Bérézina

  • Titre : Berezina
  • Auteur : Sylvain Tesson
  • Editions : Editions Guérin, collection Démarches (Chamonix)
  • Date de parution :  février 2015
  • Nombre de pages : 196
  • ISBN : 978-2-35221-089-4

 L'auteur

 

Sylvain Tesson

 

Sylvain Tesson, né le 26 avril 1972 à Paris, est un écrivain et voyageur français.

 

Quatrième de couverture

" Un vrai voyage, c'est quoi?

- Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le myhthe ; une dérive, un délire quoi, traversé d'Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous alissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d'un fossé. Dans la fièvre...

- Ah? fit-il.

- Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.

- Pas possible! dit Cras.

- Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon?"

 

Sylvain Tesson embarque l'Empereur dans son side-car pour une épopée carnavalesque et réjouissante.

Entraîné dans une effraction du temps, le lecteur enjambe les siècles avec jubilation.

 

Mes impressions

Je souhaitais lire ce livre depuis sa sortie (janvier 2015), j'en attendais beaucoup, d'une part parce qu'une telle aventure attisait ma curiosité, d'autre part pour l'intérêt que je porte à l'histoire. Je ne suis pourtant pas forcément une adepte des récits de voyages, mais celui-ci me semblait être une occasion de rendre l'Histoire "vivante", et ça j'adore. Un bel hommage aux soldats de Napoléon.

Très rapidement, nous voilà donc embarqués avec Sylvain Tesson et ses compagnons, à bord de side-cars Oural (Ural) au départ de Moscou, pour rallier Paris sur les traces de la Grande Armée lors de la Retraite de Russie, et ce, 200 ans après, presque jour pour jour. Les protagonistes de notre histoire prennent en effet le départ avec deux mois de retard sur le calendrier.

Avant le début du récit se trouvent deux cartes, l'une représentant la Campagne de Russie (1812), l'autre représentant le voyage de l'auteur (2012). J'ai apprécié ces cartes, pour m'y être assez souvent référée.

L'ouvrage est composé de 15 chapitres, les 13 derniers représentant chacun une étape du voyage (étapes que l'on retrouve sur la carte)

Dans cette épopée, l'auteur a embarqué avec lui Cédric Gras (écrivain voyageur), Thomas Goisque (photographe) ainsi que deux amis russes, Vitaly et Vassili. 

Tout au long du voyage, le lecteur est entraîné dans des allers-retours entre le moment présent et l'Histoire, la Retraite. Il m'a semblé intéressant que chacun des trois aventuriers ait ses propres références, ses propres lectures préalables au départ. Ainsi Cédric Gras a lu les mémoires de barons d'Empire et d'officiers, Thomas Goisque, lui, a préféré les mémoires des hommes du rang ou sous-officiers comme le sergent Bourgogne et Sylvain Tesson se réfère à Armand de Caulaincourt, Grand Ecuyer de Napoléon. Tout en progressant dans leur itinéraire, les trois compères entament des discussions sur ce qu'il s'est passé 200 ans avant...Ainsi arrive le moment où les aventuriers se retrouvent devant la Berezina, et où Thomas Goisque donne une définition d'un "haut lieu". Cette définition m'a bouleversée.

p.115 "Un haut lieu, dit-il, c'est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l'Histoire, un morceau de territoire sacralisé par une geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d'irradier l'écho des souffrances tues ou des gloires passées. C'est un paysage béni par les larmes et le sang. Tu te tiens devant et, soudain, tu éprouves une présence, un surgissement, la manifestation d'un je-ne-sais-quoi. C'est l'écho de l'Histoire, le rayonnement fossile d'un événement qui sourd du sol, comme une onde. Ici, il y a eu une telle intensité de tragédie en un si court épisode de temps que la géographie ne s'en est pas remise. Les arbres ont repoussé, mais la Terre, elle, continue à souffrir. Quand elle boit trop de sang, elle devient un haut lieu. Alors il faut la regarder en silence car les fantômes la hantent."

Juste avant Vilnius, à Smorgoni, Napoléon décidera de rentrer "seul", accompagné du général Armand de Caulaincourt afin de rentrer rapidement à Paris et reprendre les rênes de l'Empire. Et c'est cet itinéraire que décideront de suivre Sylvain Tesson et ses compagnons, en le modifiant certes un peu...(du coup, on s'éloigne un peu de "l'offrande aux soldats de Napoléon!")

Pour terminer, l'auteur, évoquant les véritables sacrifices qu'étaient les batailles napoléoniennes, fait un parallèle entre les hommes de Napoléon et ceux d'aujourd'hui, pourquoi tant d'hommes étaient-ils prêts à "mourir pour la Patrie"?

p.195 "Le petit Corse avait utilisé toutes les techniques de la publicité. Il avait mis en scène son sacre, embrassé son héritage sans procéder à l'inventaire, imaginé une nouvelle esthétique. Il avait distribué de nouveaux titres, réécrit les pédigrées, inventé des récompenses. Sous ses mains de marionnettiste, une nouvelle cour s'était mise en place. Le système reposait sur le mérite : tout le monde pouvait décrocher la timbale et postuler aux charges suprêmes. Vous étiez commis charcutier? Vous pouviez finir maréchal! Il n'était plus nécessaire d'être bien né, il suffisait d'être ardent!"

Je n'ai pas été déçue par cette lecture, qui m'a permis d'apprendre, de chercher, d'attiser ma curiosité pour sa partie "historique", peut-être attendais-je en revanche un récit de l'aventure contemporaine un peu plus approfondi.

*****

Lectures associées

 

  • Au cours des 13 jours que dura leur périple, Caulaincourt recueille les "confessions" de Napoléon, ce qui donnera "En traîneau avec l'Empereur" 
  • En 2010, la ville de Bonn (où j'habitais alors) a organisé une exposition exceptionnelle sur Napoléon, dont la commissaire générale était Bénédicte Savoy

Article le Monde

Napoleon und Europa, Traum und Trauma

Catalogue de l'exposition

  • Berezina vient de paraître en Allemagne (mars 2016) sous le titre "Napoleon und ich"

 

Napoleon und ich

  • Pour finir, n'hésitez pas à aller consulter le site de Thomas Goisque pour y admirer les belles photos de ce périple. Son article s'intitule "De Moscou à Paris dans les pas des Grognards"

 

Je m'arrête là, n'étant pas une spécialiste et les lectures sur Napoléon étant innombrables, je vous laisse faire vos recherches!