Je profite de ce premier message de 2019 pour vous souhaiter à toutes et à tous une très belle année, qu'elle vous apporte la réalisation de vos souhaits, de la réussite dans vos projets, beaucoup de petits et de grands bonheurs, une bonne santé et de beaux moments de lecture, bien entendu. 

En ce début d'année, je souhaitais partager avec vous une visite de la maison de Robert et Clara Schumann, que nous avons eu le plaisir de découvrir à l'occasion d'une journée à Leipzig lors de ces dernières vacances. 

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Schumann-Haus Leipzig

Clara et Robert Schumann ont vécu dans un appartement du premier étage de cet immeuble les quatre années qui ont suivi leur mariage, de 1840 à 1844. Leurs deux premières filles, Marie et Elise, y sont nées. 

Devant la façade figurent des profils d'enfants, car l'immeuble abrite depuis 20 ans une école primaire, la Clara Schumann Schule. Quelle chance pour les élèves et leurs professeurs ! L'école, à profil artistique et le musée entretiennent des liens étroits, ainsi, certaines pièces du musée sont également utilisées par les élèves. J'aime beaucoup cette idée, et je pense que ça aurait plu à Clara Schumann, qui a elle-même eu huit enfants. 

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Robert Schumann, né le 8 juin 1810 à Zwickau, vient initialement à Leipzig pour y étudier le droit. Il y prend également des cours de piano, chez Friedrich Wieck, le père de Clara. Ce dernier convainc son élève d'abandonner le droit pour lui préférer la musique. Robert Schumann et Clara Wieck tombent amoureux, veulent se marier mais le père de Clara s'y oppose formellement. Ce n'est qu'après un procès leur donnant raison qu'il s se marient dans l'église de Schönefeld le 12 septembre 1840.

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Gedächtniskirche Schönefeld Leipzig

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( Photo d'une grande toile tendue au plafond d'une pièce de la maison )

Le jeune couple s'installe donc dans cette maison juste après le mariage. Schumann y composera sa "Symphonie du printemps" (Frühlingssinfonie) ainsi que le concerto pour piano en la mineur, qui les rendra célèbres. (Ref. Schumann-Haus Leipzig)

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Ils y recevront un grand nombre de leurs amis artistes, dont Chopin, Liszt, mais aussi l'écrivain Hans Christian Andersen. 

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Aujourd'hui encore, de nombreux concerts sont donnés dans cette pièce.

Enfants Schumann

Les enfants Schumann

En 1844, les Schumann déménagent à Dresde, où naîtront quatre de leurs enfants, puis à Düsseldorf en 1850. Ils y feront la connaissance du jeune Johannes Brahms, qui deviendra un ami proche. Entre temps, la santé de Robert se détériore, il est sujet à la dépression, souffre d'acouphènes. Son expérience en tant que chef d'orchestre n'est pas concluante. Le 27 février 1854, il se jette dans le Rhin. Il est sauvé par un pêcheur et est conduit dans un asile à Bonn (Endenich) dont il ne ressortira pas. Malgré une amélioration de son état et quelques visites qu'il reçoit là-bas de Clara et d'amis comme Brahms par exemple, quand il comprend que les médecins ne le laisseront pas sortir, il se laisse dépérir et meurt le 29 juillet 1856. 

Schumann Haus Endenich

Maison dans laquelle Robert Schumann est mort, devenue un musée, à Bonn. Cette photo ainsi que les trois suivantes ont été prises en 2008. 

Buste Schumann

Schumann

Portrait Schumann

Clara Schumann, veuve à l'âge de 37 ans, avec six enfants à charge, poursuivra sa carrière de concertiste, toujours en défendant l'oeuvre de son mari. Elle lui survivra 40 années. Robert et Clara Schumann reposent au vieux cimetière de Bonn. Dans ce même cimetière se trouve également la tombe de la mère de Beethoven, autre illustre musicien, né à quelques encablures de là.

Vieux cimetière de Bonn

Le vieux cimetière de Bonn. Cette photo et les deux suivantes ont été prises en 2010.

Vieux cimetière de Bonn 1

Tombe de Robert et Clara Schumann à Bonn

Tombe de Robert et Clara Schumann.

Je termine avec un livre, écrit par le couple Schumann, de 1840 à 1843, lorsqu'ils habitaient leur maison de Leipzig, probablement leurs années les plus heureuses. Juste après leur mariage, ils décidèrent d'écrire ensemble un journal intime : 

Journal intime Robert et Clara Schumann

Journal intime

Cette année, la ville de Leipzig, ville de natale de Clara Wieck (Schumann) fête les deux-cents ans de sa naissance : 

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Voici quelques extraits du journal de Clara et Robert Schumann :

p.89 Journal de Clara, septembre 1840

"A 10 heures, eut lieu la cérémonie. Une chorale chanta, puis parla un prédicateur, ami d'enfance de Robert. Mon âme tout entière était débordante de remerciements envers Celui qui nous avait conduits finalement l'un et l'autre, à travers tant de récifs et d'écueils, et dans mon ardente prière, je demandais qu'il Lui plût de me donner mon Robert attendu à juste titre durant de longues années. 

Ah ! Quand la pensée me vient qu'un jour je pourrais le perdre, tous mes sens se brouillent ! Que le ciel m'écrase plutôt qu'un tel malheur !

C'était un jour magnifique, et lorsque nous marchions en cortège, le soleil lui-même, jusque-là caché depuis longtemps, nous lança ses doux rayons matinaux, comme s'il voulait bénir notre union.

Ce jour-là, rien ne nous troubla, aussi sera-t-il dépeint dans mon Journal comme le plus beau et le plus important de ma vie.

Une période de mon existence est désormais terminée ; j'ai déjà éprouvé de semblables troubles dans mes jeunes années, mais aussi de nombreuses joies que je ne suis pas près d'oublier. Maintenant, commence une nouvelle et merveilleuse vie, une vie dans laquelle on aime par-dessus tout et par-dessus soi-même. Néanmoins, de lourds devoirs reposent sur moi. Que le Ciel m'accorde la force de les remplir fidèlement comme une bonne épouse. Il m'a toujours secouru et le fera toujours. J'ai toujours eu une grande espérance en Dieu et je la conserverai en moi, éternellement."

p.93 Robert, septembre 1840

" Ma jeune et bien-aimée femme,

Qu'il me soit permis tout d'abord de te donner le baiser le plus tendre, en ce premier jour de ta vie de femme, en ce premier jour de ta vingt-deuxième année. Ce cahier, commencé en ce jour prend une intime signification ; il doit être le récit quotidien de tout ce qui nous arrivera, dans notre foyer et notre vie conjugale. Nos souhaits, nos espoirs y seront notés ; de même dans ce petit cahier, prendront place les prières que nous nous adresserons l'un à l'autre, lorsque les mots se seront révélés impuissants à les bien exprimer ; il sera aussi l'intermédiaire de nos réconciliations quand quelque chos nous aura séparés ; en un mot, il sera un bon, véritable ami, à qui nous dirons tout, à qui nous ouvrirons nos coeurs. 

Ma chère femme, si tu en es d'accord, promets-moi encore d'observer strictement les statuts de notre pacte secret, comme j'en prends moi-même l'engagement.

Tous les huit jours, nous échangerons de l'un à l'autre la direction du secrétariat ; tous les dimanches, de bonne heure (pour le café si possible), se fera la transmission du journal à laquelle il ne sera nullement défendu de joindre un baiser. ..."

p.95 Première semaine, du 13 au 20 septembre - Robert : 

"Assez peu d'événements, summum du bonheur. Ma femme est un vrai trésor qui chaque jour grandit. Puisse-t-elle ressentir exactement combien elle me rend heureux.

Quelle réjouissance pour l'anniversaire de Clara, le 13. Le matin, nous sommes allés, seuls, à Grimma, par un fort beau temps. Promenade ensuite sur la Rudelsburg. Pendant ce temps, parents et amis avaient tout préparé pour l'anniversaire et Clara prit un très vif plaisir à tout. Nous avons eu avec nous sa mère, les List, Mme Devrient, Becker de Freiberg, Wenzel, Reuter, Heimann. Elise a chanté, Clara a joué d'une façon merveilleuse puis j'ai également joué un peu. Tout cela dans une parfaite atmosphère de cordiale intimité ; rien d'excessif, et pourtant nous fûmes comblés. A neuf heures nous nous sommes séparés, comblés de joie et de bonheur."

p. 96 Deuxième semaine, 20-27 septembre - Clara : 

Avant d'en arriver au compte rendu de cette nouvelle semaine, il me faut te confier, mon cher mari, que je n'ai jamais vécu des jours aussi heureux que ceux-ci ; je suis certainement la plus heureuse des femmes du monde. Chaque minute, je t'aime davantage, me semble-t-il ; c'est en toi que je vis, et en toi seulement.

Le 20. - (...)

Nous avons commencé les Fugues de Bach ; Robert me montre les passages où reparaît le thème ; c'est là une étude fort intéressante, à laquelle je prends de plus en plus de plaisir chaque jour. Robert m'a sévèrement grondée : contre toutes les règles, je m'étais permis d'introduire une cinquième voix au milieu des quatre autres, en doublant l'une d'elles en octaves. Comme il a eu raison de me réprimander ! Mais comme j'étais peinée de ne pas avoir debiné cela toute seule !

p.99 Quatrième semaine, 4 octobre. - Clara

(...) Mon ignorance des sciences, mon peu de lectures, tout cela me pèse lourdement. Mais quand aurais-je le loisir de lire? Je n'en trouve pas le temps comme tant d'autres, et il me manque aussi, je crois, cet élan spontané que je ne puis acquérir. Certes, j'ai plaisir à lire, mais je reste aussi fort longtemps sans toucher à un livre ; voilà une chose dont Emilie et Elise seraient parfaitement incapables ; elles dévorent tout ce qui leur tombe sous la main ; De là leur savoir. Elles sont au courant de tout ce qui se passe dans le monde. Parfois, j'éprouve bien de la tristesse, quand je me rends compte combien j'ai le cerveau si vide. Enfin, du moment que mon Robert se contente de moi, peu importe le reste ; s'il n'en était pas ainsi, tout serait fini pour moi.

p. 120 Quarante-cinquième - Quarante-septième semaine. 18 juillet - 8 août 1841. - Robert :

(...) Voici maintenant pour le travail : Clara travaille avec passion différentes oeuvres de Beethoven ; d'autres de Schumann, son époux ; elle a beaucoup contribué à mettre en ordre ma Symphonie qui va prochainement partir à l'impression ; outre cela, elle lit la Vie de Goethe et au besoin épluche les haricots, tout en mettant la musique au-dessus de tout, ce qui fait ma joie. (...)

p.123 -  17 septembre 1841. - Robert

Voici une nouvelle ère dans notre vie ; cela n'a pas été sans inquiétudes, mais celles-ci sont heureusement révolues, ce dont nous devons rendre grâce au Ciel de tout coeur. En effet, le 1er septembre 1841, le Seigneur nous a fait don d'une fille, grâce à ma Clara. Les heures qui ont précédé, ont été bien douloureuses. Je n'oublierai pas la nuit du 1er septembre, qui était un mercredi. Le danger fut si grand que durant un moment je fus accablé, sans rien pouvoir faire pour réagir. Cependant, je mis tout mon espoir dans la vigoureuse constitution de Clara, et dans son amour pour moi. Mais comment pourrais-je décrire tout cela ? Dix minutes avant 11 heures, l'enfant était là, au milieu des éclairs et dans le bruit du tonnerre, car un orage venait justement d'éclater. Mais l'on entendit les premiers cris de l'enfant, et la vie nous réapparut claire et pleine de tendresse ; nous étions tous emplis de bonheur. Comme je suis fier de posséder une femme qui, outre son amour et son art, vient de me faire semblable présent ! Ensuite, les heures ont fui, faites d'inquiétude et de joie. 

La petite prospère de jour en jour. Clara s'est remise peu à peu. Sa mère est venue de Berlin, et le 13 septembre, pour le vingt-deuxième anniversaire de Clara, la petite a été baptisée et a reçu le doux nom de Marie. Mère, mon frère et Mendelssohn, ceux-ci représentés par le libraire Barth et Raymond Hârtel, ont été les parrain et marraine. (...)

p.125 -  13-27 septembre. - Clara : 

Tu as su employer des mots si tendres, mon Robert bien-aimé, pour faire le récit de ces derniers jours, que je ne puis rien ajouter, si ce n'est que je suis bien heureuse d'avoir un enfant de celui que je chéris le plus au monde. Chaque jour je pense : "L'aimer davantage, cela n'est pas possible", et cependant il me semble que chaque jour je t'aime davantage. Lorsque tu n'es pas auprès de moi, c'est Marie, ton cher petit portrait, qui me fait souvenir de toi, et ma joie ne saurait que s'en trouver augmentée. Mais un enfant nous cause aussi bien du souci, surtout s'il est le premier, et que l'on se sait pas encore trop bien comment il faut s'y prendre ! (...)