Etre ici est une splendeur - La vie de Paula M

  • Titre : Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker
  • Auteur : Marie Darrieussecq
  • Editions : P.O.L.
  • Date de parution : 17 mars 2016
  • Nombre de pages : 160
  • ISBN : 978-2-8180-3906-9

L'auteur

Marie Darrieussecq, née le 3 janvier 1969 à Bayonne est une auteure française. Truismes, son premier roman, paru en 1996 a rencontré un grand succès et a été traduit dans une trentaine de langues.

Marie Darrieussecq

 

Quatrième de couverture

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

Mes impressions

 Marie Darrieussecq rencontre Paula Modersohn Becker au hasard d'un courrier qu'elle reçoit l'invitant à une conférence. L'illustration, en tout petit, est un tableau représentant une femme nue, allongée sur le côté, allaitant son nouveau-né.

Commence alors une quête, une enquête sur les traces de cette artiste peintre née en 1876 à Dresde, qui déménagera à Brême avec ses parents puis ira apprendre la peinture à Worpswede, où elle rencontrera son futur mari, le peintre Otto Modersohn.

Au cours de sa courte vie Paula Modersohn Becker fait plusieurs séjours à Paris, où elle aime vivre et peindre. Elle y côtoie son ami Rainer Maria Rilke, qui a épousé son autre amie Clara Westhoff, elle-même élève de Rodin. A ce moment-là, Rilke est le secrétaire de Rodin.

J'ai beaucoup aimé découvrir la vie et l'oeuvre de Paula Modersohn Becker, je me suis parfois perdue, j'ai aimé que l'auteure se livre de temps en temps, nous dévoilant certains moments de son enquête (un peu comme l'a fait David Foenkinos pour Charlotte). Ce livre se lit vite, de même que Paula a vite vécu sa vie, comme si elle savait que son temps était compté. A l'instar de Charlotte Salomon, elle a eu une courte vie et elle a laissé une grande quantité d'oeuvres. J'aurais apprécié que ce livre soit illustré, peut-être le serat-t-il dans une prochaine édition?

Paula Modersohn Becker est la première femme à avoir réalisé des autoportraits nus, puis enceinte.

PMB nue

p.122 "Est-ce parce que les modèles coûtent cher? Est-ce délibéré? Cette femme saine, sportive, jolie, ronde, nudiste, allemande, aimait son corps. Se peindre nue : ce geste-là. Nul narcissisme : du travail. Tout est à faire. D'après miroir ou photo. Tout est à trouver. Je ne sais pas si elle a conscience de ça : d'être la première. En tout cas, nue, elle a toujours l'air joyeuse."

Paula MB

p.78 "Paula a laissé tomber la perspective. Elsbeth est à plat sur la plaine. Elle est haute exactement comme la digitale. Les poules sont devant son torse. L'herbe, le bois et le ciel font trois bandes de couleur. Les pieds sont dans les racines. Le visage incliné est un infini vers l'enfance. La robe explose de blancheur. Aucune ombre. Comment a fait Paula pour donner à ces petites joues, à ces petits bras, le relief doux et rond absent du reste de la toile? Elle a mis vingt-sept ans - elle a mis toute la vie."

PMB Clara Westhoff

p.96 "Et Clara est revenue à Worpswede. Elle reste, malgré tout, la meilleure amie de Paula. Qui la peint, en robe blanche, une rose à la main, la tête un peu renversée, grave. Une pause paula-beckerienne, solennelle sans emphase, et sérieuse, et pleine, et belle."

Paula MB1  

 

Pour accompagner son livre, Marie Darrieussecq a participé à l'organisation de l'exposition "Paula Modersohn Becker l'intensité d'un regard" (prenez le temps de regarder les deux vidéos de présentation de l'expo) au Musée d'Art Moderne de Paris, du 8 avril au 21 août 2016. Paula Modersohn ENFIN exposée à Paris et reconnue par cette ville qu'elle a tant aimée.

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir cette belle exposition...certaines et certains d'entre vous l'ont elles (ils) vue? 

Si je ne suis pas allée à Paris, j'ai vu (et adoré) le film qui est sorti en décembre 2016 en Allemagne et qui s'intitule 

"Paula - mein Leben soll ein Fest sein"

 

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(Clic sur l'affiche pour voir la bande annonce)

 

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Autres liens

Voici pour celles et ceux que ça intéresse la vie de Paula Modersohn-Becker en deux courtes vidéos 

Paula Modersohn-Becker. Geschichte einer Malerin (première partie)

Paula Modersohn Becker in Paris (deuxième partie)

 

Musée "la maison de Paula Modersohn-Becker" à Worpswede

Musée Otto Modersohn à Fischerhude. 

 

PMB Photo

 

Extraits

p.12 "Et si seulement l'amour veut bien éclore pour moi, avant que je m'en aille ; et si je peux peindre trois bons tableaux, alors je m'en irai contente, des fleurs dans les cheveux"

p.19 "Camille Claudel fut élève à Colarossi, et Jeanne Hébuterne, l'amante de modigliani, s'y inscrira aussi."

p.53 "Paula, ses trognes et ses nombreux chapeaux : jusqu'à elle, tout allait bien en Allemagne. Oui, en 1900, pour Heinrich, Martha, Fritz, Otto et les autres, en Allemagne tout va bien. Paula est née et morte dans une Allemagne innocente. Un pays "grand, simple et noble", comme l'écrit Rilke au couple Modersohn pour ses voeux."

p. 60 "En mai 1901, pour leur voyage de noces, Otto et Paula font un tour de l'Allemagne. Berlin. Dresde. Un saut à Prague. Une excursion dans les Sudètes, chez leur ami Carl Hauptmann. Ils trouvent Schreiberhau trop touristique (aujourd'hui Szklarska Poreba, populaire station de ski polonaise). Ils grimpent au Schneegrubenbaude dans les monts des Géants (aujourd'hui Sniezne Kotly à la frontière tchéco-polonaise). L'Elbe prend sa source ici. C'est l'Allemagne d'avant le traité de Versailles, la très grande Allemagne impériale.

p. 86 "Autour de la maison elle a planté des rosiers, des tulipes, des oeillets, des anémones. Elle arrose, désherbe, a les ongles noirs. Elle trace dans le jardin des bordures et des sentiers, sème des parterres touffus, imagine des coins retirés avec des petits bancs. Les fleurs fragiles, elle les tuteure avec des chiffons de couleur. Elle a rapporté de Meudon le goût du vert en désordre, ne veut pas d'un jardin allemand. Elle installe même des pergolas, qu'elle décrit à sa tante Marie comme extravagantes, une sous un grand sureau, une autre sous un bouquet de bouleaux, une autre qui portera des courges... Au centre du jardin, elle place un grand globe de verre, qu'on retrouve dans certains de ses tableaux, étrange et féérique."

p. 87 "L'été 1904, ils le passent à Fischerhude, à une quinzaine de kilomètres de chez eux. C'est un autre village d'artistes, plus plat que Worpswede, et devenu presque aussi touristique ; s'y trouve aujourd'hui le musée Otto-Modersohn. L'auberge où ils descendent existe toujours, devenue un hôtel chic. Avec eux sont les Vogeler, et une soeur de Paula, Milly et son mari. Parties de canot, bains dans les rivières, danses à la Isadora Duncan ; Otto joue de la flûte. Et nudisme. Petit déjeuner au naturel au bord de l'eau - sans Mme Vogeler, précise Otto dans son journal. "

p.103 "Paula quitte la rue Cassette, trop chère, et trouve un atelier au 14, avenue du Maine. Il existe toujours, dans ce quartier pourtant très rebâti qu'est Montparnasse. Rilke n'a pas pu s'occuper de lui trouver des meubles, d'ailleurs il a déjà quitté Paris, dans un de ces mouvements rapides dont il est coutumier."

p.107 "Rilke rentre fin mars d'un voyage avec Rodin dont il est toujours le secrétaire. Paula et lui assistent, avec une foule d'admirateurs, au dévoilement du Penseur devant le Panthéon. Mais le 10 mai, suite à un malentendu, Rodin renvoie Rilke comme un "domestique voleur". Chassé de Meudon, démuni et blessé, le poète se réfugie à l'habituelle adresse du 29, rue Cassette."

p.138 "Un an exactement après la mort de Paula, à la Toussaint 1908, Rilke, à Paris, trois nuits hantées, écrit le Requiem pour une amie. Il est à l'Hôtel Biron, 77, rue de Varenne, un lieu repéré par Clara et qui deviendra le musée Rodin."