Les petites reines

  • Titre : Les petites reines
  • Auteur : Clémentine Beauvais
  • Editions : Sarbacane
  • Date de parution : 1er avril 2015
  • Nombre de pages : 270
  • ISBN : 978-2848657684

L'auteur

Clémentine Beauvais1

(Clic sur l'image pour accéder au site de Clémentine Beauvais)

Clémentine Beauvais, née en 1989, est une auteure jeunesse française.

Quatrième de couverture

On les a élues "Boudins de l'année" sur Facebook.

Mais Mireille Laplanche et ses "boudinettes", Hakima et Astrid, n'ont pas l'intention de se lamenter sur leur sort!

Elles ont des mollets, des vélos, et elles comptent bien rallier Bourg-en-Bresse à Paris...

...pour s'incruster à l'Elysée!

Place aux petites reines !!!

Mes impressions

Voilà un roman jeunesse qui m'intriguait beaucoup, je suis donc allée l'emprunter à la médiathèque.

Pour commencer, j'ai franchement trouvé les héroïnes très grossières. Puis au fil de ma lecture, les gros mots m'ont moins gênée, ils faisaient certes partie du paysage, mais ils étaient supplantés par l'histoire elle-même et les belles valeurs qu'elle véhicule. Pour finir, je dirais que ce ne sont absolument pas eux que je retiendrai de cette histoire. 

Mieux vaut dire quelques gros mots (tout en sachant quand on peut se le permettre et quand il faut s'abstenir) et avoir de belles valeurs, plutôt que l'inverse, non?

Dans ce roman, Clémentine Beauvais nous parle de la "vraie vie" d'adolescentes mal dans leur peau et parfois malmenées. Ces trois filles ont donc été élues "Boudins de l'année" de leur collège-lycée de Bourg-en-Bresse. Astrid est inconsolable, mais très vite avec la capacité de Mireille à aller de l'avant (il faut dire qu'elle n'en est pas à sa première élection) et avec Hakima, le troisième "boudin", elles vont puiser leur force dans la source-même de leur "malheur". Commence alors un "road-trip", comme un voyage initiatique, dont elles sortiront grandies, mais au cours duquel elles essuieront tout de même quelques déboires. 

L'aventure de nos héroïnes se déroule en trois parties, intitulées "Bourg-en-Bresse", "La route" et "Paris", la deuxième partie étant la plus longue.

Le roman est construit sur la structure d'un conte, avec un obstacle, une quête, un éloignement du héros, des obstacles à surmonter, des aides "magiques" (ici elles ne sont pas magiques mais plutôt "spirituelles") et pour finir, le dénouement avec l'arrivée à Paris. 

L'auteure a utilisé beaucoup d'éléments de la vie quotidienne avec humour et réalisme. Tout au long du périple de Mireille et ses acolytes, elle nous offre par exemple des tweets accompagnés de pseudos parfois croustillants. 

Cet humour, vous le retrouverez aussi dans chaque article du blog de Clémentine Beauvais, un pur bonheur, et de franches rigolades, je vous conseille vivement d'aller y faire un tour. Quelle chance pour ses élèves, je pense qu'elle est capable de faire passer les notions les plus difficiles en littérature tout en les faisant mourir de rire.

Comme une réponse aux "gros mots", dans "Les petites reines", le vocabulaire peut être aussi très recherché (ex :  p. 25 "- Ne l'écoute pas Astrid : ce ne sont que mensongeries et billeversées!" p. 150 "Elle nous trouve "exemplaires", "déjantées et dégourdies" et conclut son panégyrique d'un splendide...") , les références littéraires, musicales, historiques fourmillent et l'humour est au rendez-vous presque à toutes les pages. 

p.52 "Et moi, très bien, il me reste le vélo de Maman, le petit bleu, celui qui fait pile ma taille - le vélo de Boucle d'Or, si Boucle d'Or avait été une grosse petite meuf aux cheveux raides et châtain. Allez, roule galette! On s'en va faire un tour."

p.117 "- C'est Lamartine, Hakima.

          - Ah, c'est lui, ce mec. Il a écrit quoi?

          - "Ô temps suspends ton vol..."

p.252 " - Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire, j'ai vu tous les Soleil y venir se Mireille. Aragon. Je croyais que t'aimais les poèmes? Moi, je me disais que ça allait te remonter le moral.

            - Y venir se Mireille?

            - Se mirer. Tous les soleils y venir se mirer. Se regarder dedans, quoi...Tain, mais Mireille, joue le jeu, quoi! Je te dis un poème, il faut que tu fasses un air ravi!"

p.58 "Et là-dessus, il se penche sur le côté et attrape par la taille (qu'elle a de guêpe) une jeune demoiselle parée de fort jolies toilettes, comme dit ma grand-mère, ce qui signifie non pas qu'elle se trimbale un WC portatif sur l'épaule, mais qu'elle est ceinte de vêtements parfaitement seyants."

p.202/203 "Mais en vérité, je n'ai pas l'impression qu'il va me faire ce coup-là. Ca fait des années qu'il est gentil pour rien. Ca fait des années qu'il s'évertue à me faire des cadeaux que je casse et que je jette. Pourquoi fait-il tout ça, alors que je suis un oeuf de coucou, une espèce de troll, la fille indésirée et indésirable qui lui gâche son bonheur à l'américaine, un nain de jardin dans son jardin d'Eden?"

J'ai apprécié la volonté de l'auteure de montrer que l'on peut être jeune, dire des gros mots, sans pour autant manquer de tact, d'intelligence, ni de culture! Et le tout sans lourdeur, avec tellement d'intelligence (de coeur et d'esprit).

Un conte moderne, qui fait du bien, ou comment répondre à la bêtise et à la bassesse par l'intelligence et la compassion.

Et c'est pour tout cela que j'ai beaucoup aimé "Les petites reines".

*****

Nota : le roman "Les petites reines" fait partie des quatre romans en lice pour le Prix des lycéens allemands 2017, je lui souhaite tout le succès qu'il mérite!