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La maison des livres

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12 avril 2026

Ceux du Lutetia - Jean-Patrick Razon

  • Titre : Ceux du Lutetia - Des mots pour dire la Shoah
  • Editions : Rue de l'échiquier 
  • Auteur : Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger, propos recueillis par Jean-Patrick Razon. 
  • Date de parution : 24 octobre 2025
  • Nombre de pages : 134
  • ISBN : 978-2374255446

Quatrième de couverture

"L'urgence, c'est de faire en sorte que tout se sache afin que les générations futures n'aient pas à revivre cela." (Shelomo Selinger) 

Quatre-vingts ans après la libération des camps de la mort, que peut-on dire aujourd'hui quand on en est revenu et qu'on est sur le point de se taire pour toujours ? Jean-Patrick Razon n'a pas pu le demander à son oncle Simon, jeune résistant juif, assassiné à Auschwitz où il fut déporté par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon. Alors, il a interrogé "ceux du Lutetia", un cercle d'amis, parmi les derniers rescapés de la Shoah : Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger. 

Ensemble, ils ont dressé la liste des mots qui leur venaient à la bouche : "camp" évidemment, "cauchemar", "haine", "matricule", "transport"... mais aussi : "amour", "beauté", "bonheur", "espoir", "liberté", "solidarité", "urgence". 

L'occasion de nous livrer, au fil de cet abcédaire, leurs vérités apprises dans l'imminence de la mort : "le devoir moral de se révolter quand une loi est faite pour te réduire à un être inférieur " ; "je suis arabe quand un Arabe est torturé ou souffre ; je suis noir quand je vois le racisme contre les Noirs." 

Et, entre trois blagues, cette ultime mise en garde : "Quand un peuple oublie son histoire, je crois qu'il peut revivre son destin malheureux." 

Mes impressions

Pour honorer la mémoire de son oncle déporté à Auschwitz via Drancy et qui n'en est jamais revenu, avec "Ceux du Lutetia", Jean-Patrick Razon réunit une dernière fois Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger. Anciens déportés eux aussi, qui sont revenus et avaient pour habitude depuis quelques années de se retrouver une fois par mois au restaurant de l'hôtel Lutetia, hôtel qui a vu revenir les rescapés des camps mais aussi tant de familles attendant en vain le retour d'un proche. 

Par l'intermédiaire de Marguerite Loridan-Ivens, l'auteur a été invité à se joindre au groupe - qui entre temps avait décidé de changer de cantine - lors de leurs réunions mensuelles. Ils ont ensemble "dressé la liste des mots qui leur venaient à la bouche, puis ils ont réagi comme cela leur venait à chacun de ces mots, classés dans l'ordre alphabétique. 

"Ames, Amour, Anges, Antisémitisme, Audace, Beauté, Blagues, Bonheur, Camp..." sont les premiers mots de cette liste. Chacun réagit à ces mots comme bon lui semble, avec ses états d'âme, son histoire, sa sensibilité et ses souvenirs. Il est précisé au début du livre dans un mot de l'éditeur, que les propos ont été transcrits volontairement sans altération pour "conserver les marques d'oralité" et garder ainsi une précieuse spontanéité. Et quelle bonne idée ! Quand on connaît un peu les personnages assis autour de la table, on reconnaît très bien leur façon de s'exprimer et cela nous donne l'impression d'être assis là avec eux. 

Au début du livre également, un portrait de chacun des protagonistes, accompagné d'une photo. 

Après avoir lu les témoignages de Marguerite Loridan-Ivens et de Ginette Kolinka, j'ai beaucoup aimé découvrir ces discussions, un peu comme si j'étais une petite souris en train de les observer autour de la table. 

Une très belle façon de recueillir des témoignages spontanés. D'ailleurs, tous ne réagissent pas à chaque mot, ce qui donne une belle fluidité à cette "conversation". 

Depuis, les voix de Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Armand Bulwa se sont tues. D'où l'importance de consigner et de diffuser ces témoignages. Mes prochains objectifs sont de lire les livres de Shelomo Selinger et Armand Bulwa. 

J'ai été particulièrement sensible aux propos et aux analyses tellement humanistes de Shelomo Selinger dans ce livre. 

Merci à Babelio ainsi qu'aux éditions Rue de l'échiquier pour cette lecture précieuse. 

L'entrée de Buchenwald

L'entrée de Buchenwald

Ravensbrück

Ravensbrück

Le Lutetia

Le Lutetia

Ceux du Lutetia - Jean-Patrick Razon

AMOUR

p.18 (Shelomo) "J'avais un trésor en moi : j'étais sûr de l'amour de mes parents. Et chaque fois que je ne supportais plus, ça m'éclairait quand il faisait trop nuit, ça me chauffait quand il faisait trop froid." 

p.23 (Armand) "Au bout de cinq ans et demi, on en avait marre de la vie. Il y a des jours on aurait voulu mourir, on ne tenait pas, et s'il n'y avait pas eu les copains, on n'aurait pas pu tenir le coup. Parce que je sentais la présence de quelqu'un qui m'aimait, qui voulait m'aider. Quelqu'un qui te donne une claque dans le dos et qui te dit : "Tu ne vas pas lâcher maintenant alors que ça dure déjà depuis tellement d'années."

ANGES

p.25 (Marceline) "Quelquefois, on ne sait pas où on va, quelquefois les pensées sont vagues mais on sait qu'il va falloir survivre avec ça. Il faut survivre avec ça. Rien ne tombe du ciel. Revenir de Birkenau, c'est revenir de l'autre côté du monde. J'ai toujours eu le sentiment de revenir de l'autre côté de ce monde-là."

AUDACE

p.30 (Marceline) "Faut pas avoir peur dans la vie, même si t'as peur faut avoir du rutspe, du culot en yiddish. Le culot de la peur. Elle est importante cette peur, elle te pousse à te surpasser, elle joue un rôle fondamental. Heureusement que t'as peur, les gens sans talent n'ont pas peur." 

BEAUTE

p.31 (Shelomo) "La chose qui m'était insupportable, c'était la beauté. A Gross-Rosen aussi bien qu'à Flossenbürg, le paysage était magnifique. Dans les baraques, il y avait une sorte de seau où on urinait et on le sortait la nuit pour le vider dans les... on ne peut pas dire les toilettes, dans les trous. Je voyais la lune, je voyais les arbres derrière les barbelés, je voyais la montagne et au loin, à Flossenbürg, il y avait les ruines d'un château. Toute cette beauté était démoralisante. Je ne supportais pas la beauté. La mort, la saleté, la vermine étaient notre vie et il nous était impossible de supporter la beauté autour de nous."

CAMP

p.40 (Armand) " Nous sommes arrivés dans des wagons où nous étions cent-dix, cent-vingt, en plein hiver par moins 25. Nous avions voyagé durant quatre jours et quatre nuits, nous sommes passés par plusieurs camps où il n'y avait pas de place pour nous et c'est à Buchenwald qu'on a trouvé de la place, c'était un camp qui était fait pour mille personnes, on était quatre ou cinq mille. L'arrivée n'a pas été drôle, on nous a fait débarquer, sur la rampe. Nous étions cent-dix dans mon wagon au départ et sur cent-dix nous n'étions plus que quarante-cinq vivants. J'avais quinze ans et demi. Je suis resté à Buchenwald pendant six mois." 

DISPARITION

p.67 (Shelomo) " Et à mon âge, ça ne s'arrête pas ! Tout le monde disparaît. Comment se résigner à ça, puisque c'est l'ordre des choses ? Moi aussi je vais disparaître, mais tant que je suis là, je suis éternel."

ESPOIR

p.74 (Shelomo) " Il y a espoir et désespoir, quand yu es torturé tu es dans le désespoir total. J'ai quand même toujours cru que je m'en sortirais, car j'avais un capital, un capital d'amour. Les êtres humains sont comme des escargots, ils portent leur maison toute leur vie ; et je portais en moi l'amour que m'avaient donné ma mère et mon père. D'ailleurs je le porte toujours." 

LIBERTE

p.93 (Shelomo) " La liberté c'est comme la santé, comme le disait le poète polonais Adam Mickiewicz quand son pays a été envahi : on commence à l'apprécier quand on l'a perdue." 

p.94 (Marceline) " L'important c'est de rester indépendant de la pensée des autres. Etre libre, c'est être fier de ses propres opinions. Il ne faut pas craindre ses différences. Il faut les accepter. Tu dis ce que tu as à dire, ça plaît ou ça ne plaît pas, tant pis. Souvent les gens ont peur de ne pas penser comme les autres, comme si ça les confortait de penser comme tout le monde, mais c'est l'erreur."

URGENCE

p.130 (Shelomo) " Quand nous sommes revenus des camps, nous voulions parler mais les gens ne croyaient pas que c'était possible, alors nous nous sommes tus. Malgré ça, des gens ont écrit des bouquins. Mais les gens ne voulaient pas croire, ne voulaient pas voir. Même nous, nous voulions oublier. Mais nous avions tort, parce que lorsqu'un peuple oublie son histoire, il sera très certainement obligé de la revivre. Ce n'est pas une mémoire pour le passé, c'est une mémoire pour l'avenir. Voilà pourquoi c'est une urgence. "

p.131 (Ginette) " Moi je dis que je n'ai pas de sentiment. Je parle comme ça et tout à l'heure je peux aller danser dans un cabaret ! J'ai des amies qui se rendent malades quand elles parlent de ça, et pendant deux, trois jours elles font des cauchemars, moi non. Je fais quelquefois jusqu'à trois interventions par jour, ça ne me fait rien. Le peu de copines que j'ai n'ont jamais voulu témoigner, elles ne sont pas du tout comme moi, elles sont vieilles, dans leur coin, hargneuses, elles en veulent au monde entier. Moi je vais témoigner et je ne vois que des gens agréables, les professeurs, les élèves, ça me stimule." 

Ravensbrück

Ravensbrück

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24 mars 2026

Malgré tout ce qui nous sépare - Sophie Tal Men

  • Titre : Malgré tout ce qui nous sépare
  • Editions : Albin Michel
  • Autrice : Sophie Tal Men
  • Date de parution : 25 février 2026
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2226507556

Quatrième de couverture

Rose est sage-femme sur l'île de Groix. Dans le tumulte d'une guerre qui dure depuis trop longtemps, elle se donne corps et âme à ses patientes. Sa vie bascule en septembre 1944 lorsque son domicile est réquisitionné pour héberger deux officiers ennemis. Aussi révoltée qu'impuissante, Rose voit alors ses certitudes vaciller dans cette maison où chaque regard semble une menace, chaque silence un danger, et où les destins, pourtant, vont se nouer à jamais...

Mes impressions

Dans les jours qui suivent le 8 mai 1945, le retour sur l'île de Groix est enfin possible pour Rose et de nombreuses autres femmes. L'île était devenue trop incertaine car dans la poche de Lorient et toujours occupée par les Allemands malgré le débarquement de juin 1944. Rose, qui avait trouvé refuge sur le continent en décembre 1944, rentre sur son île avec sa petite protégée, Simonne, qu'elle a fait naître sur Groix - elle y est sage-femme - mais que sa famille n'a pas pu/voulu garder. 

Flash back.

Un jour de septembre 1944, sur l'île de Groix, deux soldats allemands viennent s'installer chez Rose et son père, leur maison étant réquisitionnée comme beaucoup d'autres dans le village. Très hostiles au début, ils s'habituent bon an, mal an à cette cohabitation forcée. L'un des deux occupants, Joseph, est médecin. Rose finit par découvrir qu'il parle très bien le français. 

Le contexte n'est bien sûr absolument pas propice aux rencontres, aux amitiés, encore moins aux histoires d'amour entre une jeune-fille française et un jeune homme portant l'uniforme allemand. Pourtant Rose et Joseph ne sont pas indifférents l'un à l'autre. Et c'est le coeur serré qu'elle quitte son île, son père et son amoureux secret en décembre 1944. A son retour, Rose, inquiète puis désespérée, ne retrouve pas Joseph. Personne ne sait ce qu'il est devenu au moment de la libération. 

Sophie Tal Men nous raconte ici une très belle histoire dans l'Histoire. Elle nous parle si bien de résilience, d'entraide, de résistance et d'amour. Des efforts incroyables, de la vie quotidienne et des privations infligées aux populations civiles pendant la seconde guerre mondiale. Elle nous montre aussi que nous sommes tous issus de déplacements (voulus ou forcés), d'échanges, d'adaptation, de mélanges et de la richesse de ces mélanges. Elle nous parle de l'Alsace et ses Malgré-nous, des Justes, de la Bretagne et de Groix. 

Enormément de détails m'ont rappelé l'histoire de mes grands-parents pendant la guerre dans les Marais du Cotentin où ils vivaient. Ma grand-mère, à 23 ans, avec déjà deux jeunes enfants (elle en a eu 9) a dû accueillir elle aussi des officiers allemands dans sa maison réquisitionnée. La première nuit, elle a dormi habillée dans son lit avec ses petits tellement elle avait peur. Parmi eux, un médecin aussi, qui l'a soignée quand elle est tombée malade. 

Sophie Tal Men, neurologue, une fois n'est pas coutume, s'est inspirée du témoignage de l'une de ses patientes, prénommée Simonne "avec deux n" (comme dans le roman) pour imaginer l'histoire de Rose et ça c'est drôlement émouvant. Elle est ici en quelque sorte une passeuse de mémoire. 

Si vous aimez les romans historiques, la Bretagne et les belles histoires d'amour, ce livre est pour vous ! Une lecture qui fait du bien et qui instruit ! Je n'ai qu'une envie à présent, accoster enfin sur l'île de Groix et fouler son sol (j'ai une visite à faire et un merci à dire à quelqu'un au cimetière.)

A la lecture d'une scène culinaire, par instinct je suis allée fouiller à la fin du livre et... surprise ! Ce que j'espérais secrètement était là ! La recette que Joseph était justement en train de préparer (le lapin au sureau) et quelques autres qui ponctuent des scènes du livre. 

Un grand merci aux Editions Albin Michel, à l'agence Gilles Paris et bien sûr à Sophie Tal Men pour cette magnifique lecture qui est un gros coup de coeur pour moi. 

***

p.60 "Mais un matin, une torpédo militaire kaki se gara devant leur grille. "Ils arrivent !" annonça-t-elle à son père, comme un berger avertit de l'approche d'un loup. Tapie derrière les rideaux, elle lui décrivait la scène. Deux officiers, chacun une valise en cuir à la main. Casquettes plates, écusson ailé, imperméables cintrés, bottes noires redoutables. Un grand blond caricatural. Un brun aux épaules larges, à la démarche moins assurée. "

p.63 "La première nuit, elle n'avait pas fermé l'oeil. Elle avait calé une chaise contre la poignée de sa porte pour se barricader - comme elle l'avait lu dans un roman d'espionnage - et placé un couteau de cuisine sous son oreiller. Une grosse lame, bien aiguisée, servant à découper le poisson. Elle savait qu'elle ne pouvait pas compter sur son père pour la défendre. Elle était seule face à eux."

p.131 "L'hiver 1944 avait le goût amer de la peur qui s'attarde. Le pays était en passe d'être libéré, mais la poche de Lorient - comme celle de Saint-Nazaire - restait aux mains des Allemands. En prévision des mois les plus rudes qui les attendaient et des menaces sur les ravitaillements, la plupart des femmes et des enfants avaient embarqué sur le bateau Ile-de-Groix en direction de Concarneau, afin de se réfugier dans des villages de campagne situés en dehors de la poche."

p.135 "Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans le jardin, une scène qu'ils avaient déjà vécue la nuit précédente. Joseph, la fillette dans les bras ; Rose, poussant le fauteuil de son père. Ils avaient pris soin d'éteindre toutes les lumières de la maison, comme les consignes le recommandaient : "La nuit, la flamme d'une bougie peut se voir à trois kilomètres" , lisait-on sur les affiches de défense passive. "

16 mars 2026

Les jeux heureux de l'enfance - Charlotte Gneuss

  • Titre : Les jeux heureux de l'enfance
  • Editions : Les Argonautes
  • Autrice : Charlotte Gneuss
  • Traductrice : Rose Labourie
  • Date de parution : 9 janvier 2026
  • Nombre de pages : 236
  • ISBN :  978-2494289970

Quatrième de couverture

Allemagne de l'Est, dans la banlieue de Dresde des années 1970 : après les cours, Karin, seize ans, s'occupe de sa soeur cadette, tandis que sa grand-mère se remémore sa jeunesse et que ses parents rêvent d'une autre vie. Mais lorsque son petit ami, Paul, disparaît du jour au lendemain, Karin est convoquée par la Stasi, la police politique. 

La jeune fille découvre alors un monde où l'ombre de la surveillance pèse sur chaque geste, où une seule parole peut briser des destins. 

En narrant les émois d'un premier amour face à l'oppression du régime de la RDA, Les jeux heureux de l'enfance explore la ligne fine entre loyauté et trahison. Avec une intensité rare qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page, Charlotte Gneuss se révèle l'une des voix les plus prometteuses de la nouvelle littérature allemande. 

Mes impressions

Nous sommes en Allemagne de l'Est, dans la banlieue de Dresde, à Gittersee (titre du roman en allemand) dans les années 1970. Karin a 16 ans. Elle grandit coincée entre deux générations, sa grand-mère nostalgique de ses jeunes années et ses parents qui aspirent à une vie moins étriquée. 

Et puis il y a Paul, l'amoureux de Karin. Un soir il lui propose une balade sur sa Schwalbe, sa mobylette. Une virée en République Tchèque. Elle ne peut pas venir, n'ose pas demander à ses parents, doit s'occuper de sa petite soeur. La petite. Dont le prénom n'est jamais mentionné. 

Paul ne revient pas de cette balade et ce sont les agents de la Stasi qui l'apprennent à Karin quand ils viennent sonner à la porte de ses parents pour l'interroger sur son éventuelle complicité dans un tout aussi éventuel passage à l'Ouest (Republikflucht).

Dès lors commence le calvaire pour la jeune fille qui craint à tout instant qu'on revienne la chercher pour l'interroger encore et encore. Une double peine pour elle, abandonnée sans un mot par son amoureux et soupçonnée ou moquée par une partie de son entourage. A l'école, les autres n'y vont pas de main morte. 

Peu à peu, de façon imperceptible, la jeune fille est enrôlée par l'appareil, pense maîtriser, choisir ce qu'elle donne comme information ou pas, avant de s'apercevoir qu'ils sont toujours plus forts et plus malins, plus machiavéliques. Presque toujours. 

 

Une histoire très forte, qui montre bien le mécanisme, l'engrenage infernal dans lequel il était possible de tomber, bien malgré soi à cette époque dans ce pays. L'histoire d'une bande d'amis qui implose tout en douceur. Mais qui ne veut pas se laisser faire. 

J'ai aimé la façon subtile, directe et en même temps détournée de raconter le mécanisme bien huilé de cet état omniprésent, ces murs qui avaient des oreilles et des yeux partout. Et le prix à payer par tous quand l'un d'eux rêvait de liberté. 

Un récit à la fois prenant et glaçant. Où l'on sort très vite des Jeux heureux de l'enfance

J'ai aimé aussi le rapport très fort à la nature, au corps comme dans la scène d'escalade, une tentative d'évasion vers le ciel ? Ou encore à la musique avec un parallèle très étroit entre la Sonate au clair de lune et l'étau qui se resserre autour de Karin. 

Un très beau premier roman, qu'on ne lâche pas jusqu'à la dernière page (je suis même ensuite retournée à la première page !)

Un grand merci à Babelio ainsi qu'aux éditions Les Argonautes pour cette belle découverte à l'occasion de l'opération Masse Critique. 

***

p.100 : "Mes parents se sont connus à une fête, et paf, a dit Marie en faisant claquer ses paumes de mains. Je me serais bien passée des détails, mais Marie avait déjà repris. Papa habitait Berlin-Ouest et ne voulait pas rejoindre maman à cause du socialisme, et maman ne voulait pas le rejoindre à cause du socialisme, et c'est pour ça que maintenant, on s'écrit tout le temps des lettres, a-t-elle expliqué. Parfois, il m'envoie aussi de l'argent."

 

p.102 : "Comment ça se saurait, a répliqué Marie, je ne le dirai jamais à personne, et tu ne le diras à personne. Mais il faut qu'on s'y tienne. Dans ces situations, dit maman - Marie tenait l'index comme une maîtresse d'école-, la négligence fait plus de dégâts que les mauvaises intentions. Pour rire, j'ai mordu son index, et elle a crié : Au secours, au secours, au secours."

 

p.106 : "Je m'y attendais à tout instant. Au moins, j'échapperais au devoir de maths du lendemain. Il y a eu un autre coup de sonnette, cette fois plus appuyé. Papa s'essuyait les mains sur le torchon. On emmène votre fille au poste pour présomption de complicité de Republikflucht, c'est la procédure qui veut ça. Hamm regardait papa comme un enfant auquel on explique que ses parents vont revenir tout de suite." 

 

p.135-136 : "Rapporte-le demain, a-t-elle dit, et elle a ajouté qu'elle en avait sa claque des chats, elle faisait exprès de laisser les portes ouvertes pour qu'ils puissent s'enfuir. Mais non, a-t-elle dit, ils préfèrent crever ici plutôt que d'aller dehors, c'est tout ce qu'ils connaissent du monde." 

 

p.185 : "L'appareil, ce sont des gens, a dit Wickwalz. Des gens comme toi et moi."

 

p.202 : "Je sais ce que tu penses, a-t-il dit une autre fois. On fait beaucoup de blagues sur notre métier, et effectivement, il y a un certain nombre de choses qui ne fonctionnent pas très bien. Mais je pense à l'Etat comme à un petit enfant, le premier de la famille. Ses parents voient des dangers partout, ils se disent qu'ils doivent le protéger de tout. Tu comprends, est-ce que tu comprends."

 

p.203 : "L'appareil est un milieu professionnel comme un autre, expliquait Wickwalz. Certaines personnes sont là pour les avantages salariaux. Nouveau logement, nouvelle baignoire, téléphone. Ces gens ne nuisent pas seulement au fonctionnement de l'institution, ils nuisent à l'idée qu'on s'en fait. C'est bien pour ça qu'il ne faut jamais arrêter de douter. De douter de chaque collègue, tu comprends, est-ce que tu comprends. L'appareil est l'avant-garde de la classe ouvrière. Le glaive et le bouclier du Parti. Et quand nos compatriotes s'intéresseront plus au principe qu'à la théorie, il faudra ouvrir l'oeil. Car quand nos compatriotes s'intéresseront plus à la nouvelle baignoire qu'au principe, ce sera fichu. Tu comprends, est-ce que tu comprends."

27 février 2026

La Correspondante - Virginia Evans

  • Titre : La Correspondante
  • Editions : La Table Ronde (Collection Quai Voltaire)
  • Autrice : Virginia Evans
  • Traduction : Leïla ColombierMary PoppinsM
  • Couverture : Cheeri Paris
  • Date de parution : 8 janvier 2026
  • Nombre de pages : 336
  • ISBN : 979-1037114884

Quatrième de couverture

"Je me suis mise à écrire des lettres, et c'est devenu une obsession. Le plus souvent, quand j'en écrivais une, j'en recevais une en retour. Cela surprend, mais j'ai découvert que la plupart des gens répondent. La première lettre de ma vie remonte à 1948, et je l'avais adressée à P.L.Travers, au sujet de son livre Mary Poppins."

Mère puis grand-mère, femme divorcée, retraitée d'une brillante carrière dans le droit, Sybil Van Antwerp vit seule et n'aspire qu'à une existence paisible, aiguisant chaque jour sa plume pour rédiger des courriers avec un franc-parler capable de désarmer avocats de renom et grands écrivains. Mais tandis que sa vue baisse inexorablement, des lettres anonymes toujours plus menaçantes sont déposées une à une dans sa boîte, la forçant à replonger dans un passé douloureux. 

Greffière au chignon strict passant la porte du tribunal ; vieille dame longeant le fleuve avec une canne ; adolescente dévorant Tolkien et C.S.Lewis ; correspondante cherchant le mot juste ; lettre après lettre, Virginia Evans compose le portrait d'une femme multiple, dans un premier roman mordant. 

Mes impressions

Quelle façon originale de découvrir un personnage ! Au fil des pages, à la lecture des lettres et mails reçus et envoyés, nous découvrons la vie de Sybil van Antwerp, juriste retraitée, mère, grand-mère et divorcée, qui mène désormais une existence solitaire pour, du moins le pense-t-elle, son plus grand plaisir. Bon. Ça s'appelle un roman épistolaire. Donc c'est normal. Mais ici les informations distribuées dans chaque lettre (et les lettres ne se répondent pas de façon systématique) le sont de façon si subtile que le lecteur se prend très vite au jeu. 

Chaque nouvelle correspondance (elles apparaissent dans un ordre chronologique) est pour nous l'occasion d'en savoir plus sur ce personnage qu'est Sybil, sur sa vie, ses joies, ses drames, son environnement, son caractère (elle n'est pas commode) et ses failles. On y glane aussi de belles idées de lectures ! N'ayant pas vu la note au début du livre qui explique que tous les conseils de lecture sont répertoriés dans une liste à la fin, j'ai établi ma propre liste au fur et à mesure...

Et puis parmi les lettres de sa famille, de ses connaissances, se glissent de temps à autre des lettres anonymes pas très agréables et plutôt menaçantes, signées DM. Sybil va devoir mener son enquête. Et des enquêtes, dans ce récit, il y en aura d'autres. 

Ce roman épistolaire se lirait presque comme une histoire à suspense tant les informations distillées à petite dose donnent envie d'en savoir plus. Allez, encore une lettre et je pose le livre ! Et puis encore une, juste une dernière ! Oh zut, la suivante est de sa fille, je m'arrête juste après... Et puis parmi ces lettres, une lettre qu'elle écrit depuis des années, mais qu'elle n'a encore jamais envoyée... Le destinataire n'est pas mentionné. 

Sybil Van Antwerp écrit le lundi, mercredi, vendredi et samedi. Sa vie est organisée de façon millimétrée. Mais Sybil est inquiète car elle est en train de perdre la vue progressivement. Et plus sa vue diminue, plus elle se livre dans ses lettres. Comme pour y consigner et livrer aux autres ce qu'elle ne verra bientôt plus. Pour une amoureuse des lettres et de l'écriture, la cécité que lui réserve l'avenir plus ou moins proche peut paraître un problème majeur... Mais finalement à mesure qu'elle perd la vue, sa vie change. Et pas forcément dans le sens attendu.

Ce livre est une merveille qui parle, à travers les petites choses du quotidien, de la famille, de l'existence, de la mort, de la maladie, de la perte d'un enfant ("Le plus grand chagrin du monde"), de culpabilité, de rédemption, d'écriture bien sûr et de lecture. Mais avant tout de LA VIE !

Un premier roman très réussi, qui mérite le succès et la visibilité qu'il rencontre en ce moment. 

L'histoire est aussi belle que son contenant ou inversement. La couverture du livre est magnifique et... a la forme d'une enveloppe ! Quelle idée géniale !

Parmi les nombreux livres cités dans La Correspondante, 84 Charing Cross Road, que j'avais tant aimé et auquel je pensais justement en découvrant Sybil. 

Un grand merci aux éditions de La Table Ronde pour cette belle opportunité de lecture !

*****

J'ai voulu consigner ici tous les extraits qui m'ont touchée. Ils sont nombreux, je n'ai pas pu choisir. 

p.44 : "Puisqu'un tel cycle ne s'applique pas dans la vie humaine, j'en conclus qu'en matière de saisons chacun de nous n'a droit qu'à un tour. Nous naissons et traversons l'enfance au printemps. Nous vivons ces glorieuses années, passionnantes et pleines d'allant, que sont la vingtaine, la trentaine et la quarantaine, en été. Nous nous retirons en nous-mêmes à l'automne, saison fraîche mais pas encore froide, intense et aromatique. Et quand vient l'hiver, c'est la vieillesse (soudaine) et la mort. Un tour par personne, à moins qu'il ne soir interrompu, comme ç'a été le cas pour Gill et pour Quintana."

*

p.70 : "Je peine à comprendre comment les enfants sont capables d'atteindre de tels degrés de cruauté, et je sais que tu sais, mais je tiens tout de même à le répéter : quand une ou plusieurs personnes te traitent mal, leur attitude est le reflet d'elles-mêmes, et du malheur qu'elles ont au fond du coeur. Ça ne change rien à l'affaire de le savoir quand on est jeune, mais plus tard, si."

*

p.76 : "Ecrire des lettres, en revanche, c'est resté bien présent. Je me demande ce que je ferai quand je n'y verrai plus rien. Je suis beaucoup trop vieille pour apprendre une façon de contourner le problème, comme le braille ou la dictée vocale. Tel un poisson qu'on a extrait de son bassin et laissé sur le rebord en plein soleil, je mourrai, probablement."

*

p.99 : "Quand je me repasse le film de cette époque, j'ai honte, et pourtant je ne vois pas ce que j'aurais pu faire autrement. Il n'y a, je crois, que deux issues possibles au chagrin partagé : soit on s'accroche désespérément l'un à l'autre et on résiste de toutes nos forces, soit on baisse les bras, et aussitôt s'érige un mur trop haut pour être franchi. Pour nous, ç'a été la deuxième."

*

p.123 : "Salut de Belgique, maman. Pensé à toi aujourd'hui - trouvé dans une librairie une traduction de 84 Charing Cross Road (Helen Hanff) - tu l'avais lu ? Je l'ai ouvert et j'ai lu quelques lettres - j'avais oublié à quel point elles étaient drôles, elles me font un peu penser à toi. Bref, c'est là que j'ai acheté cette carte et je t'écris depuis un café."

*

p.140 : "Elle a voulu savoir avec qui je correspondais et je lui ai répondu : n'importe qui ! Les lettres qui me sont le plus chères n'auraient pas eu grand intérêt pour elle, mais je lui ai montré quelques lettres parmi les plus mémorables - celle de Jackie Kennedy, celle de Walt Disney. Elle était sidérée de voir que les gens répondent, alors bien sûr je lui ai dit : les gens ne sont jamais que des gens. Célèbres ou non. C'est idiot, mais ça m'a amusée de me replonger là-dedans. Une fois qu'elle est partie j'ai passé le reste de l'après-midi à feuilleter une partie du courrier que j'ai gardé. Des centaines de lettres, sans doute même des milliers, et il faut se dire que chacune a sa moitié quelque part, même si c'est dans un tas d'ordures."

*

p.154 : "J'en viens à vos questions concernant l'écriture de lettres. Je dois d'abord dire que je suis touchée par votre mot, car voici un secret : mes lettres ont plus d'importance pour moi que n'importe quelle étape de mon parcours dans le droit. La correspondance est le pilier de ma vie, tandis que je n'ai exercé le droit qu'une trentaine d'années. Etre greffière était mon métier ; la somme de mes lettres est ce que je suis."

*

p.156 : "Il faut être patient pour formuler exactement ce que l'on pense, pour trouver le bon mot. Je fais parfois un brouillon que j'annote avant de rédiger une version au propre à envoyer. Je pense que l'on doit se montrer pointilleux en matière de communication. Souvenez-vous : les mots, surtout écrits, sont immortels."

*

p.225 : "Il avait construit des maisons, des immeubles ou d'autres choses pour tant de gens, et il était aimé, lui qui disait toujours ce que les gens avaient envie d'entendre. C'est ce qu'il m'a appris, d'ailleurs. A dire ce que les gens voulaient entendre sans que ce soit forcément la vérité, parce que si la plupart des gens affirment vouloir entendre la vérité, c'est faux , et que quand on dit la vérité elle revient nous mordre comme le serpent qui se mord la queue. Je me souviens qu'il nous disait ça à mon frère et moi, et que je n'aimais pas l'entendre, parce que ma mère nous enseignait l'inverse, que si on ne dit pas la vérité on n'obtient rien. On n'est rien."

*

p.261 : "Je deviens aveugle. Ce n'est pas pour vous attendrir que je vous dis cela. Quand je l'ai appris il y a sept ou huit ans, c'était comme si je me réveillais en sursaut d'un long rêve, un rêve qui avait duré toute ma vie, et comme si désormais j'entrais dans la vraie vie, un minuteur venant d'être lancé. Quand je n'aurai plus mes yeux, ce sera ma fin, me suis-je dit, et la pensée de la fin de ma vie, bien que ça paraisse on ne peut plus banal, m'a ramenée dans le passé pour me le montrer sous un angle nouveau."

*

p.283 : "Le chagrin (le plus grand chagrin du monde), c'est comme... quoi, au juste ? Qu'est-ce qui nous arrive, dans ces moments-là ? Je l'ai toujours ressenti comme un cri vivant à l'intérieur de moi. Il s'est un peu adouci avec le temps, mais il ne m'a jamais quittée. Je vais et viens dans la maison, je creuse la terre dans le jardin, j'arpente les allées du supermarché ou je m'assois à mon bureau, et il y a un cri dans ma tête, comme une corne de brume qui annonce la guerre."

Le roman évoque la correspondance jusque dans sa forme, quelle réussite !

Le roman évoque la correspondance jusque dans sa forme, quelle réussite !

25 février 2026

Jane Austen - Une vie entre les pages - Janine Barchas et Isabel Greenberg

  • Titre : Jane Austen - Une vie entre les pages
  • Editions : Presses de la Cité (La cité graphique)
  • Autrice : Janine Barchas
  • Illustratrice : Isabel Greenberg
  • Traductrice : Sarah Tardy
  • Date de parution : 18 septembre 2025
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 978-2258208421

Quatrième de couverture

"Absolument délicieux, charmant et drôle. Même les plus avertis des "Janeïtes" apprendront quelque chose de nouveau. Une façon magique de découvrir la vie et l'oeuvre de Jane Austen."

Paula Byrne, autrice de

La Vraie Jane Austen, une vie dans les petites choses

Jane Austen a 28 ans quand elle tente de faire publier son tout premier roman. Après plusieurs refus, elle finit par accepter l'offre misérable d'un éditeur londonien qui ne fait rien du livre. Mais Jane est déterminée. Et la bourgeoisie campagnarde dans laquelle elle évolue, modeste mais cultivée, l'encourage à poursuivre sa passion.

De ses premières années de romancière en herbe, pleine d'espoir et d'ambition, à sa renommée posthume comme l'une des plus grandes autrices britanniques, Janine Barchas et Isabel Greenberg joignent leurs talents pour nous immerger dans le monde captivant de Jane Austen. 

Traduit de l'anglais par Sarah Tardy

Mes impressions

A l'occasion du 250e anniversaire de la naissance de Jane Austen, voici sa vie racontée sous la forme d'une bande dessinée.

Ce roman graphique commence en 1796, Jane a alors 20 ans et se trouve à Londres avec son frère Frank. Une lettre envoyée à sa soeur Cassandra fait allusion à ce séjour et permet de l'imaginer dans les grandes lignes. Elle y découvre une exposition sur Shakespeare (auteur qui aura une grande influence sur son oeuvre). 

Dans cette biographie illustrée on découvre Jane Austen à travers trois périodes marquantes de sa vie : 

"Les premières années d'aisance à Bath (Partie 1 - 1796/1797 - Une plume en herbe)"

"Les années de vache maigre à Southampton (Partie 2 - 1801/1809 - Des débuts difficiles)"

"Le quotidien plus modeste mais plus stable à Chawton, principale période d'écriture de l'autrice (Partie 3 - 1809/1817 - Publiée)."

J'ai beaucoup aimé l'ingéniosité dans l'utilisation des couleurs. C'est simple et efficace. La majeure partie du roman est dessinée dans les tons de jeune et de bleu, illustrant ainsi la sobriété de la vie de l'autrice. Puis quand son imagination se met soudain en route, quand une idée fuse pour un roman, alors les images deviennent rouge. Un lien direct est ainsi fait entre ce qui dans sa vie a inspiré ses personnages et les lieux dans lesquels ils évoluent. Cela donne une excellente dynamique à l'ouvrage. 

Des fac-similés de documents historiques, couleur sépia, parsèment le roman graphique, donnant plus de force encore à cette biographie. 

A la fin de l'ouvrage un glossaire de 12 pages très documenté et passionnant permet d'approfondir sa lecture. Il représente une mine d'informations et fournit des éclairages sur différentes scènes de la BD. 

Une lecture à la fois plaisir et instructive pour les novices comme pour les plus érudits ! On y apprend beaucoup sur la vie de l'artiste et les liens directs entre cette vie et son oeuvre. Cette biographie est aussi un très bel hommage à Cassandra, la soeur dévouée de l'autrice. 

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9 janvier 2026

KAIROS - Jenny Erpenbeck

  • Titre : Kairos
  • Editions : Gallimard
  • Autrice : Jenny Erpenbeck
  • Traduction : Rose Labourie
  • Date de parution : 28 août 2025
  • Nombre de pages : 432
  • ISBN : 978-2073083333

Quatrième de couverture

Un soir d'été 1986, à Berlin-Est, Katharina et Hans se rencontrent par hasard. Elle est étudiante ; lui, écrivain, a 34 ans de plus qu'elle. Frappés par un véritable coup de foudre, ils entament une liaison passionnée, en dépit de la vie conjugale de Hans et de leur grande différence d'âge. Mais l'intense histoire d'amour se teinte de souffrance et d'obsession à mesure que Hans s'efforce de contrôler la vie de Katharina et tandis qu'autour d'eux  la RDA connaît ses derniers instants. Le régime est sur le point de voler en éclats et la relation amoureuse vacille en même temps que le mur de Berlin. Tissant en une seule intrigue la passion douloureuse et la décomposition politique, Jenny Erpenbeck nous interroge sur les aveuglements intimes et les débordements du pouvoir. Couronné par le prestigieux International Booker Prize en 2024, Kairos est un roman magistral sur la fin de l'Allemagne de l'Est, la complexité des sentiments et la conscience historique. 

Mes impressions

En grec, Kairos désigne "le bon moment, l'instant T ou l'opportunité à saisir."

Hans et Katharina se rencontrent un soir de l'été 1986 à Berlin Est où ils vivent tous les deux. Il a 54 ans, elle en a 19. Il est marié et père de famille. Dès le prologue on apprend que Hans vient de mourir. Le jour de l'anniversaire de Katharina. Alors qu'elle est à Pittsburgh et qu'il lui avait fait promettre de venir à son enterrement. Ce roman est à la fois politique, historique et romanesque. Ce sont ces trois dimensions réunies qui lui donnent sa force et beaucoup de puissance. Lui a fait partie des jeunesses hitlériennes, elle a été biberonnée au programme des jeunes pionniers. Deux pans de l'histoire allemande qui se rencontrent, s'entrechoquent, explosent. A Berlin, trois ans avant la chute du mur. Mais ça ils ne le savent pas. 

Avec une écriture addictive bien que parfois déroutante Jenny Erpenbeck nous convoque à l'autopsie d'une relation amoureuse dans un environnement incertain, tant sur le plan politique que dans la nature-même de la relation. On devine la puissance et la complexité des sentiments et en parallèle la simplicité et l'évidence de l'amour entre ces deux-là. On est en permanence dans leurs pensées, qui se rejoignent sans cesse. On découvre  au fur et à mesure leurs bonheurs et leurs errances, que l'on ne peut pas être et avoir été. Ils sont en permanence à la recherche vaine du "moment" qui les a fait chavirer. 

J'ai cru entrevoir par moments dans le personnage de Hans, tellement tourmenté entre ce qui avait été, n'était plus et ne pourrait plus être, entre les deux Hans, celui d'avant et celui d'après, l'ambivalence qui a dû être dans l'esprit de beaucoup de citoyens de RDA au moment de la chute du mur. Un sentiment de joie mélangée aux regrets, de peur aussi, et cette impression de ne plus pouvoir revenir en arrière, la fin d'une vie, avec ses imperfections mais aussi ses joies. Et tout cela sans pouvoir vraiment changer les choses. 

 

Ce roman, très puissant, riche de très nombreuses références littéraires et musicales, se situe en permanence entre l'ombre et la lumière et laisse un goût amer d'une relation tellement forte qu'elle construit autant qu'elle détruit. Il a reçu lors de sa sortie en Allemagne en 2021 le prestigieux International Booker Prize.

***

Extraits : 

p.157 : "Son statut d'homme marié, qui représente une menace pour la relation amoureuse, est en même temps le terreau de cette liaison. Et sans doute, si Hans est honnête, l'inverse est-il vrai aussi."

p.158 : "Le communisme, c'est le pouvoir des Soviets plus l'électrification de tout le pays."

p.173 : "Si l'on savait toute la vérité, si l'on entendait ce qui reste muet et voyait ce que l'ombre cache, l'espoir aurait-il encore un sens ?"

p. 320 "L'un des deux devait y rester. A présent je ne vois pas comment ils pourraient jamais être réunis. Quoi qu'il en soit, je ne peux plus demander au premier Hans de préparer notre avenir. Et le second Hans n'y croyait déjà plus."

 

8 janvier 2026

Bonne année 2026 !

C'est avec des images de Berlin sous la neige la semaine dernière que je viens vous souhaiter une 

Très belle année 2026

De belles lectures, des découvertes, des rencontres enrichissantes, une bonne santé, la paix, la sérénité et la réalisation de vos voeux. Le Guten Rutsch ins neue Jahr (bonne glissade dans la nouvelle année) comme on dit en Allemagne pour souhaiter la bonne année n'a jamais été autant d'actualité !

A très bientôt pour de nouveaux échanges ! 

25 novembre 2025

Seul le vent connaît mon nom - Isabel Allende

  • Titre : Seul le vent connaît mon nom
  • Autrice : Isabel Allende
  • Editions : City Editions
  • Date de parution : 4 juin 2025
  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2824629247

Quatrième de couverture

Vienne, 1938. Samuel a cinq ans lorsque son père est sauvagement assassiné pendant la Nuit de Cristal. Juste parce qu'il est juif. Rongée par la peur et le désespoir, la mère de Samuel n'a qu'une issue : elle doit faire quitter le pays à son fils pour le protéger de l'enfer. 

Effrayé et seul, le petit Samuel monte à bord d'un train qui va le conduire de l'Autriche occupée jusqu'en Angleterre. C'est le début d'un long voyage pour le garçon qui ne reverra jamais sa mère et dont le seul réconfort sera de jouer du violon. 

Soixante-dix ans plus tard, la jeune Anita et sa mère montent elles aussi dans un train, fuyant la violence du Salvador pour trouver un asile aux Etats-Unis. Mais à leur arrivée, elles sont séparées et Anita se retrouve seule. Heureusement, elle est accueillie dans un refuge tenu par Samuel. Un havre de paix aux douces vibrations d'un violon qui répare les âmes brisées et chante l'espoir d'une nouvelle vie. 

DEUX ENFANTS. DEUX COMBATS. UN MÊME ESPOIR. 

Mes impressions

Seul le vent connaît mon nom est un magnifique roman qui raconte les destins dramatiques croisés de différents personnages jusqu'à ce que l'on découvre les liens qui les unissent, au-delà de leurs histoires semblables. 

1938. Samuel Adler, né à Vienne, enfant unique de Rudolf et Rachel Adler, a 5 ans au moment de la Nuit de Cristal, au cours de laquelle son père, médecin, est tué. Peu de temps après, il dit au-revoir à sa mère et est envoyé en Angleterre par le Kindertransport. 

2019. Anita Diaz, après avoir fui le Salvador avec sa mère, lui a été arrachée au passage de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et se retrouve internée dans un centre de rétention avec d'autres enfants qu'elle ne connaît pas, dans la même situation qu'elle. 

Tous deux vivent désormais dans l'espoir de revoir leurs mères. 

De Vienne, où est né Samuel Adler (surnommé plus tard Monsieur Bogart par sa femme Nadine rencontrée à la Nouvelle Orléans) à Berkeley en passant par l'Angleterre et le Salvador, Isabel Allende nous raconte les destins hors du commun de Samuel et de la petite Anita, tous les deux victimes de la folie des hommes. Sur des continents différents, à des époques différentes, pour des raisons différentes. 

Deux autres personnages, tout aussi importants, contribueront chacune à leur manière, à la rencontre de Samuel et Anita. Il s'agit de Leticia, également réfugiée Salvadorienne avec une histoire bien triste et compliquée, et de Selena, qui elle travaille pour le Projet Magnolia, venant en aide aux réfugiés et aux migrants. 

Après les chapitres de présentation des personnages (par moments fastidieux mais nécessaires) on entre dans l'histoire, celle d'Anita, dont la maman, Marisol,  reste introuvable. Selena, qui a demandé de l'aide à un cabinet d'avocats, décide d'aller enquêter avec l'un d'eux au Salvador. Arrive alors la pandémie de 2020 et les difficultés qui l'accompagnent. Dans ce contexte, chacun se replie, Samuel, maintenant veuf et âgé, doit renoncer à ses sorties quotidiennes. Il propose alors à Leticia, qui intervenait déjà ponctuellement chez lui pour quelques courses et du ménage, de venir s'installer avec lui dans sa grande et vieille maison. C'est dans ce contexte que Selena leur propose d'accueillir la petite Anita en attendant de lui obtenir un visa ou de retrouver sa maman. 

Je ne peux en raconter plus sans en dire trop. La rencontre entre Samuel et Anita est évidemment bouleversante, elle permet à Samuel de régler quelques comptes avec sa propre histoire et surtout d'ouvrir son coeur, qu'il avait tenu bien fermé toutes ces années, sans doute pour se protéger. 

De ce roman, parsemé de scènes racontant l'horreur, se dégage un message de paix, d'amour, d'espoir. D'amour retrouvé grâce aux autres, qui redonnent du courage, grâce à une force intérieure que chacun doit trouver, grâce à la musique aussi, qui a mené Samuel vers l'apaisement. 

Ce livre donne également une visibilité sur les violences faites aux femmes au Salvador à travers un fait divers qui a bouleversé le pays en 2021. Il apporte aussi un éclairage sur ce qu'il se passe de nos jours à la frontière américaine avec le Mexique, notamment quand on sépare les enfants de leurs parents de façon violente.  

"Il y a une étoile où tous les gens et les animaux sont heureux, et c'est encore mieux que le ciel, parce qu'on n'a pas besoin de mourir pour y aller." 

Anita Diaz

 

Je remercie Babelio ainsi que City éditions pour la découverte de ce roman. 

Je remercie Babelio ainsi que City éditions pour la découverte de ce roman. 

5 novembre 2025

Sommerhaus am See - Thomas Harding et Britta Teckentrup

Sommerhaus am See - Thomas Harding et Britta Teckentrup

Mes impressions

A l'automne 2023, nous nous sommes arrêtés sur cette route qui mène de Berlin à Potsdam et que nous avions empruntée si souvent sans deviner qu'au bout de ce chemin sur la gauche se cachait un trésor. Une jolie maisonnette au bord du lac, la Alexander Haus. Non seulement elle est jolie mais elle a une histoire époustouflante ! C'est cette histoire que nous racontent Thomas Harding et Britta Teckentrup dans leur bel album. 

En 1927, le docteur berlinois Alfred Alexander et sa femme décident de faire construire une petite maison au bord du lac de Glienicke. Cette maison sera leur havre de paix loin des bruits de la ville les week-ends et aux vacances. Leurs 4 enfants, parmi eux Elsie, la deuxième, grand-mère du journaliste anglais Thomas Harding, s'y fabriquent des souvenirs heureux pour la vie. 

 

Avec la montée du racisme, la famille Alexander part se réfugier en Grande-Bretagne. Il faut fermer la maison, ils ne reviendront plus jamais à Berlin ni à Potsdam. 

Au fil des années, plusieurs familles vont habiter cette maison, confisquée par la Gestapo puis revendue pour le quart de sa valeur. Un couple viendra même s'y réfugier pendant la seconde guerre mondiale. Tout près de la maison, les Russes, puis au bout du chemin une base aérienne britannique. 

En 1961, le mur qui entoure Berlin Ouest est érigé et passe dans le jardin, interdisant désormais l'accès au lac Gross Gliniecke (les supports des poteaux en béton sont encore visibles aujourd'hui). 

Pendant ce temps en Angleterre, Elsie a fondé une famille à son tour et elle raconte souvent à son petit-fils Thomas ses souvenirs d'enfance, cette maison du lac dans laquelle elle a été si heureuse . 

En 1993 Thomas Harding n'y tient plus, il emmène sa grand-mère à Potsdam, revoir sa maison au bord du lac. Elle est alors habitée par un couple qui en ignore l'histoire. Peu de temps après, la maison est définitivement fermée. Elle est vide et se dégrade de 2003 à 2013. 

Hanté par ce souvenir, le journaliste revient à Potsdam en 2013, après le décès de sa grand-mère. Il trouve la maison du lac en ruines, délabrée, à l'abandon. Il décide alors de la sauver et de lui redonner ses couleurs d'antan. Avec des membres de la famille et les habitants du quartier il fonde une association. La maison est baptisée Alexander Haus. C'est aussi le nom de l'association qui fait revivre cette maison. Tous ensemble ils ont travaillé dur pour la sauver. 

Aujourd'hui la maison se visite, elle est également un lieu d'éducation et de réconciliation, accueillant régulièrement écoliers et étudiants de différents pays, cultures et religions. Devant la maison, des panneaux retraçant son histoire accueillent les visiteurs. 

Thomas Harding raconte tout d'abord cette histoire extraordinaire dans un livre intitulé "The house by the lake" (Sommerhaus am See en allemand) puis dans ce sublime album jeunesse éponyme. 

"Une maison, quatre familles et 100 ans d'histoire allemande." 

L'histoire est belle, la maison est belle, le livre est beau ! Les illustrations de Britta Teckentrup, associant collages et transparences s'accordent si bien avec les différents états, heureux ou malheureux, traversés par cette maison, qui à elle toute seule raconte l'histoire de l'Allemagne.

Un bonheur de lecture, une visite INOUBLIABLE ! 

Mille mercis à l'association Alexander Haus ainsi qu'à Berlind Wagner pour cet accueil si chaleureux !

***

Sommerhaus am See s'inscrit dans la  collection "Häuser und ihre Geschichte" (Les maisons et leur histoire) à  laquelle appartiennent également les titres suivants, du même auteur et de la même illustratrice : 

"Das alte Haus an der Gracht : das Anne Frank Haus in Amsterdam" traduit en français "La maison au bord du canal, l'histoire de la maison d'Anne Frank" et publié par Les éditions La Partie

"Das alte Haus auf der Farm : die Geschichte des Hauses von Harriet Tubman" raconte l'histoire de la maison d'Harriet Tubman.

"Das Haus am Park : Judith Kerr und ihr Leben in London" qui raconte la maison et la vie de Judith Kerr à Londres et vient tout juste de sortir ici en Allemagne chez Jacoby Stuart. 

J'espère que tous ces titres seront un jour édités en français !

 

 

24 septembre 2025

Quitter la vallée - Renaud de Chaumaray

  • Titre : Quitter la vallée
  • Auteur : Renaud de Chaumaray
  • Editions : Gallimard
  • Date de parution : 21 août 2025
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN : 978-2073115362

Quatrième de couverture

Au coeur du Périgord, dans la vallée de la Vézère, Clémence et son fils trouvent refuge dans une maison isolée afin d'échapper à la violence d'un homme. Dans ce lieu resserré, vert et minéral, ils peuvent enfin essayer de se reconstruire. Non loin de là, Fabien se prend à rêver : et s'il venait de découvrir une grotte ornée de peintures préhistoriques ? Accompagné de sa fille, le spéléologue amateur, employé à Lascaux IV, se lance dans l'exploration de la cavité inconnue. Dans le village voisin, Guilhèm, un jeune paysan, fait la rencontre de Marion, une vacancière au charme magnétique à laquelle il décide de dévoiler les secrets de sa vallée. Mais un jour, devant la vieille demeure, alors que Clémence avait laissé son fils jouer sans surveillance, le petit garçon disparaît... Par ces trois récits qui révèlent peu à peu leurs ramifications invisibles et dessinent une fresque inattendue, ce roman offre une plongée haletante dans un territoire où le temps et la roche se confondent. Servi par une langue éblouissante, Quitter la vallée raconte le désir farouche que l'on éprouve, tôt ou tard, d'échapper à sa propre condition. 

Mes impressions

Dans ce roman, trois histoires. Quatre peut-être. Mais finalement une seule. Je viens de le terminer et c'est un énorme coup de coeur ! Il est difficile de mettre des mots sur un tel récit, aussi bien raconté, aussi bien construit. 

Nous sommes au coeur du Périgord Noir, dans la vallée de la Vézère. C'est là que Clémence a choisi de venir se réfugier avec son fils Tom, 6 ans, pour échapper à la violence de son conjoint. Mais peu après leur arrivée, Tom disparaît mystérieusement. 

Guilhèm, lui, rencontre Marion lors d'un mariage dans un village voisin et ils entament une relation amoureuse qu'ils savent éphémère, un peu ambiguë, mais exaltante. Guilhèm, l'enfant du pays, qui rêve d'ailleurs, d'évasion, décide de faire découvrir sa vallée à Marion, qui n'est pas d'ici. 

Avec Fabien, passionné de spéléologie et de paléontologie, accompagné de sa fille Johanna, étudiante en médecine, nous partons explorer une grotte qu'il pense découvrir. Le Graal. Leur expédition dans les entrailles de la Terre n'est pas sans surprise. Fabien travaille à Lascaux IV mais il reste un amateur. Eclairé certes, mais amateur. 

Rien ne semble lier ces différents protagonistes. Et pourtant. Avec ces trois récits qui finissent par se fondre les uns dans les autres, Renaud de Chaumaray nous tient en haleine du début à la toute fin. 

L'auteur sait suggérer, faire apparaître les images dans nos têtes et nous entraîne à la découverte de merveilleux paysages ainsi que d'une grotte encore inexplorée et c'est à couper le souffle. Comme dans son précédent roman, il donne un rôle essentiel à la nature. Et il nous offre un extraordinaire voyage dans le temps. Il nous l'offre en nous le faisant nous-mêmes expérimenter. Il est un peu magicien. C'est surprenant, agréablement déroutant, bluffant. 

Quelle justesse et quelle force dans les descriptions qui sont d'ailleurs toujours des propositions. 

Ce roman offre aussi quelques échappées dans la Préhistoire qui raviront les passionnés et éclaireront les novices (dont je suis) d'une très belle façon. 

Les traces de temps, les traces qu'on laisse, les limites de la folie, l'impact des événements sur l'existence. La vie. 

p.41 "L'enfance de Guilhèm a été conditionnée par son nævus flammeus. Son rapport aux autres s'est construit sur cette singularité, avec tout ce que ça implique de courage et d'acceptation. Le collège a été éprouvant, mais il n'a pas "cassé", comme il le dit lui-même. Il se voyait comme le roseau de la fable, ployant sous les moqueries et les sobriquets qu'on lui accolait constamment. Puis, à l'âge adulte, un déclic, une mue soudaine : l'orgueil et la défiance. Et la certitude qu'il finirait par crever s'il continuait de subir. Désormais, il arbore son angiome comme un flambeau, un emblème ostentatoire. Dans la rue, dans les commerces, il se tient droit, le menton haut, provoque les badauds les moins discrets, les fixant sans vergogne jusqu'à ce qu'ils baissent les yeux. La gêne peut changer de camp très rapidement."

***

p.47 "De vacances passées à Tursac chez des amis de sa mère, elle avait gardé le souvenir de forêts denses et de hameaux séculaires perchés au-dessus des cours d'eau. Elle se rappelait en détail les reliefs de cette région, leur lisibilité. Elle qui avait grandi dans un des départements les plus plats du pays avait toujours été fascinée par les topographies tourmentées. Ici, les paysages racontaient sans ambages l'affrontement qui opposait l'eau à la pierre. En résultait un territoire tout en compromis : soit la Vézère prenait ses aises, élargissait les fonds de vallée et creusait la roche comme du beurre, soit le calcaire résistait et contraignait la rivière aux détours et aux cingles. Elle avait décidé que cet endroit ferait un refuge idéal pour Tom et pour elle."

***

p.79 "Sur la rive opposée, la végétation et la falaise se reflètent dans la Vézère, offrant l'image d'un roc suspendu entre deux ciels. Et pendant que le feu qui l'animait s'éteint lentement, il se demande s'il aime ou s'il déteste cette région. Il sait la force qu'il faut pour s'extraire de ces provinces dont la douceur vous endort. Les bras de cette vallée sont comme ceux d'une mère, réconfortants et étouffants à la fois."  

Et pour finir, quelques images d'une belle rencontre avec Renaud de Chaumaray au Shack Paris à l'occasion d'une soirée organisée par Cultura dans le cadre du Prix talent Cultura 2025. Quitter la vallée figure parmi les quatre finalistes !
Et pour finir, quelques images d'une belle rencontre avec Renaud de Chaumaray au Shack Paris à l'occasion d'une soirée organisée par Cultura dans le cadre du Prix talent Cultura 2025. Quitter la vallée figure parmi les quatre finalistes !
Et pour finir, quelques images d'une belle rencontre avec Renaud de Chaumaray au Shack Paris à l'occasion d'une soirée organisée par Cultura dans le cadre du Prix talent Cultura 2025. Quitter la vallée figure parmi les quatre finalistes !

Et pour finir, quelques images d'une belle rencontre avec Renaud de Chaumaray au Shack Paris à l'occasion d'une soirée organisée par Cultura dans le cadre du Prix talent Cultura 2025. Quitter la vallée figure parmi les quatre finalistes !

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