Ceux du Lutetia - Jean-Patrick Razon
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- Titre : Ceux du Lutetia - Des mots pour dire la Shoah
- Editions : Rue de l'échiquier
- Auteur : Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger, propos recueillis par Jean-Patrick Razon.
- Date de parution : 24 octobre 2025
- Nombre de pages : 134
- ISBN : 978-2374255446
Quatrième de couverture
"L'urgence, c'est de faire en sorte que tout se sache afin que les générations futures n'aient pas à revivre cela." (Shelomo Selinger)
Quatre-vingts ans après la libération des camps de la mort, que peut-on dire aujourd'hui quand on en est revenu et qu'on est sur le point de se taire pour toujours ? Jean-Patrick Razon n'a pas pu le demander à son oncle Simon, jeune résistant juif, assassiné à Auschwitz où il fut déporté par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon. Alors, il a interrogé "ceux du Lutetia", un cercle d'amis, parmi les derniers rescapés de la Shoah : Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger.
Ensemble, ils ont dressé la liste des mots qui leur venaient à la bouche : "camp" évidemment, "cauchemar", "haine", "matricule", "transport"... mais aussi : "amour", "beauté", "bonheur", "espoir", "liberté", "solidarité", "urgence".
L'occasion de nous livrer, au fil de cet abcédaire, leurs vérités apprises dans l'imminence de la mort : "le devoir moral de se révolter quand une loi est faite pour te réduire à un être inférieur " ; "je suis arabe quand un Arabe est torturé ou souffre ; je suis noir quand je vois le racisme contre les Noirs."
Et, entre trois blagues, cette ultime mise en garde : "Quand un peuple oublie son histoire, je crois qu'il peut revivre son destin malheureux."
Mes impressions
Pour honorer la mémoire de son oncle déporté à Auschwitz via Drancy et qui n'en est jamais revenu, avec "Ceux du Lutetia", Jean-Patrick Razon réunit une dernière fois Armand Bulwa, Ginette Kolinka, Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Shelomo Selinger. Anciens déportés eux aussi, qui sont revenus et avaient pour habitude depuis quelques années de se retrouver une fois par mois au restaurant de l'hôtel Lutetia, hôtel qui a vu revenir les rescapés des camps mais aussi tant de familles attendant en vain le retour d'un proche.
Par l'intermédiaire de Marguerite Loridan-Ivens, l'auteur a été invité à se joindre au groupe - qui entre temps avait décidé de changer de cantine - lors de leurs réunions mensuelles. Ils ont ensemble "dressé la liste des mots qui leur venaient à la bouche, puis ils ont réagi comme cela leur venait à chacun de ces mots, classés dans l'ordre alphabétique.
"Ames, Amour, Anges, Antisémitisme, Audace, Beauté, Blagues, Bonheur, Camp..." sont les premiers mots de cette liste. Chacun réagit à ces mots comme bon lui semble, avec ses états d'âme, son histoire, sa sensibilité et ses souvenirs. Il est précisé au début du livre dans un mot de l'éditeur, que les propos ont été transcrits volontairement sans altération pour "conserver les marques d'oralité" et garder ainsi une précieuse spontanéité. Et quelle bonne idée ! Quand on connaît un peu les personnages assis autour de la table, on reconnaît très bien leur façon de s'exprimer et cela nous donne l'impression d'être assis là avec eux.
Au début du livre également, un portrait de chacun des protagonistes, accompagné d'une photo.
Après avoir lu les témoignages de Marguerite Loridan-Ivens et de Ginette Kolinka, j'ai beaucoup aimé découvrir ces discussions, un peu comme si j'étais une petite souris en train de les observer autour de la table.
Une très belle façon de recueillir des témoignages spontanés. D'ailleurs, tous ne réagissent pas à chaque mot, ce qui donne une belle fluidité à cette "conversation".
Depuis, les voix de Marceline Loridan-Ivens, Benjamin Sadia et Armand Bulwa se sont tues. D'où l'importance de consigner et de diffuser ces témoignages. Mes prochains objectifs sont de lire les livres de Shelomo Selinger et Armand Bulwa.
J'ai été particulièrement sensible aux propos et aux analyses tellement humanistes de Shelomo Selinger dans ce livre.
Merci à Babelio ainsi qu'aux éditions Rue de l'échiquier pour cette lecture précieuse.
AMOUR
p.18 (Shelomo) "J'avais un trésor en moi : j'étais sûr de l'amour de mes parents. Et chaque fois que je ne supportais plus, ça m'éclairait quand il faisait trop nuit, ça me chauffait quand il faisait trop froid."
p.23 (Armand) "Au bout de cinq ans et demi, on en avait marre de la vie. Il y a des jours on aurait voulu mourir, on ne tenait pas, et s'il n'y avait pas eu les copains, on n'aurait pas pu tenir le coup. Parce que je sentais la présence de quelqu'un qui m'aimait, qui voulait m'aider. Quelqu'un qui te donne une claque dans le dos et qui te dit : "Tu ne vas pas lâcher maintenant alors que ça dure déjà depuis tellement d'années."
ANGES
p.25 (Marceline) "Quelquefois, on ne sait pas où on va, quelquefois les pensées sont vagues mais on sait qu'il va falloir survivre avec ça. Il faut survivre avec ça. Rien ne tombe du ciel. Revenir de Birkenau, c'est revenir de l'autre côté du monde. J'ai toujours eu le sentiment de revenir de l'autre côté de ce monde-là."
AUDACE
p.30 (Marceline) "Faut pas avoir peur dans la vie, même si t'as peur faut avoir du rutspe, du culot en yiddish. Le culot de la peur. Elle est importante cette peur, elle te pousse à te surpasser, elle joue un rôle fondamental. Heureusement que t'as peur, les gens sans talent n'ont pas peur."
BEAUTE
p.31 (Shelomo) "La chose qui m'était insupportable, c'était la beauté. A Gross-Rosen aussi bien qu'à Flossenbürg, le paysage était magnifique. Dans les baraques, il y avait une sorte de seau où on urinait et on le sortait la nuit pour le vider dans les... on ne peut pas dire les toilettes, dans les trous. Je voyais la lune, je voyais les arbres derrière les barbelés, je voyais la montagne et au loin, à Flossenbürg, il y avait les ruines d'un château. Toute cette beauté était démoralisante. Je ne supportais pas la beauté. La mort, la saleté, la vermine étaient notre vie et il nous était impossible de supporter la beauté autour de nous."
CAMP
p.40 (Armand) " Nous sommes arrivés dans des wagons où nous étions cent-dix, cent-vingt, en plein hiver par moins 25. Nous avions voyagé durant quatre jours et quatre nuits, nous sommes passés par plusieurs camps où il n'y avait pas de place pour nous et c'est à Buchenwald qu'on a trouvé de la place, c'était un camp qui était fait pour mille personnes, on était quatre ou cinq mille. L'arrivée n'a pas été drôle, on nous a fait débarquer, sur la rampe. Nous étions cent-dix dans mon wagon au départ et sur cent-dix nous n'étions plus que quarante-cinq vivants. J'avais quinze ans et demi. Je suis resté à Buchenwald pendant six mois."
DISPARITION
p.67 (Shelomo) " Et à mon âge, ça ne s'arrête pas ! Tout le monde disparaît. Comment se résigner à ça, puisque c'est l'ordre des choses ? Moi aussi je vais disparaître, mais tant que je suis là, je suis éternel."
ESPOIR
p.74 (Shelomo) " Il y a espoir et désespoir, quand yu es torturé tu es dans le désespoir total. J'ai quand même toujours cru que je m'en sortirais, car j'avais un capital, un capital d'amour. Les êtres humains sont comme des escargots, ils portent leur maison toute leur vie ; et je portais en moi l'amour que m'avaient donné ma mère et mon père. D'ailleurs je le porte toujours."
LIBERTE
p.93 (Shelomo) " La liberté c'est comme la santé, comme le disait le poète polonais Adam Mickiewicz quand son pays a été envahi : on commence à l'apprécier quand on l'a perdue."
p.94 (Marceline) " L'important c'est de rester indépendant de la pensée des autres. Etre libre, c'est être fier de ses propres opinions. Il ne faut pas craindre ses différences. Il faut les accepter. Tu dis ce que tu as à dire, ça plaît ou ça ne plaît pas, tant pis. Souvent les gens ont peur de ne pas penser comme les autres, comme si ça les confortait de penser comme tout le monde, mais c'est l'erreur."
URGENCE
p.130 (Shelomo) " Quand nous sommes revenus des camps, nous voulions parler mais les gens ne croyaient pas que c'était possible, alors nous nous sommes tus. Malgré ça, des gens ont écrit des bouquins. Mais les gens ne voulaient pas croire, ne voulaient pas voir. Même nous, nous voulions oublier. Mais nous avions tort, parce que lorsqu'un peuple oublie son histoire, il sera très certainement obligé de la revivre. Ce n'est pas une mémoire pour le passé, c'est une mémoire pour l'avenir. Voilà pourquoi c'est une urgence. "
p.131 (Ginette) " Moi je dis que je n'ai pas de sentiment. Je parle comme ça et tout à l'heure je peux aller danser dans un cabaret ! J'ai des amies qui se rendent malades quand elles parlent de ça, et pendant deux, trois jours elles font des cauchemars, moi non. Je fais quelquefois jusqu'à trois interventions par jour, ça ne me fait rien. Le peu de copines que j'ai n'ont jamais voulu témoigner, elles ne sont pas du tout comme moi, elles sont vieilles, dans leur coin, hargneuses, elles en veulent au monde entier. Moi je vais témoigner et je ne vois que des gens agréables, les professeurs, les élèves, ça me stimule."
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