bertrand Santini
  • Illustrateur : Bertrand Gatignol
  • Editions : Grasset jeunesse (première parution aux éditions Autrement en 2009)
  • Date de parution : 17 avril 2019
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 978-2-246816447

L'auteur

En quelques années, Bertrand Santini s’est imposé comme un auteur Jeunesse incontournable. Chez Grasset jeunesse, il a publié, Le Yark (lauréat de nombreux prix, traduit dans une dizaine de langues et été adapté au théâtre sur des scènes nationales), Jonas, le requin mécanique,  Hugo de la Nuit, Prix NRP de la revue des professeurs de collège, et Miss Pook et les enfants de la lune. Bertrand Santini est également auteur et illustrateur de la série à succès Le Journal de Gurty aux éditions Sarbacane. (biographie empruntée aux éditions Grasset jeunesse)

Bertrand Santini

(photo empruntée au site bedetheque.com)

L'illustrateur

Bertrand Gatignol, né le 25 août 1977, est un dessinateur de bande dessinée français. Il est également le créateur de personnages de séries TV et il illustre des albums jeunesse.

Bertrand Gatignol

Quatrième de couverture

Quatrième de couverture

Mes impressions

Un très joli, très efficace, tout petit album qui fait réfléchir.

Le contraste est permanent entre le texte et les images, il interpelle donc forcément.

Jusqu'à la moitié du livre, le narrateur raconte son enfance à l'aide de très courtes phrases. A chaque double page, une phrase, une illustration. Ainsi commence l'histoire : 

"Quand j'étais petit, j'habitais un immense château"

Voici l'illustration qui accompagne cette première phrase : 

 

J'habitais un immense château

Ainsi pendant toute la première partie de l'histoire, qui raconte l'enfance du narrateur, les illustrations semblent dire le contraire du texte (ce qui est décrit comme beau ne l'est pas sur les images). Puis, quand on bascule vers l'âge adulte, c'est l'inverse qui se produit . Les phrases deviennent de plus en plus courtes, pour n'être à la fin qu'un adjectif, assorti d'une illustration qui semble dire encore une fois tout le contraire. Ou bien la vérité ? 

Et je suis devenu stupide

"et je suis devenu stupide"

 

J'aime beaucoup ce petit album qui avec une grande simplicité pose des questions philosophiques, existentielles. On s'interroge alors sur les différences de perception entre l'enfant et l'adulte, mais aussi entre adultes, ou entre enfants, sur ce qui est vraiment important dans la vie, sur les valeurs, sur la définition du bonheur, qu'est-ce qui nous rend heureux ? Comment peut-on dire que quelque chose est bien ou n'est pas bien ? Qu'est-ce que "réussir sa vie" ? Un véritable cours de philo en somme !

Un album simple, rapide, qui peut engendrer des heures de discussions ! Des illustrations en noir et blanc, ou presque. Un doudou rouge est souvent témoin de l'histoire. A avoir absolument dans une classe !

Merci aux éditions Grasset et plus particulièrement à Valéria Vanguelov de m'avoir permis cette belle découverte !

***** 

27 mai 2019

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre

  • Titre : Au revoir là-haut
  • Auteur : Pierre Lemaitre
  • Editions : Albin Michel
  • Date de parution : 21 août 2013
  • Nombre de pages : 576
  • ISBN : 978-2-226-24967-8

L'auteur

Pierre Lemaitre, né le 19 avril 1951 à Paris, est un auteur et scénariste français. Psychologue de formation, il a consacré une grande partie de sa carrière à la formation pour adultes. Il se consacre ensuite à l'écriture, principalement de romans policiers ( Robe de marié, Alex, Sacrifices ) pour lesquels il reçoit de très nombreux prix littéraires. En 2013 il reçoit le prix Goncourt pour Au revoir là-haut. En 2018 il publie la suite, Couleurs de l'incendie. Ses romans sont traduits en plus de trente langues. En 2018, il reçoit pour Au revoir là-haut le César de la meilleure adaptation avec Albert Dupontel. 

Pierre Lemaitre

( photo empruntée aux éditions Albin Michel )

Quatrième de couverture

"Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après."

Sur les ruines du plus grand carnage du XXème siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...

Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu. 

Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants. 

Mes impressions

Quelques années après tout le monde, je découvre ce chef d'oeuvre, récompensé par le Prix Goncourt en 2013, juste avant les quatre années de commémorations des 100 ans de cette terrible guerre. Cette lecture est une lecture commune avec Blandine du blog Vivrelivre. Voici un lien vers sa chronique.

A travers deux survivants, l'auteur nous offre un tableau incroyable de justesse, de la société française après la guerre. Quelle attitude adopter vis à vis des héros? Qui sont les héros? Les morts, ou les vivants? Avec un oeil vif et un style sans pareil, Pierre Lemaître nous entraîne dans les méandres de cette période instable, où chacun doit retrouver sa place.  

L'auteur nous prend par la main et nous raconte l'histoire. Le lecteur n'est jamais laissé de côté. Tout commence sur le champ de bataille, avec cette première phrase : 

"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps." 

Nous sont alors dressés les portraits des soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt, compagnons d'infortune sur le front, à la solde du Lieutenant d'Aulnay-Pradelle. Le tout d'une façon tellement agréable à lire ! Des tournures pleines d'humour pour nous raconter assez froidement qu'Albert Maillard va mourir enterré vivant. Nous assistons alors à cette disparition, comme si nous étions dans le trou avec lui. Puis "miracle", le soldat Péricourt, tombé juste à côté, a compris qu'un des leurs était enfoui ici. Il sait qu'il y a urgence, alors malgré sa blessure à la jambe, qui le fait horriblement souffrir, il va creuser, creuser, sortir Albert puis lui redonner son souffle en s'affalant sur lui. Les deux hommes sont soudés à vie. Pour le meilleur peut-on penser. C'est alors qu'arrive sur Edouard un éclat d'obus qui va le défigurer. Ces deux-là sont soudés à vie pour le meilleur et pour le pire. 

La suite de l'histoire est tout aussi truculente. Nous assistons à la convalescence des deux compères puis à leur retour à la vie civile, rendu compliqué par le physique d'Edouard Péricourt, devenu entre temps Eugène Larivière. Car Edouard ne veut pas revoir sa famille. Et c'est pourtant cette famille que l'on apprend à connaître dans la suite du roman. Tout d'abord Madeleine Péricourt, très peinée par le "décès" de son frère, puis le père, le patriarche, Marcel Péricourt, riche banquier. 

Edouard est doué pour le dessin. Et c'est lui qui a l'idée d'imaginer des monuments aux morts et de les vendre, sur catalogue,  à un maximum de communes françaises s'apprêtant à commémorer le premier anniversaire de la fin de cette guerre en rendant hommage à leurs morts.

La suite est à la fois drôle et dramatique, j'ai oscillé tout au long de cette lecture entre le sourire et la peine. 

Dans l'épilogue, le narrateur nous donne des nouvelles de chacun, des années après. 

Je découvre Pierre Lemaitre avec Au revoir là-haut, et j'en suis ravie, cela signifie que j'ai encore beaucoup de romans de cet auteur à découvrir ! Pour commencer, je vais lire avec beaucoup de curiosité et de plaisir la suite de cette histoire, qui s'intitule Couleurs de l'incendie. 

J'ai eu la grande chance de rencontrer Pierre Lemaitre ici à Berlin, à l'occasion de la sortie en Allemagne de Die Farben des Feuers (Couleurs de l'incendie) aux éditions Klett-Cotta. La soirée était animée par le traducteur allemand de Pierre Lemaitre, Monsieur Tobias Scheffel. Un excellent moment, au cours duquel tout le public a pu constater le grand talent de conteur de l'auteur. C'est d'ailleurs lui qui lit son propre roman dans la version audio, et tant mieux ! Je pense que la maison d'édition ne pouvait faire un meilleur choix. 

 

2019-04-10 19

 

A voir également, le film Au revoir là-hautréalisé par Albert Dupontel en 2017, avec un scénario d'Albert Dupontel et Pierre Lemaître.

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Gros coup de coeur

 

p. 118 "Le gendarme avait la quarantaine satisfaite (ventre rond, presque gras, à se demander comment il était parvenu à se nourrir ainsi pendant quatre ans) et suspicieuse. Le genre d'homme qui a le sens du devoir. C'est un truc saisonnier, le sens du devoir. Par exemple, depuis l'armistice, c'était une denrée plus fréquente qu'avant."

***

p. 156 "Ce regroupement des sépultures n'excluait pas de restituer un jour à celles qui le souhaitaient le corps de leurs soldats, mais le gouvernement espérait qu'une fois constituées, ces immenses nécropoles où les héros reposeraient "auprès de leurs camarades morts au combat" calmeraient les ardeurs familiales. Et éviteraient de gréver à nouveau les finances de l'Etat par des transports individuels, sans compter les questions sanitaires, un vrai casse-tête qui coûterait les yeux de la tête alors que les caisses resteraient vides tant que l'Allemagne n'aurait pas payé ses dettes."

***

p. 161 "Elle n'était pas bête, la tête près du bonnet, comme feu sa mère, femme de caractère, pas le genre à s'emporter, à céder à la tentation. Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot. Elle avait une manière aussi efficace que discrète de les éconduire."

***

p. 306 "La seule chose qui aurait légèrement ébranlé le refus obstiné d'Albert, c'était l'argent. La fortunr que promettait Edouard. C'est vrai qu'il allait s'en dépenser des sous. Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants."

 

 

17 mai 2019

J'ai fui l'Allemagne nazie - Yaël Hassan

J'ai fui l'Allemagne nazie

  • Titre : J'ai fui l'Allemagne nazie
  • Auteur : Yaël Hassan
  • Editions : Gallimard jeunesse
  • Age : 10-14 ans
  • Date de parution : 2007 pour cette édition, réédité dans la collection Folio Junior Mon Histoire le 20 août 2015 
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 978-2-07-061195-9

L'auteur

Yaël Hassan, née en 1952 à Paris, est une auteure jeunesse talentueuse. Elle a déjà écrit (pour le moment !) plus de 50 ouvrages. Son terrain de prédilection, c'est la vie, la différence, l'histoire. Pour plus de d'informations sur son oeuvre, je vous invite à consulter sa biblographie directement sur son site.

Yaël Hassan

( Clic sur la photo pour accéder au site de Yaël Hassan )

Quatrième de couverture


Partage le journal d'Ilse, et vis avec elle la bouleversante histoire d'une jeune fille juive en exil.

" Berlin, avril 1939. Ce que j'ai à t'annoncer est si incroyable, si romanesque aussi ! Si tout va bien, nous partirons bientôt pour La Havane, capitale de Cuba ! Hitler est devenu fou. Il a donné sa bénédiction à la décision de Goebbels de laisser les Juifs quitter librement l'Allemagne en échange de tous leurs biens ! Un premier bateau emportant avec lui un millier de Juifs partira prochainement. Je ne peux y croire ! La partie est loin d'être gagnée, je le sais. Mais au moins nous avons repris espoir."

Mes impressions

Ce roman jeunesse nous raconte, à travers les mots que la jeune berlinoise Ilse écrit dans son journal intime, l'épopée du paquebot S.S. Saint Louis, qui appareilla du port d'Hambourg le 13 mai 1939 avec à son bord 963 Juifs allemands.

La jeune Ilse, 13 ans, commence la rédaction de son journal le 15 novembre 1938, soit une semaine après les événements de la nuit de cristal, nuit au cours de laquelle les commerces appartenant aux juifs, les synagogues et habitations ont été saccagés à Berlin et partout en Allemagne. Ilse, qui espérait confier ses joies et son insouciance à ce journal tout neuf, déplore de n'avoir à y consigner que ses angoisses grandissantes. Dès le lendemain, elle est renvoyée de l'école avec une autre amie juive. Et les privations ne font que commencer.

p.11 "Qu'allons-nous devenir ? Beaucoup de Juifs quittent l'Allemagne. Moi, je suis née à Berlin, je suis et reste allemande même si les nazis ont cru bon de nous délester de notre nationalité. Je suis allemande, qu'ils le veuillent ou non ! La preuve, je parle allemand, je rêve en allemand, je pense en allemand, je vis en allemand, et maintenant je pleure tellement en allemand ! Comment peut-on dépouiller quelqu'un de son être profond par une simple loi ? Que suis-je désormais, sinon ? Sans identité, sans nationalité, comment allons-nous vivre ?"

De plus en plus de familles juives quittent l'Allemagne pour les Etats-Unis ou le Canada. Les parents d'Ilse évoquent cette possibilité mais ne peuvent s'y résoudre dans un premier temps. Ils se soucient pour les grands-parents, qui ne pourraient les suivre. La tante paternelle d'Ilse, elle, est déjà en Angleterre avec son mari et ses enfants. 

Peu à peu la situation se dégrade, les grands-parents d'Ilse vont convaincre leur fils et sa famille de fuir tant qu'il en est encore temps. Ils vont eux choisir leur propre façon de fuir, en se suicidant, ce que font à ce moment-là de nombreux Juifs. En témoignent encore aujourd'hui les inscriptions sur les Stolpersteine, pavés de la mémoire, visibles dans les rues de Berlin : "Flucht in den Tod" est une façon d'écrire que la personne a "fui par la mort", s'est suicidée.

Ce que j'ai aimé dans ce roman, c'est que tout en racontant la mésaventure du S.S. Saint Louis, il donne une vision plus élargie de la situation des Juifs en Allemagne à cette époque. Beaucoup de sujets y sont évoqués, comme par exemple ces personnes qui décidèrent de se suicider, ou bien les autodafés du 10 mai 1933, mais aussi les jeunesses hitlériennes auxquelles tout jeune allemand se devait d'appartenir, quelle que soit son opinion (qu'il ne valait d'ailleurs mieux pas donner). Ainsi le voisin d'Ilse, Gerhard, lui confiera :

p.32 "- Oui, j'ai honte de ce qui est en train de se passer dans notre pays ! m'a-t-il affirmé l'autre soir.

          - Dans ton pays, ai-je rectifié. Ce n'est plus mon pays. 

          - Je suis désolé pour toi, Ilse, vraiment.

          - Pourquoi portes-tu cet uniforme, alors ?

         - Pour avoir la paix ! m'a-t-il avoué en rougissant. C'était le seul mayen pour qu'ils cessent de me harceler, tu comprends ? Mais je te jure que je n'en ai rien à faire de leur doctrine. Moi, j'aime les bouquins, la musique, la poésie... Le reste, je m'en fiche. Sache que tous les Allemands ne sont pas des nazis."

La famille vit au rythme des nombreuses interdictions qui sont infligées aux Juifs. Un jour d'avril 1939, ils entendent parler d'un bateau qui partira de Hambourg pour La Havane, le samedi 13 mai. In extremis, le père d'Ilse obtient trois billets. 

Vient alors le temps des adieux, à cette ville, aux voisins et amis. L'au-revoir à Gerhard est l'occasion de citer une belle référence littéraire (c'est aussi ce que j'ai aimé dans ce livre) :

p.42 "C'était la première fois que nous nous voyions de si près. Il faisait si grand, soudain !

         - Tiens, c'est pour toi ! m'a-t-il dit.

         - Qu'est-ce que c'est ?

         - Mon cahier de poésies. J'aime recopier mes poèmes favoris...

         - Mais pourquoi me le donnes-tu ?

         - En souvenir de moi, de l'Allemagne... Tu y trouveras de nombreux textes de Heine. Heinrich Heine... Tu connais ?

         - Quel Allemand ne connaît pas Heine ? Il était juif, tu sais ?

         - Je sais. Mais il s'était converti...

         - Par obligation ! Sinon, il se serait heurté à toutes les limitations imposées aux Juifs dans les universités allemandes...

         - Ce qui n'a pas empêché qu'on brûle ses livres... Puis il a cité Heine : 

         - "Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes."

En mai 1939, c'est le grand départ pour Hambourg, dans un mélange de soulagement et d'euphorie. Le S.S. Saint Louis quitte le port, fait une escale à Cherbourg pour prendre quelques passagers supplémentaires, puis commence sa traversée de l'Atlantique. A l'arrivée à La Havane, c'est le désenchantement. La gouvernement cubain ne veut pas de ces Juifs. Pas plus que les Etats-Unis ou le Canada. 

p.94 "Hitler et Goebbels se seront certainement frotté les mains en constatant que le monde entier refusait de nous venir en aide."

Le paquebot devra rebrousser chemin, revenir vers l'Europe. Je ne raconte pas la fin, je vous laisse la découvrir dans l'excellent roman de Yaël Hassan. Une histoire qui n'est pas sans rappeler quelques récents épisodes. 

Ce roman, comme tous les romans racontant l'Holocauste, me semble indispensable dans une bibliothèque jeunesse aujourd'hui. Parce que peu à peu les témoins directs disparaissent, pour que leurs témoignages ne tombent pas dans l'oubli, et pour que l'histoire ne se reproduise pas. Je vais d'ailleurs établir une liste d'ouvrages jeunesse sur ce sujet dans un nouvel onglet sur le blog. 

A la fin du livre se trouve un chapitre "Pour aller plus loin", qui explique "La vie en Allemagne nazie". Suivent "Quelques dates", allant de 1925, année de la publication de Mein Kampf par Adolf Hitler, à octobre 1945, date de l'ouverture du procès de Nuremberg, en passant par le 20 janvier 1942, date de la conférence de Wannsee. Enfin, l'auteure donne des pistes de lectures sur ce sujet, ainsi que des titres de films à voir, avec en tête La liste de Schindler. Le capitaine du S.S. Saint Louis, Gustav Schröder, reçut la médaille de Juste parmi les nations à titre posthume en 1993, tout comme Oskar Schindler.

Une nouvelle édition de ce livre a été publiée en 2015, mais j'aime beaucoup la couverture de la plus ancienne (la mienne). 

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Bibliothèque engloutie Berlin

 

La bibliothèque engloutie, mémorial situé au milieu de la Bebel Platz à Berlin, lieu où se sont déroulés les autodafés du 10 mai 1933. Des étagères vides symbolisent tous les livres brülés. A côté, la phrase de Heinrich Heine (ci-dessous) "Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes."

 

Mémorial Bebelplatz

 

"Au centre de cette place, le 10 mai 1933, des étudiants national-socialistes ont brûlé les oeuvres de centaines d'écrivains libres, de publicistes, de philosophes et de scientifiques."

Mémorial de l'holocauste Berlin

Mémorial de l'Holocauste à Berlin, près de la porte de Brandebourg.

Flucht in den Tod

Stolperstein indiquant par "Flucht in den Tod" que cette personne a "préféré" mourir plutôt que d'être déportée. 

 

02 mai 2019

Jeanne Hébuterne un souffle éphémère - Nadine Van der Straeten

Jeanne Hébuterne - Un souffle éphémère 

  • Titre : Jeanne Hébuterne un souffle éphémère
  • Auteure - illustratrice : Nadine Van der Straeten
  • Editions : Tartamudo
  • Date de parution : 14 septembre 2017
  • Nombre de pages : 136
  • ISBN : 978-2910867560 

L'auteure

Nadine Van der Straeten est dessinatrice et illustratrice depuis plus de vingt ans. Elle est auteure de  bandes dessinées. Elle écrit également des ouvrages pour la jeunesse et illustre des pochettes de disques. 

Nadine Van der Straeten

( Photo empruntée aux éditions Rageot )

Présentation de l'éditeur

Beaucoup connaissent l'artiste singulier que fut Amedeo Modigliani, dont l'oeuvre est désormais universelle. Quelques uns ont entendu parler de Jeanne Hébuterne, sa dernière compagne ... JEANNE HEBUTERNE, celle qui a silencieusement glissé ses 19 ans dans le fond de la scène, en arrière plan, comme pour s'excuser d'être là. Voici son histoire ...

Mes impressions

La toute première exposition d'Amedeo Modigliani que j'ai eu la chance de voir, c'était il y a dix ans, le 13 mai 2009, à Bonn où je vivais alors. L'exposition, au Museumsmeile, s'intitulait "Modigliani ein Mythos der Moderne".

 

Modigliani, ein Mythos der Moderne

 

Jeanne Hébuterne, sitzend

C'est ce jour-là que j'ai découvert l'existence de Jeanne Hébuterne - de nombreux tableaux la représentaient - et que j'ai commencé à m'intéresser à son histoire. Quel destin tragique. J'ai alors lu le livre Modigliani une biographie, écrit par leur fille, Jeanne Modigliani. Et puis le temps a passé, mais mon intérêt pour cette artiste ne s'est pas tari, même si je n'ai pas (encore) eu l'occasion de lire le roman d'Olivia Elkaim Je suis Jeanne Hébuterne, dont il a beaucoup été question lors de sa sortie. 

Au hasard de mes recherches, j'ai eu connaissance de l'existence de cette bande dessinée de Nadine Van der Straeten, Jeanne Hébuterne un souffle éphémère. Je remercie les éditions Tartamudo et plus particulièrement José Jover, de m'avoir permis de découvrir cette pépite. 

Tout d'abord, les dessins y sont d'une finesse incroyable. L'auteure a su allier efficacité et sensibilité. L'histoire, forcément, elle ne l'a pas inventée. Mais elle lui donne une orientation peut-être différente de ce à quoi nous sommes habitués. Elle a su redonner à Jeanne Hébuterne la place qui était la sienne (une très jeune femme déterminée mais éperdument amoureuse, une artiste en devenir) et à Modigliani une certaine élégance. Dès le départ, le ton est donné. L'image de la couverture, la seule en couleurs, nous montre Jeanne Hébuterne de face, dans la lumière, en train de poser pour Modigliani, qui lui est de dos, dans l'ombre. Elle écrit à la fin de l'ouvrage : "Bien que les anecdotes et les citations rapportées ici soient pour la plupart authentiques, ce roman graphique ne se veut autre qu'une portion de vie, avec ses flous, ses points forts, ses troubles et ses interrogations..." 

 

Jeanne déguisée

Nous retrouvons en lisant cette BD l'histoire que nous connaissons, mais cette fois-ci c'est Jeanne Hébuterne qui nous la raconte.

 

Jeanne Hébuterne extrait 1

 

Elle nous prend par la main et nous entraîne dans sa folle aventure avec Modi. Tout d'abord la rencontre, à la Coupole. Puis l'attirance, les mensonges aux parents, la passion, et le temps des disputes, de l'incompréhension. En 7 chapitres, nous les suivons de Montparnasse à Nice, où va naître leur fille Jeanne, puis retour à Paris où l'histoire se finit mal.

Les amis sont tous là, Fujita, Maurice Utrillo, Léopold Zborowski le marchand de Modigliani, Chaïm Soutine, Paul Guillaume, marchand et collectionneur d'art... ces mêmes visages que l'on retrouve dans les portraits peints par Modigliani et par Jeanne Hébuterne, très reconnaissables tout au long de la BD. La poésie y a aussi une grande place, Baudelaire notamment.

Le dessin, le scénario, les différents découpages rendent la lecture captivante. Cette biographie est pour moi un énorme coup de coeur. Nadine Van der Straeten, en prenant le parti de dessiner en noir et blanc cette histoire d'artistes peintres "haute en couleurs", apporte un contraste intéressant, et va ainsi à l'essentiel. Un très bel hommage à "Jeannette", qui n'avait que 21 ans quand elle a choisi de suivre définitivement Modigliani.

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Enorme coup de coeur 

Jeanne Hébuterne extrait

 

12 avril 2019

Magasin Général - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

Magasin général - Loisel et Tripp

  • Titre : Magasin Général
  • Auteurs (scénario, dialogues et dessins) : Régis Loisel et Jean-Louis Tripp
  • Couleurs : François Lapierre
  • Adaptation des dialogues en québécois : Jimmy Beaulieu
  • Editions : Casterman
  • Dates de parution : 1. Marie, mars 2006. 2. Serge, octobre 2006. 3. Les hommes, novembre 2007. 4. Confessions, novembre 2008. 5. Montréal, novembre 2009. 6. Ernest Latulippe, novembre 2010. 7. Charleston, novembre 2011. 8. Les femmes, novembre 2012. 9. Notre Dame des Lacs, octobre 2014.
  • Nombre de pages : env. 80 pages par album, 128 pour le dernier. 

Les auteurs

Régis Loisel

Régis Loisel est né le 4 décembre 1951 à Saint-Maixent, dans le département des Deux-Sèvres. Enfant, il aime déjà beaucoup dessiner des personnages de Disney. En 1972 il s'installe à Paris et commence à voir ses premières planches publiées dans des magazines tels que Les Pieds Nickelés, Pilote, Mormoil, Pif Gadget ... En 1980 il quitte Paris pour s'installer à Perros-Guirec en Bretagne. Avec Serge Le Tendre, il publie chez Dargaud La Quête de l'Oiseau du Temps, série prépubliée dans Charlie Mensuel entre 1982 et 1987. Vers la fin des années 1990 il se lance dans l'écriture de scénarios pour d'autres auteurs. Ces dernières années, Loisel a eu la chance de réaliser son rêve d'enfance en travaillant sur deux dessins animés de Disney, Mulan et Atlantis. Après plusieurs années passées en Bretagne, puis à Loches (près de Tours), Régis Loisel vit désormais à Montréal. ( Source : le site de l'artiste, que je vous invite fortement à aller consulter pour plus de détails sur sa biographie. )

Régis Loisel 

( Clic sur la photo pour accéder au site officiel de Régis Loisel )

Jean-Louis Tripp

Jean-Louis Tripp, né le 4 février 1958 à Montauban, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, mais aussi un sculpteur et peintre français. Il publie ses premières planches dans Métal hurlant  en 1977. Son premier album, Le boeuf n'était pas mode paraît en 1978. En 1989 il interrompt sa production de bande dessinée pour se consacrer à la sculpture et à la peinture. Il revient ensuite au dessin par le biais de livres pour enfants (Le Trône, Freddo Mercurio ). En 2006, il cosigne Magasin Général avec Régis Loisel aux éditions Casterman. ( Source : site des éditions Casterman)

Jean-Louis Tripp

Présentation de l'éditeur

Loisel et Tripp ont concocté ensemble, avec une gourmandise très communicative, une chronique énergétique et très humaine, peuplée de personnages intenses et savoureux. Leur attachement partagé pour le Québec – Loisel y réside, Tripp y a enseigné - a servi de moteur à cette histoire truculente, qui ne ressemble à rien de ce que l’un ou l’autre a publié auparavant. Fondée sur la complémentarité de leurs savoir-faire, leur collaboration porte autant sur le texte que sur le dessin, et se nourrit du meilleur de leurs talents respectifs. 

- Ben voyons, Marie, tout le monde profite de toi, et puis on dirait que tu le vois pas... - Faut bien rendre service, Jacinthe... Je l'ai toujours fait. - Oui, mais avant, c'était Félix qui s'occupait du magasin ! - Je sais bien, ma petite Jacinthe... Je sais, mais j'ai toujours été comme ça...

Une comédie truculente dans la campagne québécoise des années 20. Réalisant ensemble le scénario aussi bien que le dessin, Loisel et Tripp ont conjugué leurs talents pour donner naissance à un auteur virtuel.

Mes impressions

Je viens de découvrir les six premiers tomes de cette série Magasin Général, et quel bonheur ! Cette lecture a été un pur moment de détente, à la découverte de tous les personnages vivant dans ce petit village de Notre Dame des Lacs. On y retrouve l'accent québécois ainsi que les expressions que j'affectionne tant. Le québécois a été ici adapté afin de permettre la compréhension du plus grand nombre. Les dessins, qui sont le résultat du travail des deux auteurs, donnent l'impression d'être vivants. J'ai presque le sentiment en refermant le sixième album que j'ai regardé un dessin animé. 

Dans ce petit village du Québec, le magasin général est tenu par Félix et Marie. Au début du Tome 1 Félix vient de mourir (mais il jouera un rôle important tout au long de l'histoire, où il intervient en "voix off", ce qui parfois apporte un peu de comique ou bien de la tendresse, de la mélancolie, selon les moments.) Marie, tout juste veuve, se fait un honneur de continuer à gérer son magasin de mains de maître. Ce magasin est le lieu de rencontre, de survie de toute la population du village et des hameaux alentours.

 

Paroisse de Notre-Dame-Des-Lacs

Nous y retrouvons la famille Roberge , la famille Gadbout, Louise Laflamme et Jacinthe Tremblay, mais aussi Noël Paulin, qui vit au Moulin à scie, les frères Latulippe, la famille Omelette... sans oublier les trois belles-soeurs, veuves, qui vivent ensemble, véritables grenouilles de bénitier et donneuses de leçons, le nouveau curé qui vient de prendre ses fonctions et apprend à connaître ses paroissiens en même temps que le lecteur, Gaétan, un peu simplet, que Marie va prendre sous son aile. Parmi les personnages, on retrouve aussi Isaac, une gueule cassée, qui est allé se battre en Europe et en est revenu défiguré et aveugle. Un beau jour arrive à moto un inconnu. Qui n'a presque pas l'accent québécois. Serge. Il s'installe chez Marie, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça fait jaser au village !

Magasin Général est une série bien emmenée, servie par des dessins de qualité et très agréables, où se mèlent savamment humour et sentiments. L'histoire, qui se passe au Québec dans les années 1920, pourrait très bien être celle d'un village français à la même époque. Nous y retrouverions le même genre de personnages, mais probablement moins truculents. Le Québec apporte une note savoureuse à cette oeuvre, et cet accent qui vient vous chatouiller agréablement les oreilles lui donne une autre dimension. La nature luxuriante du Québec est un personnage à part entière dans cette BD. Ses grandes forêts et ses rivières façonnent un décor de rêve qui peut parfois s'avérer hostile, c'est ce qui en fait tout le charme.  

Une très belle collaboration, et je suis ravie, il m'en reste trois à lire !

C'est chez Moé

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Coup de coeur