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16 mars 2026

Les jeux heureux de l'enfance - Charlotte Gneuss

  • Titre : Les jeux heureux de l'enfance
  • Editions : Les Argonautes
  • Autrice : Charlotte Gneuss
  • Traductrice : Rose Labourie
  • Date de parution : 9 janvier 2026
  • Nombre de pages : 236
  • ISBN :  978-2494289970
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Quatrième de couverture

Allemagne de l'Est, dans la banlieue de Dresde des années 1970 : après les cours, Karin, seize ans, s'occupe de sa soeur cadette, tandis que sa grand-mère se remémore sa jeunesse et que ses parents rêvent d'une autre vie. Mais lorsque son petit ami, Paul, disparaît du jour au lendemain, Karin est convoquée par la Stasi, la police politique. 

La jeune fille découvre alors un monde où l'ombre de la surveillance pèse sur chaque geste, où une seule parole peut briser des destins. 

En narrant les émois d'un premier amour face à l'oppression du régime de la RDA, Les jeux heureux de l'enfance explore la ligne fine entre loyauté et trahison. Avec une intensité rare qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page, Charlotte Gneuss se révèle l'une des voix les plus prometteuses de la nouvelle littérature allemande. 

Mes impressions

Nous sommes en Allemagne de l'Est, dans la banlieue de Dresde, à Gittersee (titre du roman en allemand) dans les années 1970. Karin a 16 ans. Elle grandit coincée entre deux générations, sa grand-mère nostalgique de ses jeunes années et ses parents qui aspirent à une vie moins étriquée. 

Et puis il y a Paul, l'amoureux de Karin. Un soir il lui propose une balade sur sa Schwalbe, sa mobylette. Une virée en République Tchèque. Elle ne peut pas venir, n'ose pas demander à ses parents, doit s'occuper de sa petite soeur. La petite. Dont le prénom n'est jamais mentionné. 

Paul ne revient pas de cette balade et ce sont les agents de la Stasi qui l'apprennent à Karin quand ils viennent sonner à la porte de ses parents pour l'interroger sur son éventuelle complicité dans un tout aussi éventuel passage à l'Ouest (Republikflucht).

Dès lors commence le calvaire pour la jeune fille qui craint à tout instant qu'on revienne la chercher pour l'interroger encore et encore. Une double peine pour elle, abandonnée sans un mot par son amoureux et soupçonnée ou moquée par une partie de son entourage. A l'école, les autres n'y vont pas de main morte. 

Peu à peu, de façon imperceptible, la jeune fille est enrôlée par l'appareil, pense maîtriser, choisir ce qu'elle donne comme information ou pas, avant de s'apercevoir qu'ils sont toujours plus forts et plus malins, plus machiavéliques. Presque toujours. 

 

Une histoire très forte, qui montre bien le mécanisme, l'engrenage infernal dans lequel il était possible de tomber, bien malgré soi à cette époque dans ce pays. L'histoire d'une bande d'amis qui implose tout en douceur. Mais qui ne veut pas se laisser faire. 

J'ai aimé la façon subtile, directe et en même temps détournée de raconter le mécanisme bien huilé de cet état omniprésent, ces murs qui avaient des oreilles et des yeux partout. Et le prix à payer par tous quand l'un d'eux rêvait de liberté. 

Un récit à la fois prenant et glaçant. Où l'on sort très vite des Jeux heureux de l'enfance

J'ai aimé aussi le rapport très fort à la nature, au corps comme dans la scène d'escalade, une tentative d'évasion vers le ciel ? Ou encore à la musique avec un parallèle très étroit entre la Sonate au clair de lune et l'étau qui se resserre autour de Karin. 

Un très beau premier roman, qu'on ne lâche pas jusqu'à la dernière page (je suis même ensuite retournée à la première page !)

Un grand merci à Babelio ainsi qu'aux éditions Les Argonautes pour cette belle découverte à l'occasion de l'opération Masse Critique. 

***

p.100 : "Mes parents se sont connus à une fête, et paf, a dit Marie en faisant claquer ses paumes de mains. Je me serais bien passée des détails, mais Marie avait déjà repris. Papa habitait Berlin-Ouest et ne voulait pas rejoindre maman à cause du socialisme, et maman ne voulait pas le rejoindre à cause du socialisme, et c'est pour ça que maintenant, on s'écrit tout le temps des lettres, a-t-elle expliqué. Parfois, il m'envoie aussi de l'argent."

 

p.102 : "Comment ça se saurait, a répliqué Marie, je ne le dirai jamais à personne, et tu ne le diras à personne. Mais il faut qu'on s'y tienne. Dans ces situations, dit maman - Marie tenait l'index comme une maîtresse d'école-, la négligence fait plus de dégâts que les mauvaises intentions. Pour rire, j'ai mordu son index, et elle a crié : Au secours, au secours, au secours."

 

p.106 : "Je m'y attendais à tout instant. Au moins, j'échapperais au devoir de maths du lendemain. Il y a eu un autre coup de sonnette, cette fois plus appuyé. Papa s'essuyait les mains sur le torchon. On emmène votre fille au poste pour présomption de complicité de Republikflucht, c'est la procédure qui veut ça. Hamm regardait papa comme un enfant auquel on explique que ses parents vont revenir tout de suite." 

 

p.135-136 : "Rapporte-le demain, a-t-elle dit, et elle a ajouté qu'elle en avait sa claque des chats, elle faisait exprès de laisser les portes ouvertes pour qu'ils puissent s'enfuir. Mais non, a-t-elle dit, ils préfèrent crever ici plutôt que d'aller dehors, c'est tout ce qu'ils connaissent du monde." 

 

p.185 : "L'appareil, ce sont des gens, a dit Wickwalz. Des gens comme toi et moi."

 

p.202 : "Je sais ce que tu penses, a-t-il dit une autre fois. On fait beaucoup de blagues sur notre métier, et effectivement, il y a un certain nombre de choses qui ne fonctionnent pas très bien. Mais je pense à l'Etat comme à un petit enfant, le premier de la famille. Ses parents voient des dangers partout, ils se disent qu'ils doivent le protéger de tout. Tu comprends, est-ce que tu comprends."

 

p.203 : "L'appareil est un milieu professionnel comme un autre, expliquait Wickwalz. Certaines personnes sont là pour les avantages salariaux. Nouveau logement, nouvelle baignoire, téléphone. Ces gens ne nuisent pas seulement au fonctionnement de l'institution, ils nuisent à l'idée qu'on s'en fait. C'est bien pour ça qu'il ne faut jamais arrêter de douter. De douter de chaque collègue, tu comprends, est-ce que tu comprends. L'appareil est l'avant-garde de la classe ouvrière. Le glaive et le bouclier du Parti. Et quand nos compatriotes s'intéresseront plus au principe qu'à la théorie, il faudra ouvrir l'oeil. Car quand nos compatriotes s'intéresseront plus à la nouvelle baignoire qu'au principe, ce sera fichu. Tu comprends, est-ce que tu comprends."

Commentaires
P
Une bonne pioche apparemment !
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C
En effet ! J'étais vraiment ravie de pouvoir lire ce livre que j'avais repéré bien avant sa sortie. Et je n'ai pas été déçue :))
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