La Correspondante - Virginia Evans
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- Titre : La Correspondante
- Editions : La Table Ronde (Collection Quai Voltaire)
- Autrice : Virginia Evans
- Traduction : Leïla ColombierMary PoppinsM
- Couverture : Cheeri Paris
- Date de parution : 8 janvier 2026
- Nombre de pages : 336
- ISBN : 979-1037114884
Quatrième de couverture
"Je me suis mise à écrire des lettres, et c'est devenu une obsession. Le plus souvent, quand j'en écrivais une, j'en recevais une en retour. Cela surprend, mais j'ai découvert que la plupart des gens répondent. La première lettre de ma vie remonte à 1948, et je l'avais adressée à P.L.Travers, au sujet de son livre Mary Poppins."
Mère puis grand-mère, femme divorcée, retraitée d'une brillante carrière dans le droit, Sybil Van Antwerp vit seule et n'aspire qu'à une existence paisible, aiguisant chaque jour sa plume pour rédiger des courriers avec un franc-parler capable de désarmer avocats de renom et grands écrivains. Mais tandis que sa vue baisse inexorablement, des lettres anonymes toujours plus menaçantes sont déposées une à une dans sa boîte, la forçant à replonger dans un passé douloureux.
Greffière au chignon strict passant la porte du tribunal ; vieille dame longeant le fleuve avec une canne ; adolescente dévorant Tolkien et C.S.Lewis ; correspondante cherchant le mot juste ; lettre après lettre, Virginia Evans compose le portrait d'une femme multiple, dans un premier roman mordant.
Mes impressions
Quelle façon originale de découvrir un personnage ! Au fil des pages, à la lecture des lettres et mails reçus et envoyés, nous découvrons la vie de Sybil van Antwerp, juriste retraitée, mère, grand-mère et divorcée, qui mène désormais une existence solitaire pour, du moins le pense-t-elle, son plus grand plaisir. Bon. Ça s'appelle un roman épistolaire. Donc c'est normal. Mais ici les informations distribuées dans chaque lettre (et les lettres ne se répondent pas de façon systématique) le sont de façon si subtile que le lecteur se prend très vite au jeu.
Chaque nouvelle correspondance (elles apparaissent dans un ordre chronologique) est pour nous l'occasion d'en savoir plus sur ce personnage qu'est Sybil, sur sa vie, ses joies, ses drames, son environnement, son caractère (elle n'est pas commode) et ses failles. On y glane aussi de belles idées de lectures ! N'ayant pas vu la note au début du livre qui explique que tous les conseils de lecture sont répertoriés dans une liste à la fin, j'ai établi ma propre liste au fur et à mesure...
Et puis parmi les lettres de sa famille, de ses connaissances, se glissent de temps à autre des lettres anonymes pas très agréables et plutôt menaçantes, signées DM. Sybil va devoir mener son enquête. Et des enquêtes, dans ce récit, il y en aura d'autres.
Ce roman épistolaire se lirait presque comme une histoire à suspense tant les informations distillées à petite dose donnent envie d'en savoir plus. Allez, encore une lettre et je pose le livre ! Et puis encore une, juste une dernière ! Oh zut, la suivante est de sa fille, je m'arrête juste après... Et puis parmi ces lettres, une lettre qu'elle écrit depuis des années, mais qu'elle n'a encore jamais envoyée... Le destinataire n'est pas mentionné.
Sybil Van Antwerp écrit le lundi, mercredi, vendredi et samedi. Sa vie est organisée de façon millimétrée. Mais Sybil est inquiète car elle est en train de perdre la vue progressivement. Et plus sa vue diminue, plus elle se livre dans ses lettres. Comme pour y consigner et livrer aux autres ce qu'elle ne verra bientôt plus. Pour une amoureuse des lettres et de l'écriture, la cécité que lui réserve l'avenir plus ou moins proche peut paraître un problème majeur... Mais finalement à mesure qu'elle perd la vue, sa vie change. Et pas forcément dans le sens attendu.
Ce livre est une merveille qui parle, à travers les petites choses du quotidien, de la famille, de l'existence, de la mort, de la maladie, de la perte d'un enfant ("Le plus grand chagrin du monde"), de culpabilité, de rédemption, d'écriture bien sûr et de lecture. Mais avant tout de LA VIE !
Un premier roman très réussi, qui mérite le succès et la visibilité qu'il rencontre en ce moment.
L'histoire est aussi belle que son contenant ou inversement. La couverture du livre est magnifique et... a la forme d'une enveloppe ! Quelle idée géniale !
Parmi les nombreux livres cités dans La Correspondante, 84 Charing Cross Road, que j'avais tant aimé et auquel je pensais justement en découvrant Sybil.
Un grand merci aux éditions de La Table Ronde pour cette belle opportunité de lecture !
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J'ai voulu consigner ici tous les extraits qui m'ont touchée. Ils sont nombreux, je n'ai pas pu choisir.
p.44 : "Puisqu'un tel cycle ne s'applique pas dans la vie humaine, j'en conclus qu'en matière de saisons chacun de nous n'a droit qu'à un tour. Nous naissons et traversons l'enfance au printemps. Nous vivons ces glorieuses années, passionnantes et pleines d'allant, que sont la vingtaine, la trentaine et la quarantaine, en été. Nous nous retirons en nous-mêmes à l'automne, saison fraîche mais pas encore froide, intense et aromatique. Et quand vient l'hiver, c'est la vieillesse (soudaine) et la mort. Un tour par personne, à moins qu'il ne soir interrompu, comme ç'a été le cas pour Gill et pour Quintana."
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p.70 : "Je peine à comprendre comment les enfants sont capables d'atteindre de tels degrés de cruauté, et je sais que tu sais, mais je tiens tout de même à le répéter : quand une ou plusieurs personnes te traitent mal, leur attitude est le reflet d'elles-mêmes, et du malheur qu'elles ont au fond du coeur. Ça ne change rien à l'affaire de le savoir quand on est jeune, mais plus tard, si."
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p.76 : "Ecrire des lettres, en revanche, c'est resté bien présent. Je me demande ce que je ferai quand je n'y verrai plus rien. Je suis beaucoup trop vieille pour apprendre une façon de contourner le problème, comme le braille ou la dictée vocale. Tel un poisson qu'on a extrait de son bassin et laissé sur le rebord en plein soleil, je mourrai, probablement."
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p.99 : "Quand je me repasse le film de cette époque, j'ai honte, et pourtant je ne vois pas ce que j'aurais pu faire autrement. Il n'y a, je crois, que deux issues possibles au chagrin partagé : soit on s'accroche désespérément l'un à l'autre et on résiste de toutes nos forces, soit on baisse les bras, et aussitôt s'érige un mur trop haut pour être franchi. Pour nous, ç'a été la deuxième."
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p.123 : "Salut de Belgique, maman. Pensé à toi aujourd'hui - trouvé dans une librairie une traduction de 84 Charing Cross Road (Helen Hanff) - tu l'avais lu ? Je l'ai ouvert et j'ai lu quelques lettres - j'avais oublié à quel point elles étaient drôles, elles me font un peu penser à toi. Bref, c'est là que j'ai acheté cette carte et je t'écris depuis un café."
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p.140 : "Elle a voulu savoir avec qui je correspondais et je lui ai répondu : n'importe qui ! Les lettres qui me sont le plus chères n'auraient pas eu grand intérêt pour elle, mais je lui ai montré quelques lettres parmi les plus mémorables - celle de Jackie Kennedy, celle de Walt Disney. Elle était sidérée de voir que les gens répondent, alors bien sûr je lui ai dit : les gens ne sont jamais que des gens. Célèbres ou non. C'est idiot, mais ça m'a amusée de me replonger là-dedans. Une fois qu'elle est partie j'ai passé le reste de l'après-midi à feuilleter une partie du courrier que j'ai gardé. Des centaines de lettres, sans doute même des milliers, et il faut se dire que chacune a sa moitié quelque part, même si c'est dans un tas d'ordures."
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p.154 : "J'en viens à vos questions concernant l'écriture de lettres. Je dois d'abord dire que je suis touchée par votre mot, car voici un secret : mes lettres ont plus d'importance pour moi que n'importe quelle étape de mon parcours dans le droit. La correspondance est le pilier de ma vie, tandis que je n'ai exercé le droit qu'une trentaine d'années. Etre greffière était mon métier ; la somme de mes lettres est ce que je suis."
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p.156 : "Il faut être patient pour formuler exactement ce que l'on pense, pour trouver le bon mot. Je fais parfois un brouillon que j'annote avant de rédiger une version au propre à envoyer. Je pense que l'on doit se montrer pointilleux en matière de communication. Souvenez-vous : les mots, surtout écrits, sont immortels."
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p.225 : "Il avait construit des maisons, des immeubles ou d'autres choses pour tant de gens, et il était aimé, lui qui disait toujours ce que les gens avaient envie d'entendre. C'est ce qu'il m'a appris, d'ailleurs. A dire ce que les gens voulaient entendre sans que ce soit forcément la vérité, parce que si la plupart des gens affirment vouloir entendre la vérité, c'est faux , et que quand on dit la vérité elle revient nous mordre comme le serpent qui se mord la queue. Je me souviens qu'il nous disait ça à mon frère et moi, et que je n'aimais pas l'entendre, parce que ma mère nous enseignait l'inverse, que si on ne dit pas la vérité on n'obtient rien. On n'est rien."
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p.261 : "Je deviens aveugle. Ce n'est pas pour vous attendrir que je vous dis cela. Quand je l'ai appris il y a sept ou huit ans, c'était comme si je me réveillais en sursaut d'un long rêve, un rêve qui avait duré toute ma vie, et comme si désormais j'entrais dans la vraie vie, un minuteur venant d'être lancé. Quand je n'aurai plus mes yeux, ce sera ma fin, me suis-je dit, et la pensée de la fin de ma vie, bien que ça paraisse on ne peut plus banal, m'a ramenée dans le passé pour me le montrer sous un angle nouveau."
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p.283 : "Le chagrin (le plus grand chagrin du monde), c'est comme... quoi, au juste ? Qu'est-ce qui nous arrive, dans ces moments-là ? Je l'ai toujours ressenti comme un cri vivant à l'intérieur de moi. Il s'est un peu adouci avec le temps, mais il ne m'a jamais quittée. Je vais et viens dans la maison, je creuse la terre dans le jardin, j'arpente les allées du supermarché ou je m'assois à mon bureau, et il y a un cri dans ma tête, comme une corne de brume qui annonce la guerre."
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