Le mystère de Lucy Lost (2)  

  • Titre : "Le Mystère de Lucy Lost"
  • Auteur : Michael Morpurgo
  • Traduit de l'anglais par : Diane Ménard
  • Editions : Gallimard Jeunesse
  • Date de parution : 17 avril 2015
  • Nombre de pages : 448
  • ISBN : 978-2-07-066420-7

L'auteur

Michael Morpurgo, né le 5 octobre 1943 à St Albans, en Angleterre, est un auteur britannique, connu pour ses nombreux ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse.

 

Michael Morpurgo

(Clic sur l'image pour accéder au site officiel de Michael Morpurgo)

Quatrième de couverture

Mai 1915... Sur une île de l'archipel des Scilly, un pêcheur et son fils découvrent une jeune fille blessée et hagarde, à moitié morte de faim et de soif. Elle ne parvient à prononcer qu'un seul mot : Lucy. D'où vient-elle? Est-elle une sirène ou plutôt, comme le laisse entendre la rumeur, une espionne au service des Allemands?

De l'autre côté de l'Atlantique, le Lusitania, l'un des plus rapides et splendides paquebots de son temps, quitte le port de New-York. A son bord, la jeune Merry, accompagnée de sa mère, s'apprête à rejoindre son père blessé sur le front et hospitalisé en Angleterre...

Mes impressions 

Voilà exactement le genre de roman que j’aime faire découvrir à mes élèves. Tout y est réuni pour en faire un ouvrage que l’on n’oublie pas, et à travers lequel on peut apprendre tant de choses.

Dans un premier temps, nous découvrons le jeune Alfie (une douzaine d’années) et sa famille, des marins pêcheurs qui vivent sur les îles Scilly, au large de la Cornouaille, au sud-ouest de l’Angleterre. Puis nous allons à New York, où nous assistons au départ de la petite Merry (12 ans) et sa maman à bord du Lusitania, en mai 1915. Elles partent en Europe au chevet de leur père et mari, qui, blessé à la guerre, est hospitalisé en Angleterre. Précisons que le papa est de nationalité canadienne, d’où son engagement précoce (les Etats Unis n’entreront dans ce conflit qu’en 1917, suite entre autres, au torpillage du Lusitania.)

Ce qui est très fort, c’est que l’on se doute bien dès le départ que la jeune fille trouvée mourante sur St Helen, une île inhabitée, proche de la leur (Bryher), par Alfie et son père, est la petite Merry,  arrivée là on ne sait comment suite au naufrage du Lusitania, torpillé par un sous-marin allemand.

Pour autant, le lecteur n’en reste pas moins suspendu à sa lecture, tant il souhaite justement que toute la lumière soit faite sur cette enfant, qui, ayant subi un choc physique et émotionnel, en a perdu la mémoire et la parole. Et dans le contexte historique de la période à laquelle se déroule l’histoire – nous sommes en pleine première guerre mondiale -  il est important pour certains des habitants de ces îles, de savoir si cette enfant, que l’on a surnommée Lucy Lost, est anglaise ou allemande. Et puis Alfie, et ses parents Mary et Jim, qui ont recueilli Lucy, et qui l’entourent de toute leur affection, veulent savoir qui elle est, d’où elle vient. 

Une fois remise sur pieds, la fillette se laisse peu à peu apprivoiser, et elle-même se façonne à son nouvel environnement. Le Docteur Crow, qui va jouer un rôle décisif de médiateur, apporte un jour un phonographe et quelques disques. La fillette qui jusque-là ne quittait pas le lit apparaît soudain dans la pièce, et il est tout de suite évident qu’un tel objet lui est familier. 

La progression vers la vérité est néanmoins semée d’embûches, et c’est avec délice que je me suis laissée porter par cette histoire.

Les dernières pages du livre (après la fin du roman) sont consacrées à « quelques informations sur le contexte historique du Mystère de Lucy Lost. »

Ce que j’ai également apprécié, c’est cette idée, distillée à plusieurs reprises, que lors d’une guerre, il y a de l’humanité « des deux côtés », rien n’est simple, il n’y a pas « les bons et les méchants ». Un sujet intéressant à aborder aussi avec des jeunes.

Il s’agit là d’un roman historique jeunesse à mettre entre toutes les mains, et pas seulement celles des enfants ! Peut-être un peu long pour être lu par des élèves de fin de cycle3, il est au moins à recommander aux « bons lecteurs », et il peut être facilement envisagé d’en étudier quelques extraits en classe.  

J’ai appris beaucoup de choses grâce à cette lecture, en faisant moi-même des recherches sur l’archipel des Scilly (géographie), le naufrage du Schiller en 1875, le torpillage du Lusitania et la première guerre mondiale (histoire), Mozart (l’air préféré de Lucy Lost est l’Andante Grazioso, que j’ai écouté en lisant ce livre) et beaucoup d’autres choses encore ! Et pour couronner le tout, le livre est très beau, la couverture est magnifique, avec un titre qui brille, imprimé en relief!

*****

Un énorme coup de coeur pour ce roman

 

p. 391 « - Vous serez d’accord avec moi, monsieur Griggs, ai-je poursuivi, pour dire aux gens qui sont rassemblés ici que ce n’est pas un spectacle, que nous ne devrions pas rester là, bouche bée, mais que nous ferions mieux de nous rappeler qu’un jeune homme est mort, un jeune marin allemand, qui se nomme Günter. Il était le fils d’une mère, comme l’étaient les pauvres Jack brody, Henry Hibbert et Martin Dowd. Eux se sont battus pour notre pays, ce jeune homme s’est battu pour le sien. Nous devrions donc lui témoigner du respect, d’où qu’il vienne… »

 

p.420 « Merci, mon Dieu, pour la mémoire, car je ne sais que trop bien, désormais, que nous ne devrions jamais penser qu’elle est acquise pour toujours. Merci, mon Dieu, pour nos enfants et nos petits-enfants. Sans eux, qui pourrait jamais raconter cette histoire ?

Or, si notre histoire continue à vivre, […], alors nous continuons à vivre, nous aussi. 

Comme tous ceux dont nous gardons le souvenir. »