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9 janvier 2026

KAIROS - Jenny Erpenbeck

  • Titre : Kairos
  • Editions : Gallimard
  • Autrice : Jenny Erpenbeck
  • Traduction : Rose Labourie
  • Date de parution : 28 août 2025
  • Nombre de pages : 432
  • ISBN : 978-2073083333
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Quatrième de couverture

Un soir d'été 1986, à Berlin-Est, Katharina et Hans se rencontrent par hasard. Elle est étudiante ; lui, écrivain, a 34 ans de plus qu'elle. Frappés par un véritable coup de foudre, ils entament une liaison passionnée, en dépit de la vie conjugale de Hans et de leur grande différence d'âge. Mais l'intense histoire d'amour se teinte de souffrance et d'obsession à mesure que Hans s'efforce de contrôler la vie de Katharina et tandis qu'autour d'eux  la RDA connaît ses derniers instants. Le régime est sur le point de voler en éclats et la relation amoureuse vacille en même temps que le mur de Berlin. Tissant en une seule intrigue la passion douloureuse et la décomposition politique, Jenny Erpenbeck nous interroge sur les aveuglements intimes et les débordements du pouvoir. Couronné par le prestigieux International Booker Prize en 2024, Kairos est un roman magistral sur la fin de l'Allemagne de l'Est, la complexité des sentiments et la conscience historique. 

Mes impressions

En grec, Kairos désigne "le bon moment, l'instant T ou l'opportunité à saisir."

Hans et Katharina se rencontrent un soir de l'été 1986 à Berlin Est où ils vivent tous les deux. Il a 54 ans, elle en a 19. Il est marié et père de famille. Dès le prologue on apprend que Hans vient de mourir. Le jour de l'anniversaire de Katharina. Alors qu'elle est à Pittsburgh et qu'il lui avait fait promettre de venir à son enterrement. Ce roman est à la fois politique, historique et romanesque. Ce sont ces trois dimensions réunies qui lui donnent sa force et beaucoup de puissance. Lui a fait partie des jeunesses hitlériennes, elle a été biberonnée au programme des jeunes pionniers. Deux pans de l'histoire allemande qui se rencontrent, s'entrechoquent, explosent. A Berlin, trois ans avant la chute du mur. Mais ça ils ne le savent pas. 

Avec une écriture addictive bien que parfois déroutante Jenny Erpenbeck nous convoque à l'autopsie d'une relation amoureuse dans un environnement incertain, tant sur le plan politique que dans la nature-même de la relation. On devine la puissance et la complexité des sentiments et en parallèle la simplicité et l'évidence de l'amour entre ces deux-là. On est en permanence dans leurs pensées, qui se rejoignent sans cesse. On découvre  au fur et à mesure leurs bonheurs et leurs errances, que l'on ne peut pas être et avoir été. Ils sont en permanence à la recherche vaine du "moment" qui les a fait chavirer. 

J'ai cru entrevoir par moments dans le personnage de Hans, tellement tourmenté entre ce qui avait été, n'était plus et ne pourrait plus être, entre les deux Hans, celui d'avant et celui d'après, l'ambivalence qui a dû être dans l'esprit de beaucoup de citoyens de RDA au moment de la chute du mur. Un sentiment de joie mélangée aux regrets, de peur aussi, et cette impression de ne plus pouvoir revenir en arrière, la fin d'une vie, avec ses imperfections mais aussi ses joies. Et tout cela sans pouvoir vraiment changer les choses. 

 

Ce roman, très puissant, riche de très nombreuses références littéraires et musicales, se situe en permanence entre l'ombre et la lumière et laisse un goût amer d'une relation tellement forte qu'elle construit autant qu'elle détruit. Il a reçu lors de sa sortie en Allemagne en 2021 le prestigieux International Booker Prize.

***

Extraits : 

p.157 : "Son statut d'homme marié, qui représente une menace pour la relation amoureuse, est en même temps le terreau de cette liaison. Et sans doute, si Hans est honnête, l'inverse est-il vrai aussi."

p.158 : "Le communisme, c'est le pouvoir des Soviets plus l'électrification de tout le pays."

p.173 : "Si l'on savait toute la vérité, si l'on entendait ce qui reste muet et voyait ce que l'ombre cache, l'espoir aurait-il encore un sens ?"

p. 320 "L'un des deux devait y rester. A présent je ne vois pas comment ils pourraient jamais être réunis. Quoi qu'il en soit, je ne peux plus demander au premier Hans de préparer notre avenir. Et le second Hans n'y croyait déjà plus."

 

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