Malgré tout ce qui nous sépare - Sophie Tal Men
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- Titre : Malgré tout ce qui nous sépare
- Editions : Albin Michel
- Autrice : Sophie Tal Men
- Date de parution : 25 février 2026
- Nombre de pages : 304
- ISBN : 978-2226507556
Quatrième de couverture
Rose est sage-femme sur l'île de Groix. Dans le tumulte d'une guerre qui dure depuis trop longtemps, elle se donne corps et âme à ses patientes. Sa vie bascule en septembre 1944 lorsque son domicile est réquisitionné pour héberger deux officiers ennemis. Aussi révoltée qu'impuissante, Rose voit alors ses certitudes vaciller dans cette maison où chaque regard semble une menace, chaque silence un danger, et où les destins, pourtant, vont se nouer à jamais...
Mes impressions
Dans les jours qui suivent le 8 mai 1945, le retour sur l'île de Groix est enfin possible pour Rose et de nombreuses autres femmes. L'île était devenue trop incertaine car dans la poche de Lorient et toujours occupée par les Allemands malgré le débarquement de juin 1944. Rose, qui avait trouvé refuge sur le continent en décembre 1944, rentre sur son île avec sa petite protégée, Simonne, qu'elle a fait naître sur Groix - elle y est sage-femme - mais que sa famille n'a pas pu/voulu garder.
Flash back.
Un jour de septembre 1944, sur l'île de Groix, deux soldats allemands viennent s'installer chez Rose et son père, leur maison étant réquisitionnée comme beaucoup d'autres dans le village. Très hostiles au début, ils s'habituent bon an, mal an à cette cohabitation forcée. L'un des deux occupants, Joseph, est médecin. Rose finit par découvrir qu'il parle très bien le français.
Le contexte n'est bien sûr absolument pas propice aux rencontres, aux amitiés, encore moins aux histoires d'amour entre une jeune-fille française et un jeune homme portant l'uniforme allemand. Pourtant Rose et Joseph ne sont pas indifférents l'un à l'autre. Et c'est le coeur serré qu'elle quitte son île, son père et son amoureux secret en décembre 1944. A son retour, Rose, inquiète puis désespérée, ne retrouve pas Joseph. Personne ne sait ce qu'il est devenu au moment de la libération.
Sophie Tal Men nous raconte ici une très belle histoire dans l'Histoire. Elle nous parle si bien de résilience, d'entraide, de résistance et d'amour. Des efforts incroyables, de la vie quotidienne et des privations infligées aux populations civiles pendant la seconde guerre mondiale. Elle nous montre aussi que nous sommes tous issus de déplacements (voulus ou forcés), d'échanges, d'adaptation, de mélanges et de la richesse de ces mélanges. Elle nous parle de l'Alsace et ses Malgré-nous, des Justes, de la Bretagne et de Groix.
Enormément de détails m'ont rappelé l'histoire de mes grands-parents pendant la guerre dans les Marais du Cotentin où ils vivaient. Ma grand-mère, à 23 ans, avec déjà deux jeunes enfants (elle en a eu 9) a dû accueillir elle aussi des officiers allemands dans sa maison réquisitionnée. La première nuit, elle a dormi habillée dans son lit avec ses petits tellement elle avait peur. Parmi eux, un médecin aussi, qui l'a soignée quand elle est tombée malade.
Sophie Tal Men, neurologue, une fois n'est pas coutume, s'est inspirée du témoignage de l'une de ses patientes, prénommée Simonne "avec deux n" (comme dans le roman) pour imaginer l'histoire de Rose et ça c'est drôlement émouvant. Elle est ici en quelque sorte une passeuse de mémoire.
Si vous aimez les romans historiques, la Bretagne et les belles histoires d'amour, ce livre est pour vous ! Une lecture qui fait du bien et qui instruit ! Je n'ai qu'une envie à présent, accoster enfin sur l'île de Groix et fouler son sol (j'ai une visite à faire et un merci à dire à quelqu'un au cimetière.)
A la lecture d'une scène culinaire, par instinct je suis allée fouiller à la fin du livre et... surprise ! Ce que j'espérais secrètement était là ! La recette que Joseph était justement en train de préparer (le lapin au sureau) et quelques autres qui ponctuent des scènes du livre.
Un grand merci aux Editions Albin Michel, à l'agence Gilles Paris et bien sûr à Sophie Tal Men pour cette magnifique lecture qui est un gros coup de coeur pour moi.
***
p.60 "Mais un matin, une torpédo militaire kaki se gara devant leur grille. "Ils arrivent !" annonça-t-elle à son père, comme un berger avertit de l'approche d'un loup. Tapie derrière les rideaux, elle lui décrivait la scène. Deux officiers, chacun une valise en cuir à la main. Casquettes plates, écusson ailé, imperméables cintrés, bottes noires redoutables. Un grand blond caricatural. Un brun aux épaules larges, à la démarche moins assurée. "
p.63 "La première nuit, elle n'avait pas fermé l'oeil. Elle avait calé une chaise contre la poignée de sa porte pour se barricader - comme elle l'avait lu dans un roman d'espionnage - et placé un couteau de cuisine sous son oreiller. Une grosse lame, bien aiguisée, servant à découper le poisson. Elle savait qu'elle ne pouvait pas compter sur son père pour la défendre. Elle était seule face à eux."
p.131 "L'hiver 1944 avait le goût amer de la peur qui s'attarde. Le pays était en passe d'être libéré, mais la poche de Lorient - comme celle de Saint-Nazaire - restait aux mains des Allemands. En prévision des mois les plus rudes qui les attendaient et des menaces sur les ravitaillements, la plupart des femmes et des enfants avaient embarqué sur le bateau Ile-de-Groix en direction de Concarneau, afin de se réfugier dans des villages de campagne situés en dehors de la poche."
p.135 "Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans le jardin, une scène qu'ils avaient déjà vécue la nuit précédente. Joseph, la fillette dans les bras ; Rose, poussant le fauteuil de son père. Ils avaient pris soin d'éteindre toutes les lumières de la maison, comme les consignes le recommandaient : "La nuit, la flamme d'une bougie peut se voir à trois kilomètres" , lisait-on sur les affiches de défense passive. "