Deux secondes en moins

  • Titre : Deux secondes en moins
  • Auteures : Marie Colot et Nancy Guilbert
  • Editions : Magnard Jeunesse
  • Date de parution : 13 février 2018
  • Nombre de pages : 320
  • ISBN : 978-2-210-96524-9

Les auteures

Nancy Guilbert

Nancy Guilbert est une auteure jeunesse française, elle est maman de trois enfants et vit dans le nord de la France. Elle aime aller très régulièrement au contact de son jeune lectorat - elle est professeur des écoles - et de leurs parents et éducateurs.

Nancy Guilbert

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Marie Colot

Née en 1981, Marie Colot est une auteure jeunesse belge. Enseignante de formation, elle publie son premier roman en 2012, "En toutes lettres". Depuis, elle n'a cessé d'écrire pour les adolescents.  

Marie Colot

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 Quatrième de couverture

- Vas-y, joue quelque chose. Ce que tu veux, ce que tu aimes, ce qui t'emporte !

Depuis qu'un accident de voiture l'a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l'accident, est immense, comme sa solitude.

Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d'emménager. 

Pour l'un et l'autre, tout s'est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer...

Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique.

Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré. 

Un roman bouleversant, où un perroquet, le "thé des Sages", l'amitié et les mots apportent une douceur salutaire.

Mes impressions

Je viens de refermer ce roman et je ne sais pas encore trop comment en parler.

Pour commencer, je dirais qu'il est très beau, à l'extérieur comme à l'intérieur. La couverture, dotée d'un vernis sélectif, représente des touches de piano "désordonnées" sur un fond rouge. Et c'est très bien vu, car au moment où le lecteur rencontre les deux protagonistes de l'histoire, c'est le chaos dans leurs vies, dans leurs têtes. 

Igor a été défiguré quelques mois auparavant dans un accident de voiture provoqué par son père, et Rhéa ne peut comprendre et encore moins accepter le récent suicide de son petit ami. Tous les deux sont dévastés et seuls dans leurs douleurs. Ils sont deux abîmés de la vie à un âge où tout devrait n'être qu'insouciance et légèreté, en tous cas pas aussi grave.  

Ces thèmes de l'accident et du suicide chez les jeunes étaient très délicats à aborder, le sujet pas facile à traiter sans glisser dans le pathos. Les auteures, Nancy Guilbert et Marie Colot, ont géré cela de main de maître. 

Alors qu'il paraît impossible à Igor de retrouver une vie "normale", alors qu'il semble à Rhéa impensable d'être à nouveau heureuse, Fred, un professeur de piano va jouer le rôle de catalyseur et les aider, en les faisant se rencontrer et en leur redonnant goût au piano, instrument qu'ils pratiquaient tous les deux à un haut niveau avant leurs "accidents".

Ainsi, en même temps qu'ils s'appliquent à jouer à quatre mains une Fantaisie de Schubert, on assiste à leur nouvelle naissance. Ils restent marqués par ce qu'ils ont vécu, cela fait désormais partie de leurs vies, mais peu à peu, un nouveau chemin se dessine et leur paraît possible. 

Ce qui est merveilleux dans ce roman, c'est que ce processus vers la lumière se fait en douceur. Peu à peu, Rhéa et Igor progressent vers leur nouvelle vie, retrouvent les sensations oubliées, refont surface ensemble. Le tout est ponctué d'humour et de douceur, avec les interventions parfois cocasses d'Obama, le perroquet d'Igor, et le 'thé des Sages" que Fred a toujours avec lui.

Un magnifique message d'espoir, dans la vie et dans les capacités d'empathie des êtres humains les uns envers les autres.

J'ai ressenti en lisant ce livre un sentiment de plénitude et d'apaisement, malgré la gravité du sujet abordé. Une oeuvre à quatre mains écrite comme on jouerait un morceau, dans laquelle transpirent la complicité et le respect. Et puis de jolies allusions à l'écriture, à la poésie et à ses bienfaits, auxquelles j'ai été sensible.

Un livre important, lumineux, que je garderai précieusement, comme un baume universel, qui pourrait apaiser autant les adultes que les adolescents. 

Bravo et merci à Nancy Guilbert et à Marie Colot pour ce beau cadeau qu'elles ont fait à leurs lecteurs, merci Nancy, pour votre touchante dédicace. J'écoute encore et encore la Fantaisie en la mineur, D 940, opus 103 de Franz Schubert.

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Gros coup de coeur

Epigraphe : "Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été." Albert Camus

 

p.72 - Rhéa - "On est samedi et je me lève vers 11 h, la tête en vrac et le moral bien au-dessous du niveau de la mer Morte. Je me traîne vers la cuisine. Si quelqu'un pouvait entendre la musique de mon coeur, ce serait celle de l'Adagio de Barber. Triste à en mourir. "  

p.103 - Rhéa - "Hier, il a apporté la partition de la Fantaisie en la mineur de Schubert. On a écouté une interprétation sur son iPod et là, je ne sais pas pourquoi, j'ai encore fondu en larmes. Le début du morceau m'a complètement secouée, j'avais l'impression que la musique me racontait quelque chose au creux de l'oreille."

p.134 - Rhéa - " Fred m'a dit que cette fantaisie avait été écrite pour la comtesse Caroline Esterhazy, une élève de Schubert dont il aurait été amoureux; Un amour secret qui l'a rongé. Pauvre Schubert. D'ailleurs, il est mort à trente et un ans. C'est encore plus triste. Comme quoi, d'un chagrin peuvent sortir des merveilles."

p.180 - Igor - "Au moment où elle nous présentait sa seconda, j'ai perçu l'émotion de Fred. Cette fille doit être remplie de larmes pour jouer avec une telle intensité. Plus je l'écoutais, plus j'entendais qu'elle souffrait. Sa peine devenait visible. C'est triste à dire, mais ça m'a rassuré qu'elle n'aille pas bien."

p.281 - Rhéa - " Hier, la prof de français nous a donné une phrase à commenter pour le dernier DM de l'année. C'était une citation d'Helen [Keller] que je n'avais jamais lue. " Lorsqu'une porte du bonheur se ferme, une autre s'ouvre. Mais parfois, on observe si longtemps celle qui est fermée qu'on ne voit pas celle qui vient de s'ouvrir à nous."