Le libraire de Wigtown

  • Titre : Le Libraire de Wigtown
  • Auteur : Shaun Bythell
  • Traductrice : Séverine Weiss
  • Editions : Autrement
  • Date de parution : 04 avril 2018
  • Nombre de pages : 408
  • ISBN : 978-2-7467-4677-0

L'auteur

En 2001, Shaun Bythell rachète la librairie de Wigtown, une petite ville du sud-ouest de l'Ecosse dont il est originaire. Il n'a alors aucune expérience dans le commerce des livres. Grâce à des efforts continus, The Book Shop est désormais la plus importante librairie de livres d'occasion de toute l'Ecosse. 

Membre fondateur du Wigtown Book Festival qui attire désormais des milliers de visiteurs, il est à l'origine de nombreuses initiatives en faveur de la promotion de la lecture. Il adore pêcher et faire du vélo. Surtout pour se rendre au pub.

Le Libraire de Wigtown est son premier livre.

Shaun Bythell

( Clic sur la photo pour accéder au site de la Librairie de Wigtown, The Bookshop )

Quatrième de couverture

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église... et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite...

Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.

Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint !

Mes impressions

 Ce livre nous permet de suivre la vie d'un libraire à travers son journal, rédigé quotidiennement sur une année, de février 2014 à février 2015. Son idée première était de consigner quelques anecdotes concernant son métier, puis finalement il a trouvé plus simple d'organiser ses notes comme un journal. Certains jours sont remplis d'informations, d'autres non, c'est ce qui fait aussi le charme de l'ouvrage. Chaque jour commence de la même façon, avec la date, le nombre de commandes en ligne, et le nombre de livres (de la commande) trouvés. A la fin de la journée, Shaun Bythell note le montant dans la caisse et le nombre de clients. 

J'ai eu du mal au départ à "rentrer" dans le livre, j'avais peu de temps et ma lecture était irrégulière, alors que sur la fin, c'était devenu une addiction ! Shaun Bythell, que l'on pourrait décrire comme étant un ours mal léché, n'épargne pas ses clients, ni ses employés d'ailleurs ! La "pauvre Nicky", son assistante, est un peu son bouc émissaire, ce qui rend parfois certaines situations assez comiques. 

Le récit est direct, simple mais efficace, l'humour british est parfois décapant, et il en ressort comme une impression d'avoir séjourné un temps dans cette librairie mythique avec tous les protagonistes. Dans tous les cas, j'ai très envie lors d'un prochain voyage en Ecosse, d'aller découvrir cette caverne d'Ali Baba ! N'hésitez pas à aller cliquer sur la dernière image pour voir une vidéo de cette librairie magique !

 

 

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Coup de coeur 

 

p. 18 "C'est l'un des sujets de discussion préférés de Nicky, et il n'est pas rare de retrouver des exemplaires de l'Origine des espèces au rayon Fiction, placés là de sa main. Je me venge en rangeant des volumes de la Bible (qu'elle considère comme un texte historique) au milieu des romans."

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p.89 "Beaucoup de libraires se spécialisent. Pas moi. La boutique a autant de domaines et d'ouvrages qu'elle peut en contenir, et j'ai toujours l'espoir que chacun y trouvera son compte. Que quelqu'un achète une romance Harlequin pour 2,50£ ou un vieux livre de poche de l'Ethique de Spinoza pour la même somme n'a aucune espèce d'importance. Chacun tirera, je l'espère, un égal plaisir de sa lecture. Malheureusement, malgré les cent mille titres de mon stock, nombre de visiteurs s'en vont les mains vides."

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p. 108 "Je suis presque sûr que le Décaméron en deux volumes faisait partie des rares biens qu'il avait apportés avec lui d'Italie ; et je me demande pendant combien de temps ce livre est passé d'une génération à une autre avant de finir dans cet héritage, au milieu de cet appartement humide de New Cumnock, sans personne pour prendre le relais."

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p. 171 "Tous les libraires vous le diront : même quand on possède cent mille livres soigneusement triés et rangés sur les étagères d'une boutique chaude et lumineuse, il suffit qu'un carton soit posé dans un coin froid et mal éclairé pour que les clients se précipitent dessus et commencent à fouiller à l'intérieur."

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p. 230 "Alors que je rangeais les étagères de la pièce consacrée à la nature, j'ai trouvé l'Odysée au rayon Pêche. Je n'ai pas encore interrogé Nicky à ce sujet, mais sa réponse sera probablement la suivante : "Ils étaient bien sur un bateau pendant un petit moment. A ton avis, qu'est-ce qu'ils ont mangé ? Eh bien oui. Du poisson."

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p. 241 "Une lueur d'espoir s'allume en moi quand je vois un enfant en train de lire, tellement absorbé par son ouvrage qu'il en oublie le monde qui l'entoure."

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p. 324 "En tentant d'accrocher une publicité pour le Club du livre aléatoire sur l'un des murs de la boutique, j'ai constaté que l'agrafeuse ne fonctionnait pas. Je l'ai donc testée sur ma main : elle a parfaitement fonctionné."

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p.354 "Mais l'énigme la plus intéressante, c'est peut-être bien celle-ci : ne pas savoir qui a touché tous les ouvrages sans dédicace ni signature atterrissant dans la boutique, et quelle peut bien être leur histoire secrète."

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p. 369 "J'étais au travail à 9 heures. A 14 heures, la porte n'avait été ouverte qu'à trois reprises. La première fois par Katie, la factrice ; la deuxième fois par mon père, venu m'apporter un journal ; et la troisième par une rafale de vent, cinq minutes après le passage de mon père, qui avait mal fermé la porte."

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p. 397 "Dans l'après-midi, l'équipe de tournage est arrivée pour le documentaire consacré à Ishi. La boutique est restée plongée dans un silence de mort toute la journée, jusqu'à ce que l'équipe commence à filmer - moment qu'ont choisi les clients pour envahir les lieux et se prendre les pieds dans les câbles. Un vieil homme de haute taille, en complet noir froissé, s'est montré particulièrement casse-pieds avant de partir s'installer devant le feu. En passant devant lui pour aller ranger un ouvrage au rayon Poésie, j'ai remarqué qu'il avait retiré son dentier et l'avait posé sur un exemplaire de l'autobiographie de Tony Blair traînant sur la table. [...] Quand le vieil homme en complet froissé s'est dirigé vers moi pour acheter L'Idiot de Dostoïevski, je lui ai discrètement signalé que sa braguette était ouverte. Il a rapidement baissé les yeux - comme pour obtenir confirmation de ce que je venais de dire - puis a relevé la tête et m'a rétorqué : "Un oiseau mort ne peut pas tomber de son nid" avant de quitter la boutique, la braguette toujours ouverte."

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Voici une vidéo qui permet de visualiser les lieux. Si parfois on a tendance à ne pas vouloir "polluer son imagination" avec de vraies images, là, je conseille aux lecteurs de ne pas hésiter, cette librairie est tellement extraordinaire que la réalité dépasse l'imagination. Nous sommes bien dans un lieu qui fait rêver les amoureux des livres, si l'on excepte les quelques désagréments cités dans le journal de Shaun Bythell (températures glaciales l'hiver, difficultés de stockage des nombreux livres qui arrivent quotidiennement, mal de dos...)

Un grand merci aux éditions autrement pour cette jolie découverte !

Le libraire de Wigtown