Shalom Berlin

  • Titre : Shalom Berlin
  • Auteur : Michael Wallner
  • Traduction : Sylvie Roussel
  • Editions : FILATURES
  • Date de parution : 15 octobre 2021
  • Nombre de pages : 222
  • ISBN : 978-2-4915-0761-9

L'auteur

Michael Wallner est né en 1958 à Graz en Autriche. Après des études de théâtre à Vienne, il joue dans différents théâtres nationaux allemands avant de passer côté régie et mise en scène. Il vit à Berlin et partage sa passion des histoires entre le théâtre et l'écriture, avec plusieurs romans à son actif, dont Avril à Paris (disponible en poche chez Pocket) traduit dans plus de vingt langues, et la série Shalom Berlin qui compte déjà trois tomes en Allemagne.

Michael Wallner

Quatrième de couverture

A la suite de la publication d'un article sur la profanation de tombes dans le cimetière juif de Schönhauser Allee, à Berlin, la journaliste Hanna Golden reçoit des menaces de mort par mail. Inquiète et désemparée devant tant de violence, elle s'adresse à la police qui l'oriente vers la LKA5, le département de la sûreté de l'état, spécialisé dans la lutte antiterroriste. L'enquête est confiée au chef de cette unité. Alain Liebermann, membre d'une grande famille d'intellectuels juifs berlinois. 

Shalom Berlin est un thriller passionnant sur la montée des sympathisants d'extrême-droite antisémites en Allemagne, avec un héros attachant et complexe, qui porte le poids de son histoire familiale communautaire. 

Mes impressions

Au tout début de ce roman nous assistons à une réunion de famille, la grande famille Liebermann, chez la grand-mère d'Alain Liebermann, chef du département de la sûreté de l'état. Le décor est posé. La fête rassemble les membres de cette famille juive autour d'Hélène, la matriarche, qui fête ses 95 ans dans son grand appartement berlinois, situé près du KuDamm. On y découvre Alain et ses nombreux cousins, Alain qui peine à se remettre du décès de Léa, sa femme disparue il y a un an déjà. 

p.10 - Je suis désolé de gâcher ta fête.

        - La tristesse est une bonne chose. Ecoute-moi ! La tristesse, c'est quand on sème les graines en hiver pour le printemps suivant. La tristesse, c'est la semence qui attend sous la glace et la neige. Et puis au printemps, tout reverdit. 

Au chapitre suivant, c'est Hanna Golden, journaliste, qui nous entraîne au cimetière juif de Schönhauser Allee dans le quartier de Prenzlauer Berg, où des tombes ont récemment été profanées. Elle s'y déplace en vue d'écrire un article à ce sujet. Et c'est là que tout commence. Suite à la parution de son article, Hanna va recevoir des menaces de mort qui s'avèreront être un peu plus que des menaces. Terrifiée, elle s'adresse à la police et est placée sous la protection d'Alain Liebermann et son équipe. 

Forcément, les premières pistes que l'on est tenté de suivre amènent à investiguer du côté des groupes antisémites qui sévissent ces dernières années. Et beaucoup d'indices vont dans ce sens. Alain Liebermann va mener son enquête et avancer malgré les mises en garde qu'il recevra à son tour. Avec perspicacité et élégance, toujours avec persévérance, Liebermann va progresser dangereusement dans ses recherches et nous, lecteurs, allons de surprise en surprise. 

Un thriller se déroulant à Berlin (ce qui bien sûr m'a fait plaisir car je connaissais beaucoup des lieux évoqués dans l'histoire) dans lequel on retrouve avec délice tous les codes du roman policier. J'ai autant aimé suivre l'enquête que la vie personnelle d'Alain Liebermann. Quand il doute, il n'hésite pas à aller consulter sa grand-mère Hélène, toujours disponible, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit. Un pilier comme on aimerait tous en avoir dans sa vie. Quand il se questionne sur la judéité c'est aussi elle qu'il va voir. J'ai aimé le contraste entre l'enquêteur solide comme un roc, que rien ne déstabilise, et l'homme fragilisé devant se construire une nouvelle vie au milieu du chaos.

Un roman parsemé de pointes d'humour, juif et/ou berlinois.

p.12 (Alain discute avec sa grand-mère)

       - Je sais que tu n'as pas le droit de parler de ton travail, dit-elle, faisant les questions et les réponses.

       - Cette semaine, il ne s'est rien passé de spécial. (Il pressa doucement sa main qui reposait sur l'accoudoir.) Mais, dans l'ensemble, ça augmente. Ca augmente même de façon effrayante. 

       - Cela concerne les nôtres ? demanda Hélène en lui pressant la main à son tour.

       - Oui, dans la plupart des cas cela concerne les juifs. 

       Elle but une gorgée de Cognac.

       - Les juifs et les cyclistes ... C'est bien l'expression consacrée, n'est-ce pas ? commenta Hélène, narquoise.

(Note de la traductrice : Les personnages font allusion à une blague prêtée à l'écrivain Kurt Tucholsky : " Tout est de la faute des juifs, dit quelqu'un. Et des cyclistes... ajouta Tucholsky. - Pourquoi des cyclistes, répliqua l'autre, stupéfait. Pourquoi les juifs ? demanda Tucholsky.")

 

***

p.124 "- Ce n'est pas un peu plan-plan comme quartier ? demanda-t-il. 

            - Je vais au moins deux fois par semaine à l'aéroport de Tegel. Quand on prend souvent l'avion, Reinickendorf est idéalement situé.

            - Mais qu'est-ce que tu feras s'ils finissent, un jour, par ouvrir l'aéroport BER ? 

            - Je refuse de me prendre la tête avec ce qui pourrait se produire après mes cinquante ans !

            Ils éclatèrent de rire et raccrochèrent."

(L'aéroport BER, qui a finalement ouvert ses portes l'année dernière (le 30 octobre 2020), a été en travaux pendant 14 ans et a vu son ouverture sans cesse repoussée, devenant la risée des Berlinois)

Avec cette histoire, Michael Wallner nous entraîne dans une aventure faite de rebondissements, de mystères et de suspense. On y explore Berlin dans sa modernité mais aussi à travers son histoire, avec ses vieux cimetières juifs comme celui de Schöhauserallee ou bien le Cimetière-park de la Raabestrasse. Avec le nom du policier en charge de l'enquête, on pense forcément au peintre  berlinois Max Liebermann qui repose dans le cimetière juif de Schönhauserallee. Sa femme, Martha Liebermann, est d'ailleurs la dernière personne à avoir été inhumée dans ce cimetière. Elle s'est suicidée en 1943 alors qu'elle devait être déportée et n'a  été transférée auprès de son mari qu'en 1960.  Le choix du nom Liebermann est-il lié à cette histoire ? Voilà une question que j'aimerais poser à Michael Wallner. J'attends avec impatience la parution de la suite ! Un grand merci à Babelio ainsi qu'aux éditions Filatures pour cette belle découverte.

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p.186  "Le cimetière de la Raabestrasse était si vieux qu'une grande partie des tombes était déjà désaffectée. Les dates de décès remontaient souvent au XIXème siècle. Les requins du BTP et les spéculateurs immobiliers avaient déployé toute leur énergie afin de faire raser le cimetière pour qu'il redevienne un terrain constructible. Cependant, une initiative de citoyens leur avait mis des bâtons dans les roues. La moitié du cimetière avait donc été transformée en parc. On avait conservé quelques pierres tombales particulièrement belles qui étaient devenues le terrain de jeu des enfants, cependant que leurs mères les surveillaient, adossées aux stèles, en pianotant sur leur smartphone." 

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Coup de coeur