188 mètres sous Berlin 1

  • Titre : 188 mètres sous Berlin
  • Auteur : Magdalena Parys
  • Traduit du polonais par : Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez
  •  Editions : Agullo
  • Date de parution : 7 septembre 2017
  • Nombre de pages : 384
  • ISBN : 979-10-95718-26-0

L'auteur

Magdalena Parys est née en 1971 à Gdansk. A l'âge de 13 ans, elle émigre avec sa famille à Berlin-Ouest. Elle étudie la pédagogie et la littérature polonaise à l'université Humboldt. Elle vit aujourd'hui à Berlin, où elle a fondé la revue littéraire Squaws. 188 mètres sous Berlin ( Tunnel ) est son premier roman. Largement salué par la critique, il a obtenu le prix littéraire de la ville de Quimper. Son second roman, Magic (à paraître bientôt en France sous le titre Le Magicien ) a lui obtenu en 2015 le prix de littérature de l'Union Européenne. 

Magdalena Parys

Quatrième de couverture

" Les élèves de ma classe, à Berlin-Est, se divisaient en deux camps : les uns qui avaient peur, et ceux qui, le lendemain ou le surlendemain, s'enfuieraient là-bas. LA-BAS."

Berlin, 2000. Klaus, passeur au temps de la guerre froide, est assassiné. En 1980, il dirigea la construction d'un tunnel clandestin de 188 mètres de long sous le mur de Berlin... Persuadé que sa mort est liée au tunnel, Peter, l'un des membres de l'équipe, mène l'enquête. Un à un, il recueille les témoignages de tous ceux qui ont participé à cette entreprise périlleuse. Dans les souvenirs et les confessions de ses anciens camarades, trouvera-t-il la clé de cette étrange aventure souterraine ?

Dans ce roman choral, l'auteure, telle une dentellière, tisse un panorama de destins allemands et polonais croisés sur trois générations. Familles brisées, émigrés à la recherche d'une vie meilleure, secrets enfouis, amours décues et manipulations politiques : un voyage dans les profondeurs de l'Histoire européenne de 1945 à nos jours. 

Mes impressions

Epigraphe : Les blessures imposées par la Stasi ne laissèrent pas de cicatrices que l'on puisse montrer avec fierté ; elles laissèrent des âmes égarées.

                                                     Richard Schröder

Des âmes égarées, c'est exactement ce à quoi ressemblent les différents protagonistes de cette histoire singulière.

Le 13 août 1981, jour de la célébration à Berlin-Est des vingt ans de la construction du mur, Franz fuit vers l'Ouest. Il emprunte le tunnel creusé par un groupe d'hommes, à l'initiative de son frère Roman, qui était déjà parti vivre à l'Ouest avec leur mère suite à la séparation de leurs parents, peu de temps avant la construction du mur.   

Peu après son passage à Berlin-Ouest, Franz est nommé directeur d'une école, personne ne sait vraiment comment ni pourquoi. Beaucoup d'éléments comme celui-ci sont donnés tout au long de l'histoire, qui attisent la curiosité du lecteur, et qui peuvent s'avérer d'une grande importance ou bien au contraire relever de l'anecdote. C'est ce qui complique la lecture et tout à la fois en fait une vraie aventure. Il faut être attentif, au risque de passer à côté d'un indice essentiel. Je suis souvent retournée en arrière, pour "vérifier" les informations, un peu à la manière de l'enquêteur finalement. Comme si l'auteure, non contente de nous raconter l'histoire, voulait nous la faire vivre un peu. 

Le roman, lui, commence en 2000, avec l'assassinat de Klaus, le passeur auquel a fait appel Roman pour la construction du tunnel. On se retrouve très vite dix ans plus tard avec Peter, l'un des "creuseurs", qui depuis la mort de Klaus mène lentement, méticuleusement, rigoureusement, obstinément son enquête. Pour cela, il est allé interroger tous les acteurs et il a enregistré leurs récits. Il y a Roman, le frère de Franz, Jürgen, Victoria, la soeur de Klaus et épouse de Franz, Magdalena, et Thorsten. 

Quand le lecteur découvre Peter, ce dernier a décidé d'écouter encore une fois les enregistrements, mais seulement certains d'entre eux, et dans un ordre différent. Ce sont ces bandes, dans cet ordre choisi par Peter, que nous découvrons alors.

A travers ces témoignages, on comprend finalement que cette histoire de tunnel puis l'assassinat de Klaus (tiens, d'ailleurs, s'appelle-t-il vraiment Klaus ?) n'est que la résultante d'autres histoires, bien plus anciennes, remontant à la seconde guerre mondiale. Tout ça sur fond de secrets de famille imposés par de terribles circonstances, qui vont se répercuter sur des générations, sur fond aussi de trahisons, de départs pour une vie meilleure ou tout simplement pour fuir l'horreur.

J'ai trouvé ce roman passionnant, incroyablement bien ficelé, même si je me suis un peu perdue à la fin. Il m'en reste le sentiment de l'immense gâchis qu'ont été les guerres mondiales, puis la guerre froide, imposant à l'Allemagne cette partition, avec à l'Est la Stasi construite sur les cendres de la Gestapo. Et la souffrance des gens. Encore. 

Un roman dont je me souviendrai. Merci aux éditions Agullo pour cette belle découverte !

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p.75 "Magda peut traverser la frontière. Roman, qui l'attend du côté ouest, le peut également, mais les gens du secteur est, eux, ne le peuvent pas. Est-ce à ce moment précis qu'elle a réalisé que la ville où l'on parlait la même langue et où l'on respirait le même air était coupée en deux, comme un gâteau justement ? Deux moitiés dans deux mondes différents."

Le tunnel dont il est question dans ce roman n'a jamais existé, mais il est fait allusion aux divers tunnels, non fictifs eux, notamment le Tunnel 29 creusé avec succès en 1962, qui a permis comme son nom l'indique, la fuite de 29 personnes vers l'ouest. 

p.150 "C'est ainsi que nous avons pu profiter "légalement" des ateliers d'une usine ayant servi une fois déjà d'entrée à un tunnel. Et pas n'importe lequel, le fameux "tunnel 29"! Je dois avouer que je me sentais un peu comme dans un mausolée."

Ce tunnel 29, construit par quelques étudiants, partait à l'Ouest d'une usine désaffectée Bernauerstrasse 78, mesurait 135 mètres de long, passait sous le mur et ressortait dans l'arrière cour d'un immeuble à l'Est, Schönholzer Strasse 7. Des inflitrations d'eau rendirent le projet compliqué, les étudiants ont même failli abandonner. Il atteignirent la cave de la Schönholzer Strasse 7 dans la nuit du 14 septembre 1962. Cette nuit-là et celle qui suivit, 29 personnes purent fuir vers Berlin-Ouest.  

Schönholzerstr

Façade de l'immeuble Schönholzerstrasse 7 aujourd'hui (photo prise le 1er janvier dernier)

Cliquez sur la photo pour voir des images du tunnel 57, construit en 1964.

Schönholzerstr

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Ecke Bernauerstrasse - Ruppinerstrasse

 

p.155 " Ainsi Jürgen partit un jour en reconnaissance pour étudier la Rheinsberger Strasse. Une autre fois, il devait chercher le numéro 4 de la Ruppiner Srasse, mais il découvrit que l'immeuble avait été démoli. Il fallut changer les plans. Nous savions où se trouvait l'entrée du tunnel, mais à quel endroit en sortir, ça, nous l'ignorions encore..."

p.176 " Cette fois-ci, ma tâche était donc limitée à prévenir Franz. Pendant que mon frère, déguisé en femme, s'évadait par le tunnel, je traversais en toute tranquillité le passage frontalier sur la Friedrichstrasse. Je rentrais chez moi. Curieusement, je ne m'étais même pas fait fouiller."

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Ecke Schönholzerstrasse - Ruppinerstrasse

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Fernsehturm

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p.187 " Ils nous ont donc laissé le petit bonhomme vert, orange et rouge aux passages cloutés. Il a finalement été adopté par toute la ville de Berlin - par Berlin-Ouest aussi. Le bon petit bonhomme des feux de signalisation routière."

Ampelmann 2015-05-01

Ampelmann

p.333 " Après avoir fui Gdansk, nous avons habité chez elle pendant quelques années. Une tante lui avait légué sa villa sur la Zehlendorf. Une bâtisse magnifique qui, comme la plupart des habitations de ce quartier, résistait vaillamment aux bourrasques de la guerre et de l'après-guerre, à tout. Plus d'une fois, j'avais entendu les femmes du voisinage raconter en chuchotant que Klara et sa tante avaient vécu dans cette maison des choses terribles lorsque l'Armée rouge avait envahi Berlin."